CHAPITRE XV
ÈRE CHRETIENNE
La politique de Saint-Loris éu it de I. religion : il ne voulait point de pouvoir absolu, parce que Dieu aeul pourrait l'exercer sane tyrannie.
F*, cir. de la France.
SOMMAIRE. — Règne de Louis vni. — Paix avec l'Angleterre. — Guerre contre les albigeoii. — Mort de Louis VHL — Louif ix , dit Saint-
Louis. — Guerre entre la France et l'Angleterre. — Rencontre des armées à Taillebourg. — Les Anglais vaincus. — Traité de paix.— Vœu de Louis ix d'aller en Palestine. — Louis ix captif en Palestine. — Ter reors de la reine. — Rançon du Roi. — Son retour en France. — Croisade et extermination des pastoureaux. — . Mort de la reine Blanche. — Nouvelles réclamations de l'Angleterre.— Cession de quelques comtés. -- Charles d'Aujou, roi de Sicile. — Mort de Conradin. -m 2- Croisade de Louis ix. — Sa mort devant Tunis. — De quelques règlemenU de Louis ix. — La robe et l'épée. — Mort de Henri III , roi d'Angleterre.
m3-4aï6.~Louis vin, fils de Philippe-Auguste, monta sur le trône de France, en Tannée i2*5, dès que son père eut fermé les yeux, Il est le premier des rois de là troisième race qui ne fut pas sacré du vivant de son père. Sa politique fut de suivre les maximes de ses prédécesseurs , en affranchissant le plus de serfs possible pour affaiblir d'autant ses orgueilleux vassaux.
Le roi d'Angleterre, Henri m, fils et successeur de Jean-Sans- Terre, avait place au sacre du roi de France, comme duc de Normandie; mais, au lieu de s'y rendre, il fit sommer Louis vm d 'exécuter la promesse par lui faite, lors de sa capitulation à Londres, de rendre à l'Angleterre, s'il devenait jamais roi de France, la Normandie, le Maine et l'Anjou, que Philippe, son père, retenait à droit de conquête. Louis trouva des prétextes de refus : il s'ensuivit une guerre qui dura trois années sans amener d'événements remarquables. On se disposait, de part et d'autre, à faire de plus grands efforts. Les deux rois devaient venir prendre le commandement des armées en personne, lorsque le pape, qui voulait engager Louis vm à détruire les albigeois, iuterposa sa médiation et fit acheter la paix par les Anglais. Elle leur coûta trente mille marcs d'argent.
Louis vm suivit les conseils de Rome et tourna ses armes
contre les albigeois, ces hérétiques ou chrétiens sectaires , que Philippe-Auguste avait décimés.
Louis vin vînt faire le siège d'Avignon. Cette ville avait embrassé le parti du comte de Toulouse; elle refusa le passage aux troupes du roi, et fit une vigoureuse résistance. Cependant il s'en rendit malt™ après être resté trois mois devant cette place. Sa victoire lui coûta cher, car il perdit la moitié de ses troupes et ses plus braves officiers. Il pénétra plus avant dans la Provence. Il n'était plus qu'à quelques lieues de Toulouse , lorsque la mauvaise saison et le délabrement de sa santé le déterminèrent à rentrer en France. Il laissa la conduite des troupes et le gouvernement du pays à Imbert de Beaujeu, et reprit le chemin de ses états. Il mourût dans le voyage, au château de Montpensier, en Auvergne, au mois de novembre 4226. Il avait vécu trente-neuf ans ; son règne avait duré trois ans et quatre mois. H fut enterré à Saint-Denis, auprès de son père. Le bruit se répandit qu'il était mort empoisonné.
Voici le récit de Mathieu Paris, historien contemporain. < Ennuyé de la longueur dù siège et plus encore de se voir i> éloigné de la reine Blanche qu'il aimait éperduement, Thibaut, d comte de Champagne, fut trouver le roi, lui demanda son 9 congé, parce qu'il l'avait servi quarante jours , et qu'il 9 n'était pas obligé à un plus long service. Le roi le refusa , 9 menaçant de désoler ses terres s'il se relirait. Thibaut n'en 9 persista par moins dans sa résolution de partir; et pour emd pêcher l'effet des menaces de son souverain, il l'empoisonna, d Louis vin mourut deux jours après son départ.
» Bine Cornes ut fama refert , procuravit régi venenum pro- » pihari ob amoremrcginœ ejuê, quant carnalUer illicite adama- » bit unâe libidinis impulsu stimulatus , moras neciere non va- 9 lebat ulterius. »
Louis vin avait eu onze enfants de Blanche de Castille, desquels ils lui restait cinq fils et une fille. Il demanda que son fils ainésoit'couronné après' lui. Il donna des apanages aux autres, mais avec condition de réversibilité à la couronne, dans le cas d'exlinction de la race.
La lèpre, présent des croisés à l'Europe, était alors dans toute son intensité, puisque le roi de France fit des donations à deux mille léproseries. Cette maladie disparut, mais sans avantage pour l'humanité.
Louis vin, dans le peu de temps qu'il régna, rendit plusieurs ordonnances somptuaires, dont une entre autres défend aux femmet amoureuse* , filles de joie et paillardes , de porter robes à collets renversés, queue ni ceinture dorée.
On l'avait surnommé Cœur-de»Lion.
1226-1270. Louis ix, dit St-Louis, fils de Louis vm, monta sur le trône à l'âge dedouzeans. La tutelle et la régence du royaume avaient été déférées par Louis vni à la reine Blanche de Castille. Pendant la minorité du roi plusieurs grands vassaux se révoltèrent, mais ils furent réduits. La paix fut faite au mois de mars 1227. Peu de temps après, ils tentèrent d'enlever le roi et échouèrent dans cette entreprise. Ils furent châtiés. En 1230. la guerre recommença entre Loui* ix et Henri m d'Angleterre. L'Anglais avait compté sur l'extrême jeunesse du roi de France pour essayer de reprendre les provinces perdues par Jean-Sans-Terre. La valeur du jeune roi et de sa noblesse détruisirent ses espérances. Il retourna dans ses états épuisé d'argent et peu chargé de gloire. Méprisé des grands et du peuple, il fut persécuté, dégradé et fait prisonnier. Remonté sur le trône, il eut à soutenir plusieurs guerres intestines, jusqu'en 1230, qu'il épousa Eléonore de Provence. Il fut pressé d'entrer dans une ligne contre la France, formée des rois de Castille, d'Arra-
gon, du corate de Toulouse, et de plusieurs autres prince. Le parlement lui refusa des subsides. 11 lui falut différer. Il vendit son argenterie pour payer ses soldats et se mit en campagne. Il alla débarquer à l'embouchure do Ja Garonne, 1242. Une rencontre entre les deux rois eut lieu au pont de Taillebourg, sur la Charente. De part et d'autre on combattit vaillamment. Les français eurent l'avantage. Battus à Saintes pour la seconde fois, les confédérés furent obligés de demander la paix /"qu'ils obtinrent moyennant la concession de la Saintonge que fit le comte delà Marche, et la renonciation, par Henri m, à la Normandie, au Maine à l'Anjou et au Poitou.
Peu de temps après ce traité, Louis ix tomba malade , et en danger de mourir, à Pontoise. Il fit vœu d'aller en Terre-Sainto s'il se rétablissait. Rien ne put, après sa guérison , le détourner de l'accomplissemeut de ce vœu. Il partit le 12 juin 1248 , descendit le Rhône et vint s'embarquer à Aigues-Morle , en Lan' guedoc, le 25 août. Il aborde heureusement en Chypre, où il prend ses cantonnements d'hiver pour attendre le restant do ses troupes et de ses munitions. L'année suivante il débarque en Egypte. Les Sarrasins, saisis d'une terreur panique a l'arrivée des Français, se sauvent en désordre , abandonnant Damiette, ville opulente et fortifiée. D^ns plusieurs rencontres Louis combattit en héros; ses premiers efforts, couronnés de succès, lui préparèrent de faciles conquêtes. Mais bientôt la famine et la peste détruisirent son armée, et Massoure le vit captif avec deux de ses frères, Charles et Alphonse; le troisième, Robert, y avait été tué. La nuit, il n'avait , pour se couvrir , qu'une vieille casaque. Toute communication avec son armée était interceptée. Marguerite de Provence, qu'il avait épousée, en 1235, et qui l'avait suivi dans son expédition, était renfermée dans Damiette, livrée à tous les tourments de l'inquiétude.
ne voyant dans ses songes que massacres et carnage et le fer qui venait dégorger son mari dirigé contre son flanc. Un ykux. chevalier était auprès d'elle lorsqu'elle tombait sous le coup de ces funestes impressions. Il lui criait : a N'ayez peur, je suis avec vous, d Elle avait exigé, de ce chevalier, la promesse de lui couper la téte pour qu'elle ne tombât pas vivante au pouvoir des Infidèles. Quatre cent mille livres et la restitution de Damiette furent le prix de sa rançon. En l'absence de Louis ix, un exalté s'avisa de prêcher une croisade aux paysans et aux bergers. Cent raille malheureux se croisèrent sous le nom de pastoureaux. Ils portèrent , en plusieurs endroits , le ravage et la mort. Ils furent tous exterminés.
La reine Blanche était morte depuis deux ans, lorsque Louis ix revint en France. Elle avait dirigé le vaisseau de l'état avec assez de bonheur ; elle avait su prévenir les menées de l'Anglegleterre contre la France. Elle étouffa plusieurs séditions. Cependant , sous sa régence , les bûchers se rallumèrent. Le tribunal de l'inquisition obtint , de la régente , une protection éclatante. Elle sévit contre les Juifs, toujours accusés du crime d'usure, toujours jugés nécessaires, et rappelés après avoir été chassés.
On pensait, en ce temps-là, que le commerce d'un chrétien avec une fille juive était un crime non moins énorme que celui qui te commet avec les bêtes (1). Le coupable était brûlé vif.
A son retour en France, Louis ix eut encore à punir quelques vassaux révoltés. Une ordonnance de 1254 , de ce souverain, indique que les trois ordres de l'état étaient consultés dans les matières d'intérêt général. Le roi ne quitta pas la croix pour indiquer qu/il méditait une nouvelle croisade. H fit ba^ir la
(1) L'abbé Velli, tome h, page 157.
Sain te -Chapelle pour y placer les reliques qu'il avait apportée* de la Terre-Sainte.
Le roi d'Angleterre qui avait été retenu , pendant la croisade do Louis ix, par des divisions intestines adroitement ménagées dans ses états, renouvela ses prétentions sur la Normandie et les autres provinces confisquées sur son père. Louis crut céder au cri de sa conscience et prévenir un conflit qui lui aurait été nuisible dans le projet de la seconde croisade qu'il avait résolue ; il fit cesser ses clameurs en lui cédant le Limoosin , le Périgord et le Quercy; plus une somme de 300,000 écus , condition que l'Anglais renoncerait à toute autre prétention pour lui et lès siens.
Charles, comte d'Anjou , frère du roi, fut investi par Urbain iv qui occupait alors le saint Siège du royaumedes deux Siciles , dont il privait Conradin , successeur légitime de ce royaume, et qu'il avait excommunié. La résistance de Conradin fut vigoureuse. Il fut fait prisonnier et conduit à Charles d'Anjou, qui le fit périr dans sa capitale par la main du bourreau. Nous dirons bientôt comment, après quatorze années, la mort de Conradin fut lavée dans le sang français aux vêpres siciliennes
4269— Louis ix veut enfin exécuter son projet de conquête de la Palestine. Sur des indications insidieuses du bey de Tunis , le débarquement doit s'opérer en cette ville; mats à son arrivée la flotte française trouve le port fermé et les Musulmans sous les armes. Pour tirer vengeance de ce manque de foi , Louis force le port et fait attaquer l'antique Carthage, cette superbe rivale de Rome qui n'était plus qu'une misérable bourgade. Le château fut emporté sans résistance, puis on se retrancha pour attendre le roi de Sicile qui venait avec ses provisions ; mais il se fit attendre; les provisions manquèrent, des maladies contagieuses décimèrent l'armée, les fils du roi en furent atteints. L'infection
des corps morts ajoutait à l'insalubrité. On soupirait après l'arrivéedu prince Charles. On entend enfin des marches guerrières; mais il n'était plus temps; Charles, impatient, met pied à terre ; personne ne vient au-devant de lui ; surpris, il devance ses lieutenants , pénètre dans la lente royale ; son frère venait d'expirer de la peste. Il était encore étendu sur la cendre où il avait voulu mourir. Il ne lui fut pas permis d'embrasser ces tristes restes. On les fit bouillir dans du vin et de l'eau. Son frère et ses fils partagèrent ses dépouilles.
Ainsi mourut en Afrique saint Louis, le 25 août 1270, après un règne de quarante-quatre ans. Il avait eu , de Marguerite de Provence, Philippe-le-Hardi , Jean dit Tristan , Pierre et Robert. Il abolit le duel judiciaire, pour y substituer la preuve par témoins; il rédigea des coutumes géuérales pour ses états; il établit la pragmatique sanction pour se défendre des empiétements du pouvoir spirituel.
A rimitation de son aïeul Philippe-Auguste, Louis ix augmenta ses domaines particuliers en Normandie. Il fixa la justice qui ne fut plus ambulatoire et déplacée au gré des barons. On eut alors des légistes ou gens de robe qui remplacèrent les barons dont la plupart ne savaient écrire que du pommeau de leur épée, et se faisaient gloire de leur ignorance. La robe, dédaignée par l'épée, fît cause commune avec l'autorité royale et diminua l'influence delà noblesse.
Henri m d'Angleterre, dont le règneavait été une longue lutte • avec ses sujets, trois fois descendu du trône où il fut toujours replacé, finit ses jours dans une profonde tranquillité l'an 1273. Edouard, son fils, lui succède.