‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 17 sur 30 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

ERE CHRETIENNE

Ecoulez... L'airain sonne, il m'appelle , il vous cric Que l'instant est venu de sauver la patrie

Vêpres Siciliennes. (Casimir Delavigne.)

SOMMAIRE. — Philippe m, dil le Hardi. — Il réduit les Tuuisiens.— Son retour en France. — Son tacre. — Son second mariage. — La brosse.

— Son exécution. — Charles D'Anjou , roi de Sicile. —Révolte des Siciliens. — Vêpres Siciliennes. — Mort de Charles d'Anjou. — Croisade contre Pierre d'Aragon. — Mort de Philippe-le-Hardi. — Ses enfants.

— Philippe IV, dit Le Bel, sur le trône.

1270 -1283. — Philippe m, dit le Hardi, fils de Louis ix, succède à son père. Il était en Afrique avec le roi au moment de sa mort. Les secours du roi de Sicile, son oncle, le mirent à même de réduire les Tunisiens. Il leur accorda la paix moyennant tribut et revint en France, rapportant les restes de son père, de son frère et de sa femme, tous morts en Afrique. Il réunit à la couronne l'apanage du comte de Potiers, son oncle , décédé sans postérité. Philippe fut sacré à Rheims, le 50 août 1271, par 1 evêque de Soissons, le siège de l'archevêché étant vacant. Robert, comte d'Artois, y porta l'épée de Charlemagne que l'on nomma la Joyeuse. Philippe resta veuf pendant quatre ans. Au bout de ce

temps, il épousa Marie de Brabant. Le mariage se fit au bois de Vincenne*, au mois d'août 1275. L'année suivante la reine fut sacrée dans la Sainte-Chapelle de Paris le joursaint Jean-Baptiste. Marie avait toute la tendresse de son mari. Le roi avait pour confident Labrosse, qui de barbier de saint Louis était devenu grand chambellan , ministre et conseil de Philippe. Ce favori, redoutant l'influence de la reine, L'accusa d'avoir empoisonné Louis, fils aîné du roi, qui était mort subitement , et de méditer la mort des autres enfants du premier lit, pour assurer la couronne à ses propres enfants. Philippe , dans sa perplexité , consulta une devineresse ; elle proclama l'innocence de la reine. Labrosse, reconnu calomniateur, fut pendu. L'évéque de Bayeux , son frère , craignant pour lui le même sort, se réfugia à Borne.

Charles d'Anjou, roi de Sicile, frère de saint Louis, d'un caractère bouillant, résolut de conquérir Constantinople, l'Italie et de forcer les Allemands à le choisir pour souverain. Mais il n'avait pas su conquérir le cœur et l'affection de ses sujets; son gouvernement était en horreur; l'insolence et le libertinage dés Français dont il était entouré, qui insultaient les femmes après avoir outragé les maris, avaient tellement aigri les esprits que les Siciliens eussent volontiers donné leur vie pour se venger de leurs tyrans.

Pierre m , roi d'Aragon , avait épousé la fille de Mainfroi. II regardait la Sicile comme le patrimoine de sa femme. D'ailleurs la vengeance lui eût créé des droits dans tous les esprits s'il en eût manqué. C'est alors que s'ourdit cette horrible trame dont Casimir Delavigne a conservé la mémoire dans ses écrits. On se servit d'un gentilhomme italien nommé Procida, capitaine et négociateur habile, hardi et rusé. Déguisé en cordelier , Procida fit sous ce vêtement les voyages nécessaires pour diriger Ip feu de la révolte qui couvait depuis long-temps dans le cœur des Siciliens. Ils avaient fait le serment d'assassiner tous les Fran-

çais domiciliés dans leur île. Le jour de piques fut choisi pour cette sanglante exécution.

Ce jour, au premier coup de vêpres, en moins de deux heures, les Français de tout âge et de tout sexe furent égorgés dans la Sicile, Les meurtriers n'épargnèrent pas leurs propres filles qui se trouvaient grosses de leurs ennemis. Plus de huit mille hommes furent massacrés. Le sang de Conradin fut ainsi cruellement vengé. Pierre d'Aragon» qui se tenait, avec sa flotte, dans le voisinage, fut. reçu à bras ouverts et couronné par les Siciliens.

Charles, outré de fureur, met le siège devant Messine. Le pape lance l'excommunication majeure contre le roi de Sicile. L'Aragonnais se moque de ces foudres impuissantes et deJa colère de Charles d'Anjou, dont le fils tombe en sa puissance. Il voulait lui faire couper la tête, en représaille du supplice de Conradin. La. reine, par ses prières, sauve la vie du prisonnier. Charles mourut de chagrin en apprenant celte nouvelle.

Le pape prêche une croisade contre Pierre 4' Aragon. Philippe* le-Hardi se met à la tête, marche eu Catalogne, où, il prend quelques places; mais la disette, les maladies réduisent son armée; lui-même tombe malade et se fait rapporter à Perpignan, les places qu'il avait prises se révoltent; la nouvelle redouble son mal. Il mourut le 6 octobre 1285, âgé de quarante-cinq ans, dans la seizième année de son règne. Ses entrailles et ses chairs furent inhumées dans la cathédrale de Narbonne ; ses os apportés à Saint-Denis.

D'Isabelle d'Aragon, Philippe laissa deux fils, Philippe et Charles. Le premier régna , le second fut comte de Vallois.

De Marie de Brabant, il eut un fils et deux filles ; le fils fut comte de Dreux; les filles, Margueritte et Blanche, la première épousa , en 1298 , Edouard , roi d'Angleterre ; Blanche épousa Rodolphe, duc d'Autriche, fils aîné de l'empereur Albert, dont

elle eut un fils. La mère et l'enfant furent empoisonnés à Vienne, l'an 1305.

Sous le règne de Philippe-le-Hardi , on vit cesser les destructions périodiques qui dépeuplaient l'Europe dans une effrayante progression; la fureur des croisades tomba tout-à-coup comme l'épidémie qui disparait, et ce règne fut paisible.

1285 à 1314. — Philippe iv, dit le Bel, à cause des grâces de son visage, fils de Philippe-le-Hardi, succède à son père. Il n'était alors âgé que de dix-sept ans ; il avait épousé, l'année précédente, Jeanne de Navarre. Il se fit sacrer à Rheims avec la reine son épouse , par les mains de l'archevêque Pierre Barbet , le 6 janvier 1286.

La France fut en paix les huit premières années de son règne. Edouard i er , fils et successeur de Henri m, était en Afrique, où il espérait rencontrer Louis îx. Ayant appris la mort île ce roi, il ne voulut pas revenir sans avoir combattu les Infidèles. Il se rendit redoutable et ne revint en Europe qu'après avoir conclu une trêve de dix ans avec le sultan d'Egypte. Il était en Sicile lorsqu'il apprit la mort de son père. Il s'arrêta à Rome, à Milan, en Savoie: partout il fut comblé d'honneurs et de présents. Il s'arrêta à Paris pour y faire hommage à Philippe ni de la Guyenne, et passa près d'une année en France, s'y distinguant à la cour et dans les tournois. Eufin il aborda en Angleterre , où il fut reçut avec enthousiasme. En 1274, son couronnement, avec Eléonore de Castille, sa femme, se fit a Westminster, avec les solennités d'usage. Il promit de respecter les institutions fixées par la Charte.

Il soumit lesGalloisqui avaient tenté de ressaisir leur antique indépendance.

Il fut choisi pour arbitre entre Philippe-le-Bel et Alphonse, roi d'Aragon , dans leur querelle pour le trône de Sicile. Edouard vint en France où il passa trois années.

La rivalité des nations anglaise et française semblait s'éteindre lorsque Philippe-le-Rel donna le signal d'une guerre générale pour une querelle frivole et particulière.

Un matelot anglais, dans une rixe, à Rayonne, tue un matelot français. Sur un pareil prétexte, l'on courut sur les mers , sans plainte ni déclaration de guerre , insulter, attaquer et brûler les vaissaux anglais. Ceux-ci usèrent de représailles. Pbilippe fit ajourner le roi d'Angleterre à comparaître devant les pairs de France; Edouard répond qu'il a des juges en Angletere. Philippe s'empare delà Guyenne. Edouard n'était pas homme a subir paisiblement cette confiscation ; mais, dans le môme temps, il était en guerre avec Baliol, roi d'Ecosse; il devait nécessairement se défendre de l'ennemi qui touchait sa frontière , et qui avait audacieusement commencé les hostilités. 1296. — La sanglante défaite des Ecossais a Dwibar livra l'Ecosse tout entière au roi d'Angleterre. Baliol fut déposé et vint mourir en France dans l'obscurité.

Edouard , encore dans l'ivresse de sa conquête de l'Ecosse , passe en France pour y ressaisir l'Aquitaine. Le roi des Romains, Adolphe, déclare aussi la guerre à Philippe. Celui-ci ne daigna seulement pas donner audience aux ambassadeurs; il les fit partir avec un grand papier cacheté, sur lequel il avait écrit ces mots : nimis Germant* C'est trop allemand ! Il dut rabattre de cette fierté, quand il vit l'Anglais se liguer avec Adolphe, le duc de Bar et le comte de Flandre. Il acheta la neutralité de l'Empereur et triompha d'Edouard et de ses alliés. La Flandre fut conquise. Le comte sollicita la médiation du pape.

C'était alors Roniface vm qui occupait la chaire pontificale. La fierté, la hauteur, l'audace de ce pontife répondaient au rang qu'il occupait. Il faisait porter devant lui les deux épées nues dont parle l'Evangile; il ne paraissait en public que la couronne

impériale stfr la tôte., et dïsait au pefrple : ego svm Cœsar et Papa.

Il prétendait s'ériger eh juge souverain des différents entre les princes de la chrétienté

Voulant réparer le défaut d'une naissance obscure, il s'était adroitement insinué dans l'esprit de son prédécesseur qui le fit cardinal. Célestin, ce prédécesseur, était simple d'esprit; il avait été quatre-vingt-deux ans hermite.On l'avait placé sur le Saint- Siège malgré iui , parce qu'on espérait le gouverner, Boniface profita de sa Simplicité pour lui persuader de se démettre de la papauté en sa faveur. On raconte qu'ayant pratiqué uft trou dans la muraille de son oratoire , il lui disait la nuit, par une sabarcane :

Célestin, retourne Gibtà ta solitude , tu n'es point propre à porter ïa tiare.

Le vieillard, croyant obéir à Dieu, abdiqua le pontificat.

Dans un pressant besoin d'argent , Philippe avait mis une taxe sur le clergé. Boniface xm lance une bulle où il défend aux ecclésiastiques de payer aux laïcs; Philippe défend aux laïcs de payer aux ecclésiastiques , et à ceux-ci d'exporter le numéraire. Dè part et d'autre on se porte aux plus grands excès. Le pape nomme légat, en France, l'évôque Bernard Saisetti,qui avait été ordonné malgré Philippe ; ensuite il déclare que son intention est d'envoyer ce prince en Syrie et en Palestine , à la tête d'une nouvelle croisade. C'est ainsi que ses prédécesseurs en agissaient à l'égard des souverains dont ils voulaient se débarrasser; mais ces sortes d'appels ne produisaient plus d'eftet. Boniface, voulant précipiter le moment de tancer l'excommunication côntrë le roi de France et de mettre son royaume en interdit , envoie Befttard Saisétti pour l'exhorter à prendre ta croix. Ce légat impudent s'exprime du ton d'un sujet qui, ne craignant plus son maître, s'en venge. Philippe déclare que

des affaires intérieures nécessitent la présence de ses troupes et la sienne dans ses états. Le nonce l'insulte en face, en lui disant que : « Son indigne conduite méritait des peines qu'on avait trop différées. » Il le qualifie de fentôme d'homme, sans esprit et sans cœur. Dans son exaspération, Philippe le fait arrêter et conduire en prison. Il tombait a irai -dans le piège qui lui «était tendu; mais il bravait doutes les «clameurs et ne «'occupait que d'obtenir des subsides extraordinaires et l'assentiment ou l'appui de la nation pour vider cette querelle.

Boniface répétait sans cesse, que c'était une folie de croire <et une hérésie d'assurer que les rois ne sont pas sujets du pape.

Philippe répondait qu'il désobéissait à Boniface, non comme pape, mais comme à un hérétique et un démoniaque.

1502. — Le roi de France convoqua les trois ordres de l'état pour arriver À faire déposer le pape et déclarer l'indépendance de la couronne pour ce qui regarde le temporel.

Pendant l'assemblée, Boniface lance l'interdit et l'excommunication, dégage les Français du serment de fidélité et donne le royaume an premier occupant.

On appelle de cette sentence au futur concile et au saint Siège, pourvu d'un pape légitime, ce qui prouve que déjà les foudres du Vatican étaient usées.

Guillaume de Nogaret fat chargé ;de signifier cet appel. Il avait mission secrète d'arrêter le pape et de le conduire à Lyon pour y être jugé au prochain concile général. Nogaret gagna, par des présents, les personnages éminents de l'état ecclésiastique. La famille Colonne, ennemie du pape, lui fournit des troupes. Il s'introduisit, avec Sciarra Colonne, dans la ville d'Agnanie, où le pape s'était retiré, pour être plus eu sûreté qoe dans Rome, sachant qn'iln'y était pas aimé. Le palais, étant peu gardé, il fut forcé. Le pape, revêtu de sa cnappe et de sa tiare ,

prétend en imposer aux meurtriers par tout l'appareil du pontificat. Rien n'arrête les soldats français. Le pontif conserve le calme, attendant son triomphe ou la mort. Sciarra le frappe d'an coup de gantelet au visage, le met en sang. Pressé d'abdiquer la papauté, il répond avec intrépidité qu'il préfère mourir , et présentant sa téte aux soldats, il leur dit : frappez.

Sciarra, se laissant emporter, allait le tuer. Nogaret s'y oppose, le fait dépouiller de ses vétemens pontificaux, enlever et monter à cheval demi-nu, sans selle ni élriers et le visage tourné vers la queue. Dans la nuit il fut délivré parles habitants d'Agnanie. Dès qu'il fut mis en liberté , Boniface se rendit à Rome. Là il apprit que le trésor de l'Eglise avait été pillé tant par ses défenseursque par ses ennemis. 11 en éprou vades transports frénétiques. On dit que, dans sa fureur, il se déchira avec les dents et se mangea les mains. On ajoute que son prédécesseur, animé d'un esprit prophétique, lui avait dit ces mots ; ascendisti ut vulpes , regnabis ut leo, morieris ut canis.

A la fin du xnr* siècle , Boniface avait institué le jubilé. La bulle accordait rémission des péchés et des indulgences à ceux qui visiteraient le tombeau des apôtres saint Pierre et saint Paul. On fit le dénombrement des pèlerins, et on reconnut que te ville de Romeen renfermait régulièrement deux cent millechaque jour. Ce torrent de fidèles procurait de grands trésors à l'Eglise.

Philippe était vengé, mais il craignait que le successeur de Boniface ne publiât une croisade contre lui pour laver l'affront inouï fait au saint Siège; mais il en fut autrement. Le nouveau pontif» lui envoie un bref d'absolution pour lui et ceux qui avaient assisté à l'enlèvement du pape, sauf toutefois Sciarra Colonne et Nogaret qui ne devaient jamais espérer de pardon. Ce pape mourut huit mois après son élection. Le nouveau pape Clément fut sacré en présence de Philippe, dont il prit les conseils. Le roi de France ne réussit pas dans le procès à la mémoire do

tionifacc pour le faire déclarer hérétique et rayer du rang des papes ; mais Nogaret fut absous par Clément v et Philippe le fit chancelier de France.

Après avoir traité avec le roi de France, Edouard d'Angleterre était rentré dans ses élats, étant pressé de retourner en Ecosse, où Wallace, homme sans nom, s'en était créé un immortel en appelant ses concitoyens aux armes pour la liberté. Warren, général d'Edouard chargé de réprimer l'insurrection, avait été battu au passage du Forth. L'arrivée du roi d'Angleterre rendit l'avantage à ses troupes. Wallace fut défait à la bataille de Falkirk et chercha son salut dans la fuite; mais, trahi par les siens et conduit à Edouard , il subit avec un courage sublime le dernier supplice, en 1303.

Le petit-fils de Robert Bruce, le compétiteur de Balliol au trône d'Ecosse, admira Wallace; il voulut marcher sur ses traces pour relever l'étendard de la patrie ; un parti considérable le couronna roi a Scone. Edouard, irrité de cette troisième tentative contre ce qu'il appelait ses droits, marche en personne contre l'Ecosse , réglant devance le supplice des malheureux qui tomberaient entre ses mains. Il n'en ordonna qu'un petit nombre , car les fatigues avancèrent sa fin. Il mourut à Burg en 1306, âgé de soixante-neuf ans.

Ce souverain rendit sa nation forte et puissante; il l'affranchit du pouvoir papal, il améliora les institutions, ce qui lui valut le surnom de Justhiien anglais;

Philippe-le-Bel avait rendu la Guienne à Edouard parce qu'il avait abandonné le pârti des Flamands; mais les mêmes Flamands, guidés par un tisserand ( Pierre Leroy ) , se révoltent, égorgent les Français qu'ils peuvent atteindre , faisant ainsi le pendant du tableau des vêpres siciliennes. Le comte d'Artois marche contre les Flamands et leurlivre la bataille de Courtraioù des paysans ctdes bourgeois, que le comte d'Artois traitait de canaille, détruisirent

son armée. Philippe marche de sa personne. Malgré plusieurs avantages et le gain de la bataille de Mont-en-Puelle , il fut obligé de faire la paix et de rétablir le comte de Flandre qu'il retenait prisonnier.

I3G7. Le pape Clément v porte son siège dans la ville d'Avignon.

Philippe le-Bel, par un ordre secret , donné dans son conseil privé, chassa tous les Juifs de son royaume, s'empara de leur argent et leur défendit d'y revenir sous peine de la vie.

Un corps puissant par ses richesses et qui portait ombrage à Philippe-le-Bel , l'ordre des Templiers, fut aboli, ses membres arrêtés et juridiquement assassinés. On saisit tous leurs biens, on s'empara de leur temple pour y déposer le trésor et les chartes de France. On entendit contre eux deux cent et un témoins qui les accusèrent de renier Jésus-Christ en entrant dans l'ordre, de cracher sur la croix, d'adorer une tête dorée, montée sur quatre pieds. Le novice baisait le profès qui le recevait à la bouche, au nombril , et à des parties qui paraissent peu- destinées à cet usage. Voilà, disent les informations conservées jusqu'à nos jours, ce qu'avouèrent, dans les tortures, un grand nombre de ces malheureux.

Il en fut brûlé vifs cinquante-neuf, en un jour , près de l'abbaye Saint-Antoine de Paris. Tous, au milieu de cet horrible supplice, protestèrent de l'innocence de l'ordre. Le pape s'était réservé le jugement du grand-maître Jacques Demolay.Guy, frère du dauphin d'Auvergne, et Hugues Deparalde, deux des principaux seigneurs de l'Europe; tous trois furent aussi jetés dans les flammes, non loin de l'endroit où est à présent la statue équestre du roi Henri îv. N'ayant plus que la langue libre , le grand-maître ajourna Clément v et Philippe-le-Bel à comparaître dans Tannée devant le souverain juge.

Philippe-le-Bel se fit donner deux cents mille livres et Louis-

le-Hutin, son fils, prit encore soixante mille livres sur les biens des Templiers. Le pape et le roi, bourreaux des Templiers, ne survécurent pas long-temps à leurs victimes ; ils moururent dans l'espace de dix-huit mois. Le peuple prit leur mort pour une manifestation de la justice divine.

Philippe-le-Bel accabla le peuple d'impôts, détruisit le crédit public en altérant les monnaies, ce qui lui valut le surnom de faux-monnoyeur, et rançonna les Juifs qu'il chassa de ses états. Sous son lègne les duels judiciaires furent abolis au civil , et le parlement fut rendu sédentaire.

Ce prince mourut à Fontainebleau, le 24 novembre 1314. Il avait régné vingt-neuf ans. Son tombeau est à Saint-Denis. Des chroniques rapportent qu'un sanglier s'élant jeté entre les jambes de son cheval, il en fut renversé et tellement froissé de cette chute qu'il en périt. Gaguin dit qu'il y a quelques soupçons qu'il aurait été assassiné par les ordres de l'évéque de Châlons. Il laissait trois fils, qu'il avait eus de Jeanne de Navarre : Louisle-Hulin , Philippe-le-Long, Charles-le-Bel.

Avant de mourir, Philippe-le-Bel avait vu le désordre dans sa famille. Les femmes de ses trois fils furent accusées d'adultère. La femme de l'ainé et celle du cadet en furent convaincues. Les auteurs du crime étaient Philippe et Gautier d'Aulnay, frères , gentilshommes normands. Par arrêt du parlement, le roi présidant, les princesses furent renfermées au Château-Gaillard d'Andely ; Philippe et Gautier d'Aulnay furent condamnés à être écorchés vifs . ensuite à être trainés dans un pré nouvellement fauché mentulis exsectis pelle nudalis sunt. On traita de môme un huissier de la chambre qui avait favorisé leurs coupables amours. Ecorchés vifs, traînés dans la prairie de Maubuisson . nouvellement fauchée, mutilés des parties qui avaient péché, puis décolés, leurs corps furent pendus par sous les aiselles au gibet préparé pour cet efleL

Par ordre exprès de son époux, Marguerite fut étranglé? dans sa prison, le jour même qu'elle y fut conduite ; Blanche fut répudiée après sept années de détention , sous prétexte de parenté; Jeanne fut reprise par son époux, une année après.

La mère des trois princes, Jeanne de Navarre, ne fut pas exempte d'accusation de pareille nature ; on disait qu'elle s'abandonnait à des écoliers, et qu'après avoir satisfait sa passion elle les faisait jeter, des fenêtres de sa chambre, dans I» Seine, pour cacher ses désordre» en faisant périr ses complices.

Nous avons vu que le roi d'Angleterre, Edouard i eT , était mort en l'année 4306; Philippe lui avait survécu sept années i Edouard"», fil» d'Edouard et d'Eléonore de Castille, mont» sur le trône après son père- Trois princes Valois passent sur le trône de France pendant les débats orageux d'Edouard h avec la nation anglaise. Ce souverain avait d'abord renoncé à la guerre d'Ecosse .; il avait rappelé auprès de lui son favori Gaveston, que son père avait banni et qui était odieux aux barons et prélats. Ils parvinrent à s'en emparer dans la forte* resse de Scarboroug, où le roi le croyait en sûreté, et le mirent à mort. Le roi jura de le venger, mais il ajourna sa vengeance, et la paix parut se rétablir. Le roi d'Angleterre reprit le cours de ses opérations contre l'Ecosse. Cependant les Ecossais avaient profité des troubles de l'Angleterre ponr fortifier leur parti ; ils étaient sous les armes et attendaient l'Anglais de piedferme M 314). Bannockburn, près Stirling, fut le lieu de rencontre des deux armées. Le choc fut terrible ; la victoire, long-temps indécise, se déclara pour les Eccossais, qui reconstituèrent, dans cette journée, leur royauté et leur indépendance. 4320. Le roi prit un nouveau favori, Hugues Spencer; nouvelle ligue des barons, conduits par Lancaslre, contre leur souverain , pour le forcer d'expulser Spencer. Lancastre est fait prisonnier à Boroughbridge, dans les environs d'Yorck , et son supplice es!

ordonné, dix-huit autres personnes furent exécutées eu môme temps comme ses complices. Le roi voulut ensuite punir les Ecossais de s'être ligués avec ses ennemis et prépara , dans ce but, une expédition formidable; mais sa molesse naturelle lui lit, après quelques combats partiels, accepter une trêve du treize ans.

Le supplice de Lancastre n'avait pas éteint son parti ; ses adhérents respiraient, en secret, l'ardeur de le venger. L'occasion s'en présenta.

Charles-le-Bel venait de s'emparer delà Guyenne, pour manque d'hommage d'Edouard. Isabelle, sœur de Charles, se rend à Paris avec son fils, le jeune Edouard, pour arranger le différend. La , elle devient hostile a son époux, accueille les proscrits dti parti de Lancastre, ne refuse pas même une intimi é coupable avec Mortimer, jeune et brillant chef de ce parti. Bientôt cette reine ambitieuse alla débarquer en Su/folk , à la tête de ses partisans , avec son fils et Mortimer. La haine du favoritisme grossit le nombre de ses partisans. Le roi fuit devant la multitude de ses ennemis , auxquels s'étaient joints ses frères. Enfermé dans le château de Kenilworih, le roi attend avec impatience l'issue de cet événement. Le parlement prononça sa déchéance, et il fut assez faible pour accepter cette décision. Ce n'était pas assez pour ses adversaires ; les gardiens du monarque détrôné , à l'instigation de Mortimer , le firent périr en lui introduisant un fer rouge dans les entrailles , de manière qu'il ne testât pas de traces ostensibles de leur assassinat, qui eut lieu en 1327. Avant de nous occuper de son successeur, nous parlerons des fils de Philippe-le-Bel

1314- 1 51 G. Louis x, dit le Htitin , fils aîné de Philippe- 1c-Bi:I, monta sur le trône aussitôt après la mort de son pète (24 novembre 1514) ; mais il ne fut sacré que le 5 août 1315. Marguerite de Bourgogne, sa première épouse, ayant été étran-

glée dans sa prison, les uns disent avec ses cheveux, les autres avec le linceul desliné pour l'ensevelir, il épousa Clémence, fille de Charles Martel , roi de Hongrie. Les exactions dont se plaignait la nation et quelques dispositions personnelles du roi , secrètement entretenues par Charles de Valois , son oncle , déterminèrent Louis-le-Hutin à poursuivre Enguerrand de Marigny, surintendant des finances sous le dernier roi, comme coupable de concussion. Quoique la culpabilité ne fût pas prouvée, il fut condamné, conduit à Montfaucon , où , suivant l'expression des vieilles chroniques de Saint- Denis, au plus haut du gibet avec les autres larrons fut pendu. Ce châtiment fut regardé comme l'expiation de l'ardeur qu'il avait mise à poursuivre les Templiers. Plus tard , Enguerrand fut réhabilité; on lui éleva un mausolée à Ecouis, dont il était seigneur.

Les Normands, épuisés par les extorsions de Philippe-le-Bel, qui se continuèrent sous son successeur, menacèrent de secouer le joug. Les états assemblés notifièrent leurs plaintes au souverain. C'est alors que ce prince donna la Charte normande mentionnée depuis et jusqu'en 1789 dans les ordonnances des rois de France, toutefois accompagnée du bagage monarchique et de cette phrase d'étiquette : Car tel est notre bon plaisir et nonobstant clameur de haro et Charte normande , et toutes lettres à ce contraires.

Philippe-le-Bel avait voulu forcer ses barons à s'abstenir de frapper monnaie. Les barons s'opposèrent à cette prétention , qui fut interrompue par la mort du roi. Louis x n'osa pas y donner suite; il se contenta de régler le poids, la loi et la marque de leurs monnaies (ordonn. du 25 décerab. 4315).

Louis x , soit comme moyen fiscal , soit pbilantropie , offrit aux habitants des campagnes des lettres d'affranchissement à prix d'argent , avec cette observation, qu'étant nés libres , il ne

leur était pas permis de ne pas l'être; que, conséquerament , ils étaient obligés d'acheter ces lettres d'affranchissement.

Pour se procurer de l'argent il vendit aux Juifs leur rappel pour douze ans. Voulait-on quelque taxe extraordinaire? on les accusait de profaner des hosties, de crucifier des enfants, et ils se sauvaient du bûcher avec de l'argent. C'est ainsi qu'ils étaient poussés à l'usure et aux gains illégitimes.

Le besoin d'argent amena la vénalité des charges de judicature, et les impôts ruineux qui pesaient sur le peuple servaient à entretenir une guerre malheureuse contre la Flandre. Une armée entière périt dans la fange à la merci des ennemis. Louis x l'avait conduite sans vivres ni munitions au siège de Courtrai. Sans la famine qui ravagea le camp des vainqueurs et le rendit aussi à plaindre que les vaincus, l'état restait sans défenseurs contre les nations voisines.

Le malheureux usage du poison était devenu fort commun en France; plusieurs ont écrit que Louis en ressentit les effets; selon d'autres , ayant bu trop précipitamment à la glace , dans un moment où il avait fort chaud , il succomba au bois de Vincennes, le 5 juin 4 31 G, alors âgé de vingt-huit ans, dans le dix-neuvième mois de son règne. Clémence, sa seconde femme, était enceinte de quatre mois. Il avait une fille uoramée Jeanne, de Marguerite, sa première femme. Le royaume de Navarre, les comtés de Brie et Champagne lui appartena'ent ; mais ses oncles, Philippe-le-Long et Charles-le-Bel, trouvèrent toujours des prétextes pour les retenir.

1316. Philippe v, dit le Long, fut nommé régent du royaume, jusqu'aux couches de la reine ; si elle accouchait d'un garçon, la régence devait continuer; si elle accouchait d'une fille, le régent était roi. Le 45 novembre 1316, la reine mit au monde un fils, qui reçu le nom de Jean , ne vécut que huit jours et fut enterré à Saint-Denis.

Jeanne, fille de Louis x, réclamait ses droits a la couronne* Son oncle, le régent, invoquait la loi saïique qui excluait les femmes du droit de succéder à la couronne. Le parlement rendit une décision en faveur de Philippe. Ce dernier, bien accompagné, futse faire sacrer à Rheims , le 9 janvier 4317. Les députés des villes et les états assemblés jurèrent, entre les mains du chancelier, Pierre d'Arablay , de ne pas reconnaître d'autre roi que Philippe, de maintenir la succession au trône, en faveur des mâles exclusivement. Charles d'Artois voulut faire de l'opposition , mais il fut promptement gagné. Philippe-le-Long fut le quarante-septième roi de France.

A l'exemple de son aïeul, Philippe v altéra les monnaies; comme ses prédécesseurs, il fit un trafic de la liberté civile, débarbouilla des vilains, ou plutôt annoblit des roturiers pour de l'argent ; déclara le domaine de la couronne inaliénable, réunit à ce domaine le domaine particulier du roi , rendit réversibles à la couronne, à défaut d'héritiers mâles, les apanages des enfants de France qu'auparavant ils avaient en toute propriété. La guerre avec la Flandre, suspendue par de courts intervalles, fut terminée par la paix conclue le 20 mai 1320. On vit reparaître, sous le nom de pastoureaux , ces bandes de paysans armés qui, sous d'autres noms, avaient déjà désolé la France. Ces bandes furent bientôt dispersées* D'affreuses cruautés furent exercées contre les Juifs, les lépreux et les prétendus sorciers. Ces iniquités furent commises pour s'emparer des biens des Juifs et de ceux des léproseries. Philippe v, dans quelques ordonnances, renouvela les Capitulaires de Charlemagne( Voy. pag. 59) en ce qui concerne la magistrature. Il défendit aux juges d'avoir égard aux lettres missives, de recevoir des présents, leur ordonna de juger les affaires sans égard aux parties.

La réimpression de ces Capitulaires et, sages ordonnances eu*

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été d'un grand intérêt après les révolutions qui se sont succédées en France; les juges n'eussent osé se servir de leur autorité pour assouvir des vengeances particulières et prendre pour bases de leurs décisions les opinions des justiciables. Ce souverain conçut l'idée précieuse d'établir l'égalité des poids et mesures et une seule monnaie pour la France. Les princes et les prélats s'y opposèrent , et il ne put jouir de la réalisation de ce projet. Enfin Pbilippe v fut attaqué d'une fièvre quarte dont il languit pendant cinq mois entiers , et mourut au bois de Vincennes , le 3 janvier 4522 , âgé de vingt-huit ans , dans la cinquième année de son règne. Il avait repris Jeanne de Bourgogne, son épouse, qui avait été soupçonnée d'adultère, et condamnée à finir ses jours en prison, dans le château de Dourdan. Feignant d'être persuade de son innocence, sa jalousie ne fut pas cruelle comme celle de ses prédécesseurs.

Pour donner une idée de la jurisprudence criminelle sous ce règne, on cite le fait suivant :

Le prévôt de Paris détenait, dans les prisons duChâtelet, un riche homicide; le crime était avéré, la condamnation à mort avait été prononcée à l'unanimité. Pour se soustraire au supplice, le condamné fit offrir au prévôt de fortes sommes d'argent. Ce magistrat, avide et lâche, ne trouva d'autre moyen que de faire tirer de La prison et exécuter, sous le nom du coupable, un détenu qui avait avec lui quelque ressemblance. On s'épouvante de la facilité d'une pareille méprise et de l'audace du juge assassin. Le forfait du prévôt fut reconnu , lui-même périt sur le gibet où l'innocent avait expiré. Plus tard, îl fut aussi reconnu que dos magistrats abusaient de leurs fonctions ; ils furent sévèrement punis. Les abus se sont perpétués, mais les victimes n'ont pas été vengées; les coupables sont restés impunis, sauf ceux sur lesquels s'est appesantie la vengeance divine.

Du reste , Philippe r avait laissé un bel exemple qui lui mérita l'oubli de l'altération des monnaies , des surcharges d'impôts , de la confiscation des biens des Juife et des léproseries.

De Jeanne de Bourgogne il eut trois filles , Jeanne, Marguerite , Isabelle. Elles épousèrent Eudes îv , duc de Bourgogne; Louis, comte de Flandres , Ncvers et Rhetcl , Jean , baron de 'Faulcongmey.

1522 -1328. Charles iv , dit le Bel, s'étaitj élevé fort énergiquement contre la loi saliquej; mais il changea d'opinion lorsque, à défaut d'enfants mâles, elle le fit succéder à son frère. Il fut sacré à Rheims , le li février 1322, sans aucune opposition. Tous les pairs y assistaient, hormis le roi d'Angleterre et le comte de Flandre.

Nous avons vu qu'il avait répudié sa femme , pour cause d'adultère, et l'avait confinée au Château-Gaillard d'Andely.Elle se sauva de sa prison et se fil religieuse à Maubuisson . moins pour y faire pénitence que pour mettre sa vie en sûreté.

Charles iv commença son règne par réprimer sévèrement les violences des gentilshommes. On cite particulièrement Jourdain Dclisle, seigneur de Casaubon , allié du pape Jean xxn , parce qu'il avait épousé sa nièce qui , par le crédit de cette haute alliance, se croyait tout permis ; il violait les vierges, mutilait ] »s hommes, rançonnait les passants et protégeait les brigands. Il bravait l'autorité royale , se croyant hors de toute atteinte derrière les murs de son châtel fortifié. Ce matamore fit assommer l'huissier de la cour chargé de lui notifier l'ordre de comparaître au parlement, et il jura de faire subir le même châtiment à ceux qui viendraient après lui. Charles le fit arrêter, et, malgré le pape qui déploya tous ses moyens pourle sauver, le coupable fut condamné, traîné à la queue d'un cheval et pendu

au gibet de Montfaucon. Rien oe put fléchir la justice du monarque ; il fit mettre en jugement et punir les financiers de l'état , la plupart lombards et italiens. Le fruit de leurs rapines fut confisqué : ils furent expulsés du royaume. Le receveur des finances, sous le règne précédent, nommé Laguette, fut appliqué à la question, refusant toujours défaire connaître le lieu où il avait caché ses trésors. Il mourut dans les tourments. Chartes v projeta une croisade , mais il ne donna pas de suite à ce projet. Il prit le parti de Louis n , petit-fils de Robert de Béthune , contre Robert deCassel, qui élevait des prétentions au comté de Flandre.

Nous avons vu comme il obtint satisfaction du roi d'Angleterre qui avait refusé d'assister à son sacre.

Après avoir long-temps refusé , Charles-le-Bel consentit à lever des décimes en faveur du pape sur les biens du clergé, qu'il considérait comme le fruit de legs souvent impies, et de donations arrachées à l'aveuglement du peuple et aux dernières terreurs des mourants. Il rie fit, toutefois, cette concession qu'à la condition de partager avec le pape.

Sous son règne, de nouvelles bandes, sous le nom de bâtards, sortirent de la Gascogne et causèrent quelques ravages. Ces bandes furent poursuivies et forcées de se séparer sans combattre.

La veille de Noël 1327, Charles tomba malade et mourut» au bois de Vincennes, le 1 er février 1328, laissant l'état obéré. Il était âgé de trente-quatre ans. Il avait tenu le sceptre six ans et un mois. Il avait composé son conseil de gens probes, éclairés et d'une prudence reconnue.

De Jeanne d'Evrcux, sa troisième femme, il n'eut que deux filles. Marie, l'ainée, ne survécut à son père que quelques années. L'autre, qui fut postume, s'appela Blanche. Elle épousa Philippe, duc d'Orléans, fils du roi Philippe, duc de Valois.

1328 - 1350. Edouard m , fils d'Edouard 11 , roi d'Angleterre, n'avait encore que quinze ans à la mort de son père, arrivée en 1327, l'usage fixant a dix-huit ans la majorité des rois. Un conseil de régence fut établi ; choisi parmi les partisans delà reine et deMorlimer, ils continuèrent à régner. Le roi d'Ecosse, pensant avoir bon marché d'un souverain adolescent et d'un gouvernement mal assuré, rompit la trêve de treize ans. Edouard, qui montrait déjà des inclinations guerrières, passe en Ecosse avec une nombreuse armée. L'Ecossais , favorisé par les aspérités du pays, ne fit qu'une guerre de partisans. Il refusa toute bataille rangée. La campagne, tout à l'avantage de l'Ecosse, finit par un traité où l'indépendance de ce pays fut confirmée, et le mariage de David, fils de Bruce, avec Jeanne, sœur d'Edouard, arrêté. (1328) Ce traité , considéré comme honteux par les barons anglais , fut attribué à Mortimer, qui, par conséquent, fut en but à leur haine. D'abord il triompha et fit citer, devant un parlement qui lui était dévoué , le comte de Kent, oncle du roi , pour avoir embrassé la cause des rebelles. Le comte fut condamné et décapité. Mais Edouard fut , en secret, instruit des circonstances de l'assassinat de son père par ordre de Mortimer, et la complicité de sa mère ; il ne respira plus que vengeance, livra Mortimer au parlement qui l'envoya au supplice. Il fut exécuté en 1329. Isabelle fut reléguée, pour le reste de s?s jours, dans le château de Rising.

1330. Devenu majeur, le roi prit possession du pouvoir royal. Nous arrivons à une époque où l'Angleterre et la France vont se trouver aux prises. Il nous faut reprendre l'histoire de ce pays.

Après la mort de Charles iv, dit le Bel, on vit un interrègne, pour la deuxième fois, et une grande question à débattre. La reine était enceinte; Edouard d'Angleterre disputait la régence à Philippe de Valois, comme étant fils aîné de la sœur du prince

décédé. Philippe était fils aîné de l'oncle paternel de ce prince; l'un invoquait la proximité de parenté , l'autre la loi salique qui excluait les femmes du droit de succéder à la couronne.

Les états conférèrent la régence à Philippe. L'aversion des Français pour la domination anglaise fut le principal motif de celte décision.

La reine accoucha d'une fille. Philippe fut proclamé roi. On le nomma le Fortuné.

Son premier acte d'autorité fut de livrer à la justice Pierre Rémi , administrateur du fisc sous Charles iv , convaincu de péculat. Il fut condamné et pendu le 25 avril 1328, au gibet de Monl faucon, qu'il avait lui même fait rétablir. Ses biens furent confisqués et évalués a douze cent mille livres : c'était plus de vingt-cinq millions de francs de nos jours.

Philippe-le-Fortuné fut sacré à Rheims, le dimanche de la trinité, 28 mai 4328. Immédiatement après son sacre, il fit la guerre aux Flamands révoltés contre leur comte. Son armée, composée de vingt-cinq mille hommes, divisés en six brigades, et une septième pour faire sa garde, commandée par Desuoyers , portait l'oriflamme. Seize mille Flamands, postés près de Casse], voulurent leur barrer le passage; ils furent mis en pièces et traités avec une telle cruauté que ces peuples ne respirèrent que vengeance. Plus tard, ils trouvèrent l'occasion de l'exercer, et leur fureur n'eut pas de bornes.

Pour humilier le roi d'Angleterre, son compétiteur, Philippe le somma de lui rendre hommage de la Guyenne. Edouard obéit, mais il conçut cuntre son suzerain une haine immortelle. Il cherchait un motif pour la manifester : il le trouva bientôt. Il demanda la restitution du duché pour lequel il venait de rendre hommage. Il reçut dans ses états Robert d'Artois, beaufrère de Philippe , condamné au bannissement ; il favorisa la révolte des Flamands, et se fit un allié puissant de Jacques

Artewel , qui , de brasseur de bière , était devenu leur chef. Louis de Bavière soutenait les Flamands ; ils hésitaient à cause du traité par lequel ils avaient promis de rester fidèles au roi de France. Pour lever ce scrupule, Robert d'Artois et Artewel conseillent à Edouard de revendiquer ses droits à la couronne de France, du chef de sa mère Isabelle, droits qui avaient été repoussés par les états généraux de France, d'après la coutume saligue. Il prit donc le titre de roi et les armes de France , de plus il publia son manifeste en vers du temps.

Bex sum regnorum bina ratione duorum.

Anglorum in regno sum ego jure paterno Matris jure quidem , Francorum nuncupor idem Hinc est armorum variatio facta meorum.

Philippe riposta dans le goût de la provocation.

Prcedo regnorum qui diceris esse duorum , Francorum regno privaberis atque paterno.

Succedunt mares huic regno 9 non mulieres :

Hinc est armorum variatio stulta tuorum.

Après les vers on négocia , mais infructueusement, et on en vint aux mains.

Edouard avait les qualités brillantes qui distinguent les héros; Philippe, d'un caractère sec, inflexible, luttait avec désavantage contre le génie et la fortune d'Edouard.

Philippe avait donné la Normandie en apanage au prince Jean son aîné.

Le roi de France entre dans la Flandre, qu'il ravage pendant que son fils porte la désolation dans le Hainaut , dont le comte avait embrassé le parti des Anglais.

1339. Les Anglais, commandés par Edouard en personne et réunis aux Flamands, détruisirent, à la hauteur de l'Ecluse ,

la flotte française de cent vingt voiles, montée par quarante mille hommes. La discorde qui régnait entre les deux amiraux fut la principale cause de leur défaite. Baucher, l'un d'eux, étant tombé au pouvoir des ennemis , fut pendu. Le commerce de la Normandie souffrit particulièrement de ce désastre. Après de longs et infructueux efforts du roi d'Angleterre, pour réduire Tourna y, une trêve fut conclue par l'entremise de Jeanne de Hainaut, sœur de Philippe et mère de la reine d'Angleterre.

Cette suspension d'armes ne fut pas de longue durée ; des troubles, survenus en Bretagne , remirent en présence les deux monarques rivaux.

4 344, La guerre se rallume avec plus de fureur què jamais à l'occasion du supplice d'Olivier de Clisson et douze autres barons bretons , convaincus d'entretenir des. intelligences avec les Anglais.

4346. Le prince Jean , duc de Normandie, était en Guyenne à la téte de cent mille hommes. Geoffroy d'Harcourt, baron de Saint-Sauveur-le-Vicomte, traitreàsa patrie, excite le roi d'Angleterre a prendre ce prétexte pour envahir la Normandie. Edouard, dirigé par cet infâme, à la tête d'une flotte de mille voiles, porlaut trente mille hommes, jette l'ancre à la Hougue- Saint-Vaast en Cotentin , et, le 12 juillet 1346, il opère le dé-

barquement.

Trois hommes de race normande, Edouard m, le comte d'Arundel , autrefois d'Aubigny , et le transfuge d'Harcourt commandent l'armée ennemie : le dernier est â l'avant-garde.

Valognes, Carentan sont pris d'assaut, et les habitants sont passés au fil de l'épée. Saint-Lo est livré au pillage, Bayeux est incendié. Raoul , comte d'Eu, et le cômte de Tancarville. envoyés à Caen, veulent défendre la ville; mais il faut sacrifier les faubourgs. Les habitants contraignent ces chefs à présenter bataille hors des murs et s'y rangent eux-mêmes. Ils sont vaincus,

les deux généraux sont faits prisonniers , et durant trois jours ia ville est livrée au pillage delà soldatesque étrangère. Edouard s'empare de Falaise, de Lisieux , d'Honfleur, côtoie la Seine, brûle Louviers , saccage tout sur son passage , Gisors, Ver non , Mantes, Meulan, et vient camper à Poissy ; de cet endroit défie Philippe de Valois et lui propose le duel sous les murailles du Louvre. Après cinq jours d'attente, craignant de se trouver enveloppé, il échappe et bat en retraite vers la Flandre où il s'était ménagé des ressources. Philippe le poursuit avec ardeur et l'atteint à Crécy, en Ponthieu , et le lendemain, 26 août 4546, il livre bataille sans laisser reposer ses troupes venues à marches forcées. Les Anglais étaient retranchés dans une position militairedes plus favorables. Les Français, abtmés de fatigues, luttant contre des ennemis reposés dont le désespoir redoublait le courage , furent défaits. Trente mille Français restèrent sur le champ de bataille. Les comtes d'Alençon, d'Harcourt/deSancerre et de Salme étaient au nombre des morts, et plus de douze cents chevaliers, l'élite de la noblesse française. Le jeune prince de Galles, dit le Prince Noir, à cause de la couleur de son armure, alors âgé do quinze ans , y gagna ses éperons. Il commandait l'artillerie, que, pour la première fois, on avait entendue en bataille rangée.

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