‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 2 sur 30 · ÉGLISE SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

ÉGLISE SAINT-GERMAIN

Selon M. Decourteilles, l'église Saint-Germain aurait été bâtie en commémoration des vertus de Saint Germain , évéque d'Auxerre , et dédiée à son invocation , par reconnaissance des miracles et conversions qu'il aurait opérées, lorsqu'il vint à Argentan , vers 450, arrivant d'Angleterre, où il était allé combattre l'hérésie de Pelasge. D'autres ont pensé que cette église aurait été construite sur un temple de druides.

En l'année 1165, Thomas Becquet, archevêque de Cantorbéry , s'était fait chef de parti en Angleterre, pour défendre les privilèges ecclésiastiques ; il ne put tenir tôte au roi Henri u dans son propre royaume: condamné au parlement de Northampton, dégradé de son rang archiépiscopal et poursuivi

comme rebelle, il passa sur le continent pour continuer la guerre contre le souverain dont il avait été chancelier , et que naguère il avait servi en ministre habile et dévoué. Thomas Becquet, en débarquant , trouva de puissants amis qui se disputèrent l'honneur de lui donner asile. Louis vu, surtout , se réjouit de posséder dans ses Étals l'archevêque exilé; la lutte dura long-temps entre le sujet audacieux et son souverain. Louis-le-Jeune et le pape Alexandre m s'obstinaient à exiger des conditions inadmissibles pour leur protégé Thomas Becquet, qui hésitait encore à excommunier son roi.

C'est dans l'église Saint-Germain d'Argentan que s'assemblèrent, en 1167, les légats du pape Alexandre et les évéques d'Angleterre, pour délibérer sur les bases d'un traité entre 1 e.véque de Cantorbéry et son souverain.

Dans le xm # siècle, Henri Clément, maréchal de France, seigneur d'Argentan , céda le terrain avoisinant l'église Saint-Germain , du côté du donjon , pour l'agrément du temple.

En 4255 , saint Louis , roi de France, lors de son passage a Argentan , fit des dons qui , réunis à la cotisation des habitants , servirent à rétablir l'église Saint-Germain sur un plan beaucoup plus vaste. Un registre de la fabrique, échappé au pillage des Calvinistes, dans le xvi - siècle, donne la forme de celte nouvelle construction * il n'y avait aucunes décorations extérieures.

Le gros clocher, élevé jusqu'aux claires voies, fut restreint a celte hauteur, par te commandant du fort pour l'empêcher de dominer la citadelle.

L'église ne répondant pas à la beauté de la tour, fut détruite el recommencée dans les premières années du xv* siècle ; les travaux furenl interrompus à cause des guerres ci viles et des grandes dépenses qu'elles occasionnaient. Ils furent repris en 1542; le gros clocher fut exhaussé et achevé. Les principaux habitants d'Argentan contribuèrent au paiement des ouvriers; ce qui se

vérifiait par les écussons qui étaient modelés aux voûtes du chœur, de la nef et des bas-côtés.

Jean de Valois et René son fils , ducs d'Àlençon , firent achever le portail où se voyait leurs armoiries ; un anglais fit construire le pilier du milieu; La voûte du choeur fut construite aux

frais de M. Dechanteloup, la tour du milieu, par M. Detirmois, procureur du roi et de l'église , en 4600.

On remarque au pilier le plus près do la chaire, du côté du chœur, l'inscription suivante :

Mil quatre cent quatre-vingt-huit

Par Jean Lemoine, bon maçon,

Ce pilier ici construit

Dieu pardonne la mal façon,

El le fit faire Gui Pilart

Des biens que Dieu lui a donné

Auiquels sa femme avait pari.

Dieu lui fasse rémission.

En 1450, Charles vu, roi do France, avant chassé les Anglais de son royaume, entra victorieux dans Argentan , fil présent à la fabrique de vingt écus d'or et d'une statue de la Vierge, qui fut placée au portail. La guerre des Calvinistes donna de l'inquiétude aux habitants d'Argentan , pour leur église qu'ils construisaient; ils députèrent vers Charles ix pour demander des secours : les frais de cette députation sont aux registres de la fabrique; elle fut infructueuse. Gaspard de Coligny, grandamiral de France, s'empara de la ville il était à la tête de quatre mille reîtres et de quelques hérétiques du pays. Théodore de Bèze , collègue de Calvin et son successeur à Genève, l'accompagnait ; il poussa les soldats au pillage de l'église, la fouilla lui-

même, et prêcha les erreurs de Calvin. Ils détruisirent tout, autels* vases , ornements et registres. Des impies furent écrasés sous les statues renversées. Depuis 4567 jusqu'en 4575, les travaux furent suspendus à cause de la continuation de la guerre ; mats, en 4 575 ils furent repris , continués sans interruption et parachevés! Claude de Morvan , évêque de Séez , fit la consécration du chœur en 4602.

Cette dernière construction forme la croix. Les voûtes de la nef et des croisillons sont élevées de dix-sept mètres trente-trois centimètres; celle du chœur est plus haute: elles sont supportées par des piliers. L'église a de clair, à l'intérieur , soixante mètres trente- trois centimètres de longueur , sur une largeur de vingt mètres soixante-six centimètres. Les deux croisillons , mesurés à l'intérieur, ont trente-trois mètres cinquante centimètres de longueur. Le gros clocher a d'élévation, cinquante- (rois mètres; le petit, quarante mètres.

Les chapelles Sainte-Anne et Saint-Mansnet qui se trouvent dans les croisillons étaient autrefois dédiées à saint Pierre etàsaint Georges. Les médecins, chirurgiens et pharmaciens donnèrent de nouvelles contre-tables, représentant saint Corne et saint Damien, leurs patrons. En 4653, les contre-tables représentant sainte Anne et saint Jean, les remplacèrent, et plus tard, le croisillon à droite du chœur, fut dédié à saint Mansuet. Les différentes corporations de la ville firent aussi leurs dons à L'église : les drapiers donnèrent le tableau de saint Etienne ; les officiers du bailliage, celui de saint Yves , leur patron. En 4658, les tailleurs donnèrent une sainte Barbe . les balustres et bancs autour de la chapelle. En 4660, les tanneurs donnèrent un saint Michel. Les chapelles de la Charité et de Saint- Louis furent établies , en 4627, par Marin Mallet et Barbe Morand, et depuis réédifiées par Morand, sieur Desclos, leur fils. La chapelle de la Vierge fut érigée par la confrérie des prêtres. La chapelle Saint-Eliennc

fui depuis dédiée à saint Jean-Baptiste : Guillaume B rossa rd, sieur Des Erables donna le tableau. La chapelle Montreuil, horsd œuvre en saillie sur le cimetière, fut construite en 1632, par Jacques Gautier, écuyer, sieur de Montreuil , qui y fit établir un caveau où il est inhumé , ainsi que plusieurs membres de sa famille, dans des cercueils de plomb. On lit sur une table de marbre noir :

Hœc capella conslrucla est in honorent Dei beat» Virginia et Jacobi majoris , per Jacobnm Gautier.

. AWNO 1682.

Ëu 4200, l'ancienne église était entourée par le cimetière ; en 1442, la nouvelle construction en couvrit une partie; celle qui resta, vers la rue Saint-Germain, fut couverte par les petites maisons du trésor , suivant permission dû pape Clément vin, énoncée dans la bulle de 1600. — La partie de cimetière qui reste fut établie sur le fossé du donjon ; il a servi jusqu'en i 785 , époque à laquelle un nouveau lieu fut enclos et désigné pour la sépul ture commune, hors de l'enceinte de la ville, conformément au règlement du 21 mai 1765, et à la déclaration du 10 mars 1776, pour que les émanations insalubres des morts ne pussent devenir nuisibles aux vivants. Le clergé était composé de prêtres habitués qui aidaient au service des offices et fondations. On créa six chapelains, par délibération de la fabrique, du 1 er octobre 1588. Par une délibération du conseil de ville, du 26 mai 1752, la fabrique, qui d'abord nommait seule, dut nommer alternativement à ces fonctions avec le curé de la paroisse.

La première confrérie fut celle des prêtres. Eu 1500, le |>apc leur avait permis de représenter les mystères et autres sujets de l'écriture, le lundi de l'octave de la Féle-Dicu. (Nous ne savons pour quelle cause l'on disait alors : sacre d'Angers , fêtes de Rouen, farces d'Argentan.)

Une nouvelle confrérie eut lieu en 1544 ou 1542, sous le titre du Saint-Sacrement , pour arrêter l'hérésie qui attaquait la présence réelle, le culte de la Vierge et des Saints. Dans le compte de 1 565, on trouve, dans l'association , près de quatre cents ecclésiastiques de ta ville et du diocèse de Séez.

Louis Dumoulinet , le 15 avril 1572; Claude de Morvan , en 1605, le 9 juin; enfin Jean Ferouel, le 2 .août 1673, tous trois évêques de Séez, approuvèrent les statuts, qui furent confirmés par arrêt du conseil d'État de l'année 1607.

\a deuxième confrérie fut celle de la Charité, dans le xv e siècle. Les statuts furent confirmés en 1516. Douze frères la composaient, leur principale obligation était de porter les

corps lors de l'inhumation.

Il existait encore six autres confréries particulières :

1° Sainte-Barbe , pour les tailleurs : ils avaient fondé un service en l'honneur de leur patronne, par acte du 30 novembre 1663 ; il y avait dans la chapelle des reliques de cette sainte.

2° Saint-Yves, patron des gens de justice : Guillaume Matrot, sieur de la Ramée» fonda le service dans la chapelle Saint-Jean, le 30 décembre 1635.

3° Saint-Crespin , patron des cordonniers : la confrérie avait fondé le service dans la chapelle de ce saint, le 15 octobre 1652.

4° aint-Etienne , patron des tisserands et drapiers : la confrérie avait fondé le service au jour de la féte de leur patron , le 8 octobre 1655.

5° La confrérie des boulangers avait été fondée le 14 octobre 1687.

6° Enfin la confrérie des chandeliers, fondée le 28 octobre 1687, pour le jour Chandeleur.

Il résulte des comptes de la fabrique que dès 1450 on payait des gages pour toucher l'orgue. Le buffet fut augmenté en 1546 et détruit par les Protestants en 1564; rétabli en 1566, augmenté en 1600, mis en l'état où il est, en 1667.

Une inscription sur marbre nous apprend qui; M. Dumoulin, curé de Colandon , a donné une grosse somme d'argent pour être employée à la construction du grand autel dans lVglise Saint-Germain.

Depuis 1600 il était d'usage d'étendre de la paille sur le pavé de l'église à la nuit de Noël, elle était fournie par le gros décimaleur. On garnissait le chœur de branches de foutcau le jour de la fête Saint-Germain; on cessa en 4665.

Le père Louis-François, capucin du couvent d'Argentan, ayant obtenu, à Rome, le chef et autres parties des reliques de saint Mansuet , en fit présent à l'église Saint-Germain. François Derouxel de Médavid , évêque de Séez, et depuis archevêque de Kouen, en fit la translation du couvent des Capucins dans l'église Saint-Germain, le 25 mars 4658. Jean Ferouel, successeur de Mg r Derouxel à l'évêcbé de Séez, transféra ces reliques, le 3 juillet 1675, du chasier où elles étaient, dans la chapelle Saint-Jean; depuis ce temps, le jour Saint-Mansuet et dans les temps de calamité, elles sont exposées à la vénération publique , et les personnes malades y font toucher leurs linges.

La statue de vierge donnée par Charles vu , en 4450 , qui avait été placée au portail de l'église Saint-Germain, fut détruite par les Calvinistes, en 4562; elle fut remplacée par une autre statue de vierge , foulant aux pieds un serpent peint en noir, par lequel on figurait l'hérésie de Jansénius , qui commençait alors; on avait ajouté cette inscription :

Flagcllum Janseoistarum, ora pro nobis.

Lcnoir, théologien do Séez, fil-efFaccr celle inscription, avec la permission de Mg r Derouxel; le bailliage défendit de taxer personne de jansénisme et d'ajouter atix litanies : Fagellum Jaitse- Nistanim. On lit dans Moréri que M. Bernières , ennemi du

jansénisme , se retira dans un ermitage près de Caen, avec plusieurs de ses partisans ; contraints par la justice, qui condamna leur zèle indiscret, à quitter leur asile, ils se réfugièrent à Silly, dans la forêt de Gouflern. La veille Pentecôte, il vint a Argentan, avec quatre jeunes ecclésiastiques exaltés comme lui, tous les cinq parcoururent les rues en crianî que la foi se retirait de la France, et répétant le verset mis aux pieds delà Vierge. L'évèque les fit arrêter et condamner à une pénitence publique, qu'ils subirent dans l'église Saint-Germain , devant l image de la Vierge.

Un capucin irlandais répandit dans le pays d'Argentan , eu 1695, une réforme fanatique, il eut des partisans : on nommait sa doctrine l'Ostracisme; il prétendait expliquer les points les plus obscurs de l'Ecriture , par les mots : hic, hœc, hoc. Mg r Savary, évêque de Séez , en fut informé , le fit agir par son promoteur; il se rétracta et fit abjuration.

La généralité d'Alençon comptait neuf élections, savoir : Alençon f avec bureau .des financ s ; Argentan, Domfront et Morlagnc, Falaise, Lisieux, Berna y, Verneuil etConches. Cette généralité comptait douze cent quatre-vingts paroisses qui se

distribuaient ainsi :

Alençon 124

Argentan 169

Bernay 1 30

Concbes. . . 46*3

Domfront 45

Falaise 223

Lisieux. . 146

Morlagne 1 45

Verneuil 137

Total 1280

Considère sous le rapport ecclésiastique , ce territoire était presque tout entier dans le diocèse de Séez, lequel était, comme celui d'aujourd'hui, suffi agant de l'archevêché de Rouen. Il résulte de la carte que publia B. Jaillot sur les plans levés par F.-L. Delasalle et qui fut, en 1718, gravée par Gennevilliers, que le diocèse de Séez était borné à Test , par le diocèse de Chartres ; au sud , par celui du Mans ; à l'ouest , par celui de Bayeux; au nord, par celui de Lisieux, et par une portion de celui d'Evreux. Ce diocèse était divisé en cinq archidiaconés, dont trois étaient situés dans la Normandie, et deux dans cette partie du Perche , qui maintenant appartient au département de l'Orne. Ces archidiaconés dont les noms rappellent d'anciennes dénominations topographiques étaient, pour la Normandie, ceux de Séez , de l'Hiémois et du Houlme; pour le Perche, ceux du Bellemois et du Corbonnois. Ces archidiaconés se subdivisent en doyennés, ainsi qu'il suit :

Séez. . . . | |Séez, Alençon et la Marche.

Hiémois ! ï ' a,aise ' Aubigny,St-Pierre-sur-Dives (Calvados).

(ExmcsetTrun (Orne).

Houlme. . . | Ecouché , Argentan » Asnebecq et Briouze. Bellemois.. . | Belléme, Laperrière.

Corbonnois jCorbon (Orne). La ville de Mortagne dépendait

( de ce doyenné.

Ainsi, de ces quinze doyen nés, trois appartiennent maintenant au département du Calvados, et par conséquent au diocèse de Bayeux. Si le diocèse de Séez a perdu du côté du nord, il s'est beaucoup agrandi à l'est, sur les diocèses d'Evreux et de Chartres; à l'ouest, sur ceux du Mans et de Bayeux, et, au nord, sur celui de Lisieux. Les derniers évéques, avant la révolution de 1789, étaient Mg r Louis-François Néel de Chrislot, auquel succéda Mg r Jean-Baptiste Duplessis d'Argentré.

Aujourd'hui le diocèse de Séez occupe la totalité du déj arment de l'Orne, tel qu'il fut créé par le décret de 1790, qui divisait la France en départements; il ne s'étend pas au-delà de ce territoire.

Mg r Chévigné de Boischolet fut le premier évôque promu à l'évôché de Séez, après la révolution de 1789; à sa mort, le siège demeura vacant. Celte vacance durait depuis huit ans, lorsque Louis xvm lui donna pour successeur Mg r Alexis Saussol, dont l'installation eut lieu le 4" novembre 1849; il a gouverné le diocèse jusqu'au 7 février 1836, jour de son décès. Il était le soixante-dix-septième évôque de Séez.

Mg T Jolly (Mellon), né à Sesanne (Marne), diocèse de Chàlons, le 20 mai 1 795, ancien curé de Saint-Etienne, et vicaire-général de Maux, appelé à le remplacer, a été sacré évéque de Séez, le 21 août 1836.

Ce prélat a fait une nouvelle organisation administrative du diocèse de Séez. Elle divise l'évôché en deux archidiaconés :

Le premier , nommé le grand archidiaconé , est formé des deux arrondissements d'Alençon et Morîagne ; il renferme trois a rchi prêtres.

Arrondissement d'Alençon: <2° Archiprètré et doyenné d'Alençon ;

Cet archidiaconé est formé des deux arrondissements d'jlrgentan et de Domfront : il renferme deux archiprôtrés.

1" Archidiaconé.

1° Archiprètré et doyenné de Séez ;

3° Archiprètré et doyenné do Mortagne.

2 e Archidiaconé.

Arrondissement d'Argentan : j ao

Ces deux archidiaconés renferment trente-six cantons avec curé et doyenné; chaque curé de canton est doyen.

Mg r Joli)' Mellon a été remplacé en l'année 48-44 par Mg r Kousselet (Charles-Frédéric).

Quant à l'église de Saint-Germain d'Argentan, elle a subi de grande? dévastations en 1793, de la part des révolutionnaires de ce temps. Les cloches furent brisées , les statues des saints renversées; elle fut aussi dépouillée de ses tableaux, de ses tapisseries, de ses grilles en fer et des plombs de sa toiture , du reste, l'édifice resta debout il fut rendu au culte; et rétabli à l'état de paroisse , par suite du concordat de 4802.

Le premier curé qui fut alors installé , était M. Belzais de Courmcnil , dont la mémoire est toujours chère à ses paroissiens; il eut pour successeur, après son décès, M. Beaudoirc» qui étant lui-même décédé le 14 octobre 4839, est aujourd'hui remplacé par M: Dameron.

Le clergé d'Argentan est , aujourd'hui 1 er janvier 4843, composé de :

Argentan, archip et doy. MM. Dameron.

/ Lecorate.

Page 1