‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 7 sur 30 · LE4 DOMINICAINS · texte numérisé non relu

LE4 DOMINICAINS

L'ordre de saint Dominique fut fondé en France vers 1216 ; ceux de cet ordre, appelés frères prêcheurs, sont plus communément connus sous le nom de jacobins, que leur avait donné le peuple de Paris , par la raison qu'ils s'y étaient établis d'abord dans la rue Saint-Jacques. Ils avaient été primitivement institués comme chanoines réguliers , et s'étaient fait peu après religieux mendiants. La communauté d'Argentan fut fondée vers 1290* Rodolphe Osbert y contribua par la donation d'une maison située entre le chemin royal et la clôture de la ville, d'une grange, d'un jardin : l'acte de donation est du vendredi vigile des apôtres saint Simon, saint Judes. Les biens donnés se trouvaient dans les enclaves de la paroisse Saint-Germain d'Argentan. Philippele-Bel confirma cet acte par lettres patentes du mois de novembre 1290. Ce prince céda de plus , pour l'augmentation du

monastère, certaines parties des murailles et fusses de l'ancienne ville, situées derrière la maison. Par autres lettres patentes, confirm« ; i's l'an 1294, le surplus des fossés contigus fut donné par le roi aux religieux. Il est dit : « Philippe, etc. Nos a m és frères prêcheurs d'Argentan ont acquis de GeoflTroy-MonovilIe , chapelain du château d'Argentan , de l'abbé Cerisy, de Richard Viel , Pierre Bouvier, Guillaume Godde, Rodolphe de Coulandon, Michel Boebois et Robert Bausamis, environ un acre d'étendue; nous leur concédons les- fossés et place depuis le bout où sont les antres fossés jusqu'à la Cohue (\) , contenant environ quinze perches en longueur; item le lieu appelé Fro. contenant environ quatre perches, jusqu'à la porte desTelliers, retenant trois perches vers cette porte pour le chemin commun, à charge d'une redevance par les frères, de trois sols six deniers de rente annuelle, le roi ne réservant tous droits contre méchants délinquants et malicieux qui se seraient réfugiés dais ce lieu saint. Fait dans l'abbaye de Froidemont au mois d'août 1294 (2). Charles de Valois, frère du roi Philippe de Valois, fit bâtir l'égide a ses frais; elle fut bénie par Jean de Bernières, qui en avait posé la première pierre. Guillaume Langlois la consacra le 10 septembre 1298. Alix et Osbert, son mari, fondateurs, moururent en mars 1296 et juillet 1297.

Mathieu de Montmorency, chambellan de France, seigneur d'Argentan, confirma diverses acquisitions faites , par les frères , de plusieurs habitants d'Argentan , situées entre le rempart et leur jardin.

Jean de Montmorency, son fils, fil donation d'un parc plante

(1) Ancienne maison du seigneur haut justicier, où se tenaient, les plaids.

(2) En 399, le concile de Cailliage députa deux évéques aux empereurs, pour obtenir une loi qui défendu d'enlever dans les églises les criminels qui s'y seraient réfugiés.

en vigne?, qui forme nn des côtés de la rue du Pati , entre le cour til de Saint Thomas et les fossés de devant les frères, donnant en outre toute justice haute et basse, avec lapins, lièvres et perdrix , étant et demeurant au lieu devant donné, nul ne pouvant en prendre ni retenir. L'acte se termine ainsi : a Donné Van 1309, mercredi après la fêle de saint Lucas, évangéliste.

Par autres lettres du lundi après Pâques 1320, il leur cède ce qu'il s'était réservé sur la pièce des vignes. Le domaine d'Argentan ayant été réuni à celui d'Aleirçon, Jean de Valois céda aux frères un chemin depuis l'entrée de leur église devant le donjon jusqu'à la porte desTetliers. La cession est du 42 août 1471.

Les Dominicains furent à Argentan les inquisiteurs de la foi; mais ils ne paraissent pas avoir abusé de celle fonction , et l'histoire locale ne leur attribue aucun des faits qui font ailleurs justement détester l'inquisition.

Le couvent d'Argentan a produit et reçu quelques hommes distingués , notamment J° Charles de Valois, fils de Charles n, duc d'Alençon, neveu de Philippe de Valois , roi de France, arrière petit-fils de saint Louis , qui se fit religieux de cette communauté. Lorsque son tour arrivait, il allait à la quête la besace sur le dos, et s'acquittait humblement de son obédience. Le i3 juillet 1365, il fut élu archevêque de Lyon (Charles v régnant).

Jacques Yver rapporte que Philippe d'Alençon , frère de Charles i cr nommé, prit aussi l'habit dans la communauté d'Argentan, âgé seulement de 17 ans ; il fut évêque de Bauvais en 1356, puis archevêque de Rouen, cardinal et patriarche d'Àquîlée. II mourut à Rouen en 1397, et fut enterré dans la rotonde ;

3° Le frère Gouvo , qui fit en 4508 réformer le relâchement introduit aux règles du couvent ;

4° Le père Cajetan, provincial de l'ordre, auquel le pape

Léon X permit de former uue compagnie sous le nom de Congrégation gallicane.

5° Les pères Girard, Duraesnil, Simon Lemperrière et Jacques Lehongre. Le premier fut estimé le plus docte théologien de son temps; il fut huit ans prieur au couvent d'Argentan; il le fut msuite du grand couvent de Paris; il y était en 1562 , à l'époque où la communauté d'Argentan fut pillée par les calvinistes. Il y revint après leur départ, et mourut à Argentan : c'était un grand orateur. Le second fut grand vicaire du cardinal de Bourbon , archevêque de Rouen ; il était membre de la Sorbonne. Lors du pillage du couvent par l'amiral Coligny et Théodore de Bèze , vicaire de Calvin, Duraesnil eut conférence avec de Bèze, mais il ne put arrêter le pillage : tout fut saccagé et détruit, même le bras de saint Contest, évêque deBayeux, conservé comme relique. Ce fut un bourgeois, appelé du nom d' Itard-le-Sens , qui parvint à arrêter les ravages avec de l'or.

C° Le docte Gervais Cha tel, qui fut opposé à Lucas Caget, cure d'Alençon, par Monseigneur Dumoulinet , évêque de Séez , pour lui faire abandonner le calvinisme qu'il avait embrassé, les habitants d'Alençon l'ayant réclamé pour pasteur, il prit possession le 12 février 1570.

7° Jean Duros, que son mérite fit élire commissaire-général de l'ordre. Dans une procession à Paris il porta la couronne de Jésus-Christ, conservée dans la sainte chapelle ; il fut vicaire de l'archevêque de Narbonne; il fut nommé à l'évéché de Bayeux , mais il refusa, vint à Argentan, et mourut le 16 juin, âgé de quatre-vingts ans. Gautier, jésuite , prononça son éloge dans l'église Saint-Germain d'Agentan.

8° Marin Prouverre Bichetaux , prieur du"' couvent , aux années 1605 et suivantes, composa, dans Tannée 1624, l'Histoire Ecclésiastique du diocèse de Séez, dont ï\ fit, hommage à

Monseigneur Lecamus, évéque deSéez En 1051, il fit Ypittoire générale de Normandie , qui commence à la descente des Golhs.

9° Frère Mabey, dominicain, fut choisi pour examiner des propositions avancées par l'Université de Salamanque ; il fut élu provincial de l'ordre dans l'année 4028; il obtint la cession ù sa communauté (Je l'herbage qui joule le parc planté en vi, gncs, de l'Hôtel-Dieu, Pour échange, le frère Mahey donna les près de la vallée d'Orne et du pont de Fli^ny ; de plus il obtint l'autorisation de renverser dans les fossés du donjon le boulevard et contrescarpe qui masquaient l'entrée du monastère. C'est à, cause des travaux que ce frère fit exécuter, que la place porto son nom ; on l'appelle toujours place Mahey.

Il a été tenu quatre chapitres dans celte maison depuis

La communauté des {dominicains d'Argentan fut supprimée en 1790 ; sauf quelques dégradations, l'église et les bâtiments furent conservés , les biens furent vendus cpmme propriétés nationales. Les bâtiments servirent long-temps de magasins et casernes; les religieux et prisonniers de guerre espagnols y furent casés de 1809 à 184$; des prisonniers allemands leur succédèrent. Lors de l'invasion de l'Europe coalisée contre la France, quelques troupes prussiennes se hasardèrent à Argentan; à la faveur du traité de paix elles purent échapper aux Normands et regagner leurs foyers. Le cauYcnt des Dominicains fut enfin rasé; sur son emplacement on a construit, en 182?, un bâtiment qui sert au rez-de-chaussée de halle aux grains, de municipalité, tribunal de commerce et de paix, La première pierre de taille du cordon d'assise de ce bâtiment, à l'angle du côté nord-nord-est, a été creusée ; une petite caisse, renfcrwani des pièces au millésime de 1827, y est encastrée. Le parc, ancieonenement planté de vignes, est aujourd'hui planté de tilleuls, ormes et maronniers et disposé pour servir de promenades publj-

ques. Le milieu sert de champ de foire pour les chevaux et bestiaux. La place, devant la nouvelle mairie, présente unjcarré parfait , enfermé par des chaînes en fonte et des bornes en granit. Une nouvelle rue est percée vis-à-vis la nouvelle mairie, dans l'ancien chemin de ronde de la forteresse. Cette rue, par des considérations d'intérêt privé , décrit une courbe qui ne doit être redressée qu'après un délai de vingt-cinq ans ; la largeur de celle nouvelle voie est de huit mètres.

Par délibération du conseil municipal d'Argentan, du 8 novembre 4841 , il a été décidé qu'il serait fait une rectification à l'alignement de la place Mahey ou du Calvaire ; un particulier est autorisé à bâtir. Une concession à la ville, de cent quarante quatre mètres de terrain du côté du Paty, est acceptée ; ces terrains sont mis en vente, mais à la charge, par les acquéreurs, de faire des constructions élevées de deux étages et conformes au plan donné par l'architecte de la ville. Beaucoup d'habitants protestent contre cette concession ; le résultat de la protestation n'est pas encore connu

Dans l'établissement de la nouvelle mairie, un local a été destiné pour y placer une bibliothèque publique vivement désirée dans la ville; le 12 août 4855 un membre du conseil municipal a rappelé ce désir des habitants d'Argentan ; il a ajouté que dans un moment où le gouvernement faisait tant d'efforts pour l'instruction publique, ce serait seconder ses vues que d'utiliser le local existant , en votant l'ouverture de la bibliothèque et ouvrant, pour ce, un crédit, suffisant. Cette proposition étant appuyée, le conseil a reconnu qu'il y avait opportunité à voter la création d'une bibliothèque, sauf à n'y conserver que les sommes dont on pourrait disposer sur chaque exercice, sans nuire aux autres besoins de la cité; qu'en outre , les acquisitions annuelles, des dons volontaires nombreux viendraient accroîtra chaque jour ce trésor de science et de lumière , le conseil invit

co nséquemment la commission des finances à proposer, tout sur l'exercice courant que sur celui de 4836 , les crédits qu'elle pourrait ouvrir pour cet objet. Nonobstant celte sage délibération, Argentan ne peut encore s'enorgueillir de la possession d'une bibliothèque publique. Les opinions sont divisées sur les motifs qui en font ajourner l'ouverture.

L'appartement disposé pour la bibliothèque sert aujourd'hui pour les assemblées des élections municipales , départementales et générales.

LES G . PUCINS

Les Capucins étaient de l'ordre réformé de Saint-François, le plus rigide de tous les ordres mendiants : ils portaient la barbe longue, marchaient jambes et pieds nus, chaussés seulement de sandales découvertes; n'étaient vôtus que d'étoffe brune et grossière, avec une courroie de cuir pour ceinture; ne pouvaient individuellement posséder, quoique ce soit en propre. La croix placée sur leur autel, et portée en tôle des leurs processions , était de bois brun tout uni, sans aucun ornement. Leur humilité les rendait vénérables aux yeux des peuples.

Les Capucins ne furent admis en France qu'en l'an 1574. Leur couvent , à Argentan , ne date que du commencement du xvu e siècle ; ils l'emportèrent, étant aidés par Christophe Mahot, curé d'Argentan , sur les Jésuites qui demandaient en même temps a fonder un collège dans cette ville. On leur céda deux acres de terre, derrière la rue de la Planchette , achetés par la ville de l'hôpital, moyennant 2,000 fr. qui furent payés avec le prix d'une commune située au-dessus de la chapelle St-Roch, vendue à Jean Ango, sieur de Loucé. Monseigneur Le Camus de Pontcarré, évéque de Sècz, fonda et bénit la chapelle

sous l'invocation de saint Godegrand et sainte Opportune. La première pierre fut posée par Jacques de Rouxel, gouverneur de la ville, seigneur de Medavid, comte de Grancey , Solangi, Mare, Villers, Cotonniers, régnant Louis XIII, Grégoire XV, pape. Ce monastère fut commencé le 31 mai 1021, terminé en dix-huit mois. Le premier gardien fut élu en 1623. La fabrique de l'église Saint-Germain prêta aux Capucins la quatrième cloche du petit clocher : elle y est restée jusqu'à la révolution de 1793. Quatre chapitres provinciaux ont été tenus dans cette communauté, dans les années 1645, 1664, 1681 et 1693. Les plus notables sujets de cet établissement sont Jacques Desbordes et le père Louis François. Le premier, mort en 1669;

il était auteur des Paraphrases, de l'Explication de l'Apocalypse , et la Concordance du Bréviaire romain ; le second , à ses Conférences théologiques sur la grandeur de Dieu y Paris, 1678; les Exercices du Chrétien , inférieur ; la Philosophie du véritable Chrétien, et autres ouvrages de piété. Il mourut en 4680.

Les pères Victor et Daneze, d'Argentan. Le premier secourut avec dévouement les fidèles affligés de la contagion qui désolait le pays d'Argentan. En l'année 1635, il périt victime de sa généreuse sollicitude. Le père Daneze , qui se trouvait à Rouen vers ce temps, en fut préservé. Le couvent des Capucins a été , comme les autres, supprimé par suite de la révolution de 1789, et les biens qui en dépendaient vendus par l'Etat. L'église et partie des bâtiments occupés par les frères furent réservés, et dans le commencement de notre siècle on y a placé l'école secondaire communale, depuis réorganisée en collège qui est présentement en voie de prospérité. La ville, pour les besoins de l'établissement, a fait construire, depuis 1840 , de nouveaux bâtiments et une chapelle.

Devant les bâtimens du collège , il existait une grande place vague , présen lant un carré presque régulier , qui servait an-

dénuement de champ de foire aux chevaux ; mais depuis que la foire est transférée dans l'ancien enclos des Jacobins , elle n'avait aucune destination et servait au dépôt des bois et matériaux du public. L'administration municipale à fait niveler , gasonneret planter cette place; maintenant c'est une promenade publique fort agréable.

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