‹ Histoire d'Argentan et ses environs comprenant des recherches historiques episodes de la domination des Celtes, des premiers Gaulois, des Romains, des Franks & des Normands dans les GaulesChapitre 6 sur 30 · ABBATE DE SAINT- CLAIR · texte numérisé non relu

ABBATE DE SAINT- CLAIR

Marguerite de Lorraine , fille de Pierre de Lorraine, comte de Vaudement , Guise, etc., petite-fille de René de France, roi de Sicile et d'Aragon , nièce de Marguerite de France, reine d'Angleterre, épouse de René de France , duc d'Alençon, seigneur d'Argentan , et aïeule d'Antoine de Navarre, père de de Henri iv, roi de France, étant devenue veuve , et de plus privée de son fils, décédé en 4 492, laissant lui-même un fils en bas-âge, prit la résolution de renoncer au monde; pour cet effet elle fonda plusieurs monastères sous la règle de Sainte- Claire : le premier à Alençon, où elle établit en 4 SOI des religieuses de Y Ave Maria de Paris; le second a Mortagne; le troisième à Argentan , où elle prit l'habit en 4519, et mourut depuis en 4522. C'est de ce dernier monastère dont nous nous occupons : d'abord elle avait choisi pour l'emplacement du couvent l'Hotcl-Dieu ; mais sur la réclamation des habitants et la décision de la Sorbonne , elle changea d'avis , les habitants lui offrirent cinq cents francs pour aider à la construction du monastère dans un autre lieu , celte offre fut acceptée

par contrai du 15 mars 1547; il est dit dans l'acte , qu'après avoir visité plusieurs endroits on a choisi une ancienne voie nommée rue du Beigle , sur une longueur de dix à douze perches, à partir d'environ vingt pieds au-dessus de la fontaine Marion, et aboutissant a l'héritage de l'Ancelot-Cautel ; joignant d'un côté le Clos à Pépin , d'une largeur d'environ (rente-huit pieds, huit pieds devant être laissés libres pour l'issue des maisons de l'autre côté. En outre, il lui fut cédé le Clos à Pépin, entouré de murs, contenant environ trois acres. Cette cession est datée du mois de mars 1517.

Les travaux commencèrent avant Pâques 4517, sous la conduite de Laubier, conseiller, maître d'hôtel de la princesse. Dès le mois de juillet 1549 elle quitta l'Hôlel-Dieu , se rendit avec ses religieuses au château d'Argentan; elle prit l'habit dans la chapelle Saint-Nicolas, des maios de Gabriel Moria|, provincial de l'ordre des Cordeliers, en présence de Jacques de Silly, évôque de Séez, du duc et de la duchesse d'AIençon. Le nouveau cloître se trouvant achevé, Marguerite y fut introduite par Jean-Clapion, provincial de l'ordre Saint-François , le 41 août, veille Sainte-Claire 1520, avec douze filles. L'église fut consacrée par l'évéque de Séez , qui reçut les vœux trois jours après, sous la règle modifiée de Sainte-Claire. Catherine de Tirmois, fille de Jean Tirmois, avocat, fut abbesse. Le duc d'AIençon fit donation à la communauté du Clos-Pepin. du grand herbage du Breuil, situé à Aunou-le-Faucon , par lettres du mois d'août 1518, vérifiées à la chambre des comptes à Alençon, le 24 février suivant. Marguerite, pour augmenter sa dot, fit présent à la communauté de ses bijoux et de son argenterie; de plus, elle employa neuf mille livres pour acheter de Guillaume Saint-Gilles le domaine du Houlme , par contrat devant les tabellions d'Argentan, du 23 août 4520. Dès l'année 4 518, elle avait obtenu la bulle de fondation delà règle modi

fiée de Sainte-Glaire, par les papes Léon v, Urbain et Grégoire iv.

L'acte de donation qu'elle fit à la communauté se termine ainsi ; « donné à Argentan, au mois de septembre 4520 , signé d Marguerite; Laubier , conseiller, et Vaulogier , président. i> Signé , ferré et scellé à double queue. * La Princesse remit ensuite son testament à son petit-fils , fit sa profession / tomba dans une longue maladie dont elle mourut le 2 novembre 15 w 2i. âgée de 58 ans. Sa dépouille mortelle fut embaumée et déposée dans un cercueil de plomb, placé sur une grille en fer, dans un caveau à droite du chœur , en présence du duc d'Alençon et de M. Brignon , président du parlement de Normandie. Ses noms et qualités étaient gravés sur sa tombe , elle eut le titre de bienheureuse, le martyrologe en faisait mention ou commémoration. Dans l'année 1624, la peste désolait la province de Normandie, monseigneur Lecamus, évoque de Séez , instruit des miracles de la bienheureuse , vint processionnellement de Séez à Argentan, intercéder auprès d'elle : son tombeau fut ouvert. Il l'avait été en 1589 , 1592 et 3 mai 1647. Le corps fut trouvé intact, il fut encore ou vert à la sollicitation du ducd'Harcourt, en 1648 et 1630 ; et enfin le 31 mai 1755, à la demande de Charles de Lorraine , comte de Briouze.

Le cœur était conservé séparément dans une boîte d'argent , il se trouva sain et entier. La duchesse de Guizeet la grande duchesse de Toscane sa sœur , visitèrent le tombeau , qui leur fut ouvert le 7 juillet 1768.

Monseigneur Lecamus, évéquedc Séez, présenta à Louis xiii et à la reine d'Autriche , un mémoire contenant la narration des miracles opérés par la bienheureuse , et sollicita sa canonisation du pape Urbain vm. Les guerres du règne de Louis irv firent oublier ce projet. Cependant en 1626 , les docteurs , rédacteurs de la vie des saints, y placèrent la sienne.

Monseigneur Néel , évèque de Séez , voulut établir un sémi-

naire dans le couvent de Sainte-Claire. Pour cet effet, il fit notifier à l'abbessc une défense de recevoir des novices. Le comte de Briouze vint visiter la maison le io juin 4756 ; la trouvant en bon ordre, il obtint un arrêt le 30 octobre suivant, pour la rétablir dans ses droits. Par reconnaissance de ce service , on plaça ses armoiries derrière l'autel , avec celte inscription :

« D, 0. M. Graliludin ». monom n n(um erectum anno 1753. •

On remarque qu'en 1563 et 1868 , les protestants épargnèrent re couvent, en considération de M. le prince de Condé, leur chef, parent de la fondatrice.

Les lois de l'assemblée constituante trouvèrent encore quelques religieuses cloîtrées. En 1790 , les délégués du directoire d'Àlençon informèrent ces religieuses qu'elles étaient libres de rentrer dans le monde. Peu de temps après, les biens de la communauté furent déclarés nationaux et vendus comme propriété de l'Etat a divers particuliers. On voit encore dans les rues du Beigle , des Moulins, de la Noë et du Bain-Sacré, les murs de clôture de la communauté.

En 1793. le monastère fut eu partie démoli ; le corps de la bienheureuse fut retiré de son cercueil de plomb et apporté a l'église Saint-Germain, il fut ensuite placé dans une fosse commune , creusée dans le vieux cimetière , à quinze mètres du pied de l'église, en face du cadran solaire peint sur le mur de cette église; les ossements se reconnaissaient aisément, étant brunis par les préparations employées pour embaumer les chaires. Le cercueil de plomb servit à faire des projectiles de guerre; le cœur resta déposé dans son urne d'argent , qui fut apportée à l'Hôtel-de-VilIe, avec le livre de prières de la sainte. Après la tourmente révolutionnaire terminée, l'urne renfermant le cœur de Marguerite de Lorraine fut déposé dans la chapelle des religieuses à l'église Saint-Germain, ainsi que Je

constate l'inscription cri lettres d'or, sur marbre noir, que Fouvoit dans cette chapelle :

• Ci gisl le cœui do ta bienheureuse » Marguerite de Lorraine fondatrice

• Du monastère de Sainte-Clair d'Argentan,

• Pelile-Ûlle de René de France, bisajeule

• De Henri Quatre , morte en odeur de sainteté » En 1521, la translation de son corps (lit

• Faite ici en 1793 elle cœur placé par ses

» Religieuses en 1803. Priez Dieu pour e'.le. ■

Quant a son livre de prières, nousavons vu (page 222) que les habitants d'Argentan en avaient fait hommage à l'impératrice Marie-Louise passant, en 4811, par Argentan avec l'empereur Napoléon qui se rendait à Cherbourg, pour imprimer aux travaux de creusement du port de cette ville l'activité de son génie. Des religieuses de Sainte-Claire existaient encore à Argentan en 1830.

Page 1