‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 2 sur 102 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Lorsqu'on veut écrire l'histoire particulière d'une localité, ses archives sont la principale source où l'on doit puiser. Ces premiers éléments de la vérité historique manquent pour Arlon.

Arlon n'a pas d'archives. Ravagée tant de fois par la guerre, par le feu, surtout par l'incendie presque total de 1785, cette ville a perdu tous les documents écrits antérieurs à cette fatale époque. Cependant aucune catastrophe semblable n'a pu anéantir les archives créées depuis : que sont devenus les papiers concernant la police, la communauté (1) jusqu'à la réunion du Luxembourg à la République française ? à dater de cette époque jusqu'à l'Empire en 1804 et depuis? où sont les vestiges de l'administration française ? que reste-t-il des faits et des événements sous le Gouvernement des Pays-Bas ? Et plus récemment encore, quels souvenirs sont demeurés des premiers temps de la révolution belge de 1830?

Il n'en existe aucune trace, tout a disparu. Quand et comment? on l'ignore.

Le peu d'archives concernant Arlon se trouve au dépôt de l'État au Gouvernement provincial, et appartenait, avant la séparation de 1839, aux archives du Grand-Duché, à Luxembourg.

C'est bien peu pour écrire l'histoire d'une localité, lorsqu'une monographie ne peut avoir de valeur qu'en entrant dans des détails plus intimes relativement aux institutions et h leur fonctionnement, en reproduisant les physionomies plus caractéristiques de chaque époque, dans la vie publique comme dans les mœurs particulières.

(i) Les registres de la justice, lors de l'incendie de 1785, ont été sauvés par les soins du premier échevin, du greffier Kielles et de son clerc Schmit. L'institut archéologique possède deux de ces registres j les autres, en assez grand nombre, reposent aux archives de l'État à Arlon.

Et puis, quelle disette dans les points qui se rattachent aux faits généraux de l'histoire ?

Pour édifier quelques chapitres de l'histoire d'Àrlon, j'ai dû consulter ce qu'en ont rapporté des auteurs anciens ; quelle autorité doit-on leur attribuer ?

Voici ce qu'écrivait Dom Calmet dans la préface de Y Histoire de Lorraine :

c Au reste nous devons avertir le lecteur que toutes les pièces que nous avons fait imprimer, ne sont pas d'une égale autorité. Il y en a d'autentiques et de certaines, comme sont les diplômes, les titres, les traitez ; il y en a d'autreâ qui sont mêlées de faits dont les uns sont certains et les autres sont douteux et absolument apocryphes, comme sont ceux qui sont renfermés dans les croniques des églises et les histoires particulières, aux* quelles on ne doit ajouter foi qu'après les avoir examinées selon les règles de la critique et en les conférant avec les autres histoires les plus vraies et les plus autentiques. »

Pourquoi Dom Calmet n'a-t-il point toujours observé cette règle si sage ? On lui reproche de s'être borné à consigner, sans critique, dans ses énormes volumes, des notes souvent contradictoires qu'il recueillait ou faisait prendre dans des ouvrages publiés de son temps ou qu'il recevait de toutes mains. Ce qu'il a écrit sur Arlon fourmille d'erreurs.

Pour asseoir une critique raisonnée, il importe de faire connaître les œuvres qui ont été successivement publiées sur l'histoire des Pays de Trêves et de Luxembourg. Par li on apercevra facilement l'origine des erreurs qui, par une simple copie, se sont renouvelées et ont été perpétuées.

Le plus ancien traité historique est celui-ci :

Gesla Trevirorum seu historia Trevirensis, ouvrage composé par Thierry, religieux de Saint Mathias de Trêves qui vivait vers l'an 1012, et continué par Golschere, religieux de la même abbaye, qui l'a conduit jusqu'à l'an 1152. Cet ouvrage est reproduit parmi les Preuves de l'histoire de Lorraine, ainsi que dans Materne et Durand, Amplissima coliectio, tome IV p. 182 et dans le Prodromus de Hontheim, C. 65. p. 759 (1).

11 s'agit ici d'une chronique d'église, d'une histoire particulière rédigée par des religieux de Trêves, plutôt dans l'intérêt des évéques et de leur autorité et puissance. Tout ce qu'ils rapportent doit donc être accueilli

(i) Il existe de cet ouvrage une édition de Millier et Wyttenbach% Trêves i836. - La dernière édition des Gesta est dans Pertz, rnonumenta historiée Germaniœ.

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