‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 23 sur 102 · GESTAMINA MANUUM. - TOUT CE QUI EST PORTÉ · texte numérisé non relu

GESTAMINA MANUUM. - TOUT CE QUI EST PORTÉ

C'était une coutume chez les Romains d'ajouter aux tombes tout ce qui avait été cher ou habituel aux vivants et de l'inscrire ou le sculpter pieusement sur les monuments élevés à leur mémoire. Qu'y a-t-il en effet de plus juste et de plus convenable que de représenter chacun avec ses insignes soit par la peinture, soit par ta sculpture ?

Les insignes ou marques étaient de deux sortes, publics ou privés.

Les insignes publics désignaient les magistrats remplissant une fonction civile ou militaire.

Les marques privées indiquaient l'état, la profession propre à chacnn, suivant que le voulait l'affection ou l'usage, et selon que le comportaient l'âge, le sexe, la condition (2).

(i) Al. Wiltheim* Lux. rom. lib. 5, cap. 4.

(s) AL Wiltlieim. Lux. rom. lib. 5, cap. 5, p. if»6.

Quîd enîm &què aptum, quàm cum suo quemque insigui, aut pingere, aut fingere? Insigaîum autem gênera duo, publica et prîvata. Magistratus, ont civile bellîcumque munus : privatif, studîum cuîque proprîum, «eu îd artifictum, s«u res în amoribus aut «su, proùt ferebat «tas, sexus, conditio.

On trouvera donc :

Dans la main des femmes, rcliculum, loculus, capsa, libellus et laguncula ;

Dans la main des hommes, bursa, pttgillar, tabulœ, libellas, volumeit, loculus, aluta.

Voyons ce que sont et ce qu'indiquent ces divers objets.

1° Ce qui est porté par les femmes.

Reiiculum elegans leniis absque plagula concellalim imexth, un sac ou sachet sans fond et en forme de treillis, un sac à fllet servant à contenir divers objets.

Loculus forma quadrangulâ, un coffret d'une forme carrée. Ces coffrets en ébèpe ou en autre bois étaient habituels aux Romains. Les femmes ; renfermaient des bijoux, des perles ou tout autre ornement précieux. Il y en avait à compartiments séparés, comme un nécessaire de nos jours.

Qualitecha seu capsa aliqua, une cassette ou boîte quelconque profonde pour renfermer une toilette de femme. Elle était souvent de forme ronde.

Le libellus, feuille simple écrite ou volumen, représente les tablettes nuptiales.

La laguncula est une petite bouteille très-longue du cou. Le flacon lacrymatoire indique toujours une veuve en deuil.

« Ce flacon au col long et étroit ou l'urne funéraire servait à renfermer les cendres du défunt ou à contenir l'huile dont on oignait le cadavre avant de le consumer par les flammes du bûcher ; ou bien il était un signe de deuil et des pleurs répandus par la veuve. Ces fioles, en verre ou en poterie, après avoir reçu les larmes des amis, preuve d'attachement pour le défunt, étaient enfermées dans son tombeau.... La fiole est toujours un signe sépulchral.... (1).

2° Ce qui est porté par les hommes.

liursa seu marsupium, une bourse à serrer l'argent. C'est le signe du négoce et du commerce. Mercure, dieu du commerce, portait habituellement une bourse. Les bourses étaient faites de cuir ou d'une peau molle.

(i) Suadct îd phiala seu urns fuuerea sive recondendos defuoctî cîneres, sise ad prsslandum oleura quo tibilinani pullinctores cadavera prïusquam exurcrentur, îrninguebant,sive ad luctûs et lacrymarum îndicium. Namphialis vitreis fi et il îbus que exceptas lacrymas amicorum, i moque sepulcbris inclusas testes ainoris in defunctuni docent antrquarii. — Pbiala qux signum topidem esse scpulchralem et deam libitînam. With. Wiltheim disçuisjtiones, lib. a. cap 5).

Pugillar, en agenda, libellas, un livre ou un rôle, tabulœ, des tablettes, volumen seu peda involuta, un rouleau ou une indication de rouleau Le rouleau était un livre fait de feuilles de papyrus collées ensemble, roulées autour d'un cylindre.

Le livre, le rôle ou le rouleau indiquent en général un homme livré aux études littéraires. Us désignent aussi les comptes d'hommes d'affaires ; puis le livre dans lequel on inscrivait les noms des défunts et les comptes de leurs funérailles.

Loculus.Le coffret à forme carrée était également porté par les hommes; il servait à renfermer l'argent. Il désigne un négociant ou un marchand. Lorsque le personnage porte, en outre, des tablettes on un rôle, c'est m fonctionnaire qui avait charge de deniers publics (t).

Alula. On appelait ainsi des petits sacs, espèces de portefeuilles faits âe fcuir tendre ou de peaux amollies ; ils servaient à renfermer les écrits, les lettres ou les rôles, qu'il fallait transporter au chef-lieu du comté ou bteb au palais du prince, afin de les préserver des atteintes de l'eau (2). ïls désignaient un magistral ou un fonctionnaire (3).

3° Position des personnages.

Lorsqu'une inscription existe sur une tombe, elle indique si celle-ci est élevée à un mari, a une épouse, ou par des enfants à un père et à une

(i). Viro loculi undè colligere qui posset merca totem fuisse, vel qusstorem aerariu jMTfléstdentem. Quamvis quia labulîs caret, malim cliceri non fuisse magistratum aliquem et quBStorem, sed negotiatorem potius. Ncgotiantibus et merca tori bus syrobolum id circo loculi, quod et MtTcurio, causa negolialionis et mercauturae, quibus praeesset, loculo tfaAdfttur. With. Wittheim^ disçuhitiones, lib. a, cap, 5).

(2). Magistratum fuisse inuuuut pentiles tabulœ et cène, sed poluis aluta. Ita enim vocebant sacculos ex corio tenero seu alutâ conftetos quibus epistolas libellosque longius deferendos, ad comitatum et priocipis palatium deferebaut, ut ab aquâ servarentur illaesa. [Ibidem).

(3). Il y a autre chose que les coiffures, les habillements et les marques de ce qu'ont été les défunts à étudier dans les personuages représentés sur les lombes du Musée provincial d'Àrfoti et dans les gravures originales du Luxemburgum romanum, ce qui reste à étodïer, dia-je, ce sont les traits caractéristiques des têtes, afin de déterminer, si c'est possible, les races des individus. On prétend que, dans le Luxembourg, il a dû se faire un mélange de races : les légions romaines qui y ont séjourné, les colonies militaires, les légionnaires récompensés par un lot de terre, ont amené dans la cité trdvirienne des hommes de pays éloignés, par conséquent de différentes races. On y a retrouvé, croit -on, les types des Egyptiens, des Phéniciens, avec les traces des cultes propres à ces nations. JSndique une voie d'étude, sans insister.

mère. S'il n'y a pas d'inscription, la fiole funéraire que porte la femme est en général une marque qu'elle survit à son mari. Assez souvent, ce signe de deuil est absent.

Quelle est la position des personnages sur nos tombes d'Arlon? Qui occupe la droite, qui la gauche ?

Voici ce qu'en dit Al. Wiltheim r

Uxori habitas a marito dextrœ honos, solemni reverentia monimentorum antiquiiatis romanae, ut si quid aliter représentât^ sit pêne pro miraeuto.

Ainsi, tes honneurs de la droite sont toujours donnés à la femme ; le contraire serait presque un miracle.

Voici donc la règle générale : uxori dextrae honos, et lorsqu'il rend compte d'un monument en particulier, l'auteur du Luxemburgum romanum dit toujours que la femme est placée dextrorsum, à droite.

Que doit-on entendre par la droite et la gauche d'un monument ?

Lorsqu'un spectateur est placé en face d'une pierre à personnages, la droite du monument sera-t-elle la partie que le spectateur a h sa droite, et la gauche du monument celle qu'il a à sa gauche ? Beaucoup de pursonnés pourraient s'y tromper. La droite du monument est h la droite des personnages représentés et la gauche à la gauche de ces mêmes personnages. Ce qui le prouve, c'est que, pour qu'un mari donne h sa femme les honneurs de la droite, il doit la placer à sa droite à lui, et le spectateur, pour déterminer la droite ou la gauche du monument, doit se mettre luimême dans la position des personnages représentés, en tournant le dos au monument.

Dans celte appréciation, les monuments à inscription vont encore nous guider.

Dans les numéros 180 pi. 53, et 192 pi. 40, l'inscription va, pour le spectateur, de gauche k droite, dans un sens naturel ; la femme est placée à la droite du mari (I).

Dans les numéros 131 pi. 18, 161 pi. 32, et 180 pi. 53, la femme est à gauche et le mari a droite, mais l'inscription est tracée de droite tt gauche pour le spectateur, ce qui indique que la figure n'est pas dans son sens vrai et que le tirage la reproduira dans la position réelle des personnages, alors la femme sera à droite et le mari à gauche.

Les numéros 275 pi. 57, 284 pi. 62, 285 pi. 63, 289 pi. 66, 290 pi. 6V,

Ci j Idem ii° 392 qui 11'apparliciil pas à la série d'Arlon.

et 294 pi. 69 n'ont pas d'inscription, mais la femme y est représentée à droite, avec les honneurs qui reviennent à la matrone (2).

Dans les numéros 94 pi. 9, 133 pi. 20, 138 pi. 24, 139 pi. 25 6, 143 pi. 27 a, 144 pi. 27 6, et 216 pi. 43, également sans inscription, la femme est figurée k gauche, et l'homme k droite. Ce qui est contraire a la règle générale et à l'observation toujours renouvelée en particulier par l'auteur du Luxemburgum romanum : uxori dexlrae honos. On doit en conclure que le monument a été dessiné en sens inverse, pour être reproduit, par le tirage, dans sa position directe et réelle.

Je ferai d'ailleurs remarquer que, dans les monuments du Musée d'Àrlon, qui sont originaux, la femme est toujours placée à la droite du mari ; la règle uxori dextrae honos est donc complètement justifiée.

Après ces explications, j'entre daas le détail des monuments privés trouvés à Arlon, à diverses époques, décrits par les deux frères dans les Dûquisitiones et dans le Luxemburgum romanum.

Recherchons d'abord tous les monuments qui peuvent rappeler l'état militaire.

N° 102, pi. 9. Un trophée d'armes dans un fragment de frise, partie d'un monument important.

N° 109, pi. 12. Des soldats armés de lances passent sous un arc d'élégante structure, orné au milieu d'une grosse guirlande ; ce qui représente une marche triomphale. Il s'agit de légionnaires germains. C'est ce qu'indiquent leurs boucliers oblongs, quadrangulairesduhautetdu bas, et plus étroits au milieu. Est-ce un monument funéraire ou l'ornement d'un bâtiment public? Le monument devait être de grande dimension.

N° 110, pi. 13. Le faite d'un plus grand monument funéraire. Dans la partie triangulaire, on voit le buste d'un soldat sagittaire avec une barbe longue et touffue. La lettre D indique un monument funéraire ; est-ce celai d'un militaire ?

N° 219, pi. 29, qu'on trouvait à Arlon, dans la maison Schutz. Un amas d'armes et de dépouilles d'ennemis, un captif nu et les bras liés avec des cordes derrière le dos, comme il y en a dans les médailles d'Auguste. S'agit-il d'une tombe ? On pourrait en douter.

N° 227, pi. 48, à l'ancien collège des Jésuites de Luxembourg. Les effigies de deux cavaliers romains, couverts du casque, de la cuirasse, et armés de lances, qui luttent contre un ennemi qu'on ne voit pas, le monu-

(a) Idem au n° 4i4 qui n'appartient pas à la série d'Arlon.

M0NUMENT8 ROMAINS. T7

ment n'étant pas entier. Cette pierre appartient-elle à une tombe ou bien k la frise d'un bâtiment quelconque (1) ?

N° 271, pi. 55. Il a été également érigé k la mémoire d'un soldat émérite ce mausolée ouvert dans le bas et terminé en haut par une pyramide formée de tuiles sculptées en forme de cône, ou plutôt de feuilles de palmier superposées, orné de çà, de là, de boucliers séparés et de têtes de captifs. Au milieu est une ouverture pour y jeter des fleurs, des aromates, des larmes et des gémissements. La forme du monument indique une tombe.

N° 272, pi. 55. La représeptation d'un casque. Est-ce bien le casque romain ? On y voit une grille.

N°* 273, 274, pi. 54. Un grand fragment de frise, à peu près de trois pieds de haut. On voit sur la face debout un génie ailé d'une œuvre trèsélégante. Il étend la main droite pour soutenir et diriger un feston main* tenant brisé. Sur les côtés (274), un trophée composé de boucliers et d'épées superposées et placées en sautoir en forme de X. L'une de ces épées est remarquable par la garde. C'est ce que dit l'auteur du Luxemburgum romanum.

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