‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 32 sur 102 · FILO ET VERI · texte numérisé non relu

FILO ET VERI

DIAE VERECVND

EREC sont les premières lettres du mot EREGTUM. C'est la seule fois que ce mot est employé sur les monuments funéraires d'Arlon. Voici aussi une nouvelle famille, celle des Verecundii.

Sur la seconde pierre est sculpté en relief le buste d'une femme à demicorps, presque de grandeur naturelle. La tête est nue avec les cheveux bouclés ou en touffes. Au-dessus de la robe, un mantelet va de l'épaule droite k l'épaule gauche qu'il recouvre entièrement en tombant par derrière, ainsi qu'une partie du bras gauche. Le bras droit demi-nu se tient à la hauteur de la poitrine. Le bras gauche, demi-nu aussi, est tendu vers un personnage dont on ne voit que la main ; celle-ci saisit le bras de la femme en-dessous du poignet.

Dans d'autres monuments d'Arlon, les deux époux ou les deux fiancés se donnent la main.

Cette sculpture est une œuvre assez belle dans son ensemble.

Il n'en est pas de même de la troisième pierre : c'est un gros bloc carré qui n'a que d'un côté une sculpture très-informe : en bas à droite, on voit une tête de cheval : au milieu, un long col porte la tête d'un animal qui semble dévorer quelque chose ; est-ce la tête d'un serpent ? Qu'y a-t-il à gauche? est-ce la pierre brute ou un pied informe? Au-dessus, dans un creux, on reconnaît le corps d'un animal dont la tête est mutilée. Une patte très-visible et une indication de collier au col semblent désigner suffisamment un chien.

Évidemment* cette représentation n'est pas complète. Que peut-elle lignifier ?

NOMMBRTS ROMAINS. 407

La quatrième pierre n'est qu'on débris : elle devait représenter le corps nu d'un homme couvert par derrière d'un manteau très-court. Dans d'autres monuments, Mercure est ainsi représenté. Ici, on n'a plus qu'une partie de la cuisse gauche, une partie du corps jusqu'au col et à la droite du personnage, une fraction du mantelet à plis. Ce qui aurait été caractéristique manque précisément, la tête et les bras avec les gestamina.

Ces diverses découvertes et d'autres qui se feront plus tard, ont été pour ainsi dire annoncées par AL Wiltheim à propos de la destruction de la forteresse en 1671. Voici comment il s'exprime, lorsqu'il parle de l'imposai-»» bilité de réunir en un ensemble tant de pierres disparates et de recomposer un monument en entier (1) :

Delà, il me tombait dans l'esprit que des pierres de même genre, qui s'adapteraient à celles-ci, étaient encore enfouies avec beaucoup d'autres qui ne sont pas déterrées, et qu'on pouvait dès-à-présent prévoir un temps à venir où elles seraient mises au jour.

Ces temps prédits sont venus, de nouvelles et de nombreuses pierres monumentales ont été extraites du sol arlonnais.

Les découvertes de 1854, de 1856, de 1862, 1866, 1869 et 1870, ont présenté les mêmes faits, les mêmes circonstances que la démolition de 1671 .

Les pierres provenant des monuments de YOrolaunum romain, étaient placées les unes a côté des autres par lits égaux, et en plusieurs lits les uns sur les autres.

11 semble même qu'on ait pris quelques précautions dans l'arrangement de ces blocs, afin de ne pas endommager, autant que possible, les figures et les ornements : on ne détruisait que ce qui était indispensable pour que les pierres fussent bien assises. Pensaieot-ils alors, les constructeurs, qu'on remettrait un jour en lumière ces tombes, ces autels payens ? Il est probable que la pensée chrétienne n'avait pas ôté de leurs cœurs l'amour de leurs ancêtres, ni même le culte des faux dieux, puisque partout on retrouve les autels tout entiers et bien conservés. Les ouvriers s'imaginaientils que l'ancienne mythologie pourrait renaître ? Voulaient-ils conserver le souvenir du culte de leurs pères ? Ils avaient trop de soins de perpétuer leur mémoire dans les funérailles, pour qu'on croye que ce sentiment fût

(i) « Unde in eam inentcm incidebain, cetera hujus generis saxa, et quœ his congruerent, lalere eliarn nunc cum plurimis quœ erecta non sunt, et sua tempora, queis în luceni aliquando prodeant, adhuc praestolantur. »

i08 HISTOIRE D'ARLON.

anéanti par la foi nouvelle qu'ils Tenaient k peine d'embrasser et qui du reste n'y était pas absolument contraire.

Il y a des blocs carrés, non taillés, ni ciselés, ni inscrits. Les autres pierres ont des inscriptious, ou sont ornementées, ou représentent des personnages avec des scènes diverses. D'autres ne sont que des fragments de personnages : ici, on a le haut du corps ; là, le milieu et plus loin, les jambes et les pieds.

De même que, en 1671, on ne possède rien d'entier, il n'y a pas de monument complet ni de possibilité d'en rétablir un.

Il parait assez évident que, lors de la construction de la forteresse arlonnaise, lors de la destruction des monuments funéraires romains et de quelques édifices, on ne plaça point les débris provenant d'un même monument les uns k côté des autres ; on les dispersa çk et là en les superposant sans aucun ordre, et cela peut-être k dessein.

Il en sera de même sans doute pour ce qui sera découvert dans la suite des temps.

Quoi qu'il eu soit, voici la description des monuments qui, par les soins de V Institut archéologique d'Arlon, ont été extraits d'une faible portion des anciens murs arlonnais et forment en partie le Musée d'Arlon.

Ici, nous avons mieux que les descriptions fournies par des archéologues, des touristes ou autres, mieux que des dessins, si fidèles qu'ils soient ; nous possédons la réalité, les monuments eux-mêmes, tels qu'ils existaient du temps des Romains, tels que la succession des âges nous les a transmis. Les voila bien dans leurs dimensions, avec leurs sculptures. On peut apprécier, sur le vif, l'importance des monuments, le travail des artistes.

Je me hâte de déûorabrer les pierres antiques de notre Musée provincial et de les décrire avec détails, en indiquant les dimensions et les endroits précis où elles étaient enfouies.

A Pierres sans personnages ni inscriptions, ayant appartenu k des constructions diverses, tombes ou autres.

N° 1. Pomme de pin sur socle.

Socle

Hauteur

largeur

profondeur

hauteur

largeur

Pomme Déblais des remparts vis-a-vis de la caserne.

Moirouim itoiunfs. 108

N° 2. Une corniche ornementée.

Hauteur 0*30

largeur 0 54

profondeur 0 30

Mêmes déblais.

N° 3. Une grosse pierre avec un feuillage dans le coin inférieur à droite.

Hauteur OPhb

largeur 0 62

profondeur 0 36

Mêmes déblais.

N° 4. Couronnement d'une nicbe.

Hauteur 0p4&

largeur 0 75

profondeur 0 28

Mêmes déblais.

N° 5. Couronnement d'une tombe.

hauteur 0 60

profondeur 0 28 Mêmes déblais.

N° 6. Moitié d'une borne en pierre.

Hauteur 0*56

Mêmes déblais.

N° 7. Ornement architectural.

Hauteur O10^

largeur 0 44

profondeur 0 50 Maison Gérard, grand'rue.

N° 8. Chapiteau ornementé d'une colonne formant un carré.

Hauteur 0*32

largeur 0 60

Maison Gérard, grand'rue.

110 HI9T0IBE D'ABLOPi.

N° 9. Partie basse d'une colonne avec une pomme de pin séparée. Hauteur 0*75

diamètre du bas 0 25

Maison Gérard.

N° 10. Dessus d'une corniche triglipbe. Guirlandes avec têtes de bœuf.

Hauteur 0m55

largeur 1 25

profondeur 0 75 Maison Gérard.

Cette pierre rappelle déjà celle qui Kgure sous le n° 320 du Luxemburgum romanum.

N° 41. Corniche.

Hauteur 0m55

largeur 4 20

profondeur 0 80 Murs de la cour de l'Athénée royal.

N° 12. Corniche ornementée.

Hauteur 0m45

largeur 4 25

profondeur 4 00 Mêmes murs.

Ces deux corniches ont une simple doucine avec des feuilles d'achante assez grossièrement indiquées.

N° 12 bis. Pierre d'angle d'un entablement avec une doucine, un gistel et un cavet. Ces trois moulures ont 0m35 d'épaisseur, et sont ornementées de feuilles d'achante.

Longueur de la pierre 4m20 largeur 4 42

Le culot de l'angle de la doucine est supporté par une chimère grossièrement ébauchée.

Cette pierre est l'entablement d'une colonne appartenant à une construction importante, à un édifice public, selon toute apparence. L'entablement devait être vu à une très-grande hauteur.

Rue des Capucins.

M0MWBMT8 ROMAINS. Hi

N° 12 1er. Une pierre avec un griffon *

Hauteur lm20

largeur 0 80

profondeur 0 32 Au parement d'une petite face est sculpté un griffon très en saillie et dont la queue se recourbe sur une autre face. Rue des Capucins.

N* 13. Coulant en pierre arrondi en-dessous.

Longueur lm45

largeur 0 50

Murs de la cour de l'Athénée royal.

N° 14. Fragments divers : ornements d'architecture. Maison Gérard.

B. Pierres avec personnages sans inscriptions.

N° 15. Tronc de femme nue enchâssé dans un bloc de pierre. Hauteur QpWI

profondeur 0 45

Cour de Y Athénée royal.

Cette pierre était posée sur les petits côtés d'une console supportant un arc de la voftte de l'église des Carmes démolie à la lin du siècle dernier ; elle était restée enfouie lors de cette démolition ; elle avait été totalement engagée dans la maçonnerie de l'église.

En 1841, lors de la construction de l'Athénée royal, M. l'architecte Jamot trouva cette pierre et la fit dégager de la maçonnerie qui l'enveloppait, la produisit au jour telle qu'on la voit aujourd'hui et la fit déposer k l'hôtel de ville.

Ce débris, k trois quarts de relief, a la forme de la Vénus de Médicis.

C'est une pierre profane qui a été employée dans un temple catholique; mais elle y avait été bien cachée, sans doute à cause de la nudité des formes.

N° 16. Un autel ou un cyppe.

Hauteur 0m66

largeur 0 44

profondeur 0 25

\H HI8T01HE d'ablou.

Sous le pavé de la rue du marché.

Cette pierre ne laisse visible que la représentation d'Hercule, elle a été brisée du haut en bas par le milieu.

On voit, dans un carré, Hercule nu, la télé bouclée et tournée à gauche. La main droite soutient la massue en l'air et le bras gauche porte la peau du lion de Némée. Tout le corps, large de poitrine et un peu ramassé, est l'emblème de la force.

Cette pierre devait être autrefois dédiée à trois ou quatre divinités. Sur l'un des côtés, à la gauche du spectateur, on aperçoit encore une figure mutilée qui devait représenter Minerve ; c'est ce qu'indique le hibou encore très-visible qui l'accompagnait ordinairement. On voit ensuite un débris de robe et le bras gauche, sortant du vêtement, qui est appuyé sur l'égide posant à terre.

De l'autre côté, à droite du spectateur, il n'y a de visible qu'un tronc, une cuisse et une jambe droite, sans attribution possible.

N° 17. Pierre tombale.

Hauteur Qp1%

largeur 0 86

profondeur 0 54

Maison Gérard.

Face. Deux personnages occupent un carré.

À la droite du monument, un homme vêtu de la casaque juste avec de longues manches, est assis sur une chaise pleine et verse d'un sac des pièces de monnaie sur une table.

À la gauche, appuyé sur la table, un homme nu debout regarde ; la main gauche, allongée le long du corps, tient un glaive.

Que signifie cette scène ? Pourquoi ce glaive ? S'agit-il d'un comptable de deniers publics assassiné? Veut-on rappeler le genre de sa mort?

Au côté droit du monument, on voit un tronc d'homme ou de femme depuis la poitrine jusqu'aux pieds. Le personnage est vêtu de la casaque qui s'arrête aux genoux. »

Le côté gauche de la pierre est nu, ainsi que le derrière.

Évidemment, pour achever la figure du côté droit, il y avait à ce monument une partie supérieure qui manque.

N° 18. Une pierre tombale.

Hauteur lm52

largeur 0 90

profondeur 0 74

M0NUMENT8 R0MAIN8. ii3

Dans une niche sont trois personnages en pied, dont les têtes sont absentes : une femme entre deux hommes. On voit, au-dessus des personnages, trois encadrements, celui du milieu étant soutenu par deux clous carrés.

La femme est vêtue d'une chemise (lunica) et d'une longue robe à plis (slola) avec des manches très-ouvertes et retombantes, si ce n'est que la robe serait relevée et soutenue sur les bras; elle tient dans la main gauche la fiole lacrymatoire (laguncula) et dans la droite un rouleau, les sponsalia.

L'homme placé k gauche de la femme et qui est son mari, porte sur le vêtement intime, une casaque à plis et k manches (paehula) avec capuchon. La main droite relève et soutient les plis de la casaque ; celle-ci descend très-bas. La main gauche tient une bourse, signe du négoce.

L'homme k droite est habillé de la même façon. La main droite est appuyée sur la poitrine, la gauche tient les cordons d'un coffret qui pend. Il s'agit ici d'une tombe élevée par uue veuve k son mari défunt.

Que signifie ce troisième personnage k la droite de la femme ? Est-ce simplement un parent du défunt ou bien cette femme a-t-elle convolé en secondes noces?

Chaque côté du monument a un double compartiment.

Voyons d'abord celui de droite (gauche du spectateur).

H j a tout en haut un casier ou une bibliothèque, où sont rangés des volumina ou des étoffes roulées en long ou de face. Je penche plus volontiers pour des étoffes, a cause de la scène en-dessous que je vais expliquer. Elle est k trois personnages : deux sont assis devant un comptoir sur lequel un marchand debout développe une étoffe en laine ; le marchand est appuyé sur le bras gauche, tandis que le bras droit soutient l'étoffe en l'air.

Les personnages assis sont un homme et une femme. L'homme, sur le devant, porte la barbe, est vêtu d'une casaque juste avec des manches allant jusqu'aux poignets et serrée au corps par une large ceinture ; il est, en outre, couvert d'un manteau dont les bords retombent sur le bras gauche. Les habillements de la personne placée au fond sont ceux d'une femme dont on voit près du col le vêtement intime.

Le comptoir est massif avec des carrés perpendiculaires et horizontaux superposés.

La chaise est massive dans le même genre ; mais il y a un bras massif aussi qui va du haut du dossier au siège, en formant un triangle.

La scène est évidente : il s'agit de la visite d'une boutique d'étoffes par

114 HISTOIRE D'ARLOlf.

un mari et sa femme et d'un marchand qui vante sa marchandise ; c'est tout comme de nos jours.

Le compartiment d'en bas comprend trois personnes.

À gauche du spectateur, un homme vêtu d'une casaque juste à manches, est assis sur un bloc ; il tient un libellas dont il donne lecture. A droite, deux personnes, habillées de même, assises devant une table massive, semblent l'écouter. Elles ont devant elles un tas de choses qu'on pourrait prendre pour des monnaies.

S'agit-il de clients qui viennent solder un compte ?

Le côté gauche du monument, très-endommagé, est également partagé en deux cartouches.

Dans la partie supérieure, on voit en haut comme ornement, une espèce de chou.

Un homme, vêtu de la casaque juste, est assis dans une voiture à deux roues traînée par deux chevaux en course. La main gauche tient deux guides doubles, et la main droite agite un fouet développé et semble activer la course.

Dans la partie inférieure, un berger fait paître des moutons.

Ces diverses sculptures paraissent former un ensemble : il s'agit d'un marchand d'étoffes qui a sa boutique, qui solde ses comptes, qui se met en course pour les besoins de son négoce et qui possède des troupeaux de bêtes dont la laine sert de matière première à des étoffes de tout genre.

N° 19. Pierre tombale.

Hauteur lm40

largeur 1 15

profondeur 0 56 Maison Gérard.

Dans une large niche, deux femmes entre deux hommes, figures en pied. Ce sont deux couples d'époux.

Premier couple. L'homme placé à la gauche du monument (la droite du spectateur), est vêtu de la tunique intime, et par-dessus, d'une robe courte à plis (paenulah avec des manches retombantes ; la main droite retient les plis de la robe, la main gauche est appuyée sur la poitrine. Les cheveux sont bouclés et le visage imberbe est un peu mutilé.

La femme occupe la droite du mari. Sur le vêtement intime descend une longue robe & plis qui laisse les deux pieds nus à peine visibles. La tête

MONUMENTS ROMAINS. i 1 5

est penchée à gauche vers l'époux ; les cheveux sont enfermés ; la face est également mutilée. Le bras droit se relève à la hauteur des hanches ; la main gauche porte un coffret dont un bord est cassé.

Deuxième couple. La seconde femme qui suit a la face tournée vers l'homme qui est à sa droite ; elle porte, comme sa voisine, la robe longue (stolaj sur la tunique intime. La face est dégradée ; les cheveux sont arrangés en bandeaux avec un chignon.

On voit dans sa main gauche un rouleau (sponsalia) ; elle donne la main droite k l'homme placé k côté.

Celui-ci porte un vêtement de dessous terminé par des franges, et pardessus une robe à plis retombants recouvrant les bras. La main gauche tient un rouleau et la main droite serre la main de la femme placée à sa gauche.

La tête imberbe aussi est mieux conservée ; les cheveux sont ras.

Ce dernier couple représente-t-il de simples fiancés ?

Le rouleau dans la main de l'homme indique un écrivain, un fonctionnaire.

On voit, au-dessus de chaque couple, les jambes d'un génie appuyées sur une draperie à gros plis. La partie supérieure du monument devait compléter cette sculpture ; elle est absente.

Ce monument devait avoir également une base : laquelle et de quelle hauteur? On l'ignore, car elle manque absolument. Cette observation est d'ailleurs applicable à tous les monuments funéraires du vieil Àrlon.

La pierre a deux côtés sculptés.

Côté à droite du spectateur.

Dans un carre long, le corps nu d'une femme sort d'un manteau dont le bas est arrêté au-dessous du genou gauche, et dans le haut à la jointure du bras droit à l'épaule. C'est une danseuse ; le bras droit est levé pardessus la tête ; le bras gauche un peu abaissé se porte vers le bras droit ; les mains tiennent chacune une cymbale ; ces instruments se rapprochent Pun de l'autre et vont résonner sous leur contact. Les jambes de la danseuse sont croisées (1).

(0 Je décris comme j'ai vu; maïs Aujourd'hui, les cymbales n'existent plus. Des soldats belges, en décembre 1870. occupant le poste du palais de justice, se sont introduits dans les caveaux renfermant les pierres monumentales du Musée d' Arlon, et à coups de sabre, ont détruit les cymbales de notre danseuse, c'est-à-dire ce qui la caractérisait tout particulièrement; ils ont de plus endommagé les seins et d'autres parties du corps. Cette mutilation ne fait pas honneur à notre armée. Les Vandales! Ils ont encore endommagé

La tête légèrement penchée est un peu mutilée. Les cheveux sont relevés du devant en arrière, en plusieurs ondulations dont les devants sont bombés.

Tout cet ensemble, fortement en relief, est plein de grâce et de morbidesse.

Je viens de parler de cymbales. AL Wiltheim dirait que ce sont des crotale?. A propos des numéros 276, 277 et 278 de son Luxemburgum romanum, il publie une assez longue dissertation avec citation d'auteurs, pour justifier cette dénomination de crotales, (Voir liv. 6, chapitre XI, page 252 et suivantes).

Mais est-il bien question de crotales? Le crolalum consistait en deux cannes fendues ou deux pièces de bois ou de métal réunies ensemble par une poignée droite. Quand on en jouait, on tenait un de ces crotales daos chaque main et on les faisait claquer avec les doigts, comme on le fait aujourd'hui des castagnettes.

Il s'agit plutôt de cymbale, instrument composé de deux demi-globes creux en métal de cloche avec un anneau au sommet, qui permettait de les tenir entre les doigts et de les frapper l'un contre l'autre avec les deux mains. Ces cymbales servaient aux adorateurs de Bacchus et de Cybèle (Antony Rich, V" Crotalum et Cymbalum).

Côté à gauche du spectateur.

Dans un carré long, un homme est sculpté nu avec un manteau par derrière arrêté entre le bras gauche et l'épaule. Il se présente le torse de face, mais la jambe droite dépasse la gauche qui reste en arrière. Le bras gauche est élevé au-dessus de la tête tenant entre le pouce et l'index une grappe de raisin dont les grains tombeut dans la bouche entr'ouverte. La tête est penchée en arrière à droite ; les cheveux sont bouclés. Le visage est imberbe.

Au côté droit de cette partie du monument (k la gauche du spectateur), on remarque deux cartouches superposés. Dans chacun d'eux est une femme nue, le bras droit abaissé le long du corps, le bras gauche élevé au-dessus de la tête. L'autre côté avait-il un semblable ornement ? Cela est douteux, à cause du peu d'épaisseur de la pierre en cet endroit.

Du côté de la danseuse, k sa gauche, on aperçoit encore les restes de deux femmes nues dans la même position que celles du côté de l'homme ; les ornements sculptés devaient être les mêmes.

d'au 1res figures ; de petites têtes de femme, séparées du corps et très-bien sculptées, ont également disparu j c'étaieul des fragments pleins d'intérêt.

Je suis peiné de constater ces dégradations et d'en reconnaître les auteurs dans nos soldats.

Comment rattacher cette danseuse et ce mangeur de raisin à l'existence des personnages représentés à la face du monument ? Ces sculptures sontelles une simple fantaisie de l'artiste ? Cela est peu probable.

N° 90. Autre pierre tombale.

Hauteur

largeur

profondeur

Maison Gérard.

Dans une niche, sont un homme et une femme en buste de forte dimension, la partie inférieure du monument faisant défaut.

Au fond et entre les deux personnages, les lettres D. M. sont inscrites dans un carré soutenu par un pilastre ornementé. Au-dessus, on voit d'autres dessins en carrés et une indication de draperie.

L'homme est k gauche, la tête manque ; l'habillement est ordinaire ; la main droite soutient les plis de la paenula ; à la main gauche pend un coffret avec des cordons.

La femme est placée, comme d'habitude, à la droite de l'époux. La tête est bien conservée ; les cheveux, partagés sur le front en deux grosses touffes, et en plus petites sur les côtés, sont rejetés en arrière. Sur le haut de la tête est attaché un voile très-long, tombant des deux côtés sur les épaules et sur les deux bras en forme de mantelet. C'est le voile qui enveloppait totalement la mariée chez les Romains. Le tout est très-gracieux.

La robe est & plis avec une ceinture. Le bras droit est soulevé, la main tenant un bijou en creux dont le fond est fermé. La main gauche porte un coffret.

Toute cette statue très en relief a très-bon air.

Au côté droit du monument figure un personnage à demi-corps également, dont la tête a disparu et qui, pour le surplus, est très-endommagé. Est-ce un homme ? On le croit.

Au côté gauche et dans une niche, on voit une personne de face vêtue d'une robe juste avec des manches ; au-dessus un manteau ou stole dont les bouts retombent sur l'épaule droite. La main droite levée tient un rouleau, sans doute les sponsalia. La coiffure semble indiquer une femme, la figure est jeune et bien conservée.

N° 21. Pierre tombale.

Hauteur lra10

profondeur 0 60

Maison Gérard.

Ud homme et une femme sont en pied dans une niche à double arcature et chaque côté de la pierre comprend deux compartiments.

L'homme est placé à gauche du monument, la tête sans barbe et les cheveux plats ; il regarde à droite ; il est vêtu de la chemise et d'une casaque par-dessus, le tout couvert d'un manteau dont les plis retenus d'abord par la main droite, retombent ensuite sur le bras gauche. Un rouleau est dans la main gauche ; les jambes sont nues à partir des genoux.

La femme, placée à la droite de l'homme, regarde à gauche. Les cheveux sont enfermés. Les habillements sont ordinaires : au-dessus de la tunique une robe à plis tombe très-bas. Dans la main et sur le bras gauche repose un coffret.

C'est, comme d'habitude, un couple d'époux. Qui est survivant du mari ou de la femme ? C'est une question à poser lorsque l'inscription manque, ou bien lorsque la femme ne porte pas un signe de deuil qui désigne une veuve.

Je viens aux côtés de ce monument.

Le côté droit (à la gauche du spectateur) renferme deux cartouches ou compartiments.

Cartouche supérieur. Dans le haut, on voit couchés des bâtons réunis en faisceaux ou bien en fagots. À droite et au milieu, deux hommes sont placés derrière des paniers sur lesquels des fruits sont empilés. À gauche, un homme habillé à l'ordinaire, tête nue et cheveux bouclés, tend la main droite pour recevoir un fruit que lui offre le marchand.

Est-ce un étalage de fruits destinés à être vendus ? Quels fruits alors ? S'agit-il de pommes?

Cartouche inférieur. Deux hommes, à droite et à gauche, revêtus de la casaque tombant au-dessus des genoux, sont armés de bêches ou de râteaux avec lesquels ils travaillent la terre.

Le côté gauche du monument (k la droite du spectateur) a également deux compartiments carrés.

En haut, un homme, vêtu du bardo-cucullus, est assis dans une voiture à deux roues, traînée par un cheval qu'il excite du fouet.

En bas, deux hommes font une récolte à l'aide d'un panier.

Ces diverses sculptures indiquent des travaux de la campagne, des récoltes de fruits, une exploitation rurale. Le tombeau a-t-il été élevé au chef de cette exploitation ?

N° 28. Un chapiteau avec un griffon en forte saillie.

Hauteur 0*30

largeur 0 45

profondeur 0 44

Cour de l'Athénée royal — ancien couvent des Carmes.

No 23. Fragment.

Dans un encadrement, une figure nue en pied, et en-dessous un buste ou de femme.

Hauteur 0"40

largeur 0 17

profondeur 0 10

Déblais des remparts vis-à-vis de la caserne.

N° 24. Pierre avec le bas d'une jambe griffée et les extrémités de deux jambes d'homme.

Hauteur 0*30

profondeur! 0 43

Mêmes déblais. Ce débris appartiendrait-il à une seconde représentation de l'enlèvement de Ganimède? Voir le N° 314, pi. 86 du Luxcmburgum romanum.

N° 25. Pierre tombale.

Un homme à cheval dans une niche. — En-dessous de la niche, une tête d'homme dans un cadre.

Hauteur de la corniche 0m51

largeur 0 50

profondeur 0 54

Mêmes déblais.

Gaogle

N° 26. Pierre tombale.

Longueur lm10

largeur 0 60

hauteur 0 42

On y voit le buste d'un homme avec le fragment d'une femme plaeée k sa droite. Sa main droite prend le bras droit de la femme. S'agit-il d'an mariage ou de simples fiançailles ?

Les habillements sont ordinaires. L'homme et la femme sont figurés de grandeur naturelle. La sculpture n'est pas aussi fortement en saillie que dans d'autres monuments. La tête du personnage a été détruite. Mêmes déblais.

N° 27. Pierre tombale en retraite au-dessus, marquée par quatre griffes d'oiseau.

Sur le devant, un homme dans une voiture traînée par un cheval. Au côté droit, un homme ratissant.

Au côté gauche, un homme assis sur une pierre qui observe.

Hauteur du devant 0^30

largeur id. 0 50

profondeur id. 0 40

hauteur de la retraite 0 17

largeur id. 0 50 '

profondeur id. 0 32

Maison Gérard.

N° 28. Couronnement ou dessus d'une tombe.

Corniche ouvragée hauteur 0m35

largeur du haut

id. du bas

Triangle en creux.

A l'intérieur hauteur

largeur des bords

De chaque côté

du triangle, une statue haute de 0,46.

Profondeur du tout

largeur

Le haut de la pierre est terminé en retraite en manière de pyramide tronquée. Cette retraite est couverte de feuilles de palmier renversées et superposées.

On n'a que la moitié de ce couronnement qui devait [avoir quatre statuettes et peut-être une cinquième au milieu ou une pomme de pin.

Escalier de la rue de la Brûck, descendant de la place du marché à la grand'rue.

N° 29. Pierre tombale.

Le buste d'un homme tenant des serpents dans les mains et les maniant. Hauteur 0m60

largeur 1 00

profondeur 0 32

Déblais des remparts vis-a-vis de la caserne.

On avait cru d'abord à une reproduction de l'histoire de Laocoon ; mais l'homme ne fait pas d'efforts et sa figure est calme : n'est-ce pas un simple jongleur ?

N° 30. Deux pierres circulaires appartenant à un ara ou bien à une tombe.

La base taillée est surmontée d'une corniche, de 33 centimètres de haut et d'autant en saillie, richement ornée de feuilles d'acbante ; sur l'une des pierres deux chiens sont en course ; sur l'autre, un personnage est assis dans une voiture traînée par deux chevaux, marchant avec vitesse.

Les extrémités du dessus sont entaillées pour recevoir des liens de fer qui rattachent une pierre à l'autre.

Hauteur

largeur

profondeur

Largeur de l'autre pierre

Maison du notaire Breyer, grand'rue.

N° 31. Corps de sanglier ou de porc, sans tête et sans pattes.

Longueur 0m90

largeur 0 55

liaison Gérard.

N'est-ce pas plutôt un débris de la louve de Romulus et de Rémus 1

N° 32, Pierre avec le busle d'un berger vu par derrière.

Hauteur 0*52

largeur 1 15

profondeur 0 85

Maison Gérard.

N° 33. Pierre tombale.

Dans un carré, deux hommes l'un travaillant avec une faulx, l'autre regardant.

Hauteur 0*57

largeur MO

profondeur 0 80

Maison Gérard.

N° 34. Pierre carrée figurant un cheval marin.

Hauteur 0m45

largeur 0 75

profondeur 0 95

Ruelle de la Brùck.

N° 35. Pierre carrée représentant une vache marine.

Hauteur 0m44

profondeur 0 90

Déblais des remparts vis-a-vis de la caserne.

N° 36. Dessus d'une tombe.

Hauteur 0m70

largeur 0 63

profondeur 0 26 Jardin situé entre la caserne d'infanterie et les remparts. La face carrée est partagée par un triangle formant le milieu et tracé en creux ; dans ce triangle, une louve est représentée dévorant un enfant. Dans le haut, deux triangles plus petits occupent le reste de la face ; dans chacun de ces triangles, il y a un masque d'homme, celui de gauche ne laisse voir qu'une partie de la tête. Au côté droit du monument, en saillie et sur socle, un lion se tient debout. Le côté gauche a été détruit, il devait y avoir aussi un lion. Le derrière de la pierre est nu.

Dans la partie supérieure, les quatre côtés sont en retraite et couverts de feuilles de palmier superposées ; tout à fait au-dessus est un carré qui défait supporter quelque chose.

Que signifient d'abord ce lion qui devait avoir son pareil de l'autre côté do monument ? Et puis, cette louve qui dévore un enfant, et enfin ces deux masques? Est-ce un mausolée érigé à un enfant qui aurait eu cette fin cruelle ? Cet enfant appartenait-il à un soldat courageux ? Mais ces deux masques? Ne sont-ils qu'un ornement de fantaisie? Ou bien indiquent-ils une profession ? Celle de comédien, par exemple ? Mais alors pourquoi ce lion?

N° 37. Voici un monument qui n'est mentionné dans aucun auteur, et qui est perdu, F Institut archéologique d'Arlon n'en possède que le dessin avec cette mention :

c Dessiné en l'an 1809 d'après l'original, consistant dans une partie de pierre antique (de grès grossier k bâtir de Differdange), long de deux pieds de France 6 pouces, retiré de la colline des ci-devant Capucins à Arlon, enfuie (sic) sous les fondements d'un acien (sic) fort qui a été rasé; recueilli dès lors par M. Jean Mathieu Pratz, avocat au parlement de Paris et échevin de la ville d'Arlon, et se trouvant aujourd'hui conservé chez Mellc Pratz sa fille à Arlon, dans la maison paternelle, aux environs de cent ans. »

Qu'est devenue cette pierre depuis 1809? On l'ignore. Ces Pratz ont disparu d'Arlon (1).

Le dessin, artistement exécuté, représente la pierre dans ses dimensions réelles.

Quatre personnages y sont figurés fortement en relief.

Le milieu de la scène est occupe par une femme k droite et par un homme à gauche. L'homme, la tête nue, les cheveux crépus et portant la barbe, vêtu d'une chemise à manches, avec des plis allant d'une épaule à l'autre, semble couché appuyé sur le bras gauche, tandis qu'il tend le bras droit, la main repliée il l'exception de l'index dont il semble menacer ou bénir.

La femme couverte d'une chemise à manches, à genoux sans doute, joint les deux mains en l'air, et avec les regards en haut, parait comme suppliante ou comme recevant une bénédiction.

(i) D'à près ce qu'on m'a rapporté à Arlon même, un ancien piqueur de la voirieaurait fait liriser celle pierre pour en répandre les débris sur les chemins vicinaux. Cet acle île Vandalisme a trouvé de nos jours des imitateurs autre part rfaus la province.

Les cheveux sont rejetés et relevés en arrière en manière de chignon.

Derrière la femme à droite, un personnage debout, peu vêtu, tient dans la main droite une sorte de rouleau ; les cheveux sont relevés sur le sommet de la tête. Ce rouleau est peut-être un testament.

En arrière de ce personnage un rideau à larges plis et suspendu par des anneaux, dont deux sont très-visibles, cache un endroit secret.

Derrière l'homme on voit une autre figure debout tournant le dos, assez endommagée et dont la tête seule est plus apparente.

Ce bas-relief, terminé en haut par une sorte de corniche plate, accuse un dessin correct, non sans élégance, les figures sont assez bien caractérisées pour déterminer la race des personnages.

Que représente-t-il ? A-t-il appartenu à une tombe ?

Ce qui parait plus apparent, c'est qu'il serait question d'un homme à son lit de mort, qui, après avoir dicté et signé son testament, donne une bénédiction suprême à sa femme ou à sa fille agenouillée, tandis qu'à gauche, le personnage qui se retire, semble abîmé de douleur.

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