‹ Histoire d'Arlon (volume 2)Chapitre 72 sur 102 · RÉCIT AUTRICHIEN · texte numérisé non relu

RÉCIT AUTRICHIEN

Gazette politique et littéraire de Luxembourg. N° 71 du samedi 8 juin

Maaney dans le Luxembourg (6 mai). Les patriotes de Longwy qui, depuis

(i) Cette fabrication d'assignats a Arlon par les ennemis de la République française, est-elle exacte* ? Ce serait un fait assez curieux que les historiens auraient passé sous, silence.

que nus chasseurs, soutenus des chevaux-légers de Kinsky, les avoient repoussés, ne se montroient plus qu'en petit nombre, sont arrivés hier matin avec des forces assez considérables pour espérer de surprendre et d'enlever nos patrouilles. Le lieutenant colonel d' Immens, qui commandait les avantpostes de cette partie, instruit par le mouvement de l'ennemi,, de ses desseins hostiles, avoit eu soin de renforcer ses patrouilles et de tenir ù proximité des troupes suffisantes pour les soutenir en cas d'attaque. Vers deux heures du matin, une patrouille autrichienne fut en effet assaillie au delà d'Esch par 450 patriotes français, embusqués derrière des bayes ; elle soutint ce choc avec fermeté. M. d' Immens s'étant transporté au point d'attaque à travers une grêle de coups de fusils, fit arriver les chasseurs et les chevaux-légers de Kinsky qu'il tenoit en réserve. Il mit 3ous les armes le bataillon de Murray et fit les dispositions nécessaires pour réunir, en cas d'attaque générale, les troupes dispersées sur la partie de la frontière dont la défense lui étoit confiée. Mais les patriotes repoussés sur tous les points, rentrèrent dans leur forteresse avec perte de quelques hommes tués ou blessés. De notre côté, nous n'avons eu qu'un chasseur légèrement blessé.

Le soir, on amena à Mesancy 5 déserteurs du régiment d'Alsace qui assurèrent que l'ennemi, fort de 20 à 22 mille hommes, se proposoit d'attaquer, le lendemain, sur trois différentes colonnes; que l'on avoit cuit à Longwy du pain pour trois jours, et que, pour mieux exciter les troupes patriotes, on avoit commencé par leur payer en argent la solde que depuis longtemps elles ne recevoient qu'en papier. Le lieutenant colonel d' Immens ayant reçu d'ailleurs des rapports conformes, les rendit à S. E. le général baron de Schrœder, commandant le corps d'armée à Àrlon, et en reçut les ordres que l'on avoit lieu d'attendre des lumières et de l'extrême bravoure du général. Il fit en conséquence les dispositions les plus sages et les plus savantes pour repousser l'ennemi. Mais celui-ci soupçonnant qu'il étoit trahi par ses déserteurs, remit probablement à un autre jour l'exécution de son projet; il ne tira pointa trois heures du matin le coup de canon qui devoit être le signal du .rassemblement ; et ne tira pas même à 5 heures le signal du réveil ; il ne fit presque point de patrouille, et cette affectation ne laissa aucun doute que son projet ne fut remis au lendemain. Nous attendons avec tranquillité les événements et nous nous reposons sur l'extrême vigilance, les talents et l'activité du lieutenant-colonel d* Immens qui justifie parfaitement la confiance que lui a accordée S. E. M. le baron de Schroeder.

(Du 7). L'ennemi s'est avancé aujourd'hui à la pointe du jour, en 3 colonnes sur Mesancy. Il a d'abord fait replier nos avant-postes et a dirigé sa marche vers Arlon pour y enlever nos magasins. Les mesures de notre côté étoient si sagement prises qu'il fut forcé de regagner les frontières avec perte. L'action a été chaude. Nous en donnerons des détails au prochain numéro»

(Du 8). Aujourd'hui, les Français au nombre de 20 à 22 mille hommes, ont repris leur position d'hier, à une lieue et demie d'Arlon. Les deux armées sont en présence. Un grand coup est prêt à être porté. Le courage de nos troupes est bouillant. Des renforts arrivent de toutes parts. — Que Dieu bénisse les armes Autrichiennes !

Gazelle politique et littéraire de Luxembourg. N° 72 du mercredi 12 juin 1793.

Les Français, dont moins de 3000 hommes de nos troupes avoient repoussé l'armée nombreuse, vendredi matin, ayant fait venir, depuis, un renfort de 10 à 12000 hommes, nous ont attaqués, dimanche dernier, vers 1 1 heures et demie du matin, près d'Arlon. Malgré que les renforts qu'on put réunir, ne portassent pas l'armée autrichienne à plus de 6000 hommes, S. Ex. M. le général baron de Schroeder, connaissant bien la valeur inexprimable de nos troupes, ne désespéra point de combattre avec succès les patriotes dont le nombre se portoit à plus de 28,000 hommes. Après avoir pris toutes les mesures que la prudence et l'incertitude du sort d'un combat aussi inégal exigèrent; après avoir renvoyé dans la forteresse toutes les farines et ce qu'on put amener d'ailleurs du magasin d'Arlon et avoir fait partir les bagages de l'armée, S. E. se disposa à soutenir le choc violent d'une troupe quatre fois au moins plus nombreuse que la sienne. Les deux premières colonnes des patriotes furent successivement repoussées avec une énorme perte; une troisième colonne fraîche et plus forte que les précédentes étant venue recommencer le combat, les Autrichiens se défendirent avec une nouvelle vigueur ; et quoiqu'ils furent obligés de se replier en bon ordre sur la forteresse, en abandonnant leur, position près d'Arlon, on peut regarder ce combat, par l'extrême disproportion du nombre,* comme un des plus glorieux pour les troupes autrichiennes. Elles tuèrent plus de 6000 hommes aux Français. Notre armée ne perdit qu'un canon, encore était-il démonté. Les magasins d'Arlon, objet de l'irruption des Français, furent sauvés pour la plus grande partie ; le découragement, annoncé par la foule de déserteurs qui nous arrivent, fut semé dans l'armée patriote mr et notre perte ne se monte pas à 500 hommes tant tués que blessés. Cette journée est à jamais mémorable par les traits de valeur et d'héroïsme qui distinguent les officiers et les soldais de l'armée autrichienne.

Gazette, etc. N° 73 du samedi 15 juin 1703.

Les détails que nous avons donnés dans notre dernier numéro sur l'affaire d'Arlon, se sont nécessairement ressentis de la précipitation avec laquelle ils ont été recueillis ; nous réparons aujourd'hui les inexactitudes qui ont pu s'y

glisser, en donnant au public la relation fidèle et officielle fie cette journée à jamais mémorable.

Déjà le 5, S» Exe. le général lieutenant Godefroy baron de Schroeder avait eu avis que l'ennemi devoit rassembler près de Lonwy un corps de 25,000 hommes, tiré des garnisons de Sarelouis, Metz et Thionville, et qu'effectivement, pour former cette armée, 500 hommes de troupes de ligne de tous les régiments de ces garnisons étoient en marche pour Lonwy, avec le dessein de partir ensuite de cette forteresse pour s'emparer du poste d'Ajrlon.

Le 7, l'ennemi s'avança vers Mesancy et Udange. Tous les défilés par lesquels il comptoit passer, étant parfaitement garnis, et ayant trouvé partout une vigoureuse résistance, il fut obligé, pour cette journée, de renoncer à son projet d'avancer sur Arlon : il resta dans les environs é'Udange et de Sainte-Croix, après avoir essuyé une perte de 400 hommes.

Le 9, à midi, l'ennemi ayant reçu, la veille, un renfort de 6000 hommes, marcha en A colonnes contre la position très-avantageuse que bous avions prise près é' Arlon; il attaqua, avec 4 fortes colonnes, notre aile gauche vers Haut et Bas Autel et avec les % autres colonnes, il s'avança contre notre aile droite près & Arlon.

Notre armée, y compris tous les renforts qu'elle avoit reçus, eonststoH en 8000 hommes, et malgré la très grande supériorité de l'ennemi en hommes et en canons dont le calibre était infiniment au-dessus de celui des nôtres, il fut arrêté plus de S heures dans sa marche, par le feu très-bien dirigé de nos canons. L'action qui s'est engagée tant par le canon que par le feu de la mousqueterie, a duré 6 heures, et le combat a été des plus opiniâtres.

La bravoure des troupes impériales, durant cette affaire, est au-dessous (au-dessus sans doute) de toute expression. Le régiment Kinsky, chevauxlégers, qui, durant l'action entière, n'a pas cessé de combattre, enfonça six fois les bataillons et escadrons ennemis, les officiers à leur tête. Ces redoutables guerriers sabrèrent presqu'en entier un régiment de carabiniers français et se distinguèrent par la bravoure la plus éclatante. Cn escadron de chevaux-légers de V Empereur sous les ordres du capitaine Gasser, qui tomba plusieurs fois sur l'ennemi, le sabre à la main, mérite aussi tous les éloges. Le régiment de François Ktnsky, infanterie, et le bataillon de Jdlarhkh, par lenr feu non interrompu de mousqueterie, causèrent aux Français une perte immense ; ils enfoncèrent, différentes fois, à coups de bayonnette, l'ennemi infiniment supérieur en nombre*

Dans cette affaire, le régiment de François Kinsky prit à l'ennemi 3 canons et 1 étendard, et celui de Jellachich 1 canon, qui, faute de chevaux pour les entraîner, furent encloués, ruinés et délaissés* A la fin de l'action, une division de $ Alton, infanterie, culbute encore une colonne ennemie et atiguento considérablement sa perte.

FAITS HISTOaiOtJtiS POSTfiMKJRS A 1309. 363

Après on combat de 6 heures, aussi vif, mais infiniment pins glorieux pour les troupes impériales, notre armée se replia, attendu que l'ennemi fort de plus de 50,000 hommes, s'avançoit de tous côtés pour l'environner, te dessein de l'ennemi était effectivement de tourner notice aile gauche et de nous couper la retraite sur Luxembourg. Cette retraite a été faite dans le meilleur ordre, en combattant continuellement l'ennemi qui, étonné d'une résistance aussi valeureuse, n'a pas jugé à propos de nous suivre.

L'etitteroi a perdu dans cette Journée plus de 9000 homme*, tandis que notre perte totale ne consiste qu'en 200 hommes.

Gazelle. N° 74 du mardi 18 juin 1793.

Nous avions annoncé dans notre avant dernier numéro, que les patriotes français ne tireroient aucun avantage de l'apparence de succès qu'ils ont eu près d'Arlon. En effet, rebutés d'une tentative qui leur a coûté tant de sang, n'ayant obtenu de leur conquête que quelques milliers de bottes de foin, consommés la plupart à Arlon, et quelques sacs d'avoine, restés dans les magasins ou pris chez les particuliers, ils se sont empressés de retourner à Longwy et de rentrer dans les différentes places de la frontière, aux dépens desquelles ils avoient improvisé leur armée. Ils y racontent qu'ils nous ont tué 6000 hommes, fait 4500 prisonniers, détruit tous les dragons de Latour, qui n'y étoient point, et qu'ils n'ont perdu que 2000 hommes; tandis que notre armée n'étoit que de 5000 et que chaque Luxembourgeois a pu se convaincre au camp par ses yeux, qu'il ne nous manque pas plus de 200 hommes tant tués que blessés dangereusement ; tandis que les habitants d'Arlon ont vu le champ de bataille couvert des patriotes tués, et que ce n'est certainement qu'avec une grande modération, que la relation officielle n'en a porté le nombre qu'à 3000. Les Français n'ont pas dit que nous avons détruit une grande partie de leur beau régiment de carabiniers, dont nous avons vu vendre ici publiquement les ebtvaux par les braves oavaUeta de» cfeevarf-légef s de Kinsky.

Dans ces récits assez contradictoires dans les détails, comment déffidtar la vérité? Après une bataille, selon «Ju'on est vainqueur ou vaincu, on dissimule ses propres forces, ses moyens d'attaque on de défense; on diminue ffm côté, on exagère de l'autre, et on prend soin de cacher ses pertes, en doublant ou triplait celles de l'adversaire. Essayons de reconnaître ee qoi est vrai; analysons les deux récits et plaçons ces extraits face à face.

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