octobre 4781. Avis du Conseil provincial du Luxembourg
c Le curé de Langsur voudrait que les enfants aillent à l'école pendant toute Tannée et même jusqu'à ce qu'ils soient rendus capables de tout, comme s'il ne suffisait pas à un homme de la campagne de savoir les principes de la religion, lire et écrire et qu'il ne put y parvenir en fréquentant assiduement l'école pendant quatre à cinq mois chaque année depuis l'âge de huit ans jusqu'à douze ou quatorze ans, indépendamment des catéchismes qui doivent se faire les fêtes et dimanches à la paroisse. Le reste de l'année étant destiné aux travaux de la campagne, les parents sont obligés d'y envoyer leurs enfants suivant leurs forcAS, ne fut-ce qu'à leur porter le boire et le manger; ces gens se croient fort heureux lorsqu'ils voient leurs enfants en état de leur rendre quelque service et de leur épargner les journées qu'ils devraient payer à des étrangers ; ceux qui n'ont pas d'ouvrage à faire par eux-mêmes n'en sont pas moins dans le cas d'employer leurs enfants à celui qu'ils entreprennent pour les autres ; en tous cas ils servent à garder le bétail et contribuent pour autant à l'entretien du ménage. Les curés, loin de vouloir les arracher à ces occupations, doivent y engager les parents et les enfants en leur représentant avec force tous les maux qui résultent de l'oisiveté à laquelle on accoutumerait la jeunesse si on l'éloignait trop longtemps des travaux auxquels elle doit se foire insensiblement pour pouvoir s'y livrer entièrement lorsque ses forces le lui permettent. >
c Le décret du 5 déc. 1771 a également pourvu à ce que les maîtres d'école soient suffisants ; c'est aux curés à les examiner et approuver; îl leur appartient aussi de veiller à leur conduite et à ce qu'ils remplissent exactement leurs devoirs i (Archives de Luxembourg).
Je ferai voir bientôt comment, beaucoup plus tard, ces idées, constatées par une autorité supérieure, avaient persisté dans la province.
J'arrive au règne de Joseph II. Les écoles figurent parmi les nombreuses réformes tentées par ce prince et qui ne furent point acceptées par les Belges. Il voulut mettre à exécution le règlement général du 6 septembre
Un édit impérial du 6 décembre 1784 prescrivait d'instituer des écoles dites normales. Dana le l^uxembourg on ne se pressait pas. Le souverain insista. Par une supplique du 21 jauvier 1790, les Etats du Pays demandèrent que cette institution n'eût pas de suite pour la province ; il y est dit : c l'enseignement actuel dans la province a pourvu jusqu'à présent
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avec suceès k celai de notre Sainte religion, et sous les grâces que celle-ci répand, nous aTons toujours eu le bonheur d'être fidèles à Dieu et k nos augustes souverains, les seuls deux points essentiels > (Archives de Luxembourg).
Oui, sans doute, l'amour de Dieu et la fidélité au Souverain sont des points essentiels, mais étaient-ils incompatibles avec quelque instruction 60 dehors du catéchisme ?
Que répondit Joseph II ?
Par dépêche du IS février 1790, huit jours avant sa mort, il écrivit aux Etats du Luxembourg :
c L'établissement des écoles normales étant resté jusqu'à présent en termes de projet, on n'insistera pas pour son exécution ; maison a tout lieu de s'attendre à ce que les Etats et tous ceux que la chose concerne s'occuperont, sans perte de temps, avec tout le zèle que l'intérêt de la religion et du bien public exige, de l'emploi des moyens propres à favoriser, étendre et assurer l'éducation et l'instruction de la jeunesse, et à procurer à celte partie si intéressante, mais trop négligée, toute ramélioration et la solidité qu'elle exige, sans s'attacher à une méthode exclusive et le Gouvernement verra avec satisfaction les projets qui auront été formés & ce point de vue dans la province » (Arckwe» de Imx^ mbimrg).
En décembre 1791, le conseil provincial publia de nouveau son ordonnance du 5 décembre 1771, en ajoutant que les communautés auront à entretenir un maitre d'école dans chaque paroisse et plusieurs, s'il est possible (/cbm).
Les réformes de Joseph II avaient excité en Belgique un soulèvement connu sous le nom de la révolution brcJmnçonne qui ne dura qu'un an. Le Pajs fut de nouveau soumis a la domination autrichienne ; mais l'empereur Léopold II rendit aux Belges leurs constitutions telles qu'elles eiistaient sous Marie-Thérèse.
Arrêtons-nous un instant pour constater plus particulièrement Tétat de l'instruction k Ârlon.
J'ai déjà parlé d'un ancien hôpital antérieur au xvi® siècle, desservi par des sœurs qui avaient pour mission de soigner les malades. Â cet hôpital était annexée une école où la jeunesse d'Ârlon venait s'instruire dans les fondements de la religion catholique et apprenait k lire et k écrife. Cet établissement fut ruiné par les guerres et abandonné.
L'enseignement fut-il continué pour les filles comme pour les garçons ?
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Je constate seulement quMI y avait k Arlon, dans le courant du dixhuitième siècle, des écoles pour les enfants des deux sexes. En efiei, le règlement général sur l'administration de la ville du mois d'avril 1764 indique la manière dont il sera procédé à la nomination du maître et de la niaiiresse d'école. Quel était, à cette époque, l'enseignement k Arlon î Combien d'enfants recevaient l'instruction ? Les renseignements manquent complètement.
Les coutumes d'Arlon, mises par écrit vers le milieu du seizième siècle, constatent qu'il pouvait se trouver parmi les sept échevins des personnes ne sachant ni lire ni écrire. On choisissait cependant ces fonctionnaires dans les sommités de la population, dans la noblesse même.
En 1571, \k l'accord fait entre les seigneurs de Kœrich et la communauté d'Arlon, pour l'établissement de la nouvelle paroisse dans l'intérieur de la ville, les magistrats d'Arlon chargent leur clerc-juré de signer la convention et de donner quittance.
L'ordonnance de Marie-Thérèse du 3 mai i775, abolitivc de la loi de Beaumont, exige seulement que le maieur sache écrire.
Cette prescription ne concerne pas les deux échevins.
Les choses ont changé depuis, et dans le courant du xviii« siècle, les pièces qui subsistent encore, aux archives de l'Etat, de l'administration arlonnaise de l'époque, prouvent que les échevins, le justicier, le centenier, le baumattre. étaient généralement instruits.
En parcourant les tabelles cadastrales du dénombrement de 1766, dont la rédaction était imposée aux propriétaires fonciers, on remarque que beaucoup sont rédigées et écrites par ces propriétaires et que presque toutes sont signées par eux. Il est vrai que c'était Ik l'élite de la population.
Je dois cependant ne point passer sous silence ce passage d'an rapport officiel en date du 11 avril 1786 sur la situation générale du Duché de Luxembourg :
c Les gens de loi, les procureurs, les prêtres sont presque les seuls qui sachent lire tant bien que mal. Le catéchisme est tout ce qu'enseignent les chapelains, maîtres d'école dans les villages. De mauvaises études dans trois ou quatre collèges entretiennent la fainéantise sans procurer le savoir (1). i
(i) Archives de Luxembourg.
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l'instruction publique. 239
Faisons la part de l'exagération, il restera de ce tableau assez de couleur pour peindre Tignorance de la population luxembourgeoise, il y a moins d'un siècle.
J'attire l'attention sur les documents suivants qui ont de Tintérët et prouvent que le bien est souvent difficile k s'établir.
J'ai parlé de l'incendie qui a dévoré la ville d'Ârlon en 1660. Le chanoine d'Eyschen^ qui déplorait ce désastre, voulut contribuer de tous ses moyens à en amoindrir les suites funestes dans la branche d'administration eivile la plus importante, et qui, à cette époque, était peut-être la plus négligée, l'instrucUon de la jeunesse du sexe. Dans ce dessein, il projeta d'y fonder de ses propres deniers un couvent de religieuses carmélites qui auraient été chargées d'enseigner gratuitement aux jeunes filles la lecture, l'écriture, la religion et Gnalement les ouvrages des mains. A cet effet, il avait adressé, en 1662, au Gouvernement une requête dans laquelle il exposait : c que passé longues années, il y avait un couvent de pauvres c religieuses en la dite ville d'Arlon, qui, dans les pénultièmes guerres, c fut ruiné et réduit en cendre avec la plus grande partie de la ville, et c les d^ religieuses ayant été obligées de quitter pour n'avoir les moyens c de rebâtir, leurs rentes furent jointes et annexées \k l'hôpital qui en jouit < encore aujourd'hui, la principale institution des susdites religieuses ayant c été de servir les malades, instruire la jeunesse dans les fondements de c notre sainte religion, à lire et écrire ; et comme le remontrant est adverti c qu'à raison des dernières guerres et de l'incendie arrivé depuis quelques c années en la dite ville d'Arlon, les inhabitants sont réduits k ce point 4 que de n'avoir les moyens de rebâtir leur église paroissiale, l'hêpitaK c maison du Roy, celle de ville, école et autres lieux publics, qui sont c tous estez brûlez, et que les filles sont obligées d'aller en la même école c que les garçons, ont un même maître où elles apprennent plutôt la mac lice qu'autre bonne nourriture, il a été touché de ces malheurs comme c bon patriote, et partant auroit résolu de fonder audit Arlon un couvent f de religieuses carmélites et les placer au même lieu où les autres relic gieuses susdites ont cy-devant demeuré, savoir dans une grande maison « franche, que passez environ trente-cinq ans ledit remontrant a acquis des c S*** de Nothum, â condition expresse d'enseigner les filles à lire et escrire, € comme et autres convenables k leur sexe. »
Cette requête ayant été renvoyée k l'avis du magistrat d'Arlon, celui-ci a répondu : c que Sa Ma^ pourroit être servie d'accorder la demande, k condition de fonder les dites religieuses suffisamment, les bâtir au lieu
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annoncé, sans se pouvoir étendre plus avant dans la ville, et qo'ieelles religieuses seront obligées d'enseigner gratuitement les filles pauvres et riches indifféremment et sans qu'elles soient aucunement k charge de la ville<» qui sans cela se trouve chargée des pauvres Carmes et Capucins. >
 cette apostille, le généreux Georges d'Ëyschen répondit qu'il consentait k aflecter k l'entretien de sa fondation projetée, sa maison a Arlon, primitivement offerte, avec appartenances et dépendances, un capital de deux mille patacons, quatre censés franches, situées k Eyschen, k HesSaney, k Tontelange et k Clemency ; plus encore une dime k Weyler et les terres, prés et jardins provenant de son patrimoine k Arlon, s'obligeant même k augmenter la somme de ces libéralités, si cela ne devait pas suflire k l'affermissement de la fondation.
Ces offres furent favorablement appointées par le justicier etlesécbevins d' Arlon. Georges d'Ëyschen est mort pendant l'instruction de celte affaire par le gouvernement de Bruxelles et l'institution projetée fut abandonnée.
Toujours est-il que, en 1663, il y avait k Arlon une école oà garçons et filles venaient ensemble recevoir l'instruction.
La pièce suivante indique également ce qui encore avait été essayé pour établir, k Arlon, l'enseignement des filles.
Extrait (Vun registre de la justice d* Arlon.
Veue la req^ présentée par les religieuses carmélites de la ville de Marche pour auoir rafraîchissement de leur décret qu'elles ont obtenu de ce magistrat le 6^ juin i680 et par cousequeul vouloir consentir qu'elles se puissent establîr en celte ville et y construire un monaater aux offres qu'elles ont de rechef fait de ne pas eslre à la charge de celle ville en façon quelconque, et de bastir dans leur mooaster des escolles pour y instruire les jeunes filles de cette dite ville, la dite req>« communiquée au centenier et maistres de celte dî^ ville par décret du 21 novembre dernier, les rapport et déclaration faite en cunséquence par les d^ centenier et maistres ;
Au nom de cette commune bourgeoise.
Messieurs les justicier etéchevins delà ville d'Arlon, rafraîchissant le décret que les suppl*«* ont obtenu le 6 juin 1680 selon sa forme et sa teneur, onlconsenty et consentent en tant qu'en eux est et permettent que, sous Taggréation de Sa Majesté, les d^« religieuses carmélites de Marche pour l'accomplissement de leur pieux et zéleux dessein, puissent construire et ériger un monaster en celle ville dans un endroit qui ne soit préjudiciable au Roy ni à la commune bourgeoise et qu'elles ne soient à charge à la ville en façon quelconque, i eondîtioa que, pour l'instruclion de la jeunesse, elles seront oèligées de tenir
en leur d' ON^Msler des escoliet pour les filles de cette ville pouvant fréquenter lesquelles les suppliant enseigneront et instruiront aussi gratis. Fait à Ârlon, le 10 décembre 1704.
Aucune suite ne fut donnée à ce' projet des Cannélites de Marche. Quelles causes en empêchèrent la réalisation ? On Tignore ; il n'y a pas d'autre trace de ce projet que ce que j'en rapporte. C'était la deuxième tentative, car dès l'année 1680, il avait été question d'un établissement de Carmélites à Arlon, c'est ce que constate leur requête de 1704. Voulait-on alors reprendre le projet de fondation du chanoine d'Eyschen ?
Le magistrat d'Arlon consentait bien, en 1663 et en 1704, à un établissement des Carmélites à Arlon, pour y tenir une école des filles, mais il ne voulait assumer aucune charge. Peut-être même y voyait-il l'économie d'une maîtresse d'école. Quelle singulière façon d'encourager l'instruction élémentaire ! Doit-on s'en étonner, quand j'ai montré l'autorité supérieure partageant cette indifférence?
Enseignement moyen.
Quelques mots sur l'instruction moyenne.
Les jésuites enseignaient les humanités dans leur collège de Luxembourg, autorisé dès i57S et ouvert seulement en 1594, et dans leur maison de Marche fondée plus tard.
L'enseignement des humanités était encore donné dans des établissements religieux k Durbuy, k Bastogne, à Bouillon, kS^-Hubert et k Virton, où Henri Dumont, curé de cette ville, avait, en 1570, fondé et doté un collège. Il n'est pas question d'Arlon.
Sous Marie-Thérèse, après l'expulsion des jésuites en septembre 1773, le Goavernement établit des collèges pensionnats k Luxembourg et k Marche et en 1777, publia, pour ces établissements, un règlement de police et de discipline et un plan d'études.
Suivant les auteurs, l'enseignement moyen était alors réduit k peu de chose.
Dans les meilleurs collèges, l'explication des auteurs latins se bornait, pendant le cours de six ou sept années, k une centaine de vers de Virgile, k quelques paragraphes de Quinte-Curce et k un très -petit nombre des plus courtes épitres de Cicèron. Le reste du temps était employé k la composition de thèmes dans un latin barbare et ridicule. Les élèves de poésie étaient principalement exercés k faire des chronogrammes, ceux de rhèto-
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riqae se formaient b Téloquence, en étudiant la nomenclatare aride et rebutante des figures et en cousant ensemble des lambeaux de tous les genres et de tous les styles.
On croyait alors qu'un jeune bomme était parvenu au comble du savoir, quand il pouvait exprimer quelques idées communes en un latin trivial et souvent défiguré par le néologisme.
Du grec, il n'était pas question, si ce n'est pour les simples éléments de la langue.
Cependant les fondations ne manquaient pas pour l'instruction primaire, pour l'instruction moyenne, pour l'instruction supérieure. J'en donnerai le tableau à Vappendice du présent chapitre.
Enseignement supérieur.
Pour l'enseignement supérieur, on avait l'université de Louvain, VAlma ma/er, fondée en i4S6, k laquelle furent réunis : i^ le collège d'Arras, érigé en i508 par Nicolas Rinther d'Erpeldange, évéque d'Arras, en faveur de treize étudiants; 2^ le collège de Luxembourg, fondé, le 9 janvier i 596, par Jean Milius, natif de Dudelange.
Des dispositions avaient été prises non-seulement pour favoriser l'université de Louvain, mais encore pour maintenir l'orthodoxie de l'enseignement supérieur.
Un édit (le Philippe H du 4 mars 1589 porte, art 4«': c Nous défendons à tous et un chacun de nos sujets de quelque âge, état ou condition qu'ils soient, d'aller faire des cours de philosophie, publics ou privés, ailleurs que dans noire université de Louvain, ou dans d'autres universités soumises ù notre obéissance, sans une permission spéciale et par écrit, de nous ou de notre lieutenant, Gouverneur et capitaine général des Pays-Bas, à peine contre les contrevenans d'une amende de deux mille florins et d'être déclarés inhabiles à posséder jamais aucune dignité, office ou bénéfice soit ecclésiastique ou civil ou exercer la profession de médecin.
Un édit de Marie-Thérèse du 22 décembre 1 735 défend aux sujets de sa Majesté de faire des cours de philosophie dans les pajs étrangers sans une permission spéciale.
Des précautions furent prises également pour la conservation des bourses d'étude.
L'imTRUCTIOM PUBLIQUE. S48
Ordonnance du 4 juillet 1761 :
Son Altesse royale étant informée que plusieurs bourses fondées pour la subsistance des Ëtudians dans l'Université de Louvain, dont les Collateurs, Receveurs ou autres Administrateurs ne sont pas suppôts de l'Université, ou ne lui rendent pas de compte, sont en danger d'être obscurcies, ou perdues totalement, ainsi qu'on l'a reconnu par l'expérience ; et voulant prévenir pour l'avenir des inconveniens si préjudiciables au bien public, oui le rapport du Chef et Présideot du Conseil Privé de l'Impératrice Reine, Commissaire roial de l'Université, Son Altesse Royale a ordonné et ordonne, que les CoUateurs, Receveurs, et autres Administrateurs de toutes les bourses fondées directement ou indirectement en faveur des étudians de l'Université de Louvain, et dont l'administration appartient k des personnes qui ne sont pas soumises à la juridiction de l'Université, soit que ces bourses soient attachées à quelque collège particulier, ou qu'elles ne le soient pas, aient k en remettre, dans le terme de deux mois, un état exacte et détaillé, au Recteur de l'Université, en y joygnant une copie vérifiée de la donation primitive, à peine contre lesdits CoUateurs, Receveurs, ou autres Administrateurs d'être privés de leur droit de collation, de recette, ou d'administration. Entend Son Altesse Royale, que dès que ces états auront été remis au Recteur, il en fasse faire un examen approfondi par des commissaires qu'il nommera pour cet effet, et qu'ensuite il propose au Gouvernement les arrangemens et les précautions qu'il estimera les plus convenables pour assurer la bonne régie et la conservation de ces bourses, mande et ordonne audit Recteur de faire imprimer, publier et afficher d'abord le présent décret, afin que personne n'en prétende cause d'ignorance. Fait à Brusselles, le 4^ Juillet 1761. Eloit parafé, NE vt. Signé, CHARLES DE LORRAINE. El contresigné, F. J. MissoN.
Fin du XVIII® siècle.
Nous sommes parvenus k peu près b la fin du dix-huitième siècle. De graves événements vont surgir, la révolution française est proche, la Belgique va échapper k la maison impériale d'Autriche. C'est le moment de constater l'état de l'instruction.
A Tavènement de Léopold II, toute idée pour l'amélioration des écoles élémentaires avait été abandonnée ; on était revenu à l'ancien état des choses. La plupart des communes étaient dépourvues d'école ; là ob il en existait, le caprice et l'arbitraire des autorités locales tenaient lieu de toute organi-
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sation. Pas le moindre discernement ne présidait au choix des inatitalears. L'enseignement était essentiellement vicieux, donné sans goût, sans méthode, sans efforts. Aucun contrôle, aucune surveillance même locale, le tout était laissé k la volonté ignorante des mallres (1).
€ L'instituteur était obligé de se traîner dans Tornière de l'ancienne routine ; il ne pouvait se servir que de l'abécédaire, du catéchisme et de quelques vieux bouquins d'un langage suranné et barbare. Savoir lire son catéchisme et son livre de prières était le nec plus ullra de l'instruction dans la plupart des écoles de campagne; rarement, on apprenait à écrire au-delà de son nom et plusrarement encore à chiffrer, i
c Les ordonnances publiées sur l'instruction élémentaire restèrent sans effet et à la fin du I8« siècle, l'enseignement primaire n'était pas sorti de son an* Tienne ornière. Les écoles étaient sans surveillance et livrées à l'arbitraire des autorités locales. Chacun pouvait choisir pour instituteur qui bon lui semblait rt chacun aussi pouvait se présenter pour exercer cette profession, s'établir à cet effet où il voulait, composer son enseignement de ce qui lui plaisait. C'était le régime de la liberté la plus absolue, le régime de la concurrence illimitée, ouverte à quiconque se sentait la velléité de se faire l'enseigneur des autres (^).