III. Imprimerie
Une troisième industrie qui jadis a fait beaucoup de bruit dans une ville de notre province actuelle, c'est l'imprimerie. Je n'ai pas à m'occuper de ce qu'elle fut à Luxembourg même, à quelle époque elle y Ait établie ; mais j'ai quelques mots k dire des imprimeries de Bouillon.
406 HISTOIRE D'aIILON.
Un Trançais, M. Rousseau, avait commencé à Liège le Journal encyclopédique. Les tracasseries qu'il éprouva, le forcèrent ^ s'établir à Bruxelles. Là, les mêmes entraves l'attendirent et il dut se réfugier ailleurs.
Le l^r février 1760, M. Rousseau obtint la permission de se 6xer k Bouillon. Ce privilège fut confirmé le 18 novembre 1762; repris le 6 février 1763, il fut donné à M. de Mehegan, mais il a été restitué, le 19 mars, à M. Rousseau. Celui-ci eut pour collaborateurs Jean-Louis Castilbon, son compatriote, demeurant h Bouillon, Jean Castilhon, son frère, Bret, Champfort, Durullé, Charpentier, Robinet, Naigeon l'ainé, Naigeon le jeune, Formey, ministre protestant k Berlin et Gninwald, médecin allemand.
En 1761, en même temps que se continuait le Journal encyclopédique parut la Gazelle salutaire^ recueil de médecine et de chirurgie ; puis le Journal politique ou la Gazette des Gazettes^ dont le principal rédacteur fut Rénéaumc de Latache. Toutes ces publications eurent le plus grand succès.
Postérieurement, une société typographique se forma à Bouillon.
On comptait, dans celte ville, seize presses : quatre pour le service des journaux, huit pour la société typographique, quatre autres appartenaient b des particuliers.
Le catalogue des livres imprimés par la société typographique a été publié vers 1770.
M. Rousseau, décédé dès l'an 1785, laissa à M. Weissenbruck, son beau-frère, l'établissement qu'il avait créé et qui continua de prospérer.
En 1793, les imprimeries de Bouillon tombèrent. Les journaux cessèreot d'être publiés, les écrivains qui y coopérèrent furent dispersés. M. Weissenbruck transporta son établissement à Bruxelles.
Les imprimeries de Bouillon reproduisaient les livres défendus en France et d'autres attaquant plus ou moins la religion, la morale et la politique du jour. Introduits par fraude en ce royaume, ils s'y vendaient sous le manteau. Un jour, ce foyer de pestilence, comme on disait alors, inquiéta le Gouvernement français ; il envoya de Sedan un escadron de cavalerie qui se saisit de tous les livres en magasin et les emporta. Le duc de Bouillon se plaignit vivement au Ministre de France : il parla de souveraineté méconnue, de territoire violé et de dommages éprouvés par ses sujets. Cela se passait en décembre 1764. Le 30 janvier 1765, le Ministre français répondit que c l'intention du Roi n'a point été que l'opération et
Googh
INDUSTIIIE, COMMERCE. 407
c les circonstances dont elle a été accompagnée, dût porter la moindre c atteinte aux droits de la souveraineté du duchez de Bouillon, qu'elle a c soutenu et qu'elle est disposée en toute occasion à soutenir de sa proc tection; qu'à l'avenir il ne sera rien fait sans son autorité dans ce duchez, c qui s'écarte de l'esprit du règlement du 19 avril 1717; qu'en conséquence c Sa Majesté a ordonné que les livres seront remis par ceux qui en sont c dépositaires au Gouverneur de Votre Duchez pour être envoyés en la c ville de Bouillon où ceux qui seront jugés contre la religion et les bonnes c mœurs seront flétris de votre autorité, ainsi que vous l'avez proposés, t Je dois ajouter que Sa Majesté compte assés sur Votre attachement k sa f personne pour que, de Votre part, il soit donné les ordres les plus r précis pour empêcher qu'il ne s'imprime ny ne se débite dans Votre c Duchez aucune chose qui pourrait lui déplaire. > (EtiraU des registres de la Cour souveraine de Bouillon. Insliliit anhvolotjiquc d'Arlon.)