ABBAYES RÉGULIÈRES DE FILLES
Gusset ; Saint-Pierre de Beaumont ; Brageac. Ges trois sont de l'ordre de Saint-Benoît.
L'Eclache ; La Vaissy ou La Vassin ; Mègemont autrefois. Ges trois sont de l'ordre de Gîteaux.
Sainte-Glaire de Glermont , urbaniste ; Sainte-Glaire d'Aigueperse, de la grande réforme de Saint-François.
Il y a trois prieurés considérables qui sont de Tordre de Saint-Benoît : Saint-Pourçain ; Sauxillanges ; Souvigny.
On peut mettre au rang des grands bénéfices :
Le doyenné de Mauriac, qui est un bénéfice consistorial. Il y a un monastère de l'ordre de Saint-Benoît, congrégation de Saint-Maur.
Le doyenné de Saint-Amable de Biom ; le doyen est chef du chapitre et est de nomination royale.
Le diocèse de Saint-Flour faisait autrefois une partie de celui de Clermont. Le pape Jean XXII érigea cette ville en évêché en 1317. Il comprend environ trois cents paroisses, qui sont sous les archiprêtres de Saint-Flour, d'Aurillac, de Langeac, de Brioude et de Blesle. On y trouve aussi du moins douze chapitres. Le plus illustre est celui de la cathédrale de Saint-Flour, dont l'église est dédiée à Notre-Dame. Les autres sont ceux de Saint-Géraud d'Aurillac , de Notre-Dame de Murât, de Ghaudesaigues, de Buines, de Gorent, d'Oradour, de Saint-Pierre de La Vastrie ; mais un des plus célèbres est celui de Saint-Julien de Brioude , dont les chanoines font preuve de noblesse. Il y a, dans ce diocèse, des abbayes d'hommes et de>filles. Saint-Géraud d'Aurillac était un monastère fameux ; c'est aujourd'hui un chapitre sécularisé. Saint-Maurice de Maurs (1) est une abbaye de l'ordre de Saint- Benoît. Saint-Augustin de Pébrac (2) est aujourd'hui de la congrégation de Sainte-Geneviève.
Les abbayes de filles sont : Saint-Pierre de Blesle ; Sainte- Marie des Ghases ou des Gases ; Saint-Jean-Baptiste du Buis ou Boisset. Toutes trois de l'ordre de Saint-Benoît.
On trouve encore, dans ce diocèse, une prévôté considérable, qui est celle de Montsalvy. Elle est régulière de l'ordre de Saint-Augustin. Le prévôt en est le chef et le supérieur général.
L'ordre monastique fut établi en Auvergne dans le même
(1) Saint-Pierre de Maurs.
(2) Notre-Dame de Pébrac.
siècle que le christianisme, s'il est vrai que saint Austremoine ait donné les commencements au monastère d'Issoire, lequel , bien qu'abandonné dans la suite et renouvelé vers le neuvième siècle, pourrait passer pour le plus ancien du pays. Les autres, qui l'ont suivi de bien près, sont ceux de Saint- Cyrgues, de Chantourgues, de Saint-Mart à Clermont, de Cournon, de Brioude, de Saint-Pourçain et de Menât.
Les règles que l'on observait dans tous ces monastères n'étaient point de celles que l'on a connues sous les noms de Saint-Basile, de Saint-Augustin et de Saint-Benoît. La première a toujours été inconnue en Auvergne, la seconde n'y fut introduite que cinq siècles après, et la troisième, que plusieurs de ces monastères embrassèrent depuis , y fut reçue assez tard, puisqu'ils subsistaient longtemps avant saint Benoît. Il est vrai que l'on faisait beaucoup de cas en Auvergne des statuts des moines de Lerins et de Grigny, au voisinage de Vienne ; mais on n'observait pas ces règles dans toute leur étendue dans les monastères d'Auvergne , comme on peut l'inférer de la lettre dix-septième du septième livre de Sidonius à Volusien (1).
Ce que l'on peut dire de plus vraisemblable sur le premier genre de vie qui était observé dans nos anciens monastères est que les abbés donnaient eux-mêmes quelques règles à leurs moines, que l'on tâcha, dans la suite, de rendre conformes à celles de saint Benoît, de saint Césaire et de saint Colomban, comme nous l'apprenons de l'un des auteurs de la vie de saint Prix , au sujet du monastère de filles que saint Genès, comte d'Auvergne, avait fondé à Chamalières. D'où vient que chaque monastère, en 818, prétendait avoir sa règle particulière, comme on peut en juger par ce qui se passa dans l'assemblée générale des évoques, des abbés et de tous les grands de France, tenue à Aix-la-Chapelle, en présence de Louis le Débonnaire, dans laquelle il fut ordonné que la
(1) Voir, sur les commencements de la vie monastique en Auvergne, l'ouvrage suivant : Le Cénobite Abraham^ par M. Tabbé Crégut. Clermont-Ferrand, 1893.
règle de saint Benoît serait observée partout (1). C'est pourquoi l'abbé Trithème et les autres compilateurs de la vie et des éloges des hommes illustres de Saint-Benoît ont mis parmi ceux de leur congrégation tous ceux des monastères qu'ils ont trouvés de leur temps qui faisaient profession de cette règle, sans beaucoup se mettre en peine s'ils l'avaient toujours suivie.
Ceux d'Auvergne furent en grande considération dans l'esprit de nos rois. Théodebert I^'-, roi d'Austrasie, les exempta des tributs, de même que les autres églises d'Auvergne, selon la remarque de Flavigny. Ghildebert, autre roi d'Austrasie, en usa de même au rapport de Grégoire de Tours. La notice des monastères qui devaient au roi milice, don ou seule oraison, dressée à Aix-la-Chapelle par la même assemblée dont nous avons parlé, porte que nul des monastères d'Auvergne n'était sujet à la milice, non plus qu'aux dons (2). Voici de quelle manière les ordres religieux établis en France ont fleuri en Auvergne.
L'ordre de Saint-Benoît est le premier qui s'est rendu recommandable dans cette province. Son monastère de Cluny (3) est celui qui a eu le plus d'éclat. C'était là que présidaient autrefois des abbés qui ne voyaient rien au-dessus d'eux que les seuls pontifes romains. Ce monastère était comme le centre de la sainteté de cette congrégation, où la science en même temps semblait faire sa demeure. C'était aussi de là qu'on envoyait ces saintes colonies qui peuplaient le reste de la France, l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre. Sa situation n'est point à la vérité dans l'Auvergne ; mais il ne laisse pas d'en tirer sa plus grande gloire, puisque c'est de cette province que Cluny tient son fondateur, Guillaume le Pieux, comte d'Auvergne. C'est à l'Auvergne à qui il doit les
(1) Baluze, Capltul. reg. Franc. ^ tome I, page 579 : « Ut officium juxta quod in régula S. Benedicti continetur célèbrent monachi. »
(2) Vïd. supra ^ page 196, note 2.
(3) Voir A. Bernard et A. Bruel, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny. Impr. Nationale.
abbés qui lui ont donné un éclat qui l'a rendu vénérable à toute la terre. Car, où ne sont point connus saint Odile, de l'illustre maison de Mercœur ; le bienheureux Pierre-Maurice de Montboissier, surnommé le Vénérable ; Yves de Chassans, et, dans ces derniers temps, Pierre de Clialus, Jacques de Saint-Nectaire et Jacques de Veyni d'Arbouse ! C'est l'Auvergne qui l'a rendu célèbre par ses principaux saints que nous avons déjà nommés, auxquels nous pouvons ajouter Guillaume d'Auvergne, l'un de ses religieux dont on conte bien des merveilles, et par ses plus illustres écrivains, saint Odile, Pierre le Vénérable, et Gérard d'Auvergne, mal nommé d'Anvers, qui est auteur de la chronique de cet ordre. C'est enfm de l'Auvergne que Cluny tient ses premières filles ; c'est ainsi qu'on appelle les prieurés qui relèvent de chef d'ordre. Des sept premiers prieurés, cinq étaient en Auvergne, connus sous les noms de Sauxillanges, de Mozac, de Souvigny, de Saint-Flour et de La Voûte-Chilhac. L'ordre de Saint- Benoît tire encore une gloire extraordinaire de ce pays par les monastères de Menât, d'Aurillac, de La Chaise-Dieu et de Saint-Alyre. Menât seul a produit saint Menelée, saint Savinien, saint Bravy, saint Avit, saint Calais, saint Gai, saint Frambourg, saint Constantin, saint Bonnet et saint Ulface, qui seuls pourraient donner un grand lustre à un ordre. Aurillac, qui, comme chef de congrégation, a répandu ses enfants dans la France et en Espagne, a pour fondateur le célèbre Géraud, comte d'Aurillac. La Chaise-Dieu a aussi envoyé ses enfants en France et en Espagne, a donné un pape à l'Eglise et plusieurs évêques et plusieurs saints, parmi lesquels les plus illustres sont saint Robert son fondateur, saint Adelelme, saint Seguin, saint Hugues et saint Etienne de Mercœur. Cet ordre posséda en Auvergne les monastères d'hommes de Saint-Alyre à Clermont, de La Chaise-Dieu, de Mozac, d'Issoire, de Thiers,deManglieu, de Menât, d'Ebreuil, deMaurs, de Mauriac, de Sauxillanges, de La Voûte, de Ris, de Saint-Pourçain, de Montferrand, de Rochefort et de Chanturgues. Les monastères de filles sont Beaumont, Les Chases, Blesle, Brajac, Le
Buis à Aurillac, Cusset, Lavaudieu, La Veine, Saint-Genèsles-Monges, Courpière, Saint-Julien-la-Geneste, Aubeterre, Crocq, Touls, Gensac, Ghassignoles(l), Clermont et Billom.
Gîteaux est une réforme de Saint-Benoît qui a reçu son plus grand lustre de saint Bernard, abbé de Glairvaux. Elle a eu dans ses abbés généraux qui lui ont fait beaucoup d'honneur, Jean de La Bussière et Jérôme de La Souchère, tous les deux cardinaux. Leur patrie était l'Auvergne où sont les abbayes d'hommes de Bellaigue, du Bouschet, de Feniers, de Montpeyroux et de Mègemont, et celles de filles de L'Esclache, de La Vassin, et un prieuré de bernardines, à Glermont (2).
La congrégation des feuillants est un rejeton de Gîteaux. Elle n'a point de maison en Auvergne ; mais elle ne laisse pas de tirer quelque gloire de l'Auvergne qui a donné le jour à un de ses généraux nommé Matharel, qui est mort à Bome en odeur de sainteté.
Fontevraud, qui est une réforme de Saint-Benoît, possède en Auvergne plusieurs monastères de filles, qui sont ceux de Marsat, de Pontratier, d'Estel, de Brioude et de Vic-le- Gomte (3).
L'ordre de Grandmont tire son origine et toute sa glaire de l'Auvergne, puisqu'il lui doit saint Etienne, son fondateur, de la maison des anciens comtes d'Auvergne. Il n'a qu'une seule maison dans cette province, qui est dans la ville de Thiers, la patrie de ce saint à qui cet ordre doit son établissement ; on y conserve l'esprit de ce grand saint dans toute sa pureté.
Les chartreux sont aussi redevables de leur établissement
(1) Touls, Gensac et Chassignoles n'étaient pas, à proprement dit , des monastères, mais de simples bénéfices, qualifiés de prieurés, dépendant de Lavaudieu et répartis entre les dignitaires de cette abbaye.
(2) Il y avait encore un couvent de bénédictines mitigées à Auzon, et un couvent de bénédictines suivant la réforme de Saint-Maur, à Issoire.
(3) Audigier a omis , dans sa nomenclature , celui de Sainte-Florine ; celui de Vic-le-Comte, fondé en 1646. Celui de La Mothe-Barentin avait déjà été réuni au monastère de Brioude.
et d'une partie essentielle de leur gloire à l'Auvergne. Ils tiennent du monastère de La Chaise-Dieu l'esprit de retraite qui règne parmi eux, que saint Seguin, l'un de ses abbés, inspira à saint Bruno, leur patriarche. C'est à saint Hugues, évêque de Grenoble et moine de La Chaise-Dieu, qu'ils doivent ces lieux autrefois si affreux , où est aujourd'hui la Grande- Chartreuse, dans le diocèse de Grenoble. Ils doivent aussi à un célèbre Auvergnat, Guillaume Raynaud, prieur général de la Grande-Chartreuse, la conservation de leur règle dans toute sa pureté ; puisqu'il refusa généreusement le titre d'abbé général de l'ordre, tant pour lui que pour ses successeurs, et le cardinalat qui lui fut offert par le pape. Cet ordre reconnaît aussi pour un de ses principaux ornements dom Jean Pegon, de Saint-Amant (1), petite ville non loin de Clermont. Son mérite fut récompensé par la dignité de prieur général, avant dom Masson. La Chartreuse du Port-Sainte-Marie, située dans les forêts de Saint-Gervais, au milieu d'un vallon arrosé par la Sioule, est la seule maison que ces Pères aient en Auvergne.
L'ordre de Saint-Augustin n'a paru en Auvergne que longtemps après celui de Saint-Benoît. Saint Pierre de Chavanon, de Langeac, est le premier qui a fait observer cette règle dans son monastère de Pébrac, qui fut chef d'ordre. Les abbayes de Riom et de Chantoen ont autrefois fait profession de cette règle. On l'observe encore dans les abbayes de Pébrac, de Saint-André de Clermont, de Saint-Gilbert de Neuffons, dans la prévôté de Montsalvy et à Vieille-Brioude. H y a des grands augustins à Ennezat, et des augustins réformés à Clermont
(1] Il sera parlé plus longuement de dom Pegon dans un des tomes suivants de l'ouvrage d'Audigier, à l'article Saint-Amant. Il est bon, toutefois, de dire ici que la tradition veut qu'il soit né à Langeac ou dans les environs. Il fut prieur de la Chartreuse de 1649 à 1673. Nous avons sous les yeux une empreinte de son sceau, qui, croyons-nous, est inédit. Elle est fixée, par un ruban de soie violette, à une pièce du 20 décembre 1637. Ce sceau rond, de 47"^™ de diamètre, représente une des extases du bienheureux Pierre de Luxembourg, ainsi qu'en témoigne un phylactère sur lequel on lit : Beatus Petrus de Luxembourg.
et à Lezoux. Cette règle est aussi suivie par les religieuses hospitalières de Clermont et de Riom.
L'ordre des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem , qui se conduit par la règle de Saint-Augustin, avec des constitutions conformes à Part militaire, reçoit de l'Auvergne un éclat tout particulier, puisqu'elle a communiqué son nom à la seconde de ses langues qui précède celles de France, d'Italie , d'Aragon , d'Angleterre , d'x\llemagne et de Castille. Son grand prieur, son maréchal et son bailli sont d'une grande considération dans la religion.
Le maréchal de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est le chef ou le pilier de la langue d'Auvergne, c'est-à-dire un des principaux soutiens de la religion. Son nom de maréchal marque qu'il commande sur terre à la milice. Sa prérogative est d'être général des âmes, d'avoir la garde de l'étendard de la religion, de nommer le chevalier qui le doit porter à la guerre et dans les cérémonies, de faire les rondes la nuit avec les chevaliers de son auberge et certain nombre de soldats de milice qui lui sont affectés et qu'on appelle les familiers de M. le maréchal. Tous les chevaliers lui demandent congé pour coucher hors de la ville dont les clefs lui sont portées tous les soirs par le capitaine des portes qui est de sa nomination et qui est choisi dans les rangs des frères servants d'armes.
On fait, tous les ans, à Malte, le 8 septembre, jour de la Nativité de la Vierge, de grandes réjouissances en mémoire de la levée du siège de cette ville, contre laquelle l'armée de Soliman avait fait tirer quatre-vingt mille coups de canon. Le grand-maître assiste à la grand'messe, dans l'église de Saint-Jean, et, après l'épître dite, le maréchal de la religion sort de l'auberge d'Auvergne et, suivi d'un commandeur des plus anciens, ayant le casque en tête, il porte le drapeau de cette auberge. Il fait le tour de l'église, et, lorsqu'il passe par la place, la milice fait trois fois la décharge de mousquets.
Le bailli de la langue d'Auvergne fut institué dans le chapitre général de l'an 1411, sous le grand-maître Jean-Bap-
liste des Ursins, parce qirelle avait trop d'étendue et fournissait à la religion un trop grand nombre de chevaliers pour avoir si peu de dignités dans le conseil. Il fut alors qualifié bailli de [Lyon et Devesset?] et obtint de faire sa demeure à Montferrand , où se faisait l'information des chevaliers de la langue d'Auvergne. On le traita de bailli de Lyon sous le grand-maître Philippe de l'Isle-d'Adam, et enfin de bailli de [Verrières?] sous le grand-maître Jean de La Cassière. Le grand-prieur d'Auvergne est obligé de faire la visite dans toutes les commanderies de son grand-prieuré, ayant inspection sur les biens et les personnes de l'ordre qui sont dans l'étendue de sa juridiction.
Le grand-prieuré d'Auvergne comprend dans son département la haute et la basse Auvergne, le Velay, le haut Vivarez, le haut Dauphiné, la Savoie, la Franche-Comté, la Bresse et pays de Bugey et Valromey, le Maçonnais, le Lyonnais, Forez et Beaujolais, le haut et bas Limousin, partie de l'Angoumois, partie du Poitou, la Marche, le Berry et le Bourbonnais.
Les commanderies du diocèse de Saint-Flour sont Montchamps, Celles et Cariât. Celles du diocèse de Clermont sont Montferrand, Olloix, Tortebesse, Courteserre, La Bacherie, Le Mayet, Pontvieux, La Tourette et Chanonat. Les neuf premières sont administrées par les frères chevaliers et les trois dernières par les frères chapelains ou les frères servants d'armes.
La langue d'Auvergne a donné pour grands -maîtres à l'ordre des hommes d'une grande réputation :
Baymond du Puy, de la province de Dauphiné. Il fut élu maître de l'ordre et gardien de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem en 11 18. Il a été le premier qui a uni la milice avec riiospitalilé et qui a réformé la règle du premier grand-maître Gérard, en lui donnant une meilleure forme qu'elle n'avait. Ces nouvelles constitutions furent confirmées en 1123 par le pape Calixte II, et par Innocent III, qui donna aux chevaliers, pour enseigne de guerre, la croix d'argent en champ de gueules.
Il rendit de grands services à Beaudoin II, roi de Jérusalem. Il mourut en 1160;
Arnaud de Comps, quatrième grand-maître de Saint-Jean de Jérusalem. Il succéda à Auger de Balbin. On le croit du Dauphiné. Il y a pourtant une terre du même nom en Provence. Il se trouva à la bataille que les chrétiens gagnèrent contre le calife d'Egypte, où il combattit avec ses chevaliers avec beaucoup de valeur. Il mourut en 1167;
Guérin de Montagu, quatorzième grand-maître de Malte. Il succéda à Geofroy Le Rat en 1206. Les chevaliers résidaient pour lors à Ptolémaïde ou Saint-Jean d'Acre. Il était de l'ancienne maison de Montagu-sur-Champeix , en Auvergne. Il rendit de grands services au roi d'Arménie et au roi de Hongrie. Il se signala à la prise de Damiette. Après un grand nombre d'autres belles actions, il fmit ses jours en 1230, regretté de tous les princes chrétiens ;
Bertrand de Comps, dix-septième grand-maître de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem. Il fut élu après le grand-maître Guérin, en 1244. Il était du Dauphiné, de la même maison qu'Arnaud de Comps. Combattant avec beaucoup de courage contre les Turcomans, il fut blessé et mourut peu de jours après, en 1248.
Guillaume de Châteauneuf, dix-neuvième grand-maître. Il fut successeur de Pierre de Villebride (1) en 1251. Le pape Alexandre IV fit beaucoup de bien à son ordre pendant qu'il gouvernait. Il mourut en 1260;
Hugues de Revel, de la province de Dauphiné, fut élu pour grand-maître à Ptolémaïde en 1260. Il fut le vingtième de ceux qui furent élevés à cette dignité. Il fit plusieurs belles lois pour le gouvernement de son ordre. Après quoi il mourut, en 1278 ;
Jean de Lastic, trente-cinquième grand-maître. 11 succéda en 1437 à Antoine Fluvian. Les chevaliers résidaient à Rhodes. Il était de l'ancienne maison de Lastic, en Auvergne. Il défendit Rhodes avec tant de valeur, que le Soudan d'Egypte
(1) Pierre de Vieille-Brioude.
fut obligé de lever le siège. Il mourut en 1454, dans le temps qu'il s'attendait d'être attaqué par l'empereur des Turcs , Mahomet II. Il a été le premier qui a porté le titre de grandmaître, qui a demeuré depuis à ses successeurs ;
Jacques ou Joubert de Miily était grand-prieur d'Auvergne lorsqu'il fut élu le trente-sixième grand-maître, en 1454, après Jean de Lastic. De son temps, le pape Calixte III accorda de beaux privilèges à son ordre. Il finit ses jours en 1464 , en souffj^ant avec une constance extraordinaire de grandes douleurs ;
Pierre d'Aubusson, grand-prieur d'Auvergne, fut élu trenteneuvième grand-maître, en 1476, après la mort de Jean-Baptiste des Ursins. Il acquit une gloire immortelle en faisant lever le siège de Rhodes à l'armée de Mahomet II, composée de cent-soixante voiles et de cent mille combattants. Le pape Innocent VIII lui envoya le chapeau de cardinal et le fit son légat en Asie et en Orient. Il mourut plein de gloire en 1503. Il était de la grande maison d'Aubusson, fils de Raynaud d'Aubusson et de Marguerite de Comborn ;
Guy de Blanchefort, grand-prieur d'Auvergne, succéda à Émeric d'Amboise en qualité de grand-maître, en 1512. II fut le quarantième honoré de cette dignité. II mourut en allant à Rhodes, en 1513, proche de l'île de Zante;
Jean L'Evèque La Gassière fut élu cinquantième grandmaître de l'ordre de Jérusalem, en 1572, et succéda à Pierre du Mont. Il était auparavant grand-maréchal et chef de la langue d'Auvergne. Il fut quelques années après interdit du magistère par le conseil de l'ordre, qui élut lieutenant-général Maurice de l'Esco, surnommé Romegas. Celui-ci ayant intenté une accusation contre lui touchant la foi, ils se rendirent à Rome tous les deux, l'un pour accuser, l'autre pour se défendre, devant le pape Grégoire XIII. Romegas y mourut au mois de décembre, et le grand-maître peu de jours après, dont on ne douta point de l'innocence. Il avait fait bâtir l'église de Saint-Jean-Baptiste et lui donna mille écus de revenu. Le palais des grands-maîtres, la châtellenie qui
est le palais de la justice séculière, l'infirmerie, Tancienne salle des armes et plusieurs autres édifices sont ses ouvrages qui éterniseront sa mémoire. Sa mort arriva en 1582.
Après avoir fait connaître les grands-maîtres de la langue
d'Auvergne, il est bon aussi de faire connaître les grandsprieurs :
N. deMailly, tué au siège de Damiette en. . . . 1218
Robert de Montgiraud 1260
Louis de Saulcet c 1262
Michel de Montroignon (1) 1275
Pons du Fay Poroult 1294
Odon de Montaieru 1313
Renaud du Fay Poroult 1331
Frédéric de Fougeroles 1340
Robert de Chalus 1355
Etienne de Montaigu 1365
Pierre de Culende 1380
Robert de Châteauneuf 1400
Luce de Valines 1409
N. de Valence 1410
Jacques Tinel 1412
Hugues de Chapelle 1422
Jean de Lastic 1430
Louis de Saint-Sébastien 1440
Jacques de Milly 1444
Jean Cotet 1450
Aymard du Puy. . 1459
Pierre d'Aubusson 1468
Jean Cochotte 1471
Guy de Blanchefort 1487
Louis de Lastic 1536
Gabriel du Chiel 1539
Humbert de Maurinais 1547
(1) Robert de Montrognon, mort le 3 mars 1276. V. son inscription funéraire au musée de Clermont-Ferrand.
Pierre du Mont 1549
Pierre de Giou 15G9
Aimery de Reaiix 1581
Imbert de Mourman 1591
Aymar de Clermont de Giiates
Claude de Montiiiorillon 1610
Pierre de Sacconay 1616
Louis-Henri des Thinières 1621
César-Auguste de Belgarde
François de Cremeaux 1625
François d'Estinguières 1626
Just de Fay de Gerlande 1637
Jean de La Beaume Forsat 1665
Jacques de Saint-Maur Lourdoue 1674
Paul de Félines la Renaudie 1683
Jean de Saint- Viance 1712
Pierre de La Chapelle-Jumillac 1718
Léonard de Chevrière Saint-Mauris (1) 1720
L'ordre de Saint-Antoine de Viennois, à qui la seule maison de Langeac a donné trois de ses plus illustres abbés-généraux, Antoine, François et Louis de Langeac, observe aussi la règle de Saint- Augustin. Il possède dans cette province les commanderies de Montferrand, de Saint-Victor, de La Feuillade, de Frugières, de Cusset, de Billom, de Bense (?), de Nebouzat et de Pleaux. Cette dernière est maintenant aux carmes mitigés, et celle de La Feuillade à M. Dufour, qui paye aux religieux de Montferrand sept cents livres de rente. Celles de Cusset et de Billom ne subsistent plus. Ces Pères se sont contentés d'une place dans le chœur de l'église de Saint-Cerneuf, parmi les chanoines. Ils ont une belle maison dans la ville de Montferrand.
Les dominicains qui font profession de la môme règle de Saint- Augustin, avec des constitutions particulières de la main
(1) Voir une liste un peu différente des grands-prieurs d'Auvergne dans A. Chassaing : Cartulaire des Hospitaliers du Velcuj. Paris, Picard,
de leur saint fondateur, ont reçu un grand lustre par les grands hommes que TAuvergne leur a donnés , parmi lesquels on compte Pierre d'Auvergne, disciple de saint Thomas ; Durand de Saint-Pourçain, évêque du Puy et de Meaux ; Hugues Aycelin et Nicolas de Saint-Saturnin, tous les deux cardinaux. Ils ont deux maisons, l'une à Clermont, l'autre à Saint-Flour.
Ils en ont de filles, sous le nom de Sainte-Catherine de Sienne, à Langeac, à Murât et à Mauriac.
Les religieux de la Charité, qui ont pour leur fondateur le bienheureux Jean de Dieu, vivent sous la même règle. Ils ont des établissements à Clermont et à Effiat.
Les ursulines, qui font partie de la même règle, ont des maisons à Clermont, à Montferrand, à Montaigut-en-Combrailles, à Aigueperse, à Thiers, à Ambert, à Ariane et à Viverols (1).
Les filles de la Visitation observent la même règle de Saint- Augustin, avec des constitutions faites selon l'esprit de saint François de Sales, évêque de Genève. Elles ont plusieurs maisons en Auvergne, oii les maximes de leur saint fondateur se conservent dans toute leur pureté. Elles donnent de grands exemples de vertu à Clermont, à Montferrand, à Riom, à Thiers, à Billom, à Brioude, à Saint-Flour et à Aurillac.
Les filles de Notre-Dame ont des maisons à Riom, à Brioude, à Langeac, à La Mothe-Canillac, à Saint-Flour, à Chaudesaigues et à Salers (2).
L'ordre de Saint-François d'Assise parut d'abord si vénérable, par la sainteté de ses religieux et par leur entier détachement de toute propriété , que plusieurs provinces du royaume ont prétendu à la gloire d'avoir eu les premiers établissements de ces Pères : le Languedoc par son couvent de Mirepoix, le Beaujolais par celui de Pouilly et l'Auvergne par
(1) Il faut ajouter à cette liste la maison de Cunlhat, fondée en 1660 par Françoise de Téraules, et celle de Maringues.
(2) Elles avaient aussi des maisons à Aurillac et à Issoire.
celui de Montferrand. Cet ordre possède dans cette })rovince plusieurs maisons sous difTérenlcs réformes. On voit des couvents de cordeliers à Clermont, à Montferrand, à Riom, à Saint-Pourçain, à Châteldon, à La Colette, à Vic-le-Comte, à Brioude, à Saint-Flour et à Aurillac. Les deux derniers sont de l'étroite observance.
Les capucins qui doivent leur réforme à Mathieu de Bastie, frère mineur-observantin du duché de Spolète, ont des établissements à Clermont, à Riom, à Cusset, à Thiers, à Billom, à Issoire, à Brioude, àLangeac et àMontaigut-en-Combrailles.
Les récollets, dont la réforme a commencé en 1530, ont des maisons à Montferrand, à Maringues, à Saint-Amant, à Ambert, à Ardes, à Salers et à Murât qui est la première qu'ils aient eu en France avec celles de Tulle.
La bienheureuse Colette établit elle-même une maison de fdles à Aigueperse, qui sont sous une abbesse qu'elles élisent. Il y a des religieuses urbanistes à Clermont, à Saint-Amant, à Chàteldon et à Aurillac.
Saint Louis, à son retour de la Terre-Sainte, amena quelques religieux duMont-Carmel en France. Ils furent reçus en Auvergne en 1288. On fit quelques adoucissements à leur règle qui leur a fait donner le nom de carmes mitigés. Il y en a qui ont reçu la réforme faite par sainte Thérèse, que l'on appelle carmes déchaussés, à la différence des autres. Les carmes mitigés sont établis à Clermont, à Aurillac et à Pleaux. Les autres sont à Clermont et à Riom. Cette dernière ville est la seule qui ait une maison de carmélites.
Les minimes, qui suivent la règle de saint François de Paule, comprirent d'abord l'Auvergne dans leur province d'Aquitaine et ensuite dans celle de Lyon. L'Auvergne leur donna pour lors plusieurs célèbres personnages, parmi lesquels les plus connus sont Jean du Bourg; François Croiset, dont la vertu a été si éclatante, qu'André du Saulsay a cru lui devoir donner place dans son martyrologe de France ; Antoine Richard, dont la charité fervente et le don des miracles ont fait tant de bruit dans le monde, que le Père Théophile Ray-
naud Ta mis dans son indice des saints de Lyon, où il finit ses jours de la mort des justes ; et plusieurs autres dont nous ferons connaître le mérite. On a Ibrmé depuis une province particulière des minimes d'Auvergne par un décret du consistoire rendu sous le pape Alexandre VII. Cette province est composée des couvents de Clermont, de Beauregard , de Chaumont, de Gourpière, de Brioude et d'Usson. Le dernier ne subsiste plus, à la place duquel on en a établi un dans le faubourg de la ville de Bort, en deçà de la Dordogne, dans le diocèse de Clermont.
Les jésuites, qui reconnaissent pour leur fondateur saint Ignace, doivent leur entrée en France à TAuvergne. C'est un Auvergnat qui leur a fait passer le premier les Alpes et qui leur fonda les trois plus anciens collèges qu'ils aient en France, qui sont ceux de Clermont à Paris, de Billom et de Mauriac, le premier dans la basse Auvergne et le second dans la haute. Guillaume du Prat, fils du chancelier du même nom, ayant goûté leur esprit étant au concile de Trente, crut qu'il devait donner à sa patrie des hommes qui étaient embrasés d'une charité digne des premiers siècles de l'Eglise. L'Auvergne peut se vanter d'avoir donné à cette société des saints et des hommes éminents en doctrine. A qui ne sont point connus les martyrs Jacques Salez et Guillaume Sautemouche, les Arnoux, les Sirmond, les Jonin et les Mambrun, dont nous parlerons dans la suite ! Ces Pères ont en Auvergne les collèges de Clermont, de Billom, de Saint-Flour, d'Aurillac et de Mauriac.
La congrégation de l'Oratoire, établie par le cardinal de Bérulle, à qui la France est redevable de plusieurs grands hommes, n'a eu en Auvergne que le collège de Biom et deux maisons, une à Clermont et l'autre à Effiat. Quelques personnes de cette province s'y sont distinguées par un mérite éclatant. On remarque le Père Jacques Toisac, d'une vertu éminente; le Père David, profond dans la théologie, comme en font foi ses ouvrages, et le Père Soanen, que ses éloquentes prédications ont fait élever au siège de Senez.
Les Pères de la doctrine chrétienne ont une maison à Ciisset, à laquelle Gaspard Bonhomme a fuit beaucoup d'honneur par sa grande piété.
La congrégation du Saint-Sacrement a un collège et un séminaire à Thiers. Christophe d'Authier de Sigau, évoque de Bethléem, son instituteur, y faisait ordinairement sa demeure (1).
L'Auvergne a été assez heureuse de ne point voir ses peuples enivrés des erreurs qui se sont glissées dans plusieurs parties de l'Europe. Si elles y ont paru, ce n'a été que pour peu de temps.
Le judaïsme avait quelques synagogues en Auvergne du temps de saint Austremoine. Nous ne savons point certainement dans quel temps ces ennemis du nom chrétien vinrent s'y établir. Peut-être quelques-uns s'y retirèrent après qu'ils eurent été chassés de la Judée par l'empereur Adrien. Ils disparurent ou du moins leur religion pendant quelque temps. Vers le sixième siècle de l'Eglise, saint Avitus, premier du nom, évêque de Clermont, donna le baptême à ceux qui voulurent bien se soumettre à l'Évangile. Les autres se retirèrent à Marseille.
L'Auvergne eut toujours de l'horreur pour l'arianisme ,
(1) Christophe d'Authier de Sigaud, né en 1609, à Marseille, eut l'idée de former à Aix-en-Provence une compagnie de missionnaires. En 1638, il se mit en route pour Paris, avec six de ses prêtres, dans Tintention de s'y installer ; mais Tévêque de Valence, Charles de Léberon, leur offrit des lettres d'établissement qu'ils acceptèrent. M. d'Authier fonda dans cette ville un séminaire. Cette société de prêtres, connue sous le nom de Congrégation du Saint-Sacrement ou de Sacramentaires, se voua à l'éducation de la jeunesse. Elle avait pour armoiries : d'azur à un calice d'or surmonté d'une hostie d'argent. Elle occupa deux collèges dans notre province. Le premier, celui de Thiers, fut ouvert en 16o7. (Voir, sur cette maison, l'ouvrage suivant, dont nous ne connaissons en Auvergne qu'un seul exemplaire : Exordia et instïtuta congregatïonis Sanctissimi Sacramenti. Graniatonopoli, F. Fremon, 1638, in-12.) Le second, celui de Brioude, n'entra en leur possession qu'après la mort d'Audigier. A la révolution, cette congrégation subit le sort commun ; elle n'a pas été reconstituée depuis. Deux des anciens professeurs de Thiers, MM. Ojerdias et Pajol, se donnèrent à M. Émery lors du rétablissement du culte et furent attachés au grand séminaire de Montferrand.
quoiqu'elle fût soumise aux Visigoths, qui faisaient profession de cette abominable doctrine. Saint Vénérand , évêque de Clermont, préserva nos pères de l'hérésie de Vigilance, dont le venin s'était répandu d'Espagne en Aquitaine. Saint Genès, autre évêque de Clermont, les éloigna des erreurs de Priscilien et des dogmes de Novat et de Jovinien. Celles de Pelage et d'Hehidius n'y trouvèrent point d'entrée.
La secte des vaudois et des albigeois ne put jamais pénétrer en Auvergne, quoique les provinces voisines en fussent infestées. Bien loin qu'elle y fît quelques progrès, les principaux croisés qui prirent les armes furent Robert d'Auvergne, évêque de Clermont ; Guy II , comte de Clermont ; Guichard de Beaujeu, comte de Montpensier, et une infinité d'autres. Le calvinisme, qui avait fait tant de progrès en France, n'en fit presque point en Auvergne, malgré tous les ressorts que l'on fit jouer pour l'introduire dans cette belle province. On n'eut pas beaucoup de peine à faire revenir ceux qui avaient été gagnés et à les faire rentrer à l'ancienne Eglise. Il y en avait quelques-uns à Maringues et à Issoire, où l'on voyait deux prêches ; quelques autres à Peyrusse, à Lubilhac, à Marsac, à Job, à La Ïour-Goyon et à Saint-Flour; mais aujourd'hui il n'en reste plus un seul dans la province depuis l'édit de ^Nantes.
Bien loin que les peuples de cette province aient eu du penchant pour les hérésies qui se sont élevées en France, ils se sont toujours opposés avec vigueur aux moindres changements en matière de religion. C'est en effet dans cette province que l'on institua pour la première fois un ordre de chevalerie pour combattre les infidèles dans le cœur du royaume. Ce fut l'ouvrage de Guillaume le Pie^x , comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine. Ce fut elle la première qui mit en mouvement les princes et la noblesse contre les ennemis de Jésus-Christ, à la persuasion de Sylvestre II, par cette belle lettre que nous trouvons parmi ses ouvrages sous le nom de l'église de Jérusalem, et tout le monde sait que la patrie de ce souverain pontife est Aurillac. Ce fut dans son sein où
l'on forma pour la première fois le dessein d'envoyer des armées en Orient, dans le concile de Clermont, tenu en 1095. Ce furent les Auvergnats et les Provençaux qui inspirèrent les premiers le courage de se faire chevaliers à ceux qui composaient Tordre de Saint-Jean de Jérusalem.
C'est de cette province que l'Eglise a tiré un grand nombre de ses plus illustres évêques , qui ont soutenu avec vigueur la pureté du christianisme. L'Eglise romaine doit à l'Auvergne Sylvestre II , le premier des pontifes romains qui a été pris en deçà des Alpes. Elle a donné à diverses églises des prélats d'une grande réputation et un grand nombre de cardinaux qui ont été l'ornement du Sacré-Collège.
C'est enfin de l'Auvergne que l'Eglise triomphante tient un grand nombre de saints. La seule ville de Clermont en compte vingt-huit parmi ses évêques, sans les prêtres, les diacres, les vierges et les martyrs. La première persécution des Allemands, sous le roi Chrocus, donna au ciel jusqu'à six mille deux cent soixante-six chrétiens et presque autant dans la seconde. Ce qui mérite une réflexion particulière et ce qui est presque sans exemple, c'est qu'il n'est point de province en France à laquelle l'Auvergne n'ait donné des saints qui en sont aujourd'hui les principaux patrons.
Le Bourbonnais honore saint Gilbert, abbé de Neuffons ; sainte Pétronille, abbesse ; sainte Procule, vierge et martyre, et saint Léopardin.
Le Nivernais, saint Patrice, abbé.
Le Berry, saint Ursin, premier évêque de Bourges, et saint Apollinaire, un autre de ses évêques.
Le pays chartrain, saint Avit, abbé.
La Touraine, saint Perpetuus, saint Grégoire de Tours et saint Léobard, ermite.
Le Maine, saint Calais, abbé, et saint Frambourg.
La Picardie, saint Valéry, abbé, et le célèbre saint Prix, évêque de Clermont.
La Champagne, saint Fale, abbé, et selon quelques-uns saint Agrèce, archevêque de Sens.
La Bourgogne, saint Prix, saint Odile et le bienheureux Pierre le Vénérable, tous les deux abbés de Gluny.
Le Lyonnais, saint Bonnet, évèque de Clermont.
Le Dauphiné, saint Hesychius et son fils saint Alcime Avite et saint Sandoux, tous trois archevêques de Vienne, et saint Apollinaire, évêque de Valence, aussi fils d'Hesychius.
Le pays de Foix, saint Volusien, archevêque de Tours.
Le Périgord, saint Fronton, évêque de Périgueux.
L'Angoumois, saint Sauve, évêque d'Angoulême.
Le Limousin, saint Etienne de Thiers, fondateur de l'ordre de Grandmont, et saint Calminius, comte et duc d'Auvergne.
Le Rouergue, saint Floret.
Le Gévaudan, saint Privât, évêque de Javols.
Le Velay, saint Evodius ou Vosy, évêque de Saint-Paulien.
Le pays de Saintonge, saint Pallade, un de ses évêques.
Lois
L'Auvergne eut ses lois pendant le temps qu'elle fut gouvernée par ses rois et qu'elle fut en république. Comme il est à présumer qu'elles n'étaient pas fort différentes de celles du reste des Gaulois, je crois qu'il est bon d'en donner en peu de mots quelque idée.
Il y avait deux sortes de conditions dans les Gaules qui étaient en quelque considération : les prêtres et la noblesse; car, pour le peuple, il était comme esclave et n'avait aucune autorité dans l'Etat. On ne l'appelait point aux délibérations publiques, et la plupart, se voyant chargés d'impôts et de dettes ou opprimés par la violence des grands, se mettaient au service des autres , qui avaient le même pouvoir sur eux que des maîtres sur leurs esclaves.
Le premier ordre, qui était des druides, avait l'intendance du culte des dieux et de la religion et la direction des affaires tant publiques que particulières, avec l'instruction de la jeunesse. S'il se faisait quelque crime ou quelque meurtre, s'il y avait procès pour une succession ou pour quelque autre différend, c'étaient eux qui le décidaient et qui ordonnaient les peines et les récompenses ; et, lorsque quelqu'un ne voulait pas acquiescer à leur jugement, ils lui interdisaient l'entrée de leurs mystères. Ils s'assemblaient tous les ans dans l'état des Carnutes (pays chartrain), en un lieu consacré et destiné à cet usage, où ceux qui avaient quelque procès se rendaient et en passaient par ce qu'ils ordonnaient.
Le second ordre était la noblesse. Ceux qui la composaient
s'appelaient chevaliers, qui n'avaient point d'autre exercice que celui des armes. On jugeait du crédit d'un homme et de sa condition par sa suite, car ils n'avaient pas d'autre marque de grandeur.
La coutume des Gaulois dans les grandes entreprises était d'assembler tous ceux qui étaient en âge de porter les armes, et celui qui venait le dernier était massacré cruellement en présence de tous les autres. On ne traitait jamais des affaires d'Etat que dans ces assemblées publiques. On était obligé de rendre compte au magistrat de ce que l'on avait appris qui concernait le public, sans le communiquer à d'autres; car il était défendu d'en parler dans le conseil. Il y avait de très sévères punitions contre ceux qui ne se trouvaient pas à ces assemblées, et on faisait affront à ceux qui parlaient hors de leur rang, quand ils ne se taisaient pas au premier signe qu'on leur faisait.
Quand la Gaule fut divisée en différents petits états, ceux qui avaient le plus de réputation devenaient quelquefois les premiers de leur pays. On leur accordait le nom de roi ou la souveraine magistrature. On ne souffrait point que deux parents occupassent de suite cette place. Leur autorité eût été chancelante , si leur élection n'eût été confirmée par les druides. S'ils découvraient que quelqu'un de ces magistrats affectât de se faire roi, ils l'assassinaient sans autre forme de procès. Dans les événements extraordinaires, plusieurs petits états se joignaient ensemble et faisaient choix d'un homme capable de les maintenir et de les défendre contre leurs ennemis.
Les enfants ne paraissaient jamais en public devant leurs pères qu'ils ne fussent en âge de porter les armes. Les hommes étaient obligés, en se mariant, de faire entrer dans la communauté autant de biens qu'ils en recevaient de leurs femmes ; et le tout était au survivant avec les fruits qui en provenaient. Le mari avait puissance de vie et de mort sur sa femme aussi bien que sur ses enfants ; et, lorsqu'un chevalier mourait, ses parents s'assemblaient, et, s'il y avait quel-
que soupçon contre sa femme, on la mettait à la torture, et, lorsqu'elle se trouvait criminelle, on la brûlait après lui avoir fait souffrir de très cruels supplices.
Il y avait quelques lois militaires qui s'observaient en Auvergne sous le roi Vercingétorix. Il n'était pas permis à un soldat , lorsqu'il s'était attaché au service d'un grand , de l'abandonner. Il devait avoir part à sa bonne ou mauvaise fortune, et s'il arrivait qu'il pérît, il mourait avec lui ou se tuait après sa défaite. Le vassal, aussi, ne devait jamais abandonner son seigneur en guerre, quelque parti qu'il vouliit prendre. Dans les moindres fautes, Vercingétorix faisait couper les oreilles ou crever un œil, et punissait par le feu pour les plus grandes.
Quelque changement que l'Auvergne eût souffert du dehors , ses anciennes lois ne changèrent point jusqu'à ce qu'elle trouvât bon elle-même d'en abandonner la plus grande partie pour s'accommoder des lois romaines, sur le déclin de l'empire , comme on peut l'observer sur ce que nous allons dire.
Lorsque les Romains pénétrèrent pour la première fois dans l'Auvergne, après la prise du roi Bituitus par Domitius Ahenobarbus et Fabius Maximus, ses lois ne souffrirent aucun changement. Jules César nous apprend que la République romaine, après avoir défait les Auvergnats par la valeur de Fabius, pouvant les réduire en province, ne l'avait pas fait. Quand on réduisait en province romaine un pays nouvellement conquis, on l'assujettissait aux lois de Rome et on lui ravissait la liberté. Critognat, sénateur de Gergovia, en était bien instruit lorsque, parlant aux autres Gaulois assiégés dans Alizé, leur [sic] dit (1) : « Jetez les yeux sur la Gaule narbonnaise qui, depuis qu'elle a été réduite en province, ne fait que languir sous le joug, asservie aux haches et aux faisceaux, privée de ses lois et de ses coutumes, d Le même sénateur dit, dans la même harangue, que, lorsque les Cimbres
(1) CÉSAR, De bell. GalL, 1. VII, 77.
et les Teutons inondèrent de leurs troupes TAuvergne, et qu'après Tavoir ravagée ils s'étaient retirés, ils n'avaient point touché à ses droits et à sa liberté. Jules César, s'étant rendu maître de l'Auvergne , lui laissa ses lois et sa liberté ; Pline, si bien instruit des affaires des Romains, nous en assure : Arverni liberi.
Après que toutes les provinces de l'empire furent devenues comme égales par la bonté de l'empereur Antonin le Pieux, qui accorda le droit de cité romaine ou du Latium à tous les peuples en général qui relevaient de l'empire, les lois romaines se glissèrent insensiblement dans les pays libres, et par conséquent dans l'Auvergne. Aulus Gellius a bien remarqué que les habitants des villes telles que la cité d'Auvergne n'étaient que citoyens romains honoraires, attachés de la sorte aux lois romaines ; qu'ils usaient aussi de lois particulières , en quoi consistait la différence des villes municipales et des villes de colonies, où les citoyens ne pouvaient être régis que par le seul droit romain. De là vient que toutes les villes qui jouissaient des mêmes privilèges que celles de Rome étaient appelées municipmm. Ce qui a donné lieu à Sidonius, dans la première lettre du troisième livre qu'il a adressée à Avitus après que les Goths se furent saisis de la plus grande partie de l'Auvergne, de traiter la cité d'Auvergne de petit municipmm, municipiolum (1), quoique l'Auvergne eût renoncé dans ces temps-là à la plupart de ses lois, pour prendre les lois romaines qu'elle jugeait si vénérables et si conformes à la droite raison, qu'elle a toujours pour elles un attachement particulier et n'a jamais pu les abandonner, quelque changement qui lui soit arrivé. Aussi l'Auvergne n'a point eu d'autres lois que les romaines sous les Visigoths, puisque ces rois les prescrivaient eux-mêmes à tous leurs sujets et qu'ils en avaient très peu de particulières, parce que cette nation ne faisait qu'un membre de la République romaine, comme le disait Avitus à Théodoric, l'un de ses rois, dans Jornandès ;
(1) Cette expression est répétée dans la 2° lettre du 7® livre.
que ce même roi reconnaît, dans Sidonius, au panégyrique d'Avitus, que les empereurs ayant accoutumé à lui donner des lois, il les recevait plus agréablement de la main de son intime ami ; et qu'enfin ces lois étaient môme proposées aux rois visigoths par les préfets du prétoire , suivant Tusage qu'on trouve pratiqué en Orient où Acydinus, consul en 340, se glorifie, peut-être dans le même sens, dans Symmaque, d'avoir administré la justice aux rois de l'Aurore, en qualité de préfet du prétoire d'Orient.
Aussi voit-on que les lois attribuées à Théodoric, à Évarix et à Alaric, rois des Visigoths, ne semblent être faites que pour autoriser les lois romaines, et que le code du dernier, recueilli par Anien, n'est qu'un abrégé du code de Théodose. Ce chancelier d'Alaric fit un abrégé des seize livres du code théodosien par l'ordre de son maître, qui fut publié en la ville d'Aire, en Gascogne.
Sous la première maison de France, les Français saliens et les Ripuaires furent bien gouvernés par la loi salique et par la ripuaire ; mais les anciens Gaulois, que l'on traitait de Romains, suivaient unanimement la loi romaine. Il reste à ce sujet une constitution du roi Clotaire, fils du grand Clovis, portant que les causes des Romains (qui, en cet endroit, se prennent pour les Gaulois) se décideront par la loi romaine, et celle des Français par la loi salique. Inter Romanos negotia caiisarum romanis legibus prœcipimus terminare. Ce qui a donné lieu à Agathias de dire que les Français se gouvernent par des lois et des coutumes qui sont presque toutes conformes aux romaines. Par le mot de Français on n'entendait pas généralement tous ceux dont le pays était situé depuis le Rhin jusqu'à la Loire, ni par le nom Romains tous ceux généralement qui se trouvaient entre la Loire et les Pyrénées. Il y avait indifféremment partout des Français et des Gaulois, et par conséquent la loi romaine était suivie par tous les anciens Gaulois , dans quelque lieu qu'ils fissent leur séjour, comme la loi salique et la ripuaire dans tous les lieux où ils habitaient.
La loi romaine avait cours surtout en Auvercrne sous cette
première maison de France. Cela paraît par ce que Tauleur de la vie de saint Prix raconte. Il dit que cet évêque de Clermont, étant pressé de plaider la cause de son église, la veille de Pâques, devant Childéric II, roi dWustrasie, dans laquelle il s'agissait de la succession de Claude, dame dlssoire, contre Hector, patrice de Marseille, il refusa absolument de le faire parce que la loi de Théodose faisait défense d'ouvrir les tribunaux de justice huit jours avant et huit jours après cette fête si solennelle parmi les chrétiens. L'étude des lois romaines était florissante dans ce temps-là en Auvergne, surtout dans la ville capitale. Ce fut dans cette ville où plusieurs grands hommes, dont parle Sidonius, se perfectionnèrent dans cette science. Ce fut là 011 ces deux grandes lumières de l'église d'Auvergne, saint Prix et saint Bonnet, se rendirent célèbres dans la connaissance de ces lois, et où les étudia aussi Andarchius, serviteur de Félix, sénateur de la même ville, et s'y rendit si habile par les soins de son maître, que, rempli d'une haute idée de soi-même, il regarda avec mépris celui à qui il avait de si grandes obligations. C'est ce que nous apprenons de Grégoire de Tours (1).
Sous la seconde maison de France, les Français et les Gaulois furent encore jugés séparément par la loi salique et par la romaine. Ce qui se voit par les capitulaires de Charlemagne, de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve. Le premier, ayant réuni plusieurs peuples sous son empire, les laissa vivre selon leurs lois; mais il voulut faire voir l'estime qu'il faisait de la loi romaine en faisant écrire le code théodosien suivant l'édition d'Alaric. 11 était permis à tous les sujets de l'empire de la suivre. Tous ces empereurs en faisaient un grand cas et ils avaient grand soin de la conserver. On le voit par un des articles de capitulaires de Charles le Chauve, où, après [avoir] établi une peine contre ceux qui usent de fausses mesures, il ordonne que, dans les pays sujets à la loi romaine, les coupables seraient punis suivant cette loi, ajou-
(1) Voir la note 1, page 190.
tant que ni lui, ni ses prédécesseurs, n'ont jamais prétendu rien ordonner qui y fCit contraire (1).
L'empereur Louis le Débonnaire, dans un capitulaire, laisse les Gaulois-Romains dans la liberté d'abandonner la loi romaine et de suivre la loi salique, pourvu qu'ils déclarent quelle est la loi à laquelle ils veulent s'attacher. C'est la raison pourquoi les Gaulois-Romains qui vivaient au delà (2) de la Loire, où il y avait le plus de Français, se conformèrent presque tous à la loi salique, et que les Français qui habitaient au deçà de la Loire, où il y avait plus de Gaulois-Romains, suivirent presque tous la loi romaine. Le grand nombre des Français étaient, en effet, au delà de la Loire, et le grand nombre des Gaulois au deçà; parce que les Français, après avoir poussé leurs premières conquêtes depuis le Rhin jusqu'à la Loire, avaient partagé les terres avec les habitants naturels (3), et les Goths n'avaient pas eu le même avantage dans l'Aquitaine et la Narbonnaise. Si bien que les Français n'ayant succédé deçà la Loire qu'au droit des Goths, les purs Gaulois y furent moins fatigués de leur présence et retinrent plus particulièrement le nom de Romains que Frédegaire leur donne. Ce qui n'empêche pas que la loi romaine ne fût en usage, au delà de la Loire, parmi beaucoup de familles gauloises, et que la loi salique ne fût suivie au deçà de ce fleuve parmi grand nombre de familles françaises.
Car il ne faut pas se persuader, avec quelques auteurs, que la loi ripuaire ait eu lieu seulement depuis le Rhin jusqu'à la Meuse, la loi salique depuis la Meuse jusqu'à la Loire, et la romaine depuis la Loire jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées.
(1) In illis aiitem regionibus in quibus secundum legem Romanam judicantur judicia, juxta ipsam legem committentes talia judicentur : quia ?uper illam logera vel contra ip?am legem nec antecessores nostri nec nos aliquid coiistituimus. (Baluze, Caplt. reg. Franc. ^ t. II, p. 185.)
(2) Au delà et En deçà de la Loire doivent être entendue eu égard à la position de cette rivière relativement à la ville de Clermont, où écrivait Audigier, et non dans le sens généralement adopté.
(3] V., sur ce prétendu partage, Fustel de Coulanges : Histoire des institutions politiques de l'ancienne France. Paris, Hachette.
Les Français et les Gaulois étaient gouvernés différemment à leur gré par la loi salique et par la romaine, en quelque endroit qu'ils fissent leur séjour, d'où vient qu'il suffisait, comme nous l'avons déjà dit, qu'on déclarât dans les actes quelle était la loi qu'on embrassait. Ce qui a donné lieu à cette formule qu'on trouve en plusieurs titres : Qui professas siim ex natione mea lege vivere salica. Cet usage paraît à l'égard des régions purement françaises dans Adrevald , moine de Saint-Benoît-sur-Loire, au sujet de Jonas, évêque d'Orléans, et de Donatus, envoyés du roi pour terminer un différend qui était entre les abbés de Saint-Denis et de Saint- Benoît touchant quelques serfs. On s'assembla, mais d'abord fort inutilement, parce que les juges de la loi salique n'entendaient rien à régler les biens ecclésiastiques qui se gouvernaient par la loi romaine. On assigna une autre assemblée à Orléans, où l'on fit venir, outre les juges, des docteurs de lois, tant de la province d'Orléans que de celle de Gâtinais. On voit clairement, par cet exemple, que la loi romaine et la loi salique étaient en vigueur dans les provinces au delà de la Loire, que chacune avait ses juges différents, que l'Eglise suivait la loi romaine, qu'il y avait des personnes qui faisaient profession de l'enseigner, et qu'il y en avait dès lors à Orléans et que les envoyés du prince présidaient à ces jugements.
Cela paraît à l'égard de l'Aquitaine dans un titre d'Agnès de Poitiers, veuve de Pierre de Maurienne, marquis de Savoie, laquelle faisait profession de vivre selon la loi salique propre à sa nation : Qnœ professa snm ex natione mea lege vivere salica. Ce titre, que Guichenon a publié dans son histoire généalogique de la maison de Savoie, avait été trouvé dans les archives de Sainte-Marie de Pignerols.
Cela paraît dans la Provence, où Guillaume, comte d'Arles, fait mention des grands du pays qui s'y gouvernaient par la loi salique et par la loi romaine ; comme il est rapporté dans un titre de Saint-Victor de Marseille qu'Antoine de Ruffi a publié dans son histoire des comtes de Provence, où on lit ces
mots : Inter vassos dominicos iam salicos quant romanos (1). (V'ia j)araît en Limousin, où Ilimbaud, seigneur de Saint- Sévère, fut condamné à exécuter ce que les envoyés du prince avaient ordonné sur son fief, qui était de le perdre, selon la loi salique : Aiit pire pro injuria castrum lege salica amittere. Cela paraît enfin dans l'Auvergne, où Achelme donne le lieu de Beaumont avec le tiers de son église à celle de Saint- Julien de Brioude , du consentement de sa femme Frédégonde, sans lequel la loi salique veut que la donation ne soit point valable : Sicut lex salica docet (2). Le titre est du temps de Charles le Simple et se trouve dans le cartulaire de Brioude. Cet usage était encore dans l'Italie dont les peuples du temps de Charlemagne étaient gouvernés par la loi romaine, par la salique, par la lombarde, comme l'a très bien remarqué Sigonius.
La chose continua de même sur la fin de la maison carlienne et au commencement de la capétienne. Mais, enfin, les Gaulois-Romains et les Français se trouvèrent tellement confondus ensemble, qu'on ne fut plus en état de les distinguer, ni de les juger par leurs propres lois. C'est pourquoi les provinces au deçà de la Loire, à peu de pays près, achevèrent de se conformer aux lois romaines, et celles d'au delà se conformèrent aux lois saliques, en sorte néanmoins qu'elles retenaient toujours quelque chose de la romaine, de la ripuaire et de la gombette, qui fut la loi des Bourguignons. Il se forma de là un amas de lois qui fut appelé coutume , tant parce que les siècles moyens avaient attribué ce nom à toutes sortes de lois étrangères qu'ils ne traitaient que d'usages, de mœurs et de coutumes, comme on le voit dans Marculfe et dans les autres compilateurs de formules, qu'à cause que
(1) Hist. des comtes de Provence (Aix, Jean Roize, 16b5, in-4'', p. 3o). Audigier se trompe lorsqu'il dit que cette charte a été publiée par Ruffi. Il Ta seulement analysée. Elle a été imprimée par Martène dans VAmplissima collectio, t. I, p. 373, et par Guérard dans le Cartulaire de Saint- Victor de Marseille, t. I (18o7), no 290, p. 308.
(2) H. DoNiOL, Cartulaire de Brioude, p. 66.
cette coutume se prouvait par témoins et par tourbes (1) ; au lieu que la loi romaine, étant insérée au code et au digeste, retenait le nom de droit écrit.
Il arriva de là que les pays situés à l'extrémité de la Loire, tels que le Berry et TAuvergne, se trouvèrent régis confusément par la loi romaine et par la coutume. Celle-ci s'étant introduite facilement par le voisinage des Français , ce qui donna lieu à un grand nombre d'alliances entre eux. C'est" pourquoi on trouve plusieurs lois romaines insérées dans la coutume du Berry que les jurisconsultes appellent à ce sujet docte coutume, et ils en attribuent la cause à Pierre Lizet, premier président au parlement de Paris, que le roi François 1er envoya dans cette province en lo39 pour la rédiger. Comme si ce grand homme avait eu droit de composer une nouvelle coutume au lieu de faire une rédaction de l'ancienne. Tout ce mystère se découvre quand on considère que la loi romaine, étant mêlée en Berry avec la salique et la gombette, la première y avait plus de cours, comme dans un pays de l'Aquitaine, de sorte que lorsqu'on travailla à recueillir l'esprit de cette coutume, il s'y glissa plusieurs lois romaines.
La même confusion du droit écrit et de la coutume se trouve en Auvergne, puisqu'on y distingue encore à présent les villes, les bourgs et les villages qui se conduisent par le droit écrit d'avec les villes, les bourgs et les villages (pii suivent la coutume. Les lieux où la loi romaine s'est maintenue dans sa vigueur, sont : Clermont, Billom, Issoire, Brioude, Saint-Germain-Lembron , Saint-Germain-l'IIerm, Sauxillanges, Lezoux, La Chaise-Dieu, Cusset, Blesle. Courpière, Saint-Flour, Aurillac, Mauriac, Chaudesaigues, Pierrefort et Pleaux. Les villes qui ont préféré la coutume à la loi romaine sont: Riom, Montferrand , Aigueperse, Ebreuil, Thiers, Maringues, Combronde, Artonne, Ennezat, Ris, École, Le Pont-du-Château , Vic-le-Comte , Saint- Amant- Roche-Savine, Olliergues, Ambert, Ariane, Allègre, Auzon,
(1) C'est-à-dire Enquêtes. Voir Ducange, y. Turba, 2.
Massiac, Ardes, Besse, La Tour, Ilerinent, Saint-Gervais, Montaigut-lès-Combrailles, Ruines, Alanche, La Roqucbrou, Monsalvi et Salers. Lorsque la coutume fut introduite dans les lieux et dans les villes qui l'observent, ce fut du consentement des comtes, des seigneurs et des trois Etats du pays, avec cet égard pour la loi romaine qu'on aurait toujours recours à ses décisions pour les cas dont la coutume ne parlait pas.
La preuve que le consentement des comtes et des seigneurs a été nécessaire, lorsque la coutume fut introduite en Auvergne, se prend de ce que presque toutes les terres qui sont conservées dans l'observation du droit écrit sont ecclésiastiques. L'inclination de l'Eglise, en France, a toujours été pour la loi romaine, comme on peut l'inférer du premier concile d'Orléans, tenu en 5L1, où le premier canon est fondé sur cette loi : Quod ecclesiaslici canones et lex roinana constituit et du second concile de Tours, tenu en 567, [qui] s'explique ainsi sur le vingtième canon : Quia etiam lex romana coiistituit, ut quicumque sacratam Deo virginem vel viduain fartasse rapuerit, si postea eis de conjunctione com)enerit, capitis sententia feriatur. Et les seigneurs séculiers ont mieux aimé se soumettre à la coutume, ne s'étant guère trouvé dans l'Auvergne que les vicomtes de Cariât et de Murât avec le seigneur de La Roche-Canillac, de Saint-Urcise, de Chaudesaigues et de Talizat, qui n'ont pas voulu souffrir ce changement. Encore se trouve-t-il quelques églises qui prétendent l'hommage de ces vicomtes et seigneuries. Les privilèges des villes de Clermont, de Riom et de Montferrand en sont encore une preuve. Il était permis à leurs citoyens de poursuivre les injures et leurs actions par les voies du droit écrit sans être obligés de les vider par le duel, étant dispensés de s'attacher à cette coutume lorsqu'elle se glissait dans le reste du pays, quoique les ordonnances des rois l'eussent autorisée. Un titre de Guy II, comte d'Auvergne, tiré des archives de Clermont, le justifie à l'égard de cette ville. Sed appellans si velit crimen quod objicit apellatum per viam juris scripti légitimé prose-
querelur. Un titre d'Alphonse de France, frère de saint Louis, que l'on trouve dans le Spicilegium de dom Luc d'Achéry, en est une preuve pour Riom. De quelque crime, dit ce prince, dont un habitant de Riom puisse être accusé, il ne sera tenu de s'en laver par la voie du combat, s'il ne le veut pas ; sans passer pour convaincu, lorsqu'il ne l'aura pas accepté. L'accusation établira sa preuve par témoins et par les autres preuves authentiques qui sont prescrites par le droit romain. Et enfin un titre de Louis de Beaujeu, seigneur de Montferrand, le fait voir à l'égard de cette ville. On y lit que l'exemption du duel est accordée aux habitants de cette ville pour la vérification d'un crime, pour raison de quoi ils se pourvoieront par la voie du droit écrit et de la loi romaine : Accusator teneatur procedere et facere secundum formam juris scripti. Pour montrer encore quelle était l'autorité des trois États pour faire recevoir la coutume, il ne faut que jeter les yeux sur divers articles de cette coutume. On trouve que, lorsqu'on la rédigea par écrit, les trois Etats de 1510 ayant retranché quelques anciennes coutumes, on se contenta d'insérer dans les articles que les États l'avaient ainsi jugé, quoique ce fût en présence du premier président et d'un conseiller au parlement de Paris. Après même qu'elle eut été rédigée par écrit, les trois États se crurent en droit d'y faire quelque changement.
Gouvernement
Les peuples d'Auvergne ont goûté de toute sorte de gouvernement. Ils ont été soumis à des rois, ils ont été en république, ils ont obéi aux Romains auxquels ils ont donné des empereurs. Nepos fut contraint de céder l'Auvergne aux Visigoths ; elle fut enlevée à ceux-ci par les Français, dont le gouvernement étant affaibli, elle passa sous la domination des ducs d'Aquitaine. Pépin le Bref ne la laissa pas longtemps entre leurs mains; elle devint une des plus belles provinces de l'empire de Charlemagne. L'autorité royale étant presque anéantie sous les derniers rois de la seconde race, l'Auvergne se vit réduite à obéir à des comtes qui relevaient immédiatement des ducs de Guyenne, et devint de cette sorte un arrière-fief de la couronne. Enfin, elle fut réduite en province du royaume de France sous Philippe-Auguste et sous saint Louis, qui n'en laissa qu'une très petite portion aux comtes, dont l'autorité disparut insensiblement.
Jamais les Auvergnats n'ont été plus heureux que lorsqu'ils furent gouvernés par les rois de leur nation. Ces princes n'envisageaient que le bien de leurs sujets. Ils se regardaient plutôt comme des pères qui avaient une grande famille à gouverner que comme des maîtres qui ne sont nés que pour se faire obéir. Les peuples ne les regardaient aussi que comme des hommes qui étaient à leur tête pour les protéger contre l'injustice et contre ceux qui entreprendraient de les opprimer. Bien loin d'éviter leur présence, ils couraient en foule après leurs rois, et ils ne se croyaient jamais plus heu-
reux que lorsqu'ils se venaient montrer à leurs yeux. Aussi ces princes ne souhaitaient d'avoir des richesses que pour en faire part à leurs sujets. C'est dans cette vue qu'ils parcouraient leurs provinces montés sur un char d'argent sur lequel ils paraissaient comme une divinité bienfaisante prête à secourir les malheureux, répandant partout des sommes immenses d'or et d'argent : Posidonius Luerii qui Bituiti pater fuit a Romanis profligoM opes ciim enarrat, tradit eum popiilarem gratiam aucupantem per agros, curni vehi solitiim, mtrumque, in turbas celsurum innumeras eum prosequentes (1). C'est ainsi qu'Athénée parle du premier roi des Auvergnats que nous connaissions. Quelle devait être la sagesse de ceux qui étaient envoyés dans les provinces pour veiller à la sûreté des peuples! Quelles sévères lois ne devaient point établir de tels rois contre ceux qui eussent osé entreprendre d'abuser de leur autorité !
Après que Fabius Maximus eut vaincu leur dernier roi Bituit, le sénat romain ne laissa pas de craindre les Auvergnats, tout vaincus qu'ils étaient; c'est pourquoi, dans le dessein de gagner les peuples qu'il redoutait encore, il ne voulut point les réduire en province, ni leur imposer des tributs ; il ne leur ravit point la liberté, dans la crainte où il était que ces peuples, pleins d'horreur comme ils étaient pour la servitude, ne fissent de nouveaux efforts pour secouer un joug qui leur paraîtrait insupportable. Bello superatos esse Arveimos à Q. Fabio Maximo, quibus populus romanus ignovisset, neque in provinciam redegisset, neque stipendium imposuisset (2). C'est Jules César de qui nous tenons cette particularité.
Après le renversement du royaume des Auvergnats, l'autorité qui seule était entre leurs mains fut partagée entre plusieurs, de sorte qu'il se forma divers états et communautés qui étaient comme indépendants les uns des autres. Les peuples trouvèrent tant de douceur dans cette sorte de gouver-
(1) Athénée, IV, 13 ; — Strabon, IV, ii, 3. D'après Posidonius.
(2) De hell. GaîL, I, 4o.
nement qu'ils envisagèrent comme le plus grand des malheurs la perte de leur liberté. Pour la conserver, ils laissèrent former deux factions dans toutes les principales villes de ces états, qui avaient leurs chefs qui étaient maîtres dans tous les conseils. Leur vue en cela était de défendre les petits contre l'oppression des grands. Chacun avait soin de protéger ceux de son parti, et si quelqu'un d'une faction avait quelque dessein ambitieux, il trouvait une barrière qui l'arrêtait dans ceux de l'autre faction.
Bituitus ayant été vaincu, la ville de Nemetum (Clermont), qui était la capitale de son royaume, perdit aussi beaucoup de son autorité et de sa grandeur (1). Gergovia, sa rivale, devint alors la principale ville de l'état des Auvergnats, qui étaient les chefs d'une faction qui disputa longtemps la principauté des Gaules avec ceux d'Autun. Cette ville était bâtie sur une haute montagne d'une situation avantageuse, capable de se défendre contre de nombreuses armées. Elle avait son sénat ou son conseil qui donnait le mouvement à tout le reste de la province. Elle était remplie d'hommes d'une valeur et d'une prudence qu'on ne voyait point ailleurs. On ne connaissait point parmi eux de véritable bien que la liberté ; ils la préféraient à toutes les richesses de l'univers ; ils n'eussent pas balancé un moment de donner mille vies pour la conserver. Un citoyen qui eût entrepris de la leur ravir était sur le champ mis à mort. Le père de Vercingétorix, dont l'autorité était grande, fut assassiné parce qu'il voulait se faire roi. Vercingétorix, son fils, homme de grand crédit, ayant eu la même ambition , on courut aux armes , et son oncle , Gobanition, assisté des plus grands du pays, lui résistèrent et le chassèrent de la ville. Ne s'étant pas rebuté, il fut déclaré roi par tous les états de la Gaule. Critognat, seigneur d'Auvergne de grande naissance, dans la crainte de plonger sa
(1) C'est là une pure hypothèse et qui ne repose sur aucun document. Il n'est jamais question de la ville de Nemetum dans les auteurs qui nous ont parlé de la Gaule avant la conquête, et l'on ne peut dire si elle existait alors.
patrie dans une éternelle servitude, ne fait point difficulté de dire dans une assemblée qu'ils devaient imiter le courage de leurs ancêtres qui, en la guerre des Teutons et des Cimbres, se .voyant renfermés dans leurs villes et réduits à une extrême nécessité, soutinrent leur vie par la mort de ceux qui n'étaient pas en âge de combattre, plutôt que de se rendre honteusement (1). Quand nous n'aurions pas un si grand exemple, nous le devrions laisser à la postérité pour montrer ce qu'on doit faire pour s'affranchir de la tyrannie. On peut juger par ces paroles quel était leur amour pour la liberté. Les peuples choisissaient un seigneur des plus qualifiés qui avait la principale autorité parmi eux et qui était comme le premier du sénat, dont le crédit, quoique grand, trouvait des bornes dans le courage des sénateurs ; et, comme ils savaient le merveilleux empire que la religion a sur les hommes, celui qui était le premier magistrat ne pouvait faire aucune fonction de sa charge que les prêtres n'eussent confirmé son élection. De plus, pour ne point donner lieu aux intrigues que des personnes d'un génie supérieur et entreprenant pourraient faire pour s'élever au-dessus des autres, on ne pouvait posséder cette dignité que pendant une seule année, et deux proches parents ne pouvaient pas espérer de s'y voir placer deux années de suite.
Comme la première ville était comme le centre où tous les autres cantons devaient répondre, il n'était pas permis à ce souverain magistrat de l'abandonner ; il était obligé à n'en sortir jamais, et si on remarquait que l'amour du public ne fût point l'âme de sa conduite et que quelque intérêt particulier lui fît négliger les lois de l'Etat, on ne balançait point de l'ôter de cette première place où l'on demandait des hommes qui ne vécussent que pour la république.
Le peuple entrait en quelque manière dans les affaires d'État. S'il apprenait quelque chose d'important qui concernait le public, il était obligé d'en rendre compte au magistrat
(i) CÉsAn, De bello Gallico, lib. VII, c. 76-77.
et non point à d'autres, et on ne voulait point que les grandes affaires fussent communiquées qu'à ceux qui étaient chargés du gouvernement, et il n'était permis d'en parler que dans les assemblées où on avait accoutumé d'en traiter. Ceux qui étaient marqués pour y entrer étaient sévèrement punis s'ils manquaient à s'y trouver, et ceux qui entreprenaient de parler quand leur rang n'était pas venu, s'ils ne s'arrêtaient point au premier signe qu'on leur faisait, étaient exposés à quelque affront. Ainsi tout se passait avec gravité dans les conseils où toutes les délibérations ne tendaient qu'à procurer un doux repos au public, et à affermir par toutes sortes de moyens leur liberté, dans laquelle ils faisaient consister toute leur gloire. Ils craignaient si fort de la perdre, que non seulement les Auvergnats , mais toute la Gaule , étaient en alarme dès qu'on parlait d'un ennemi, et le bruit s'en répandait partout dans très peu de temps ; car, lorsqu'il arrivait quelque chose d'extraordinaire, les peuples s'en avertissaient par des cris redoublés qui étaient entendus de lieu à autre, si bien que le massacre qu'on avait fait des citoyens romains à Orléans, au lever du soleil, fut su sur les huit ou neuf heures du soir en Auvergne (1).
Outre que les Auvergnats avaient un courage qui les portait à tout sacrifier pour éviter de vivre sous un joug étranger, la situation de leur pays les mettait encore à couvert des insultes de leurs ennemis. La hauteur de leurs montagnes était une forte barrière qu'ils leur opposaient. On pouvait élever partout des places fortes capables, dans ces temps-là, de faire périr des armées nombreuses. Dans la Limagne même se présentaient à chaque pas des collines fort élevées sur lesquelles on bâtissait des châteaux difficiles à prendre. Il fallait bien du temps pour se rendre maître de ces endroits bien fortifiés. Outre qu'ils étaient défendus par leur hauteur et par leurs tours, ils se trouvaient souvent au milieu des vallons où coulaient des torrents qui, venant à grossir tout d'un
(1) CÉSAR, De hello Gall, lib. VII, c. 3.
coup, renversaient les travaux des ennemis et mettaient le désordre dans leur armée. Une situation aussi heureuse, jointe à leur courage, faisait qu'ils ne s'épouvantaient point à l'approche des ennemis. Ils attendirent avec fermeté le vainqueur des nations, Jules César, et l'obligèrent d'abandonner le siège de leur capitale qu'il se glorifiait de prendre. Malgré cet affront, ce grand général ne voulut point, dans la vue de les gagner, tant il redoutait leur courage, les asservir aux haches et aux faisceaux. Charmé de leur valeur, il voulut qu'ils jouissent de la douceur de la liberté. Après la prise d'Alizé, il donna un prisonnier à chaque soldat par forme de butin. Ceux d'Auvergne ne subirent point cette loi ; il les distingua, en cette occasion, du reste des Gaulois, pour s'attirer l'amitié d'un état si puissant. Et, dans le temps que Rome tenait sous sa puissance le monde entier, les Auvergnats jouissaient tranquillement de leur liberté, au rapport de Pline l'historien : Arverni liberi.
Après que Jules César eut conquis les Gaules, pendant le peu de temps que la république romaine subsista dans son ancienne forme, on vit le gouvernement des Gaules entre les mains du même Jules César, de Licinius Crassus, de M. ^mil. Lepidus, de C. Plancus, de Marc- Antoine, de M. Vipsanius Agrippa, de Val. Messala et de Druse Tibère (1). Lorsque Auguste eut composé l'empire de la manière que tout le monde sait, il partagea les provinces avec le sénat, et se réserva celles qui étaient les plus exposées à l'ennemi, sous prétexte d'ôter au sénat le soin de les conserver dans l'obéissance, mais en effet afin de se rendre plus redoutable ayant les troupes sous ses ordres. Les gouverneurs qui venaient de la main d'Auguste étaient qualifiés présidents; ceux dont le sénat faisait choix avaient le titre de proconsuls et de consulaires.
L'Aquitaine fut du nombre des premières provinces, c'est-
(1) Cette liste est à la fois inexacte et incomplète. Voir E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. III, p. 44.'
à-dire de celles oii il fallait envoyer les meilleures troupes. L'Auvergne était comprise dans ses bornes. Nous trouvons, parmi les présidents d'Aquitaine, Vibius Avitus, sous Néron, au témoignage de Pline. Nous en trouvons jusqu'à l'empire de Valentinien et de Valens, son frère. L'Auvergne, toutefois, ne relevait pas de ces présidents, surtout sous les premiers empereurs, parce qu'elle jouissait d'une entière liberté. Ainsi, quand Pline dit que Zénodore travaillait au fameux colosse de Mercure dans la ville d'Auvergne, dans le temps que Vibius Avitus présidait à la province, il entend par ce mot de province l'Aquitaine en général. Vers le milieu du haut-empire , l'Auvergne parut toute romaine , étant devenue, selon quelques-uns, le siège d'un sénat qui avait toutes les inclinations des Romains. Ce sénat était l'image de celui de Rome ; une partie de la Gaule lui obéissait (1), et toutes les grandes affaires s'y décidaient. Elle fut sous la direction du préfet du prétoire des Gaules, dont l'autorité s'étendait sur la Gaule, l'Espagne et la Grande-Bretagne. C'est pourquoi nous nous fixerons sur les comtes d'Auvergne qui gouvernèrent cette province après la chute de l'empire romain, et nous tâcherons d'en découvrir l'orisrine et la suite.
Le nom de comte peut trouver son origine du temps des empereurs Adrien et Alexandre Sévère. Le premier , qui voyageait sans cesse, se faisait accompagner d'un certain nombre de sénateurs qui furent appelés comités. Le second, un des meilleurs princes qui ait jamais été, pour faire honneur au sénat qu'il ne pouvait pas traîner avec lui dans les provinces, se fît accompagner de seize sénateurs, par le conseil de Mamée, sa mère, qui ne respirait que pour la grandeur du prince et pour la félicité de l'empire.
On forma de la sorte une espèce de sénat particulier auprès
(1) La cité d'Auvergne possédait en effet un conseil dirigeant que Ton appelait son sénats mais Taction de ce conseil ne s'étendait que sur la cité d'Auvergne. Chaque cité avait un organisme analogue. A part cette erreur, Audigier a bien vu que, sauf la soumission au gouvernement impérial, la cité s'administrait elle-même.
des empereurs. Le nombre de ces sénateurs ambulants ne fut pas fixé. Les empereurs y ajoutèrent même quelquefois des favoris qui étaient pris [hors] du sénat. L'assemblée obtint par là le nom de comitatus^ d'où ceux qui la composaient eurent le nom de comités, compagnons des empereurs. Le mot de comitatus se trouve souvent en ce sens au code de Théodose. On le trouve aussi dans les auteurs du v® et du VI® siècle, dans Ammien Marcellin, dans Sidonius Apollinaris et dans Gassiodore.
Le mot de comités, au môme sens, paraît dans Eusèbe, au livre quatrième de la vie de Constantin , où l'auteur traite de la sorte les grands que l'on voyait à la suite des empereurs, parce que c'était eux que l'on honorait des premières charges de la maison impériale, des provinces et des armées, préférablement à ceux qui se trouvaient éloignés de la personne du prince. Les grands qui possédaient ces premiers emplois joignirent le titre de comtes à celui de la nature de leurs charges. Les grands-maîtres de la maison impériale furent de là dits comtes du sacré palais, comités sacri palatii ; les grands chambellans, comtes du vêtement sacré, comités vestis sacrœ; les gardes du trésor, comtes des sacrées largesses, comités sacrarum largitiarum, ; et d'autres semblables.
L'origine des comtes doit donc être rapportée aux empereurs Adrien et Alexandre Sévère, qui choisirent un certain nombre de sénateurs pour leur servir de conseillers et pour les accompagner partout. C'est pour cela qu'ils furent appelés commîtes, gens de la suite du prince, et la cour et la maison du prince comitatus. Dans les siècles moyens, on rendit en France le mot comtes par celui de cuens ; on le trouve dans les vieux romans ; on le rendit ensuite par celui de comtes. On en forma aussi le mot de curt, que l'on prononce court, selon l'ancien usage de la langue latine, qui est resté en couvert venant de cubare, en couche venant de cubitus, en coulpe venant de culpa, en cours venant de cursus, en doux venant de dulcis, en double venant de duplex, et une infinité d'autres que l'on trouve dans les auteurs. La délicatesse de la langue
française a retranché la dernière lettre de court. On l'avait conservée jusqu'au règne des derniers rois de la branche des Valois. Cette lettre formait auparavant la différence de la cour royale d'avec la cour de justice et d'avec la basse cour, dont celle-là a pour racine le mot curia, et celle-ci celui de cwHis.
Les gouverneurs des provinces et des cités furent appelés comités, comtes. On le voit au code de Théodose, lib. 6, sur la loi de comitibus qui provmciam regunt. La fonction des comtes était semblable à celle des proconsuls ; ils obtinrent les mêmes honneurs, suivant la loi qui dit : Illustres comités spectabilibus proconsulibus gêner aliter œquentur. On qualifiait indifféremment du nom de comte les gouverneurs des provinces et des cités. Sous les Goths, les Français et les Bourguignons, ce titre devint propre aux gouverneurs des seules cités, c'est-à-dire à ceux qui commandaient dans rétendue d'un diocèse épiscopal ; les autres qui eurent le gouvernement d'une province eurent la qualité de duc sans abandonner absolument celle de comte, laquelle leur était propre à l'égard de la cité métropole qu'ils régissaient en tout par eux-mêmes, n'y faisant que recevoir en qualité de ducs les appellations de comtes de tous les autres diocèses dont leur province était composée. Ainsi le duc et le comte avaient à peu près la même relation entre eux que l'évêque et le métropolitain (1). C'est pourquoi Victorius, comte de la ville d'Auvergne et duc de la première Aquitaine, est qualifié seulement comte dans Sidonius Apollinaris, en vue de l'Auvergne où était son siège ; et dans Grégoire de Tours il a la qualité de duc, en vue de la première Aquitaine où son autorité s'étendait sur les autres comtes de cette province dont les sièges étaient à Bourges, à Limoges, à Cahors, à Albi, à Ro-
(1) Cette assertion n'est pas appuyée sur les documents : il n'est pas possible d'y apercevoir, entre le comte et le duc, de différence essentielle. Ce qui rend la situation des ducs supérieure, c'est la puissance militaire exceptionnelle dont ils sont investis ; à tous autres égards, leurs attributions sont les mêmes que celles des comte»'.
dez, à Mende et à Saint-Paulien. Les exemples en sont aussi fort communs ailleurs et se rapportent à ce que l'empereur Charlemagne dit dans Philomène à Aymeric, comte de Toulouse et duc de la première Narbonnaise : Vous serez duc par Narbonne et comte par Toulouse, per Narbonam eritis dux et per Tolosam cornes ; comme étant comte de Toulouse à cause de sa résidence dans cette ville, et duc de la première Narbonnaise à cause des appellations qu'il y recevait des comtes de Narbonne, de Béziers, d'Agde, de Maguelonne, d'Uzès, de Nîmes et de Carcassonne.
Nous ne trouvons point de comtes d'Auvergne sous les Romains ; parce que, selon quelques-uns, le sénat des Gaules qui avait son siège dans la ville d'Auvergne (Clermont), y rendait lui-même la justice. On a bien présumé que Rustic Agrèce, Serenat, Ecdice et Sidonius Apollinaris avaient été comtes d'Auvergne, sur ce que Rustic Agrèce y commandait pour les empereurs des Gaules, quand les lieutenants d'Honorius, empereur d'Occident, prirent cette ville; sur ce que Serenat abusa de l'autorité de sa charge ; sur ce que Ecdice fit des levées d'hommes et de finances, et sur ce que Sidonius fut traité de comte par l'empereur Majorien au festin qu'il donna à Arles aux grands de l'empire. Mais on ne trouve point qu'aucun de ces hommes illustres ait porté le titre de comte d'Auvergne. Rustic Agrèce ne commanda dans la province qu'en qualité de maître de la milice sous Jovien, Sébastien et Tertulle, tyrans des Gaules, selon Renatus Frigeridus. Serenat n'y eut de l'autorité que comme préfet du prétoire des Gaules. Ecdice y fit des levées considérables comme maître de la milice sous Anthemius et sous Nepos, et Sidonius n'est traité de comte par Majorien que de la manière que nous l'avons expliqué au sujet des sénateurs qui se trouvaient à la suite des empereurs. Les comtes n'ont donc commencé à paraître en Auvergne que sous les Visigoths et les Français. Nos comtes furent ordinairement ducs, mais leur gouvernement ne fut pas toujours de la même étendue.
Du temps des comtes Victorius, Evodius, Apollinaire et Basole, c'est-à-dire pendant le cours de la domination gothique, leur gouvernement comprenait toute la première Aquitaine; du temps d'Agésipe, les trois Aquitaines, à la réserve d'une partie du Rouergue qui relevait des Visigoths ; sous Calminius et Nicetius, leur gouvernement était réduit au pays d'Auvergne, de Rouergue et d'Uzès; du temps de Guérin, de Bernard, de Guillaume le Pieux et d'Acfred, ils avaient sous eux la première Aquitaine, et Ebles et Guillaume Tète d'Etoupe avaient sous eux la première et la seconde Aquitaine. L'Auvergne, de cette manière, fut presque toujours le siège d'un duc jusqu'au déclin de la maison de Charlemagne.
Le comté d'Auvergne n'était originairement qu'un office ou bénéfice , comme tous les autres comtés ou duchés du royaume. Les rois l'accordaient à qui bon leur semblait. Guillaume le Pieux, Acfred et Guillaume Tête d'Etoupe tâchèrent de s'en assurer la propriété sous les derniers princes cariions; mais ils ne purent point en venir à bout. De la maison d'Auvergne il passa dans celle de Poitiers, et de celle de Poitiers il revint dans celle d'Auvergne. Charles le Simple, sans avoir égard aux services que lui avait rendus Acfred II, le dépouilla de ce comté pour en favoriser Ebles, comte de Poitiers; et Louis d'Outremer, au commencement de son règne, le donna à Guillaume Tête d'Etoupe, qui en jouit jusqu'à sa mort. Après quoi il revint à ses anciens maîtres de la maison d'Auvergne et n'en sortit plus (1). Elle se vit absolument maîtresse de l'Auvergne à l'avènement de Hugues Capet à la couronne. Ce roi , ne se trouvant pas en état de refuser des provinces entières à ceux à qui il devait son élévation, les en laissa les maîtres. Son fils Robert n'avait garde de dépouiller Robert, comte d'Auvergne, qui était son beau-frère, ayant épousé tous deux les deux sœurs. Long-
(1) Voir, sur ces divers personnages : Hist. génér. de Languedoc, nouvelle édit., t. II, p. 310-311.
temps après, TAiivergne fut divisée en trois comtés, et ceux qui les possédaient portaient tous également le titre de comte d'Auvergne.
La première division (1) commença après la mort de Guillaume VI, fils de Robert II, comte d'Auvergne, et de Judith de Melgueil. Il avait survécu [à] Robert III, son fils aîné, et avait laissé vivant Guillaume VIII, surnommé l'Ancien, son cadet. Celui-ci disputa le comté d'Auvergne à Guillaume VII dit le Jeune, son neveu, fils unique de Robert III, prétendant qu'il était plus proche que son neveu ; et, sous ce prétexte, il s'empara du comté, étant soutenu par Louis le Jeune, qui voulait profiter de la mésintelligence qui était entre ces deux proches parents. Guillaume VII ne fut pas entièrement dépouillé, il lui resta un grand nombre de seigneuries; de sorte qu'il continua toujours à se qualifier comte d'Auvergne pour ne pas même préjudicier à son droit. II est même à croire qu'il y eut quelque accommodement entre l'oncle et le neveu, et qu'ils retinrent chacun une partie de la ville de Clermont. Guillaume l'Ancien et ses successeurs, après avoir porté quelque temps le titre de comtes de Clermont, s'en tinrent à celui de comtes d'Auvergne, et Guillaume le Jeune et ses successeurs conservèrent la qualité de comtes de Clermont. Ce n'est pas qu'on ne trouve des titres par lesquels il paraît que les descendants de ces deux comtes se sont qualifiés souvent indifféremment et comtes d'Auvergne et comtes de Clermont. Quelques-uns prétendent que nos anciens comtes ont été dits proprement comtes de la ville d'Auvergne et non comtes d'Auvergne, comme on le croit communément. L'erreur consiste, disent-ils, en ce que le débris du comté de Guillaume l'Ancien, étant resté aux environs
(1) Sur cette première division du comté d'Auvergne, v. Em. Teilhard, Montferrand avant sa charte de commune, dans Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferraml, 1882, page 321. M. Teilhard, en serrant de plus près les textes connus, est parvenu à mettre en lumière un épisode demeuré jusque-là passablement obscur.
de Vic-le-Comte, porte encore aujourd'hui le nom de comté d'Auvergne, d'où l'on a qualifié comtes d'Auvergne tous les prédécesseurs de ceux d'aujourd'hui en remontant; au lieu que ceux-ci n'ont cessé de prendre le titre de comtes de Clermont qu'après avoir perdu la portion de la ville qu'ils s'étaient réservée (1) et après que tout ce qui leur restait se trouva situé dans la Limagne. En quoi les auteurs récents se sont trompés, ajoutent-ils, d'autant plus facilement qu'ils ont trouvé les anciens comtes du pays qualifiés comités Arverni, termes qu'ils ont appliqués aux Auvergnats en général, quoiqu'ils ne regardassent en cette occasion que la seule ville de Clermont.
C'était l'ancien usage du royaume : nul comte ne s'y trouve autrement intitulé que comte de la cité où était son siège. De là le comte de l'Ile-de-France fut dit comte de Paris ; celui de Bourgogne, comte d'Autun ; celui de Poitiers, comte de Poitiers; celui de Champagne, comte de Troyes; celui de Hainaut, comte de Mons ; celui de Berry, comte de Bourges ; celui de Limousin, comte de Limoges; celui de Rouergue, comte de Rodez ; celui de Quercy, comte de Cahors ; celui de Lyonnais, comte de Lyon ; celui de Provence, comte d'Arles ; celui de Grésivaudan, comte de Grenoble ; et plusieurs autres. On imitait en cela les évêques qui portaient le nom de la ville de leur siège et nullement celui du pays qui composait leur diocèse.
De ce principe, les comtes d'Auvergne et les évêques d'Auvergne furent dits également comtes et évêques de la ville d'Auvergne. On le voit dans les auteurs et dans les titres. Ils appuient ce sentiment sur divers passages des anciens auteurs. Grégoire de Tours a fait mention de notre comte Hortense en ces termes : Hortense, l'un des sénateurs, était comte de cette ville : Hortensius, imus ex senatoribus, comitatum illms urbis agens. Il parle de même du comte Georges; il
(1) Em. Teilhard [op. cit.) établit d'une façon péremptoire que les droits des comtes d'Auvergne sur Clermont étaient des droits usurpés, la seigneurie de cette ville appartenant à Tévéque.
dit que Georges, citoyen du Velay, possédait le comté de la ville d'Auvergne. Il traite de même le comte Firmin. Le roi Sigebert, dit cet historien, voulant prendre la ville dWrles, fit mettre sous les armes ceux de la ville d'Auvergne. Firmin était alors comte de cette ville. Grégoire ajoute que le roi Chramne, après avoir chargé d'injures Firmin, le chassa hors du comté de la ville. Firminu'in a comitatu urbis graviter injurialum abejit (1). L'un des auteurs de la vie de saint Prix a dit, en parlant de Genès, comte, qu'il avait le commandement de la ville d'Auvererne. Abbon a dit de Guillaume le Pieux qu'étant comte de Clermont, il perdit un de ses amis, qui fut tué dans le combat qu'il donna contre Hugues, comte de Bourges. Reginon dit de même que Blandin était comte de la ville d'Auvergne, Blandinum comitem ipsius urbis Arverniœ captura atque ligatum ad prœsentiam Régis adduxerunt.
L'ancienne généalogie de la maison d'Auvergne parle de même du comte Piobert P'' : Robert, comte de la ville d'Auvergne (2). Un titre de Cluny, qui contient le don que le vicomte Guy I^"" fit de la terre et de l'église de Beaumont en Bourgogne, porte : Moi, Guy, par la grâce de Dieu, vicomte de la ville d'Auvergne : Ego^ Wido, gratia Dei Arverniœ civitatis vicomes (3). La chronologie des abbés de Lérins dit du comte Robert II : L'an 1064, le très illustre comte de Clermont et Etienne de Vieille-Brioude donnèrent au monastère de Lérins l'église de Saint-Just, située au territoire de Brioude. On observa avec tant d'exactitude cet usage, que, lors de la division de cet ancien comté en deux comtés, faite entre Guillaume l'Ancien et Guillaume le Jeune, chacun retint le titre de comte de Clermont avec une partie de cette ville. Cela est hors de doute à l'égard de Guillaume le Jeune et de ceux qui descendent de lui. Toutes les chartes lui donnèrent et à ses successeurs le
(1) Hist. Franc, IV, 13.
(2) Hist. généal. de la maison d'Auvergne, t. II, p. 45.
(3) Op. cit., p. 40.
titre de comte de Clerinont. Lorsque ce comté passa de la maison de Clermont-Dauphin dans celle de Bourbon, par le mariage d'Anne, comtesse de Clermont et dauphine d'Auvergne, avec Louis II, duc de Bourbon, et comte de Clermont en Beauvoisis, les princes de Bourbon conservèrent aussi le titre de comtes de Clermont en Auvergne qu'ils distinguèrent en particulier du titre de comte de Clermont en Beauvoisis. Les baillis même que la maison de Bourbon établissait en Auvergne étaient dits baillis du comte de Clermont. Louis de Coustaves, bailli sous Louis de Bourbon, se trouve qualifié dans toutes les ordonnances qui nous restent de lui, Louis de Coustaves, seigneur de Bien-Assis et bailli du comté de Clermont, du dauphine d'Auvergne, de la baronnie de Mercœur et gouverneur de Clermont. Quant à Guillaume l'Ancien , on voit que lui et ses successeurs ont continué cet usage jusqu'à ce qu'ils perdirent la partie de Clermont qu'ils s'étaient réservée. Deux chartes de ce comte Guillaume en font foi ; elles sont des années 1202 et 1207 ; on y lit : Guillaume, comte de Clermont. Aimoin lui donne le même nom, lorsqu'il raconte les violences que ce comte faisait aux églises d'Auvergne et du Velay avec le comte du Puy, son neveu. Les sceaux de Robert IV, son fils, contiennent ces mots : sceau de Robert de Clermont, sigillum Roberti de Claromonte. Un titre du comte Guy, fils de Robert IV, porte : Moi , Guy, comte de Clermont, voulant aller à la guerre contre les Albigeois, ai donné à ma femme, Pernelle de Chambon, comtesse de Clermont, etc.. (1). Il est de l'an 1209. La même chose paraît en la personne de Guillaume X, son fils ; dans son testament, il ne prend point d'autre qualité que celle de comte de Clermont. Nos Guillelmus cornes Claromontensis (2). On lit aussi ces mots autour de son sceau , oi^i il est représenté à cheval : Sigillum Vuillelmi comitis Claromontensis (3). Il me semble que tout ce
(1) Op. cit., p. 81.
(2) Op. cit., p. 90.
(3) Op. cit., p. 9L
que Ton peut conclure de tout ce que nous avons rapporté à ce sujet est que les comtes d'Auvergne se sont appelés assez indifféremment comtes de Clermont et comtes d'Auvergne, et qu'on les trouve qualifiés dans plusieurs titres de cette manière. Dans le titre du dépôt que Guy II fit à son frère Robert de la ville de Clermont , il y prend la qualité de comte de Clermont et d'Auvergne ; ce qui marquerait que le comte de Clermont serait différent de celui d'Auvergne. Ce qui paraît le plus véritable, c'est que Guillaume l'Ancien et Guillaume le Jeune ayant fait quelque accommodement entre eux, les descendants du premier retinrent la qualité de comtes d'Auverene et les descendants du second se contentèrent de celle de comtes de Clermont. Il est même assez naturel de penser que Dauphin, fils de Guillaume VII, dans le chagrin qu'il eut de se voir privé de la succession qui lui devait revenir du comté d'Auvergne, donna le nom de Dauphiné d'Auvergne aux terres qui lui restèrent, d'où ses successeurs ont été appelés dauphins d'Auvergne (1), et c'est aussi ce qui lui fit abandonner les armes des comtes d'Auvergne, qui étaient un gonfanon frangé de sinople en champ d'or, pour prendre un dauphin, à l'exemple des comtes de Vienne, de la maison desquels était son aïeul maternel, Guy III, comte d'Albon et de Vienne.
Guillaume le Jeune, se voyant dépouillé du comté d'Auvergne par son oncle, implora la protection d'Henri, roi d'Angleterre , duquel ce comté relevait comme duc de Guyenne ; ce qui fut cause de son malheur, parce que son oncle, se croyant perdu s'il voyait venir contre lui un roi si puissant, implora de son côté le secours de Louis le Jeune, qui lui promit avec joie sa protection et ne manqua pas de le maintenir dans la possession de ce comté contre son neveu. N'étant point soutenu, comme il s'en était flatté, par le roi
(1) V., sur Torigino de ce nom de dauphin : Em. Teilhard, Montferrand avant sa charte de commune^ et A. Prudhomme, De l'origine et du sens des mots dauphin et Dauphiné et de leurs rapports avec l'emblème du dauphin^ dans Bibl. de l'École des Chartes, 1893, p. 430.
d'Angleterre, il s'accommoda avec son oncle. Il eut dans son partage une partie de la ville de Clermont, les seigneuries d'Issoire, d'IIerment, de Chamalières, de Montrognon, de Plauzat, de Champeix, de Gros, d'Aurière, de Neschers, de Chanonat, de Brion, de Saurier et de Rochefort, la châtellenie de Vodable et ses dépendances, à savoir Solignac, Ronzières, Malnon, Antoing, Mazerat, Longchamp, Mareugheol, Bergonne, Collanges, Le Broc et autres bourgs et villages esquels consistait cette châtellenie qui était d'une grande étendue et qui avait Vodable pour capitale. Guillaume l'Ancien eut tout le reste de l'Auvergne. Voilà ce que renfermaient les deux comtés dont les comtes étaient vassaux des ducs de Guyenne.
L'Auvergne ne demeura pas longtemps à relever des ducs de Guyenne. Philippe-Auguste, ne voyant qu'avec regret une si belle province sous la puissance de son mortel ennemi, trouva moyen de l'attirer à lui dans une trêve qu'il fit avec le roi Richard. A cette nouvelle, le dauphin d'Auvergne, fils de Guillaume le Jeune, et Guy II, petit-fils de Guillaume l'Ancien, chagrins de se voir dépendre d'un roi qui était en état de se faire obéir et qui traitait assez durement ses sujets, firent choix de se soumettre plutôt au roi d'Angleterre qu'à Philippe. Richard, connaissant qu'ils souhaitaient de l'avoir pour maître, n'eut point de peine à les gagner. Il leur représenta ce qu'ils avaient à craindre de Philippe par les mauvais traitements qu'ils en avaient déjà reçus, et les assura qu'ils ne manqueraient ni de troupes ni d'argent s'ils se déclaraient pour lui. Ils succombèrent à de si belles promesses et embrassèrent ouvertement le parti de Richard contre Philippe. Ils ne furent pas longtemps sans s'en repentir. Ils se virent abandonnés par le roi d'Angleterre d'une manière indigne et exposés en même temps à toute la colère du roi de France, qui fit entrer ses troupes en Auvergne et y mit tout à feu et à sang. Ne pouvant pas résister à un ennemi si puissant, ils lui demandèrent grâce et firent un accommodement avec lui qui, comme on le peut croire, ne leur fut pas avantageux, puis-
qu'ils furent obligés à lui céder les terres qu'il leur avait enlevées ; et c'est ce qui donna lieu à voir dans l'Auvergne un troisième comté.
Ce troisième comté d'Auvergne fut composé des terres que Philippe-Auguste avait enlevées à ces deux princes. Il en donna le gouvernement à Guy de Dampierre, seigneur de Bourbon, qui en avait fait la conquête. Guillaume X, fils de Guy II , ne se laissa pas dépouiller impunément ; assisté par son frère, Hugues d'Auvergne, et par les comtes dauphins d'Auvergne, il fit tant de peine à Archambaud de Dampierre, sire de Bourbon, qui avait la garde du comté d'Auvergne, que ce seigneur fut obligé de remettre au roi toutes les places qui avaient été conquises sur ce comté, parce qu'il n'en pouvait pas jouir paisiblement. De sorte qu'ils firent entre eux un traité de trêve au mois de juillet 1229. Après quoi le roi saint Louis donna la paix au comte Guillaume et lui rendit ses bonnes grâces. Le comte jouit alors, sans être inquiété, de ses terres, à la réserve toutefois de cette portion qui fut appelée la terre d'Auvergne, terra Alverniœ, qui fut depuis érigée en duché en 1360 par le roi Charles V, alors régent du royaume, laquelle est demeurée jusqu'à présent unie à la couronne. Ces terres échurent à Alphonse de France, frère de saint Louis, qui pour cela fut qualifié comte d'Auvergne, selon Guillaume de Nangis ; ce que MM. de Sainte-Marthe ont bien observé dans leur Histoire généalogique de la maison de La Trémouille. Pierre et Guillaume de La Trémouille frères sont nommés avec plusieurs autres seigneurs et traités de chevaliers et de vassaux du prince Alphonse, comte de Poitou, de Saintonge, d'Auvergne et de Toulouse, dans un registre du Trésor des chartes du roi des jugements rendus, accords et compositions faits touchant les droits et prétentions de ces comtes depuis l'an 1251 jusqu'en l'an 1267. C'est ce qui fait dire à Mezeray, dans son Abrégé de V Histoire de France, qu'Alphonse avait eu les comtés de Poitou et d'Auvergne en apanage avec tout ce qu'on avait conquis dans le Languedoc sur les albigeois. Celte portion de l'Auvergne, par
laquelle ce frère de saint Louis fut appelé comte d'Auvergne, lui fut effectivement donnée en apanage par son père Louis VIII; ce qui fut confirmé par le roi saint Louis, son frère (1). Ce prince étant mort sans enfants, ce comté lut réuni à la couronne jusqu'en 1360 que le roi Charles, comme nous l'avons déjà dit, l'érigea en duché en faveur de son frère Jean de France, duc de Berry, lequel étant mort sans enfants mâles en 1426, ce comté devait revenir à la couronne, comme les autres apanages, et parce que le duc de Berry avait fait une donation de tous ses biens au roi Charles VI, son neveu. Cependant Marie, fille de ce duc, le porta en dot avec le comté de Montpensier à Jean P'", duc de Bourbon , le roi Charles VI ayant bien voulu déroger à son droit en faveur de ce prince qui avait rendu de grands services à l'Etat, surtout contre les Anglais, s'étant trouvé à la bataille d'Azincourt, en 1414, où il fut pris et mené en Angleterre. Les descendants jouirent du duché d'Auvergne jusqu'à Charles III, duc de Bourbon et d'Auvergne, et connétable de France, qui, n'ayant point d'enfants de Suzanne, fille de Pierre, IP du nom, duc de Bourbon et d'Auvergne, petit-fils de Jean P% auquel Marie avait porté le duché d'Auvergne, fut dépouillé de la succession de sa femme par Louise de Savoie, mère de François l^% fille de Marguerite de Bourbon, sœur de Pierre de Bourbon, prétendant être plus proche héritière de Suzanne que le connétable. En effet, elle gagna son procès au parlement de Paris. Ce prince, au désespoir, passa au service de Charles-Quint, et tous ses biens furent confisqués par arrêt du parlement de Paris du 26 juillet 1527; de sorte que cette portion de l'Auvergne revint à la couronne et n'en a point, depuis, été séparée.
L'autre portion du comté d'Auvergne, que saint Louis laissa aux princes de la maison d'Auvergne, ne fut pas d'une grande étendue, puisque la ville de Riom n'en était pas, non plus que
(1) V. BouTARic, Saint Louis et Alphonse de Poitiers. — V. aussi un rôle des vassaux du comte Alphonse en Auvergne, 1250 à 1263 environ, dans AuG. Chassaing : Spicilegium Brivatense^ p. 43. Paris, Imp. Nat., 1886,
la ville de Glernaont, dont les évêques devinrent les seigneurs, depuis que Guy II l'eut donnée en dépôt à son frère Robert d'Auvergne, évêque de la même ville (1).
Vic-le-Comte devint pour lors chef du comté qui ne comprenait que Mirefleurs, Saint-Maurice, Dreuil, Sallède, Pignol, Saint-Babel, les châtellenies de Buron, Grains, Busséol et Saint- Julien de Goppel, lorsqu'il vint à Gatherine de Médicis par sa mère Madeleine de La Tour, fille de Jean, seigneur de La Tour, troisième du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de Jeanne de Bourbon. Nous en ferons voir la descente depuis Guillaume, surnommé l'Ancien, jusqu'aujourd'hui, en faisant l'histoire de la ville de Vic-le-Gomte. Ge comté fut encore uni à la couronne par la donation qu'en fit à Louis XIII, étant encore dauphin, Marguerite de Valois, fille du roi Henri II et de Gatherine de Médicis. Enfin il fut cédé à Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, par le roi Louis XIV, par un contrat d'échange des souverainetés de Sedan et de Raucourt en 1651, dont Godefroy-Maurice de La Tour, souverain duc de Bouillon, a commencé, à jouir et dont jouit aujourd'hui son fils aîné, Emmanuel-Théodose de La Tour, souverain duc de Bouillon, et duc d'Albret. Les châtellenies de Buron, de Grains, de Busséol et de Saint- Julien de Goppel, qui faisaient partie de ce comté, ont été démembrées. Antoine de Sarlant , sénéchal de Glermont , acquit celle de Buron de Gatherine de Médicis , lors de l'érection de la sénéchaussée, en 1552. Gelles de Grains et de Busséol ont été aliénées en faveur de Messieurs de Frédeville, et celle de Saint-Julien de Goppel fut vendue, en 1587, à messire Jean de Saint-Miez, et par ses successeurs au maréchal d'Effiat.
Plusieurs auteurs ont recueilli les comtes d'Auvergne ; afin de ne rien laisser à désirer sur ce sujet, nous en donnerons l'histoire en abrégé qui pourra ne pas déplaire à ceux qui
(1) Voir, sur ce prétendu acte de dépôt, Em. Teilhard : Montf&t*rand avant sa charte de commune.
aiment l'antiquilé. Nous commencerons par ceux de nos comtes qui étaient nommés par les rois, que l'on appelait comtes bénéficiaires, et nous finirons par ceux qui, en devenant comtes d'Auvergne, devinrent en même temps souverains en rendant la foi et l'hommage aux rois de France ; et ceux-là sont connus sous le nom de comtes héréditaires.
Comtes bénéficiaires d'Auvergne
Victorius est le plus ancien de nos comtes. Il fut établi comte d'Auvergne par Evarix, roi des Visigoths, qui mourut en 484 ou 485. Il eut beaucoup de respect pour Sidonius Apollinaris, évêque de Glermont, et pour saint Abraham, abbé de Saint-Cirgues de la même ville. La liaison qu'il avait avec ces deux saints ne l'empêcha pas de mener une vie si scandaleuse, qu'il se vit obligé de se retirer à Rome, où il trouva la punition de ses débauches.
Évodius, d'une famille sénatoriale de Glermont, fut choisi par les Visigoths pour être comte d'Auvergne.
Apollinaire, duc des Auvergnats, fut l'intime ami de Victorius, et eut part à toutes ses disgrâces. Il était lils de Sidonius et de Papianille. Le roi des Visigoths, Alaric, le fit comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine. Le grand Clovis ne triompha d 'Alaric qu'après la mort de ce comte et la défaite des Auvergnats qu'il avait amenés avec lui. Ce fut en 507.
Basole, seigneur de Mauriac, fut nommé comte de Glermont par Gesalic, roi des Visigoths, bâtard d'Alaric. Il se saisit du royaume sous prétexte de le conserver pour Amaulry qui n'était encore qu'un enfant lorsque son père Alaric perdit la vie. Basole finit ses jours dans le monastère de Saint-Pierrele-Vif, à Sens, auquel il avait donné sa terre de Mauriac.
Agésipe, de la maison Genésienne de Glermont, sut si bien gagner l'estime du roi Glovis, que ce roi, pour opposer quelque grand seigneur d'Auvergne à ceux qui s'étaient déclarés
pour les Visigoths, le fit comte de Clermont et duc d'Aquitaine.
Hortense, d'une famille illustre de Clermont. Il était sénateur quand Thierry P', roi d'Austrasie, le créa comte de Clermont. Il eut de grands démêlés avec saint Quintien, qui était évêque de la même ville.
Sigivalde. Les grands services que ce seigneur rendit au roi Thierry, obligèrent ce prince à lui confier le comté de Clermont. Il s'en repentit quand il sut que ce comte menait une vie qui le faisait regarder avec horreur dans toute la province.
George. C'est à saint Grégoire de Tours que nous devons la mémoire de ce comte, qui était de Saint-Paulien.
Beccon, comte de Clermont. L'avarice le dominait si fort, qu'elle le poussait à toutes les actions les plus barbares. Il mourut d'une manière qui fit connaître que la vengeance divine ne laisse rien d'impuni.
Firmin, que l'on croit être de l'illustre maison des Ferréols. Il fut comte de Clermont sous les rois Clotaire I" et Sigebert ^^ Sa vertu lui attira la colère de Chramne, fils de Clotaire. Ce prince, qui se livrait à toutes ses passions, l'obligea à quitter l'Auvergne ; quelque temps après il fut rétabli par le roi Sigebert, qui l'envoya en ambassade à Constantinople auprès de l'empereur Justin II.
Saluste, fils d'Evodius, sénateur de Clermont, fut nommé comte de la même ville par le roi Chramne qui le mit à la place de Firmin.
Calminius tirait son origine de la ville de Clermont et y faisait les fonctions de sénateur lorsque le roi Sigebert le nomma comte d'Auvergne et duc de la partie d'Aquitaine qui relevait de lui. Il renonça à toutes les grandeurs pour se retirer dans un désert où il finit ses jours.
Nicétius, qui tirait son origine de l'illustre maison de Clermont du même nom. Sigebert, qui connaissait son mérite, l'éleva à la dignité de comte de Clermont. Contran le fit duc d'Auvergne, et Childebert II, patrice de Marseille.
Eulalius. Il fut fait comte de Glermont par le roi Gontran. Il tirait son origine de la même ville, et sa femme Tétradie aussi. Le mépris qu'il eut pour elle, toute belle et spirituelle qu'elle était, lui attira des malheurs qui lui firent passer une vie pleine d'amertume.
Vénérand, comte de Glermont, descendait d'une des plus illustres maisons de cette ville. Dagobert h^ l'envoya deux fois en Espagne pour des affaires d'importance.
Bobon descendait de Mummolène, comte de Soissons, qui vivait sous Glotaire. Il fut fait duc des Auvergnats par Sigebert III, roi d'Austrasie. Il perdit la vie en attaquant un château dans la Thuringe.
Bodilon, duc d'Auvergne, était un des plus grands seigneurs de la cour de Chilpéric II. Ge roi l'ayant traité indignement, il trouva le moyen de s'en venger en le poignardant.
Hector, que l'auteur de la vie de saint Austremoine fait comte de Glermont, fut ensuite patrice de Marseille. Il était d'une noble extraction et d'un grand crédit à la cour du monarque français. L'action qu'il fit en enlevant la fille de Claude, une dame d'Auvergne, lui attira bien des malheurs. Il fut tué par l'ordre de Ghildéric II.
Saint Genès, comte de Glermont, était fils de Dracolenus Industrius et de Tranquille de Gordoue, proche parente de Thierry, roi d'Austrasie. Après la mort de son père, il fut fait comte de Glermont. 11 fit paraître tant de vertu dans cet emploi, qu'après la mort deGarivald, évêque de Glermont, il fut choisi pour être son successeur; mais, pénétré de son indignité, il persuada au clergé et au peuple de mettre saint Prix à sa place.
Blandin, créé comte de Glermont par Gaifre, duc d'Aquitaine, soutint avec vigueur les intérêts du duc contre Pépin le Bref. Il fut pris par ce roi en défendant la ville de Glermont et perdit la vie à la journée de Périgueux.
Chilpingue, après la défaite de Blandin, fut fait comte de Glermont par le duc d'Aquitaine. Il fut tué dans le Forez,
ayant les armes à la main pour la défense de celui à qui il devait la dignité de comte.
Ithier fut établi comte d'Auvergne par Charlemagne. Il était fort puissant à la cour de ce monarque.
Berthmond, que Charlemagne fit comte de Clermont, était un de ses serviteurs domestiques. Il affecta de ne point mettre dans cette place des grands seigneurs de sa cour, parce que la fidélité de quelques comtes français lui avait paru suspecte dans la révolte des Saxons et dans la conjuration du jeune Pépin.
Guillaume I" (1), comte d'Auvergne et de Toulouse et duc d'Aquitaine. Quelques-uns le font comte d'Auvergne sans beaucoup de preuves. Cependant nous n'avons pas voulu le passer sous silence. Il fut très considéré de Charlemagne, qui ne faisait rien d'important sans le consulter. Après avoir donné des preuves de sa valeur, il renonça à toutes les grandeurs, prit congé de l'empereur, déposa ses armes dans l'église de Brioude, sur l'autel placé devant le tombeau de saint Julien, et se retira dans le monastère de Gellone, du diocèse de Lodève, où il employa le reste de ses jours dans la pratique de toutes les vertus.
Guérin P^ (2). Il n'est point seigneur dans son siècle d'une plus grande réputation. Louis le Débonnaire le fit comte de Clermont. Ce fut à lui que Charles le Chauve dut le gain de la bataille de Fontenay, en 841.
Gérard (3), comte de Clermont, selon Aymar de Chabannes.
(1) Voir sur S. Guillaume de Gellone: Hist. génér. de Languedoc, nouv. édit., tome II, page 272.
(2) D'après les nouveaux éditeurs de VHist. gcnér. de Languedoc^ les faits indiqués ici se rapporteraient à un Waria (ou Guérin), comte de Màcon. Il y aurait eu cependant un Warin, comte d'Auvergne, mais dont on ne sait rien, sinon qu'en 819 il aida Déranger, duc de Toulouse, à repousser les Gascons. [Hïst. génér. de Languedoc, nouv. édit., tome II, page 298.)
(3) Sur cette chronologie des premiers comtes héré<litaires d'Auvergne, Audigier n'apporte aucune vue nouvelle ; il n'ajoute rien à ce qu'avaient donné Justel et Raluze, et il ne semble pas qu'il ait eu connaissance des travaux de dom Vaissette. La publication du cartulaire de Saint-Julien de Brioude a permis aux nouveaux éditeurs de VHist. génér. de Languedoc
Louis le Débonnaire ayant disposé du royaume d'Aquitaine en faveur de Charles le Chauve, qu'il avait eu de Judith, sa seconde femme, quelques seigneurs d'Aquitaine formèrent un parti pour maintenir la couronne sur la tète du jeune Pépin. L'empereur, irrité de leur audace, fit reconnaître à Clermont Charles le Chauve, et, trouvant Gérard ferme dans ses intérêts, il le créa comte de Clermont et donna à Guérin le comté de Toulouse. Gérard mourut plein de gloire à la journée de Fontenay pour le service de Charles le Chauve.
Guillaume II, comte de Clermont. Aymar de Chabannes est le seul auteur qui ait fait mention de ce comte. Il dit qu'à Gérard, comte de Clermont, et à Ratier, comte de Limoges, tués à la bataille de Fontenay, furent subrogés Guillaume, pour Clermont, et Raymond, pour Limoges. Guillaume ne le garda que jusqu'à l'année suivante, dans laquelle Pépin, étant rétabli, mit à sa place Hervé, dont la maison avait toujours été dans ses intérêts.
Hervé ou Hervée, comte de Clermont. Il était fils de Ray-
de porter quelque lumière dans ce sujet, fort obscur jusque-là. Nous donnons ici, d'après une note ajoutée par M. Molinier à celle des bénédictins [Hist. génér. de Languedoc, nouv. édit., tome II, page 280), la série des premiers comtes d'Auvergne.
Gérard, Tun des conseillers de Louis le Débonnaire, mort à la bataille de Fontenay (834-841).
Guillaume, frère du précédent (842-846).
Bernard I®"^, très probablement fils de Guillaume. Il fut marié deux fois : sa première femme s'appelait Liutgarde ou Letgarde ; la seconde, Ermengarde (846-868).
Bernard II (Bernard Plantevelue], fils du précédent, comte d'Auvergne depuis 868; marquis de Gothie en 878; comte de Mâcon en 880. Sa femme s'appelait Ermengarde. Il mourut en 88o.
Guillaume II le Pieux, fils du précédent, comte d'Auvergne et marquis de Gothie depuis 885; duc d'Aquitaine en 893; épousa en 898 environ, Ingelberge, sœur de Louis l'Aveugle, roi de Provence. Il mourut en 918, sans laisser d'enfants.
Guillaume III, dit le Jeune, neveu du précédent, fils de sa sœur Adelinde et d'Acfred, comte de Razès ; succéda à son oncle dans les comtés d'Auvergne et de Velay seulement. Le marquisat de Gothie revint à la maison de Toulouse. Il mourut en 926, sans enfants.
Acfred, frère du précédent, comte d'Auvergne et du Velay, abbé de Saint- Julien de Brioude. Il mourut en 928, sans laisser d'enfants. Ebles, comte de Poitiers, hérita de l'Auvergne et prit le titre de duc d'Aquitaine.
naud, comte d'Herbauge et de Nantes. Son père fut tué dans un combat. Hervé, voulant venger son père, perdit la vie avec Bernard d'Angoulême, comte de Poitiers.
Etienne (1), comte de Clermont. Son père avait nom Hugues. Il fut nommé au comté de Clermont par Pépin H, après la mort d'Hervé. Il chassa saint Sigon, évêque de cette capitale d'Auvergne, de son siège ; mais il fut obligé de le rappeler par ordre du Pape. Les Normands, dans une irruption qu'ils firent, pénétrèrent jusqu'en Auvergne et mirent le siège devant la cité de Clermont. Notre comte, qui s'était enfermé dedans, fut tué sur la brèche (864), en se défendant avec beaucoup de courage.
Bernard P% comte d'Auvergne. Il était fort expérimenté dans les affaires d'État. Louis le Bègue, fils de Charles le Chauve se trouva si bien de ses conseils, qu'en mourant il lui recommanda son fils aîné, Louis III. Ce comte, charmé de la confiance que ce roi avait en lui, mena Louis à Autun, où il le fit sacrer. Il perdit la vie en soutenant les intérêts des deux fils de Louis le Bègue contre Boson, qui voulait s'emparer de leur royaume.
Guérin II (2) était fils de Bernard dont nous venons de parler, selon quelques-uns. Il était comte d'Auvergne sous le roi Louis le Bègue. Il fut aussi abbé de Brioude. On croit qu'il fut tué dans la même occasion où son père perdit la vie, en 886.
Guillaume P^ le Pieux, comte d'Auvergne. Ce fut lui qui fonda l'abbaye de Cluny. Il mourut en 917 ou 919, n'ayant eu qu'un fils qui ne vécut pas longtemps.
Guillaume H, comte d'Auvergne. Il était fils d'Acfred, comte de Bourges, et d'Adelinde, sœur de Guillaume le Pieux. Ils soutinrent les intérêts de la maison de Charlemagne. Il mourut en l'année 927, sans avoir été marié.
(1) On ne sait où placer cet Etienne, à supposer qu'il ait été comte de Clermont, ce qui paraît fort douteux, aucun des documents où il est question de lui ne lui donnant ce titre. Voir Hlst. génér. de Languedoc, nouv. édition, tome II, page 309.
(2) Comte de Velay et non d'Auvergne. (Voir la note 3 de la page 312.)
Acfred I®"", comte d'Auvergne après son frère Guillaume. Il n'abandonna jamais le parti de Charles le Simple dans la révolte presque générale de tous les Français, dont ce roi lui sut fort peu de gré. Il mourut sans avoir laissé de postérité.
Bernard II, troisième fils d'Acfred et d'Adelinde, fut aussi comte d'Auvergne, dans la possession duquel il se maintint, malgré l'injustice que Charles le Simple lui avait faite et à son frère de les en vouloir dépouiller pour favoriser le comte suivant.
Ebles, comte de Poitiers, obtint le comté d'Auvergne de Charles le Simple, au préjudice d'Acfred et de Bernard, qui s'étaient déclarés si généreusement pour lui. Peut-être qu'il s'en repentit, puisque ces deux frères ne cédèrent jamais ce comté pendant leur vie.
Baymond Pons ayant reconnu Baoul pour roi en 932, cette complaisance lui valut le comté d'Auvergne. Il battit les Hongrois en Languedoc en l'année 937.
Guillaume Tête d'Etoupe, comte d'Auvergne, obtint ce comté du roi Louis d'Outremer. Il était fils d'Ebles, comte de Poitiers. La noblesse d'Auvergne eut beaucoup de peine à le reconnaître. Elle le reconnut enfin à Ennezat en présence d'Etienne, évèque de Clermont, en 9o2.
Comtes héréditaires d'Auvergne (i)
Hugues Capet, se voyant heureusement sur le trône des Français, crut qu'il ne s'y maintiendrait qu'avec peine s'il n'avait pas dans ses intérêts les grands seigneurs. Pour se
(1) Audigier a placé dans ce chapitre les renseignements relatifs à la seconde race des comtes héréditaires d'Auvergne. Il la rattache à la première en faisant de Guy, fils de Robert, un descendant d'Acfred, comte d'Auvergne, et d'Adelinde. Cette descendance n'a pas semblé suffisamment établie aux nouveaux éditeurs de VHist. géncr. de Languedoc, qui considèrent cette seconde race de nos comtes comme absolument distincte de la première. V. Hist. génér. de Languedoc, nouv. édit., tome IV, p. 91.
les attacher par des nœuds indissolubles, il les laissa maîtres des duchés et des comtés qu'ils avaient usurpés pendant la faiblesse de lautorité royale sous les derniers rois de la maison de Charlemagne. Il n'osa toucher à cette grande puissance dont ils s'étaient emparés, qui les avait mis en état de lui donner la couronne, dans la crainte qu'ils ne la lui ©tassent. C'est ainsi que les descendants d'Acfred et d'Adelinde, sœur de Guillaume le Pieux, devinrent souverains en Auvergne sous la foi et l'hommage qu'ils étaient obligés de rendre au roi de France.
Guy I", comte d'Auvergne, est le premier que nous trouvons avoir possédé ce comté après les deux derniers comtes de Poitiers. Il était fils de Robert II, vicomte d'Auvergne, et d'Inerelburs-e. dame de Beaumont, au diocèse de Châlons. Il descendait en ligne directe et masculine d'Acfred et d'Adelinde. Il fut marié avec Ausende, dont on croit qu'il n'eut point d'enfants. Il prend le titre de prince d'Auvergne dans une charte de Sauxillanges, et donne à ce monastère l'église de Billom, avec le consentement de sa femme.
Guillaume IV, comte d'Auvergne. Guy P"" étant mort sans enfants, ce comté vint à lui comme à son frère. Il fut marié avec Humberge , qui fit plusieurs donations à l'église de Brioude.
Robert P^ comte d'Auvergne, était fils de Guillaume IV. Il épousa Ermengarde, fille de Guillaume P' (1), comte d'Arles, laquelle était sœur de la reine Constance, femme du roi Robert, dont il eut :
Guillaume V, comte d'Auvergne. Ce prince assista au sacre du roi Philippe pf, qui se fit, dans l'église cathédrale de Reims, le 23 de mai 1059. Il épousa Philippie de Gévaudan, de laquelle il laissa :
Robert II, comte d'Auvergne. Il fut marié en secondes noces avec Judith de Melgueil, fille de Pierre, comte de Melgueil en Languedoc, et d'une dame nommée Adalmodie, dont il eut :
(1) Comte de Toulouse.
Guillaume VI, comte d'Auvergne. Il se brouilla avec Aymeric, évoque de Clermont, qui eut recours à Louis le Gros. Le duc de Guyenne fit sa paix avec le roi. Sa femme avait le nom de Jeanne (1) dont on ignore la maison. Il en eut Robert III et Guillaume VIII, dit l'Ancien.
Robert III, comte d'Auvergne. Il eut de grands démêlés avec les chanoines de Brioude. On ne sait point le nom de sa femme, dont il eut :
Guillaume VII, surnommé le Jeune. La grandeur d'âme qu'il fit paraître dans les démêlés qu'il eut avec la France, l'Angleterre et avec Guillaume le Vieux, son oncle, lui acquirent le surnom de Grand. Il accompagna le roi Louis le Jeune au voyage de la Terre-Sainte et en revint avec lui deux ans après. Sa femme fut Jeanne de Calabre (2), fille de Guigue IV, comte d'x\lbon, et de Marguerite de Bourgogne, de laquelle il eut Dauphin d'Auvergne, comte de Clermont et non d'Auvergne, son père ayant été dépouillé de ce comté par Guillaume l'Ancien, son oncle, fils de Guillaume VI, de sorte que ce comté passa à la branche cadette.
Guillaume VIII, dit le Vieux, comte d'Auvergne. II envahit sur son neveu Guillaume VII le comté d'Auvergne et s'y maintint par la protection du roi Louis le Jeune. On croit que ces deux comtes voyant que leur mésintelligence ne servirait qu'à les ruiner entièrement, firent entre eux un accommodement et partagèrent l'Auvergne et le Velay. Chacun retint le titre de comte de Clermont avec la moitié de cette ville et des pays d'Auvergne et du Velay. On ne voit pas aujourd'hui le traité de ce partage ; mais l'événement le justifie assez, disent quelques auteurs, par la jouissance des terres qui
(1) La femme de Guillaume VI s'appelait Emme ; elle était fille de Roger, comte de Sicile. V. Hist. génér. de Languedoc, nouv. édit., tome IV, p. 91.
(2) La femme de Guillaume VII était Marchise, fille de Guigue TV, dauphin de Viennois. Le nom de Jeanne de Calabre, qu'il faut rayer de la liste des alliances des comtes d'Auvergne, a été emprunté à la charte fausse de la donation faite, en 1149, à Tabbaye de Saint-André, par le comte d'Auvergne. (V. A. Prudhomme, op. cit., p. 449.]
échurent à chacun des comtes, et par la bonne intelligence qu'il y eut entre eux dans les guerres qu'ils eurent avec la France et qui ont continué avec leurs descendants.
Guillaume le Jeune eut dans son partage la partie occidentale de l'Auvergne, le long des montagnes par Pontgibaud, Rochefort, Aurières, Herment, Mauriac et Aurillac, et la partie méridionale depuis Clermont par Montferrand, Issoire, Saint-Germain-Lembron, Vodable, Brioude et le canton du Velay, lequel, avec la ville de Saint-Paulien, son ancienne capitale, se trouve compris dans l'Auvergne, ayant demeuré depuis au comté de Guillaume le Jeune, dont les descendants possèdent encore ce canton du Velay. Guillaume le Vieux obtint, de son côté, la partie septentrionale de l'Auvergne, depuis Riom jusque dans le Bourbonnais, et l'orientale au delà de la rivière d'Allier, depuis le Bourbonnais par Lezoux, Billom, Vic-le-Comte, Sauxillanges, Saint-Amant-Roche-Savine, Ambert, Ariane, La Chaise-Dieu et Le Puy, nouvelle capitale du Velay, avec le canton du même pays qui a retenu particulièrement le nom de Velay parce qu'il fut détaché du comté de Guillaume le Vieux sous Philippe-Auguste, comme nous l'apprenons de Guillaume Guyant, dans son roman de La branche des royaux lignages. Si ce partage est vrai, comme il y a bien de l'apparence, on voit bien clairement l'Auvergne partagée en deux comtés. Les terres qui tombèrent dans le lot de Guillaume l'Ancien retinrent plus particulièrement le nom de comté d'Auvergne, et celles qui échurent dans la portion de Guillaume le Jeune celui de comté de Clermont. Guillaume VIII épousa Anne de Nevers, fille de Guillaume IV, comte de Nevers, dont il eut :
Robert IV, comte d'Auvergne. Il fonda l'abbaye de Vauluisant, aujourd'hui du Bouchet. Il fut marié avec Mahaut de Bourgogne, fille d'Eudes II, duc de Bourgogne, et de Marie de Champagne, de laquelle il laissa :
Guillaume IX, comte d'Auvergne. Il ne le fut pas longtemps. Il mourut, et le comté passa à son frère.
Guy II, comte d'Auvergne. Ce prince s'étant déclaré pour
Richard, roi d'Angleterre, le roi Philippe-Auguste entra en Auvergne et y mit tout à feu et à sang. 11 eut de grands différends avec son frère Robert, évêque de Clermont, qu'il prit prisonnier deux fois. Toutes ses terres étant confisquées, il lui donna en dépôt la ville de Clermont, et c'est depuis ce temps-là que les évoques en ont été les seigneurs, li fut marié avec Pernelle du Ghambon, fille d'Amiel, seigneur du Ghambon, dont il eut :
Guillaume X, comte d'Auvergne. Il fit la guerre à Archambaud de Dampierre, sire de Rourbon , qui avait la garde et le gouvernement du comté d'Auvergne qui avait été pris sur son père. 11 fit sa paix avec saint Louis en 1229. Ge prince lui laissa le comté d'Auvergne en la forme qu'il est à présent, avec les baronnies d'Usson, de Montgascon, de Roche-Savine, de Routonnargues, de Saint-Ronnet-Novacelle et d'issandolanges. 11 jouit paisiblement de ces terres, à la réserve de cette portion du comté d'Auvergne qui composa le troisième comté d'Auvergne qui fut donné en apanage à Alphonse, frère de saint Louis, et qui fut érigé en duché en 1360, laquelle enfin a été réunie à la couronne. Guillaume épousa Alix de Rrabant et mourut en 1229. Il laissa :
Robert V, comte d'Auvergne et de Roulogne par le mariage de son père avec Alix de Rrabant, par où ce comté passa dans sa maison et y a toujours resté jusqu'à Louis XI, qui l'acquit de Rertrand de La Tour, VIP du nom. 11 épousa Éléonore de Raffie, dont il eut Guillaume XL qui mourut sans lignée, et
Robert VI, comte d'Auvergne et de Roulogne. Il fut marié deux fois, la première avec Rlanche de Glermont, fille aînée de Robert de France, fils du roi saint Louis et de Réatrix de Rourgogne. La seconde avec Maurice de Flandre. 11 eut du premier lit :
Guillaume XII, comte d'Auvergne et de Roulogne, qui mourut à Vic-le-Gomte en 1330. 11 avait épousé Marguerite d'Evreux, fille de Louis de France, comte d'Evreux, cinquième fils de Philippe III dit le Hardi, roi de France, de la-
quelle il eut Robert de Boulogne, qui mourut fort jeune, et
Jeanne, P^ du nom, comtesse d'Auvergne et de Boulogne. Elle fut mariée deux fois. La première avec Philippe de Bourgogne, fils d'Eudes IV, duc de Bourgogne, et de Jeanne de France, fille du roi Philippe le Long. La seconde avec Jean de France, lors duc de Normandie, depuis roi de France, avec lequel elle fut couronnée à Reims le 2G septembre 1350. Elle eut de son premier mari :
Philippe, comte d'Auvergne et de Boulogne, duc de Bourgogne. 11 mourut sans avoir de postérité en 1361. Par son décès, les comtés d'Auvergne et de Boulogne revinrent, après la mort de la reine Jeanne, à
Jean, P'" du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne, de Montfort, seigneur de Montgascon, frère du second lit de Guillaume XII et de la reine Jeanne. Il épousa Jeanne de Clermont, princesse du sang royal de France. Il eut d'elle :
Jean II, comte d'Auvergne et de Boulogne, surnommé le Mauvais Ménager. Il ne laissa qu'une fille d'Eléonore de Comminges, fille de Pierre Raymond, IP du nom, comte de Comminges, et de Jeanne de Comminges, sa cousine germaine.
Jeanne, IP du nom, comtesse d'Auvergne et de Boulogne. Elle fut mariée, à l'âge de douze ans, en 1389, à Jean de France, duc de Berry et d'Auvergne, fils du roi Jean, lequel étant mort en 1416, elle se remaria à Aigueperse avec Georges de La Trémouille, baron de Sully et de Craon. N'ayant point eu d'enfants de ses deux maris, elle fit son héritière et donna même avant sa mort le comté d'Auvergne à
Marie de Boulogne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, fille unique de Godefroy de Boulogne, seigneur de Montgascon, et de Jeanne de Ventadour, sa seconde femme, lequel Godefroy était frère de Jean, P^ du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne, grand-père de Jeanne II dont nous venons de parler. Marie était tante de Jeanne à la mode de Bretagne. Elle fut troublée, dans la succession de sa cousine Jeanne, par
la maison de La Trëmouille, parce que celle-ci avait donné à son second mari, Georges de La Trémouille, pendant le cours de sa vie, soit qu'elle eût des enfants ou non, les comtés d'Auvergne et de Boulogne. Marie épousa Bertrand de La Tour, V« du nom, fds de Guy, s' de La Tour, et de Marthe de Beaufort. De ce mariage vint :
Bertrand, s'" de La Tour, VI*^ du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne. Il laissa de Jaquette du Peschin, fille unique et héritière de Louis, s' du Peschin, de Montcel et d'Artonne :
Bertrand de La Tour, VIP du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne. Il prit alliance, en 1445, avec Louise de La Trémouille, fille de Georges de La Trémouille et de Catherine de risle Bouchard. Ce mariage mit la paix entre les deux familles. Celle de La Trémouille renonça à l'usufruit du comté d'Auverane. Ils eurent de leur mariaere :
Jean III, s' de La Tour, comte d'Auvergne et de Boulogne. Il prit alliance avec Jeanne de Bourbon, fille de Jean, comte de Vendôme, et d'Isabelle de Beauveau, veuve de Jean de Bourbon, connétable de France. De leur mariage vinrent deux [filles] :
Anne de La Tour, dite de Boulogne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, et duchesse d'Albanie. Elle épousa Jean Stuart, duc d'Albanie. N'ayant point eu d'enfants, elle institua son héritière universelle Catherine de Médicis, sa nièce, fille de Madeleine de La Tour, sa sœur, et de Laurent de Médicis, duc d'Urbin, neveu du pape Léon X.
Catherine de Médicis, dame de La Tour, comtesse d'Auvergne. Elle fut mariée en 1535 avec Henri d'Orléans, second fils de François F^ Il fut roi après la mort de son père. Elle fit don du comté d'Auvergne à son fils.
François II, roi de France et d'Ecosse, comte d'Auvergne et de Lauraguais, et baron de La Tour. Les comtés d'Auvergne et de Lauraguais lui furent donnés, étant encore bien jeune, avec la baronnie de La Tour, Catherine ayant bien voulu s'en dépouiller en faveur de son fils, après la mort duquel elle rentra dans la jouissance de ces deux comtés et de
la baronnie de La Tour. Charles IX, son second fils, lui ayant recommandé, en mourant, Charles de Valois, son fils naturel, elle lui fit don, par son testament, des comtés d'Auvergne et de Lauraguais, et de la baronnie de La Tour.
Charles de Valois, duc d'Angoulème, comte d'Auvergne et de Lauraguais, baron de La Tour, s'' de Montrognon et de Chamalières et gouverneur d'Auvergne. Il était fils naturel de Charles et de Marie Touchet, dame de Belleville. Quelquesuns ont prétendu que, lorsque Catherine de Médicis eut perdu la parole dans sa dernière maladie, à Blois, en 1588, le roi Henri III, qui se voyait sans enfants, dicta un testament au nom de la reine, sa mère, par lequel elle disposait des comtés d'Auvergne et de Lauraguais, de la seigneurie de Clermont, de la baronnie de La Tour et de La Cheyre, des seigneuries de Montrognon et de Chamalières et de ses autres biens en faveur de Charles de Valois, son petit-fils. Quoi qu'il en soit, ce prince quitta le nom de grand-prieur de France pour prendre celui de comte d'Auvergne. Le contrat de mariage de Catherine de Médicis et du roi Henri II contenait une substitution des terres de la maison de La Tour en faveur des enfants qui naîtraient de Catherine et des siens en légitime mariage. Cette substitution recrardait Henri III. Il en fit donation au même Charles de Valois, son neveu, qui en fut évincé en 160G par Marguerite de Valois, sœur du roi Henri III. Il continua néanmoins à porter le nom de comte d'Auvergne jusqu'en 1619, que sa tante Diane, légitimée de France, fille du roi Henri H et de Diane de Poitiers, veuve d'Horace Farnèse et de François de Montmorency, maréchal de France, lui laissa par testament le duché d'Angoulème. Il mourut à Paris en 1650.
Marguerite de France, comtesse d'Auvergne, de Clermont et de Lauraguais et dame de La Tour. La substitution contenue dans le contrat de mariage de la reine Catherine de Médicis s'étendait aux filles au défaut des mâles sortis en légitime mariage. Cette princesse se trouva la seule au monde de sa maison après la mort du roi Henri lïî ; ainsi la subsli-
tution fut ouverte en sa faveur. Gomme elle n'avait point d'enfants, elle négligea de la faire valoir et laissa Charles de Valois, son neveu, dans la jouissance paisible des biens de sa mère. Charles fit une étroite union en 1G05 avec l'Espagne. Henriette de Balsac-Entragues, maîtresse du roi Henri IV', y était entrée avec François de Balsac-Entragues, père d'Henriette. François l'avait eue de Marie Touchet, mère de Charles, qui était par conséquent frère utérin d'Henriette. Cette intelligence avec l'Espagne déplut au roi. Il fit revivre les droits de la reine Marguerite, laquelle obtint, en 1606, un arrêt du parlement de Paris en vertu duquel la substitution fut déclarée ouverte au profit de Marguerite, nonobstant le testament de Catherine, la donation d'Henri III et l'intervention de l'archiduchesse Claire-Eugénie d'Autriche, fille de Philippe II, roi d'Espagne, et d'Elisabeth de France, sœur aînée de Marguerite. Cette reine mourut dans son hôtel, à Paris, en 1615. Elle avait fait une donation des terres provenues de sa mère au roi Louis XIII.
Louis XIII, roi de France et de Navarre, et comte d'Auvergne. Il était encore dauphin que la reine Marguerite lui fit une donation entre-vifs, en 1606, du comté d'Auvergne et des autres terres qui avaient été à Catherine de Médicis. Sous ce monarque , la reine Marie de Médicis , sa mère , jouit de toutes ces seigneuries pour partie de son douaire en vertu des lettres patentes expédiées en 1610. Il mourut en 1643 et laissa d'Anne d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne :
Louis XIV, roi de France, comte d'Auvergne. Anne d'Autriche , mère de ce roi , obtint le comté d'Auvergne pour partie de son douaire en vertu des lettres patentes expédiées en 1644. Josias, comte de Rantzau, en obtint le domaine qu'il engagea en 1646 à Pierre Legoux de La Berchère, premier président au parlement de Grenoble. Le roi en céda, depuis, la propriété au seigneur suivant :
Godefroy-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, comte d'Auvergne, gouverneur de la même province, et
grand chambellan de France. Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne, père de Godefroy, avait cédé les principautés de Sedan et de Raucourt à la France dès Tan 1642. On devait lui donner d'autres terres en échange, l'exécution en avait été différée. Enfin on lui céda le comté d'Auvergne par l'un des articles secrets du traité de Saint-Germain-en-Laye, l'an 1649, par lequel furent assoupis les premiers mouvements de Paris. La cour le confirma par contrat du 21 mars 1651 , vérifié au parlement de Paris le 20 février 1652. Mais la maison de Bouillon ne commença à jouir de ce comté que sous ce prince Godefroy-Maurice, sa mère, Léonore de Bergh, ayant remboursé le président de La Berchère, engagiste. Outre le comté d'Auvergne, M. le duc de Bouillon avait eu par engagement du roi, comme étant aux droits du cardinal de Mazarin , oncle de M"'° de Bouillon , les baronnies de Montgascon et de Chamalières, qui comprennent les paroisses de Bomagnat , de Ceyrat et autres lieux, pour partie de la dot de dame Marie-Anne de Mancini, son épouse, de laquelle il a eu Emmanuel-Théodose de La Tour , comte d'Auvergne , duc de Bouillon et d'Albret , gouverneur d'Auvergne et grand chambellan de France.
Connétables d'Auvergne
Lorsque nos rois eurent presque anéanti le pouvoir des comtes d'Auvergne, ils firent valoir le leur par des officiers qui, comme les anciens comtes, eurent l'intendance de la milice, de la justice et des finances. Au commencement, ils confièrent leur autorité à des connétables, à des baillis, et enfin à des gouverneurs qui eurent fort peu de part à l'administration de la justice et des finances. Quoique la milice, la justice et les finances fussent sous la direction des connétables, comme dans ces temps difficiles la guerre les occupait le plus,
ils furent qualifiés de connétables d'Auvergne ; leur fonction regardant plutôt les armes que tout le reste. Nous avons vu que les grands officiers, sous les empereurs, joignaient le titre de comte à celui de la nature de leur charge. Ainsi celui qui avait soin de l'écurie du prince se nommait cornes stabuli, comte de l'étable, d'où a été formé le nom de cette charge qui devint par la suite une des plus importantes du royaume. Il y avait de même, dans les provinces, des connétables qui avaient inspection sur ce qui regardait la milice, les finances et la justice, qui étaient proprement des gouverneurs de province. On peut juger par là de l'étendue de leur pouvoir. Voici le nom de quelques-uns de ceux qui ont eu cet emploi en Auvererne.
Guy de Dampierre, s' de Bourbon, connétable d'Auvergne. Ce seigneur fut choisi par Philippe-Auguste pour aller en Auvergne mettre à la raison Guy II, comte de cette province. Il se rendit maître de Riom, de Tournoël et de plusieurs autres places. Le roi fut si content de ses services qu'il lui donna et à ses successeurs, à perpétuité, le château de Tournoël et à même temps le gouvernement ou connétablie, comme on parlait alors, des places qui avaient été prises sur le comte d'Auvererne. Ce fut en 1213.
Archambaud de Dampierre, sire de Bourbon et connétable d'Auvergne. Il vivait sous les rois Philippe- Auguste. Louis VIII et saint Louis. Il était fils du précédent connétable. Philippe-Auguste lui confia la terre d'Auvergne, à la charge de la lui remettre et à ses successeurs quand il en serait requis et de la conserver contre les comtes d'Auvergne. Le connétable affecta sa terre de Bourbon pour répondre au roi de sa fidélité. La guerre que lui firent Guillaume X, comte d'Auvergne, et les comtes dauphins, ses cousins, le fatiguèrent si fort qu'il fut obligé de remettre au roi toutes les places qui avaient été conquises sur les comtes, attendu qu'il ne pouvait pas en jouir paisiblement. Il se démit de la charge de connétable entre les mains de saint Louis et mourut à la bataille de Cognac, en 1238.
BeraudVIII, s' de Mercœur, connétable d'Auvergne et maréchal du Bourbonnais. Un titre de Tévêché de Clermont a conservé sa qualité de connétable. On y lit : « Beraud de Mercœur, connétable d'Auvergne et maréchal du Bourbonnais, de la part du roi et du seigneur de Bourbon. . . }> Il est de l'année 1229.
Louis, s' de Saint-Nectaire. Il possédait cette dignité en 1230. C'est de lui que descend toute la maison de Saint- Nectaire.
Amaury de Courcelles, connétable d'Auvergne. Guillaume, comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, fut assigné à comparaître devant lui à Issoire, sur la plainte faite par les chanoines de Brioude de ce que , tenant d'eux en fief les châteaux de Vieille-Brioude et de Saint-Alyre, jurables et rendables à grande et petite force, comme il l'avait promis par serment et l'avait fait ci-devant, il refusait néanmoins présentement de le faire. Ce fut en 1238, sous le roi saint Louis.
Henri de Poncet, connétable d'Auvergne en 1244, sous le même roi saint Louis.
Erald de Mieschamps, connétable d'Auvergne. Les titres latins le nomment Erald de Mediis Campis. Il vivait sous saint Louis et sous Alphonse de France, comte de Poitou et d'Auvergne en 1266.
Baillis généraux d'Auvergne
Après la mort sans enfants d'Alphonse de France, mort en 1275, le roi Philippe le Hardi supprima la dignité de connétable d'Auvergne et créa à sa place celle de bailli général d'Auvergne avec presque les mêmes fonctions. Les comtes et les connétables avaient eu ordinairement leur siège à Clermont. Le bailli continua quelque temps d'y faire son séjour; ensuite il fut s'établir à Cebazat et à Gerzal, et enfin à Biom.
Il avait sous lui un bailli pour la haute Auvergne qui était qualifié bailli des montagnes d'Auvergne. Ce bailli avait sous lui deux lieutenants : l'un pour le canton de la haute Auvergne qui est situé au deçà du Cantal, dont le siège était à Saint-Flour, l'autre était pour îe canton situé au delà de cette montagne, dont le siège était à Aurillac. Les appellations du bailli particulier étaient portées au bailli général, dont la charge subsista depuis l'an 1271 jusqu'en 1360.
La France céda le Poitou à Edouard IV, roi d'Angleterre, par le traité de Brétigny. Jean de France, troisième fds du roi Jean, était comte du Poitou. Il fallut lui donner le Berry et l'Auvergne en dédommagement. Ces pays furent érigés en duché-pairie de France en 1330. L'érection de ce duché donna lieu à la suppression du bailli d'Auvergne. Son autorité fut partagée en plusieurs fonctions. Celle de la justice pour les terres exemptes et pour les cas royaux fut renvoyée au bailli de Saint-Pierre-le-Moûtier , puis aux baillis de Moniferrand et de la haute Auvergne. A l'égard de la justice du duc, le bailli royal d'Auvergne fut converti en sénéchal d'Auvergne pour le duc, et le bailli des montagnes de royal devint bailli ducal.
Pour les finances, on eut recours aux trois Etats de la province, qui nommèrent des élus pour prendre connaissance des impositions. Ces élus ont depuis été érigés en titre d'office. On créa des gouverneurs pour disposer de la milice. Ces gouverneurs ont plus de rapport aux anciens comtes, connétables et baillis généraux en ce qu'ils ont retenu leur princi[)ale fonction, qui consistait dans la disposition de la milice de la province. Ils ordonnent aussi des deniers publics dans des occasions pressantes, et prêtent main-forte aux officiers de judicature et des finances pour l'exécution de leurs ordonnances. La charge de gouverneur est aussi unique comme l'était celle des comtes, des connétables et des baillis généraux. L'autorité des gouverneurs est presque réduite à rien par celle que le roi donne aux intendants dans les provinces, aussi ne les voit-on presque jamais paraître dans leur gou-
yernement. Nous ne nous écarterons point de notre dessein en continuant, par les gouverneurs, à faire connaître Tétat général de l'Auvergne.
Gouverneurs d'Auvergne
Jean, 1er du nom, comte d'Auvergne et de Boulogne, gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Robert VIT, comte d'Auvererne et de Marie de Flandre. On le connaissait comme un prince excellent en guerre et vertueux en paix. C'est pourquoi il fut ministre d'Etat sous le rèerne du roi Jean. Il mourut en 1386.
Jean de Mello, évêque de Chalon-sur-Saône et ensuite de Clermont, gouverneur d'Auvergne. Il se rendit digne, par son mérite et ses assiduités auprès de Jean, duc de Berri, de la confiance de ce prince, qui lui procura le gouvernement de cette province. Il mourut en 1375.
Beraud III, comte de Clermont, dauphin d'Auvergne, et gouverneur de la même province en 1385. Il finit ses jours en 1426.
Jean Le Maingre, dit Boucicaut, gouverneur d'Auvergne. Jean Le Mainsrre Boucicaut et Florie de Linières lui donnèrent le jour. Il fit deux voyages en Prusse contre les infidèles (1) et signala son courage en diverses occasions contre les Anglais. Il en fut récompensé par le bâton de maréchal de France qu'il reçut de la main de Charles VI, dans l'église de Saint-Martin de Tours, en présence des princes et officiers de la couronne, le jour de Noël de l'année 1391. Il accompagna Jean, duc de Bourgogne, alors duc de Nevers, en Hongrie, et fut fait prisonnier à la journée de Nicopolis. Il assiégea, par ordre de la cour, Benoît XIII dans Avignon. Après quoi il
(1) Boucicaut secourut les chevaliers de Tordre teutonique contre les peuples barbnros de la Liihuanie et des pays voisins, que l'on considérait alor^ comme des Sarrasins.
passa à Gênes, et, voulant maintenir cette république dans la gloire qu'elle s'était acquise, il fut attaquer James, roi de Chypre, devant P^amagouste qu'il tenait assiégée, et l'obligea à lever le siège. Il conduisit encore Manuel, empereur de Constantinople, dans la capitale de son empire, tira raison du Soudan d'Egypte de l'enlèvement de quelques marchandises des Génois et acquit à ces républicains le titre de maîtres de la Méditerranée que les Vénitiens s'étaient attribué. La journée d'Azincourt lui fut fatale, comme aux autres grands de France. Il fut pris par les Anglais en commandant l'avant-garde et conduit en Angleterre, oi^i il mourut en 1421.
Louis, IP du nom, duc de Bourbon (1), surnommé le Bon, chambrier de France et gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Pierre, P"" du nom, duc de Bourbon, et d'Isabelle de Valois. Il fut un des princes envoyés en Angleterre pour la délivrance du roi Jean, où il demeura huit ans. Après son retour, il travailla à chasser les Anglais du Poitou et de la Guyenne. Il en délivra l'Auvergne. 11 fut chargé du soin de la personne du roi Charles VI, son neveu, pendant sa minorité, il assista à son sacre et le suivit à son voyage de Flandre. Il conduisit l'avant-garde à la bataille de Bosebecq, en 1382. Après la paix, l'Afrique fut témoin de la gloire qu'il acquit au siège de Tunis en 1390, en obligeant les Maures et les Sarrasins d'accepter des conditions avantageuses et honorables aux chrétiens. A son retour, il marcha contre Amé VI, comte de Savoie, pour soutenir les intérêts d'Edouard, sire de Beaujeu, prince de Dombes, qui, en reconnaissance, lui donna ces deux belles terres. Il marcha enfin contre le même comte de Savoie qui prétendait l'hommage de sa nouvelle principauté de Dombes qu'il ne devait qu'à la France. Après tant de belles actions, il mourut à Montluçon le 19 d'août
(1) V. Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez ^ par J.-M. DE LA Mure. Paris et Lyon, 1878, tome II, page 44.
Guillaume Le Bouleiller de Senlis, 11° du nom, s' d'Ermenonville, gouverneur d'Auvergne. Il était de la maison de Senlis, qui a tenu un rang si considérable en France. Il servit le roi avec beaucoup de courage dans les guerres de son temps. Il mourut en 1420.
Bernard d'Armagnac, duc de Nemours, gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Bernard, VIP du nom, comte d'Armagnac, connétable de France, et de Bonne de Berri. Il n'était que comte de Pardiac lorsque Charles VII, encore dauphin, lui confia le gouvernement d'Auvergne pendant les mouvements qu'excita contre lui la faction d'Isabeau de Bavière, sa mère, d'Henri V, roi d'Angleterre, et de Philippe, duc de Bourgogne. Cette faction avait donné de son côté le gouvernement d'Auvergne à Guy III, s' de Rochebaron. Bernard ruina entièrement le parti contraire par la défaite du s"" de Rochebaron, par la prise de son château et de toutes les autres places qui s'étaient déclarées contre le dauphin, en Auvergne, en Forez et dans le Velay. Ce fut en 1422. Après quoi le dauphin, étant dans cette province, y fit chevaliers le comte de Pardiac, les seigneurs d'Apchier, de Chalencon, de La Roche, de La Tour-Maubourg, de Vergessac et de Roussel (1).
Guy III, s' de Rochebaron, gouverneur d'Auvergne. Il était originaire du Forez, où la terre de Rochebaron est située. 11 fut gouverneur d'Auvergne sous Charles VI, roi de France, et Henri, roi d'Angleterre, dont il avait raffermi l'autorité dans cette province. Lorsque la noblesse du Limousin, du Gévaudan, du Velay, du Vivarais et de l'Auvergne se souleva contre lui, commandée par Bernard d'Armagnac, par Imbert de La Groslée, sénéchal de Lyon, et par Gilbert de La Fayette, Guy se cantonna dans Serverette avec le seigneur de Salenoue (2), savoyard. On investit la place où étaient ces deux sei-
(1) Ce fait, qui se passa au Puy-on-Velay, est rapporté flans la GaHia cJiristiana, t. II, ro\. 732, EccL Anlciensis^ et une note ajoute : « Ilac Icguntur in fronte veteris missalis egregie et pretiose ornati. »
(2) Ce seigneur est appelé par d'autres historiens Salvonne. Salonove ou Salononno, et par Mlidich [De Podio^ t. I, p. 237), Salnouve.
gncurs. Un arbalétrier auvergnat brCila clans le voisinage un moulin, le feu sauta par-dessus les murs de la place investie et fit périr bien du monde. Ceux qui échappèrent aux flammes éprouvèrent la clémence du vainqueur. Les seigneurs de Hochebaron et de Salenoue se sauvèrent dans les montaanes voisines et de là dans la Bourgogne. Guy rentra depuis au service de Charles VII et mourut en combattant à la journée de Verneuil, en 1423.
Gilbert Motier, IIP du nom, s"" de La Fayette, maréchal de France et gouverneur dWuvergne. Il se signala si fort pour le service du roi contre les Anglais, qu'il fut honoré, en 1421, du bâton de maréchal de France. Il finit ses jours, plein de gloire, le 23 février de l'année 1463, et fut enterré dans l'église de l'abbaye de La Chaise-Dieu.
Antoine de Chabannes, comte de Dampierre, grand-maître de France et gouverneur d'Auvergne. Le roi Charles VII eut toujours une grande considération pour ce seigneur. Divers sujets lui firent perdre les bonnes grâces du roi Louis XI, son fils, qui lui ôta ses charges. Mais, après l'avoir beaucoup persécuté, il lui rendit son amitié et lui donna, le 23 avril 1467, l'état de grand-maître de France et l'honora du collier de son ordre de Saint-Michel. Il mourut à Paris le jour de Noël de l'année 1488.
Jean Doyac, conseiller et chambellan du roi Louis XI et gouverneur d'Auvergne. La ville de Cusset était sa patrie. 11 fut fort aimé de Louis XI. Après la mort de ce roi, les courtisans se déchaînèrent contre lui et firent tant , qu'il fut puni comme coupable. Il ne laissa pas, dans la suite, de rendre de grands services à Charles VIII dans la guerre d'Italie.
Charles, s' de ^lontfaucon et gouverneur d'Auvergne. Le roi Louis XI l'avait chargé, dans sa dernière maladie, de faire porter la sainte ampoule de Reims à Tours, espérant qu'elle lui procurerait la guérison ou du moins quelque soulagement dans ses maux. Il fut en quelque considération auprès de Charles VIIL puisque la Chronique scandaleuse nous apprend
que ce roi le donna pour successeur à Doyac dans le gouvernement d'Auvergne.
Jean IIÏ, duc de Clèves, comte de La Marck, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvero-ne. Il était fils de Jean II, duc de Clèves. Il épousa ]Marie, duchesse de Juliers, et mourut en 1559.
Jean Stuart, duc d'AliDanie, comte d'Auvergne et gouverneur de la même province. Ce prince avait pour aïeul Jacques 11, roi d'Ecosse, pour père Alexandre Stuart, et pour mère Anne de La Tour-Boulogne. 11 fut choisi par le parlement d'Ecosse pour tuteur du jeune roi Jacques V, et pour gouverneur du royaume. 11 y fit plusieurs voyages et s'acquit beaucoup de gloire par le bon ordre qu'il mit dans l'Etat. En l'année 1515, il se trouva à l'entrée de François P'. <r II avoit tout son accoustrement de satin blanc broché d'arerent tout semé et rempli d'aisles d'oyseaux en façon d'un leurre, le tout d'orfèvrerie d'argent doré, et partout branslans de mesme faits en plumes d'oiseau pannces , le tout brodé à doubles bords de deux cordelières enlevées et nouées d'orfèvrerie dorée. Et au milieu, entre deux, estoit escrit en letre antique, aussi d'orfèvrerie : Sub timbra alarum tuarum. Son bonnet estoit de velours blanc couvert de plumes blanches (1). »
Le roi François P', dans le dessein d'emporter Pavie, l'assiégea en 1525 et entreprit à même temps de conquérir le royaume de Naples et Gènes; pour cela il partagea son armée, il en retint une partie et donna l'autre au duc d'Albanie et à Michel-Antoine, marquis de Saluées , pour passer à Naples. Le duc y faisait déjà de grands progrès lorsqu'il apprit la prise du roi devant Pavie. Ce qui l'obligea à ramener ses troupes en France. On prétend que Louise, mère du roi, avait conservé quelque chagrin contre ce duc d'Albanie depuis la perte de la bataille de Pavie, comme s'il avait persuadé François 1" de partager son armée en deux pour s'acquérir plus de gloire seul dans le royaume de Naples, et avoir
(1) Baluze, Hist. géncal . 'ie la maison d'Auvergne, t. I, page 3b4.
ainsi été cause de la perle de son lils. On ajoute que la froideur de la régente obligea ce prince à quitter la cour et à se retirer dans son gouvernement d'Auvergne. Mais, avant de partir, ayant voulu prendre congé de Louise, cette princesse lui dit avec beaucoup d'aigreur : Adieu, prince sans terre. Le duc, qui était d'une naissance à ne pas souffrir un tel mépris, et qui, de plus, était fort sûr de son innocence, lui répartit : Adieu, princesse sans honneur. Après quoi il se rendit bien vite dans son château de Mirefleurs, dans le comté d'Auvergne, et mourut peu de temps après dans son château de Dieu-y-Soit, s'étant fait ouvrir les veines dans la crainte qu'il eut que la duchesse Louise et son fils ne tirassent une cruelle vengeance des paroles outrageuses qu'il avait laissé échapper contre cette princesse, mère de son roi. Mais c'est une histoire faite à plaisir, puisqu'il ne mourut qu'en 1536 et que la mère du roi était morte depuis l'année 153L II fut enterré dans la Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte. Cependant le père Jacques Fodéré assure , dans son Histoire de la province de Saint- Bonaventure , qu'il reçut la sépulture dans l'habit de Saint-François aux cordeliers de la même ville , auprès de Jeanne de Bourbon, femme de Jean, s' de La Tour, IIP du nom, comte d'iVuvergne et de Boulogne, dont il avait épousé la fille aînée, Anne de La Tour, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, sœur de Madeleine de La Tour, duchesse d'Urbin, mère de Catherine de Médicis.
Jean de Bretagne, duc d'Étampes, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Il sortait de l'ancienne maison de Brosse à laquelle on avait attribué le nom de Bretagne en 14o4, après le mariage de Jean de Brosse, P' du nom, s' de Boussac en Auvergne, avec Nicole de Bretagne-Penthièvre. Son père était Bené de Bretagne-Penthièvre, sa mère Jeanne de Comines, fille de Philippe de Comines, s' d'Argenton. François II, duc de Bretagne, avait ôté le comté de Penthièvre à Jean de Bretagne, son bisaïeul, en 1461, parce qu'il avait préféré le service du roi Louis XI à celui du duc pendant la guerre du bien public. Le roi François P' le rendit à Jean et
lui donna, de plus, le duché d'Étampes et le gouvernement d'Auvergne, dont le brevet lui fut expédié immédiatement après la mort du duc d'Albanie, en 1536. Il obtint aussi celui de Bretagne en 1541. La cause de tant de bienfaits répandus sur ce duc venait, outre son mérite, de la faveur de la belle Anne de Pisseleu, maîtresse du roi, qui la fit épouser à ce gouverneur. Pendant qu'il était en Auvergne, il y reçut avec magnificence son neveu Charles de Luxembourg, comte de Martigues, et sa cousine Claude de Foix, veuve de Guy XVII, comte de Laval, qui épousèrent dans le château de Boussac, qui appartenait au duc. Les plus grands seigneurs d'Auvergne furent invités à cette fête et s'y distinguèrent dans plusieurs carrousels. La fin en fut tragique. Les galeries du château, remplies de spectateurs, ne purent pas soutenir le grand nombre de personnes qui étaient dessus, elles tombèrent avec un grand fracas, et plusieurs dames de qualité y perdirent la vie. Il servit avec beaucoup d'honneur sous Henri II et sous Charles IX, et mourut, sans avoir laissé d'enfants, à Lambale en 1565, ayant laissé le duché de Penthièvre à Sébastien de Luxembourg, fils puîné de Charlotte de Bretagne, sa sœur, et de François de Luxembourg, comte de Martierues.
François de Tournon, maître de la chapelle du roi, chancelier de l'ordre de Saint-Michel, cardinal-prêtre, ministre d'État et gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Jacques II, s'" de Tournon, et de Jeanne de Polignac. Sa première inclination fut pour l'ordre de Saint-Antoine, dont il prit l'habit et en devint abbé général, et de là il s'éleva par un grand mérite à toutes les dignités les plus éclatantes de l'Église et de l'État. Rome l'admira dans ses ambassades auprès des papes Clément VII, Paul III et Paul IV. Il s'attira l'estime de Charles-Quint en Espagne en 1517, et celle d'Henri VIII, roi d'Angleterre, lorsque ce prince répudia Catherine d'Aragon, sa première femme. Il se fit aussi une grande réputation en France dans l'administration des grandes affaires que lui confia François P' quand il eut relégué Anne de Montmorency. Ce roi
lui si conleiU de ses services, qu'il lui donna, en niuurauL, cent mille écus, et conseilla à son fils Henri II de se servir de lui après sa mort. Ce conseil ne fit pas beaucoup d'impression sur ce jeune roi, qui rappela d'abord le connétable, qui fit renvoyer à son tour le cardinal à Uome, d'oiî François II le fit revenir, à la sollicitation de sa mère, Catherine de Médicis. Comme les luthériens et les calvinistes faisaient tous leurs efforts pour répandre le venin de leur hérésie en France, il n'est rien que ce grand homme ne fît pour en arrêter le progrès. Il empêcha la venue de Philippe Mélanchthon à la cour de France, malgré le sauf-conduit qu'avaient obtenu pour lui Marguerite de Valois, sœur du roi, et Anne de Pisseleu, duchesse d'Etampes. Il représenta au roi l'exemple de l'apôtre saint Jean, qui n'avait pas voulu demeurer un moment dans le bain où était entré Cerinthe, sur les pas duquel marchait cet hérétique allemand. Il réprima avec le même zèle les hardiesses de Théodore de Bèze au colloque de Poissy, lorsqu'il parla avec tant d'irrévérence de nos plus augustes mystères. Il se boucha les oreilles et pria la reine de ne point écouter tous ces blasphèmes.
Son amour pour les lettres lui fit entretenir un commerce fort étroit avec Denys Lambin, Pierre Danès, Guillaume Rondelet, Michel de l'Hôpital, Antoine Muret et plusieurs habiles jésuites. Il eut tant d'estime pour ces pères, qu'il fonda dans Tournon un collèee oi^i se rendaient en foule des écoliers de toutes les parties de l'Europe. Il se défit du gouvernement d'Auvergne lorsqu'il fut chargé de celui de tout le royaume, et mourut enfin doyen des cardinaux à Saint-Germain-en- Laye, âgé de 73 ans, en l'année 1562. Son corps fut porté dans l'église des jésuites de Tournon et déposé dans un beau mausolée, où. l'auteur de son épitaphe, qu'on y voit, a célébré ses grandes qualités, qui n'ont pas reçu moins d'éclat dans les écrits de Michel de l'Hôpital, d'x\uguste de Thou, du cardinal Sadolet, de Jean Vives, d'Henri Sponde, de Pierre Fréron, du père Hilarion de Goste , de Mezeray et de François du Chesne.
Jean d'Albon, s' de Saint-André, gouverneur d'Auvergne. Il tirait son origine des anciens comtes d'Albon [en] Dauphiné, et avait pour père Guichard d'Albon, s' de Saint- André, général de l'armée que le roi Charles VIII envoya, en 1490, en Roussillon. Jean fut erouverneur des fils de France sous François I*"". Il épousa Charlotte de La Roche, fille unique de Jean de La Roche , s' de Tournoël , et de Françoise du Bois. Il en eut le gouverneur suivant et Marguérite d'Albon , qui recueillit toute la succession de sa maison, qu'elle porta dans celle de Saint-Germain-Apchon. Il mourut en 15o0.
Jacques d'Albon, s'" de Saint-André, premier gentilhomme de la chambre du roi Henri II, maréchal de France et gouverneur d'Auvergne. Il acquit une grande réputation dans les armées de France. Il donna les premières marques de sa valeur à la journée de Cérisoles. François de Bourbon, comte d'Enghien, général de l'armée, voyant ce seigneur dans le plus fort de la mêlée, voulut s'y jeter ; ceux qu'on lui avait donnés pour arrêter le feu de la jeunesse lui remontrèrent le tort qu'il se faisait de s'exposer ainsi, qu'il devait se souvenir du sort de Gaston de Foix à la bataille de Ravenne ; à quoi il répondit, jaloux de la gloire du comte d'Albon : Qu'on fasse donc retirer Saint-André. Il fut favori du roi Henri II avec lequel il avait été élevé. Ce prince le combla de bienfaits. Il lui donna l'ordre de Saint-Michel et la charge de premier gentilhomme de sa chambre, et Claude d'Annebaut, amiral de France, ayant été obligé de rendre le bâton de maréchal de France en vertu de l'édit de 1547, portant qu'une même personne ne pourrait à même temps avoir deux charges de la couronne, le roi en erratifia le seicrneur d'Albon.
Il continua à se siernaler sous ce roi, son bienfaiteur. A la retraite de Valenciennes, il sauva, par sa prudence, l'arrièregarde de l'armée. 11 fut pris à la bataille de Saint-Quentin. Cet accident fut cause qu'il devint un des principaux médiateurs de la paix de Cambrai, que tous les bons Français détestèrent. Sous le roi François II, comme il vit que François,
duc de Guise, et le cardinal de Lorraine, son frère, avaient le gouvernement de l'État, appuyés de la faveur de leur nièce, Marie Stuart, reine de France, il épousa leurs intérêts pour obtenir la continuation de ses emplois et conclut le mariage de sa fille unique avec Henri de Lorraine-Guise, fils aîné du duc. Sous Charles IX, l'union du maréchal avec le duc de Guise continua, dans laquelle entra le connétable Anne de Montmorency. Ils se saisirent de la personne du jeune roi et l'amenèrent à Paris sous prétexte du zèle de la religion catholique, qui eût couru risque si Charles était tombé entre les mains du prince de Condé et de l'amiral de Coligny, lesquels traitaient le duc de Guise , le connétable et le maréchal de triumvirs, et leur faction de triumvirat. Le prince de Condé, l'amiral et les huguenots firent grand bruit de cette occasion, dans laquelle il ne paraissait aucune violence, le roi restant à Paris en pleine liberté. Cependant, pour ne point aigrir davantage le parti opposé, la reine crut qu'il était bon que le maréchal se retirât de la cour et allât passer quelque temps dans quelqu'un de ses gouvernements ; mais il ne crut pas devoir lui obéir et lui dit fièrement que, dans la situation présente des affaires, il était obligé à ne point abandonner la cour. Il ne la quitta que pour commander l'armée royale en Poitou contre le prince de Condé et l'amiral, qui ne purent pas l'empêcher d'emporter d'assaut la ville de Poitiers.
Il commandait l'avant-garde à la bataille de Dreux. Après être échappé de mille périls dans cette journée, il parut sur le soir cinquante chevaux que François de La Noue avait ralliés. Le maréchal, voulant les attaquer, fut tué d'un coup de pistolet que lui tira de sang-froid Robigny-Mézières, cavalier de sa connaissance, qu'il avait offensé en prenant le parti d'un nommé Santorin, son ennemi mortel. Ainsi finit ce 2:rand capitaine en 1562.
Jacques de Savoie, duc de Nemours, colonel-général de la cavalerie légère et gouverneur d'Auvergne. Philippe de Savoie, duc de Nemours, et Charlotte d'Orléans-Longueville, donnèrent le jour à ce prince en 1531. On connaît assez le fa-
meux duc de Nemours. Il suffit de dire avec Brantôme que c estait un des plus parfaits et accomplis princes qui fut jamais, beau, brave, adroit, agréable, éloquent, spirituel et le tout aussi bonne grâce qu'on pouvoit dire qu'il estoii très parfait en toutes sortes d'exercices cavaleresques, si bien que qui n'a pas veu M. de Nemours en ses années gaies, il n'a rien veu. Il épousa, en lt)66, Anne d'Esté, veuve de François de Lorraine, duc de Guise, et mourut de la goutte à Annecy, en 1585.
François de Montmorin, seigneur de Saint-Hérem, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Jean de Montmorin et de Marie de Chazeron. Après avoir donné, dans diverses occasions, de grandes preuves de son courage et de sa prudence, il fut récompensé du gouvernement d'Auvergne, où il se comporta avec beaucoup de sagesse. Il s'en démit entre les mains du roi Charles IX en le priant d'en gratifier son fils, qu'il avait eu de Jeanne de Joyeuse, dame de Bothéon.
Gaspard de Montmorin, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Il continua d'agir avec la même prudence et la même fidélité que son père.
Jean-Louis de La Rochefoucauld, comte de Randan, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Charles de La Rochefoucauld , comte de Randan, et de Fulvia Pic de La Mirandole , dame d'honneur de la reine Louise de Lorraine-Mercœur, femme d'Henri III. Les services du père, le crédit que la mère avait à la cour et la bonne opinion que ce jeune seigneur avait fait concevoir de son courage et de sa conduite, lui procurèrent le gouvernement d'Auvergne. La mort des Guises ayant donné de nouvelles forces à la Ligue, notre gouverneur devint un des plus grands appuis de cette faction pour soutenir la religion qu'il croyait en péril et pour complaire à sa mère et à François de La Rochefoucauld, son frère, alors évoque de Glermont et depuis cardinal. L'autorité des deux frères jeta presque toute la province dans le même parti. Il ne resta dans celui du roi que les villes de Clermont et de Montferrand et quelques châteaux dans la basse Auvergne et quel-
ques portions de la prévôté d'Aurillac dans la haute. Après la prise de quelques petites places, voulant entrer dans Clermont et Montferrand, il en trouva les portes fermées ; ce qui le fit résoudre de convoquer les trois états de la basse Auvergne à Billom, dans la pensée que ces deux villes suivraient les mouvements de ceux qui étaient à la tête de la province ; mais voyant qu'il n'en était pas ainsi, il entreprit de les bloquer. Alors Yves d'Alègre, seigneur de Meilhau, zélé royaliste, surprit la ville d'Issoire et s'en rendit le maître. A cette nouvelle, le comte leva le blocus et vint reprendre Issoire qui devint plus forte qu'elle n'était par une citadelle qu'il fit construire pour la défendre. Il ramassa de plus de nouvelles troupes qu'il se disposait de conduire à Charles de Lorraine, duc de Mayenne, chef de la Ligue, lorsqu'il se vit arrêté dans son gouvernement par la vigueur que le parti du roi reprit dans Clermont. La cour avait tant de considération pour le comte de Randan qu'elle ne voulut point nommer un autre gouverneur à sa place, non plus qu'à celle de lieutenant au bas pays d'Auvergne, qu'avait Jean-Timoléon de Beaufort-Montboissier, marquis de Canillac. On se contenta d'envoyer dans la province Gilbert Coeffier d'Effiat pour y faire en secret les fonctions de gouverneur et de donner un commandant particulier à la ville de Clermont, qui fut Jean de La Queilhe, seigneur de Florat. Le zèle de ces deux seigneurs pour les intérêts du roi, joint à celui des échevins et du lieutenant-général de Clermont, enleva la ville d'Issoire à la Ligue. Le généreux comte de Randan, voulant reprendre une ville de cette conséquence, combattit l'armée royale devant Issoire et fut tué les armes à la main, également regretté des deux partis (1). Il avait épousé Isabelle de La Rochefoucauld , sa cousine, fille puînée de François, III® du nom, comte de La Rochefoucauld, et de Charlotte de Roye, comtesse de Roucy, sa seconde femme, et de cette alliance vint l'illustre Marie-Catherine de La Rochefou-
(1) V. André Imberdis : Histoire des guei'res religieuses en Auvergne pendant les XVI"^ et XVII^ siècles. Riom, Leboyer, 1846.
cauld , duchesse de Randan , marquise de Seneçay , dame d'honneur d'Anne d'Autriche, reine de France, et gouvernante du roi Louis XIV et de Philippe de France, duc d'Orléans.
François de Bourbon, prince de Conti, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Il était le troisième fils de Louis de Bourbon, prince de Condé, et d'Éléonore de Roye. Son premier attachement fut pour Henri IV, alors roi de Navarre, qui le fit général de l'armée des Français, des Suisses , des reîtres et des lansquenets que son parti mit sur pied en 1587. Il eut le gouvernement d'Auvergne en 1590. Il s'en démit en faveur de Charles de Valois, comte d'Auvergne, et on lui donna en récompense celui de Paris et de l'Ile de France. Après la mort d'Henri IV, il assista au sacre et au couronnement de Louis XIII et y représenta le duc de Normandie. Il mourut en l'hôtel de l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés, à Paris, le 3 d'août 1614, sans avoir eu d'enfants ni de Jeanne de Coesme, sa première femme, fille de Louis de Coesme, veuve du comte de Montafié, ni de Louise-Marguerite de Lorraine, sa seconde femme, fille d'Henri de Lorraine, duc de Guise, et de Catherine de Clèves.
Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours, gouverneur d'Auvergne pour le duc de Mayenne. Il était fils de Jacques de Savoie, duc de Nemours, et d'Anne d'Esté, laquelle avait été mariée en premières noces à François de Lorraine, duc de Guise ; de sorte qu'il avait pour frères utérins Henri de Lorraine, duc de Guise, Charles de Lorraine, duc de Mayenne, et Louis de Lorraine, archevêque de Reims et cardinal. Il prétendait à la couronne de France ; mais la conversion du roi Henri IV ayant rompu toutes ses mesures, il ne songea plus qu'à s'assurer une souveraineté qui comprenait dans son idée l'Auvergne et les autres provinces qui composaient son gouvernement dont le siège eût été Lyon. Voyant que ses desseins n'allaient pas à son gré, il se retira à Annecy où il tomba dans une maladie de langueur qui l'emporta en 1595, à 28 ans, dans le temps que sa mère et Alexis de Comnène, gentilhomme grec, étaient sur le point de faire la paix avec le roi
Henri IV. On dit de lui qu'il était d'une libéralité et d'une magnificence dignes des plus grands rois, et d'une sobriété qui eût fait de l'honneur aux plus grands philosophes.
Charles de Valois, comte d'Auvergne et gouverneur de la même province. Il était fils naturel du roi Charles IX et de Marie Touchet, dame de Belleville. Ce prince fut d'un mérite extraordinaire ; il en donna des preuves dans la guerre et dans les ambassades. On lui donna le gouvernement d'Auvergne en 1592. Il s'y rendit pour en prendre possession et assiégea la ville de Vichy ; mais il fut obligé de lever le siège dès qu'il apprit qu'Henri de Savoie, marquis de Saint-Sorlin et lieutenant pour la Ligue au gouvernement de Lyon, venait au secours de la place.
Etant en Auvergne, il ne fut pas si fort attaché au service du roi qu'il ne prêtât l'oreille au mécontentement de quelques seigneurs qui voulaient faire de la peine à Henri IV dans ce commencement de règne. Il se trouva mêlé dans les intrigues du maréchal de Biron, et il lui en eut peut-être coûté la vie, si le roi n'eût sacrifié son ressentiment aux prières du connétable de Montmorency, son beau-frère, de la duchesse d'Angoulême, sa tante, et de la marquise de Verneuil, sa sœur utérine.
Cette duchesse l'engagea encore dans de nouveaux périls, dont il ne se tira que par la seule bonté du prince. Elle avait pris, par sa beauté, tant d'empire sur l'esprit du roi, qu'elle porta ses yeux jusqu'au trône. Voyant la faiblesse du roi pour elle, elle ne voulut lui accorder aucune faveur qu'à la condition de devenir sa femme aussitôt qu'elle aurait eu un fils, et pour cela elle se fit donner une promesse de mariage de la main du roi, dans le temps même qu'on travaillait à le marier avec Marie de Médicis. Elle n'y forma pourtant point d'opposition, contente d'avoir le billet et le cœur du roi, qui lui avait donné un appartement dans le château de Fontainebleau, où il faisait son séjour ordinaire.
La reine eut bientôt découvert les feux du roi pour la duchesse. Celle-ci, fière de posséder le cœur du prince, ne se
soumettait qu'avec peine à la reine et ne s'embarrassait pas de lui faire du chagrin. La reine ne put plus souffrir une maîtresse si impérieuse, elle éclata enfin contre sa rivale, contre le seigneur d'Entragues, et contre le comte d'Auvergne. Ces trois personnes, craignant les effets de la colère de cette princesse, demandèrent permission au roi de sortir du royaume. Ce prince, touché du trouble de sa maison et de l'aversion de ses peuples pour ses amours, consentit à leur retraite, dans la pensée qu'ils passeraient en Angleterre ; mais la duchesse, qui ne s'attendait pas à tant de froideur du côté du roi, se laissa si fort transporter à la colère qu'elle forma le dessein d'avoir recours au roi d'Espagne et traita secrètement avec son ambassadeur Baltazar de Zuniga, qui l'assura, de la part de son maître, qu'elle trouverait, avec son père et son frère, un asile assuré à Madrid. Le roi, averti d'un tel dessein, employa la douceur pour en arrêter l'exécution. Le comte d'Auvergne, qui faisait son séjour à Clermont, où il était adoré de tous les peuples de la province, reçut des ordres pour se rendre à la cour. Ce prince, qui regardait l'amitié des Auvergnats comme un rempart contre la colère du roi, et de plus charmé des beaux yeux de Claude de La Tour, dame de Florat, différa d'obéir sous divers prétextes. Enfin, voyant que la douceur était inutile pour le tirer de son gouvernement, il y eut des ordres pour l'arrêter; ce que Murat, lieutenant-général en la sénéchaussée de Riom, fit avec beaucoup d'adresse ; on le conduisit à la Bastille ; son procès lui fut fait et il fut condamné à perdre la tête. Le roi changea la peine de mort en une prison perpétuelle (1). Il fut onze ans à la Bastille et n'en fut tiré que par le roi Louis XllI, en 1626, lorsque Concino Concini, marquis d'Ancre, eut fait arrêter Henri de Bourbon, prince de Condé. Il rendit de grands services au roi, qui lui confia le commandement de ses ar-
(1) V. une copie du procès de Charles de Valois à la Bibl. de Clermont, ms. no 568 du catalogue Couderc. — V. aussi Marc de Vissac, Chroniques de la Ligue dans la basse Auvei^gne. Riom, Girerd, 1888.
mées et l'envoya ambassadeur en Allemagne, auprès de l'empereur Ferdinand 11. 11 mourut dans son hôtel à Paris, en IGIJO, âgé de 77 ans et demi. Il avait épousé en premières noces Charlotte, fille d'PIenri, duc de Montmorency, connétable de France, et d'Antoinette de La Marck, et en secondes noces Françoise de Nargone-Mareuil, morte le 10 août 1713, âgée de 92 ans, c'est-à-dire 138 ans après son beau-père Charles IX, qui mourut en 1574.
Claude de Lorraine, duc de Chevreuse, prince de Joinville, chevalier des ordres du roi, grand chambellan et gouverneur d'Auvergne. Il rendit de grands services à Henri IV au siège de La Fère et à celui d'Amiens. Après avoir été arrêté et mis à la Bastille pour une affaire où il y avait plus de jeunesse que de mauvaise volonté, il obtint sa grâce. Il alla depuis en Hongrie exercer sa valeur contre les Turcs. A son retour. Je roi Louis XIII lui donna le gouvernement d'Auvergne. Il mourut d'apoplexie dans son hôtel, à Paris, en 1639. Il avait épousé Marie de Rohan, veuve du duc de Luynes, si connu du temps de la minorité de Louis XIV. Il s'était démis du gouvernement d'Auvergne en faveur du maréchal d'Effiat.
Antoine Coeffier, marquis d'Effiat, chevalier des ordres du roi, surintendant des finances, grand-maître de l'artillerie, maréchal de France et gouverneur d'Auvergne. Il se distingua, sous le ministère du cardinal de Piichelieu, par sa valeur et par sa sagesse, qui furent récompensées de toutes les grandes charges dont nous venons de parler. En 1632, il eut le commandement de l'armée qu'on envoyait en Alsace ; il en fit la revue et s'échauffa si fort, qu'il fut attaqué d'une fièvre qui, le quatrième jour, le mit dans le tombeau, à Lutzelstein ou à la Petite-Pierre, le 29 juillet 1632. Son corps fut porté à Effiat, où il est enterré.
Jean de Saint-Bonnet, s' de Toiras, chevalier des ordres du roi, maréchal de France et gouverneur d'Auvergne. Il descendait de la maison de Sommières-Caylar ; il était fils puîné d'Aymard de Saint-Bonnet de Toiras et de Françoise-Claire de Saint-Félix, dame de Palières. Il fut élevé page d'Henri de
Bourbon II, prince de Condé, qui le fit le premier gentilhomme de sa chambre. Ce prince le mena en Flandre ; mais il ne fut pas longtemps à revenir, ne voulant avoir aucun commerce avec l'Espagne. Le roi Henri IV le voulut avoir auprès de lui pour s'en servir dans ses parties de chasse, mais encore pour entretenir la passion qu'il avait pour la princesse de Condé, prenant plaisir de parler avec lui de la vie qu'elle menait en Flandre, de ses occupations et de ses divertissements.
Après la mort du roi, ce seigneur fut bien reçu de Louis XIII, parce qu'il entendait parfaitement toutes les ruses de la chasse, pour laquelle ce jeune roi avait une forte passion. Il fut si content de lui, qu'il lui donna une pension de quinze cents livres en 1612, le fit capitaine de la volière des Tuileries et capitaine aux gardes en 1G20. Il commença à acquérir de la réputation dans la guerre au Pont-de-Cé, aux sièges de Saint- Jean-d'Angély, de Montauban et de Montpellier. Tous ces nouveaux exploits lui donnèrent bonne opinion de lui-même, et, comme il avait l'avantage d'avoir l'oreille du roi par le moyen des parties de chasse, oii il se trouvait souvent avec lui, il se flatta de parvenir aux mêmes dignités où était monté le connétable de Luynes, qui s'était rendu maître de l'esprit du roi par les mêmes moyens. Le seul qui lui faisait obstacle était Armand-Jean du Plessis, évêque de Luçon, qui fut, dans la suite, seul ministre d'État. Il forma une cabale pour le perdre; elle fut découverte et dissipée ; mais le prélat n'en perdit jamais le souvenir. Ses belles actions ne contribuèrent pas peu à la prise de La Rochelle. Sa gloire augmenta beaucoup à Casai, en 1630. Il y fut assiégé par Ambroise Spinola, gouverneur de Milan, qui s'était vanté de prendre la place dans quarante jours. Il y soutint neuf assauts, et le siège fut enfin levé par le moyen de la trêve qui fut faite, par les intrigues de Jules Mazarin, entre les deux armées qui étaient sur le point de décider la chose par une sanglante bataille. Une clause de cette trêve obligeait le seigneur de Toiras à remettre la place entre les mains d'un commissaire de l'ompereur, jusqu'à ce que ce prince eût donné l'investiture du duché de
Mantoue et de Montferrat à Charles de Gonzaguc, duc de Nevers, pour lequel on combattait. Cette clause déplut au s' de Toiras ; il eut de la peine à sortir de Casai et ne s'y fût jamais résolu s'il n'eût été sollicité par le marquis de Brézé, beaufrère du cardinal de Richelieu, qui fut le trouver de la part des généraux de notre armée; et si le pape Urbain VIII ne l'en eût prié par un bref dans lequel le Saint-Père lui représentait qu'il s'était acquis assez de gloire dans le monde pour ne s'opposer pas plus longtemps à la tranquillité de l'Italie , laquelle en devenoit tout entière sa redevable.
Il conclut la paix de Quérasque en 1636 et fit le traité de Mirefleur entre la France et la Savoie, par lequel Pignerol fut cédé à la France. Après cela, le gouvernement d'Auvergne ayant vaqué par la mort du maréchal d'Effiat, il en fut gratifié. Il en eut une joie extrême à cause de la beauté du pays, des alliances qu'il avait dans la province, et enfin par le souvenir qu'il avait de la manière obligeante dont il avait été reçu en 1629, lorsqu'il y mena une partie de l'armée du roi pour la remettre des fatigues du siège de La Rochelle. L'Auvergne ne jouit pas néanmoins de l'avantage qu'elle espérait de l'inclination du gouverneur. On le soupçonna d'avoir été dans l'intrigue du duc d'Orléans contre l'autorité du cardinal, quoiqu'il eût renvoyé à ce premier ministre la lettre qu'il avait reçue de ce prince, frère du roi, sans l'avoir ouverte.
Quoi qu'il en soit, le cardinal fut ravi de le trouver coupable en quelque chose , et on ne manqua pas de renouveler un ancien soupçon qu'on avait eu autrefois de sa fidélité, lorsqu'on l'avait cru capable de se cantonner dans la citadelle de Saint- Martin et dans le Fort-Louis. On lui fit aussi un crime sur la difficulté qu'il avait faite à Casai d'obéir aux généraux de notre armée, et sur ce que deux de ses frères, Jacques de Saint-Bonnet-Toiras , gouverneur de Clermont-Lodève , et Simon de Saint-Bonnet-Toiras, évêque de Nîmes, s'étaient jetés dans le parti du duc d'Orléans. On présuma que, devant toute leur fortune au maréchal, ils ne l'avaient fait que par son avis. Tout cela, joint à sa manière d'agir avec fierté en
souverain de Casai, obligea la cour à former le dessein de le surprendre dans sa place et de Ten tirer avec adresse. Ce projet étant venu à sa connaissance, il se rendit le plus fort dans Casai par le moyen du régiment de son neveu de Saint-Bonnet, gouverneur de Leucate, qu'il trouva dans la disposition de suivre aveuglément ses ordres contre le roi et contre le duc de Mantoue. L'Espagne lui offrit les troupes du Milanais, l'empereur le voulut créer prince de Casai et lieutenant de ses armées en Italie, et le duc de Savoie lui offrit chez lui des emplois et de l'argent pour la valeur de la place. Il écouta tout et n'accepta rien, aimant mieux remettre Casai au roi et ne pas manquer de fidélité à son prince. La cour trouva bien des prétextes pour l'attirer, mais il fut toujours inébranlable. Le mareschal, dit son historien, qui voyait de loin et qui, par son bon sens, découvroit celuy qui estoit caché dans la lettre du roy et du cardinal, évita de venir ; ny le prétexte du gouvernement d'Auvergne, ny la réception du cordon bleu, où ilfalloit estre en personne, ne furent pas assez forts pour V attirer (1). Il fallut convenir d'une ville d'Italie pour sa retraite, jusqu'à ce que sa crainte fut dissipée. On choisit Ferrare; il s'y rendit et en sortit encore pour aller à Venise, à Lorette, à Rome, à Milan et à Turin ; ce qui fut pris pour un dessein de former de nouvelles intelligences contre l'Etat. La cour prit aussi de nouveaux ombrages et résolut de le punir. Dans cette vue, on commet en Auvergne un autre gouverneur, auquel on donna les appointements. On retrancha, de plus, les revenus attachés à la dignité de maréchal de France et ses pensions ; de sorte que ce grand homme se vit réduit à soutenir sa vie des libéralités du duc de Savoie et des cardinaux français, et surtout d'Antoine Barberin.
En 1636, il crut voir quelque jour au rétablissement de ses affaires. Le duc de Savoie s'étant déclaré pour la France, il le choisit pour général de ses troupes, avec l'agrément du
(1) Michel Baudier, Histoire du maréchal de Toiras. Paris, 1644, in-folio,
roi. La fortune, qui semblait vouloir le favoriser, Tabandonna bientôt. Dès le commencement de cette guerre, il reçut un coup de pistolet à rapproche de la forteresse de Fontanette, dans le Milanais, dont il mourut, le 14 juin 1636, les armes à la main, comme il avait souvent souhaité, généralement estimé des P>ançais et des étrangers. Son corps fut enterré dans l'église des capucins de Turin, et sa pompe funèbre se fit en présence de toute la cour de Savoie et du sénat. Il n'avait point pris d'alliance.
Bertrand de La Ilire, marquis de Vignoles, chevalier des ordres du roi, maréchal-de-camp et gouverneur d'Auvergne. Il était fils de François de Vignoles de La Hire et de Madeleine de Roche-Beaucourt. Dans le temps que le maréchal de Toiras n'avait pas quitté Tltalie, la cour, qui ne voulait pas laisser l'Auvergne sans gouverneur, mit à la place ce seigneur déjà fort âgé, mais célèbre par les belles actions qu'il avait faites au siège de La Rochelle et à celui de Miolans , château de Savoie situé sur la pointe d'un rocher. Il mourut de dysenterie à Péronne, en 1636, âgé de soixante-onze ans, et avec lui finit l'ancienne maison de La Hire.
Gaspard-Armand, vicomte de Polignac, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Son père était Louis-Armand, vicomte de Polignac, et sa mère Françoise de Montmorin. Il obtint par commission le gouvernement d'Auvergne dans le temps de la disgrâce du maréchal de Toiras. Il sut l'art de s'attirer l'amour de tous les peuples de cette province. Il avait été marié avec Claudine-Françoise, fille aînée de Just-Louis, s' de Tournon, et de Madeleine de La Rochefoucauld.
Gaston- Jean-Baptiste de France, duc d'Orléans et gouverneur d'Auvergne. Tout le monde connaît ce prince, fils puîné du roi Henri IV et de Marie de Médicis. Après avoir mené une vie pleine d'agitation , il passa ses dernières années avec plus de tranquillité et mourut en 1660.
François de Noailles, comte d'Ayen, marquis de Montclar, chevalier des ordres du roi et gouverneur d'Auvergne. Il
était fils crHenri de Noailles, comte d'Ayen, et de Jeanne- Germaine d'Espagne. Il rendit de grands services au roi pendant les guerres de religion. Il rendit le calme aux peuples du Rouergue, oi^i le duc de Rohan, après le siège de La Rochelle, avait rallumé le feu de la rébellion. Il contribua beaucoup à la reddition de la ville de Milhau. Le nom de Noailles était célèbre pour les ambassades. On sait avec quelle fermeté François et Gilles de Noailles soutinrent l'honneur de la France à Constantinople , à Londres et à Venise. François suivit les traces de ces grands hommes ; on l'envoya ambassadeur à Rome , et il se fit une grande réputation dans cette cour, où le vrai mérite n'est jamais méconnu.
Lorsque le duc d'Orléans traversa l'Auvergne avec l'armée qu'il conduisait en Languedoc au secours du duc de Montmorency (1), le comte de Noailles eut ordre de prendre garde qu'il n'y eût aucun mouvement en Auvergne. Tandis que les troupes du duc d'Orléans passaient, il se tint sur les remparts de Riom, d'oii il fit tirer sur elles quelques volées de canon. Voyant que tout était tranquille dans l'Auvergne, il se rendit en Languedoc, dans l'armée du roi, où il servit avec beaucoup de courage en qualité de maréchal-de-camp. Les maréchaux do Vitry et de La Force l'envoyèrent, avec quatre cornettes de cavahîrie, à Réziers, pour y recevoir le serment de fidélité du gouverneur et des habitants.
Dans le temps que le duc d'Orléans et le s' de Cinq-Mars- Effiat formaient un parti en Espagne contre la France, ou plutôt contre le cardinal de Richelieu , les seigneurs de la cour et de l'armée qui assiégeait Perpignan se trouvèrent partagés au sujet du premier ministre et du s' de Cinq-Mars.
(1) Le passage du duc d'Orléans en Auvergne, qui pourrait faire l'objet d'une intéressante étude d'histoire locale, eut lieu dans les premiers jours de juillet 1632. Le 7, ce prince était sous les murs de Riom. Voir, sur cet épisode de nos dissensions intestines, les Archives du ministère des Affaires étrangères^ France, 802, page 286, et une curieuse plaquette: Les travaux surmontez^ par G. de Roux, publiée par M. Paul Le Blanc dans le tome XXII des Mémoires de l Académie des sciences^ belleslettres et arts de Clermont-Fe^^rand.
Le comte de Noailles, qui fil de sérieuses réflexions sur la fin malheureuse de ceux qui avaient voulu attaquer l'autorité du cardinal, ne se sépara jamais de ses intérêts. Quand le traité d'Espagne eut découvert le but des intrigues des mécontents, on ôta au duc d'Orléans le gouvernement de l'Auvergne et on le donna au comte de Noailles pour récompenser sa fidélité. Après la mort du roi, il fut rendu au duc d'Orléans, qui, voulant faire voir que la conduite du comte ne lui avait point déplu, ne s'opposa point au choix que l'on fit de lui pour srouverneur de la ville et château de Perpignan , des comtés et seisrneuries de Roussillon , Gonflans et Gerdas^ne. Il mourut en 1645. Il avait épousé Rose de Roquelaure, fille d'Antoine, maréchal de France, et de Gatherine d'Ornesan.
Honoré d'Albert , duc de Ghaulnes , maréchal de France et gouverneur d'Auvergne. 11 était fils puîné d'Honoré d'Albert, s"" de Luynes, et frère de Gharles d'Albert, duc de Luynes, connétable de France. En ôtant au duc d'Elbeuf, dont on était mécontent, le gouvernement de Picardie, on le donna au duc de Ghaulnes ; mais il fut obligé de le rendre à ce prince, et, en échange, on le fit gouverneur d'Auvergne. 11 mourut en sa 69^ année, le 30 octobre 1649, doyen des maréchaux de Fr^ance.
Louis-Gharles-Gaston de Nogaret, duc de Gandale, pair de France, lieutenant général des armées du roi et gouverneur d'Auvergne. Il était fils de Bernard de Nogaret, duc d'Epernon, de La Valette et de Gandale, et de Gabrielle-Angélique, légitimée de France , fille d'Henri IV et d'Henriette de Balsac d'Entragues, marquise de Verneuil. Dès qu'il fut gouverneur d'iVuvergne, il réunit toute la noblesse dans les intérêts du roi et dissipa quelques assemblées qui se faisaient dans quelques lieux écartés , en faveur du parlement et du prince de Gondé. Il fut honoré du commandement de l'armée de Guyenne en 1652 et en 1653. Il était accompagné de plusieurs Auvergnats d'une grande distinction. Tout plia devant ses troupes. Bordeaux même ne put pas lui résister. Il mourut, sans avoir pris d'alliance, le 28 janvier 1658, et il fut enterré dans la chapelle du château de Cadillac.
Jules Mazarin, cardinal de TÉglise romaine, ministre d'État et gouverneur d'Auvergne. Après avoir gouverné longtemps la France et avoir essuyé bien des orages, il finit ses jours à V'incennes, en 16G1. Son corps a été transporté, longtemps après, dans l'église du collège des Quatre-Nations, à Paris.
Godcfroy-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, grandchambellan de France et gouverneur d'Auvergne. Il fut un des grands seigneurs de France qui se rendirent en Hongrie pour secourir l'empereur Léopold, en 1G64, contre le grandseigneur Mahomet III. Il combattit avec beaucoup de valeur au passage du Raab ; il eut un cheval tué sous lui, et, sans les officiers qui l'accompagnaient, il eût eu bien de la peine à se tirer du péril extrême oii il s'était exposé. Il se signala encore aux prises des villes de Tournai, de Douai et de Lille, en 1667. Il accompagna le roi à la conquête de la Franche- Comté en 1668, à celle de Hollande en 1672. Il se trouva aux sièges et prises de Munich, de Besançon, de Dole, de Limbourg, de Valenciennes , de Cambrai et de Gand. Il avait épousé, en 1662, Marie-Anne Mancini, nièce du cardinal Mazarin.
Emmanuel-Théodose de La Tour, duc de Bouillon, grandchambellan de France et gouverneur d'Auvergne.
Lieutenants au gouvernement d'Auvergne
Les comtes , les connétables , les baillis généraux et les gouverneurs d'Auvergne ont eu des lieutenants. Sous les comtes, on les qualifiait vicomtes ; sous les connétables, on les nommait maréchaux, et sous les baillis, lieutenants-généraux. Sous les gouverneurs, on les traita d'abord de lieutenants des gouverneurs, et ensuite de lieutenants de roi.
Les vicomtes d'Auvergne n'étaient pas ordinaires. Les comtes les établissaient à leur gré et en mettaient plusieurs en divers cantons. Les différents vicomtes étaient ordinairement qualifiés vicomtes de Clermont, de Turluron, de Tallende, du
Livradois, de Brioude, du Velay, du Gëvaudaii, de Cariât et de Murât, et ils sont tous connus par ces noms. Le vicomte du Velay comprenait la partie de la basse Auvergne qui s'étend depuis Vieille-Brioude jusqu'aux confins du Velay ; celui du Gévaudan avait la partie de la haute Auvergne située vers les frontières du Gévaudan, sur la rivière de Truyère. Le siège des vicomtes de Clermont était à Clermont, celui des vicomtes de Turluron à Billom, des vicomtes de Tallende à Saint- Amant, des vicomtes du Livradois à Ariane, des vicomtes de Brioude à Brioude, des vicomtes du Velay à Saint- Paulien, des vicomtes de Cariât à Aurillac, des vicomtes de Murât à Murât, et des vicomtes de Gévaudan à Buines.
Les lieutenants-généraux d'Auvergne avaient originairement le nom de lieutenants des gouverneurs, parce qu'ils devaient leur emploi aux seuls gouverneurs qu'ils choisissaient dans des occasions où ils étaient oblis^és de s'éloierner de la province pour des affaires importantes, c'est-à-dire fort rarement. Aussi n'en trouvons-nous que trois : Pierre de Norri , seigneur de Norri, en 1380, sous Jean, P"" du nom, comte d'Auvergne ; Bobert de Mailly, en 1396, sous Jean Le Maingre- Boucicaut, et Gilbert de Châlus, sous Jean Stuart d'Albanie.
Le roi François II établit des lieutenants et les rendit ordinaires ; il leur donna le titre de lieutenants du roi et voulut qu'ils fussent indépendants des gouverneurs pour s'assurer par eux de leur fidélité. Le roi François unit le gouvernement d'Auvergne à celui de Lyon. Le roi Charles IX en fit un gouvernement particulier duquel relevait la Marche limousine. C'est pourquoi on vit trois lieutenants de roi dans le gouvernement d'Auvergne : le premier , pour la basse Auvergne ; le second, pour la haute, et le troisième, pour la Marche. Le roi Henri IV donna à la Marche un gouverneur en chef, de sorte qu'il n'est resté pour l'Auvergne que deux lieutenants de roi.
Le roi Louis XIV créa, de plus, deux charges de lieutenant de roi, par l'édit de 1692 : l'une pour la haute Auvergne, et l'autre pour la basse. Celle de la haute est la seule qui fut
levée par Annet-Joseph de Scorailles, marquis de Roussille, frère de M"'^ la duchesse de Fontanges ; son fils Louis-Théodose en fait les fonctions depuis la mort de son père.
Lieutenants de roi en la basse Auvergne
Nectaire, seigneur de Saint-Nectaire. Il était fils d'Antoine de Saint-Nectaire et de Marie d'Alègre. Il servit très utilement dans Tarmée du Lyonnais et du Dauphiné, sous Jacques de Savoie, duc de Nemours, en 1560. 11 fit des merveilles à la journée de Dreux.
Artaud d'Apchon Saint-Germain, chevalier de Tordre du roi, et gentilhomme de la chambre. 11 était le fils de Michel Artaud d'Apchon et de Marguerite de Lavieu. L'alliance qu'il fit avec MarsTuerite d'Albon, sœur du maréchal de Saint- André, servit à lui faire obtenir la lieutenance de roi de la basse Auvergne et de la haute.
Antoine d'Apchon, seigneur de Cézerac. Il était frère du précédent lieutenant de roi. Il donna des marques de sa valeur à la prise de La Charité, à la défense de Lyon et à la bataille de Dreux.
Christophe Le Loup, seigneur de Montfan, chevalier de l'ordre du roi, lieutenant de roi en la basse Auvergne. Il était fils de Louis Le Loup, seigneur de Pierre-Brune, et d'Antoinette de Lafayette. Le roi Charles IX l'honora du collier de son ordre et de la lieutenance de roi de la basse Auvergne, dans le temps que Gaspard de Montmorin était gouverneur de la province oii ce seigneur se signala pendant les guerres de la Ligue.
Jean de Beaufort-Montboissier, marquis de Canillac. Il était fils de Marc de Beaufort-Montboissier et de Catherine de La Queilhe. 11 fut tué les armes à la main dans l'armée du duc de Mayenne.
Jean-Timoléon de Beaufort-Montboissier, marquis de Canillac, fils du précédent marquis de Canillac et de Gilberte de
Chabannes. On conserva cette charge au fils pour attirer dans le parti du roi tout le reste de la maison de Montboissier, dont Tautorité était grande dans la province. Il mourut en
Charles de Goligny, marquis d'Andelot, chevalier des ordres du roi et maréchal-de-camp. Il était fils puîné du fameux amiral de Coligny et de Charlotte de Laval. Il abandonna la religion prétendue réformée pour suivre la catholique. Charles de Lorraine, duc de Mayenne, lui procura cette lieutenance de roi dans l'étendue du gouvernement du duc de Nemours. 11 se jeta aveuglement dans ses intérêts, quand ce dernier prit le dessein de composer un petit état où il put être le maître ; c'est pourquoi, ne pouvant pas garder le Lyonnais et le Dauphiné que le duc de Nemours n'abandonnait point, il tâcha du moins de sauver l'Auvergne du naufrage et se retira dans la ville de Brioude oh le duc vint l'assiéger. Il fut pris et envoyé au château de Pierre-Encise , à Lyon. Deux ans après, Pierre d'Espinay, archevêque de Lyon, fît prendre les armes, par ordre du duc de Mayenne, aux bourgeois. Ils trouvèrent moyen de se saisir du duc de Nemours, qu'ils renfermèrent dans Pierre-Encise, et donnèrent la liberté au marquis d'Andelot. Il avait épousé Huberte de Chastenay, dame de Dinteville.
Henri de Savoie, duc de Nemours, lieutenant pour la Ligue au gouvernement d'Auvergne. Après la disgrâce du marquis d'Andelot, il commanda dans cette province de la part du duc de Nemours, son frère, sous le nom de marquis de Saint- Sorlin. Après la mort de son frère, il tâcha de se faire gouverneur à sa place ; mais, pressé par Anne d'Esté, sa mère, il continua le traité qui avait été commencé avec Henri IV, et le conclut à Folembray en 1596.
Il se trouva au siège d'Amiens, en 1597, contre l'Espagne, avec laquelle il s'unit en 1615 contre la Savoie, parce qu'on n'avait pas voulu lui accorder en mariage sa cousine Isabelle de Savoie, qui fut mariée à Alphonse d'Esté, prince de Modène. Elle était fille de Charles-Emmanuel, duc de Savoie, et de
Catherine d'Autriche, infante d'Espagne. L'amour extrême qu'il avait pour cette princesse se changea en une haine effroyable contre son père, qui la lui avait refusée. Ils se réconcilièrent néanmoins en 1619, par l'entremise du maréchal de Beliegarde. Au défaut d'Isabelle, il épousa, en 1618, Anne de Lorraine, fille unique de Charles, duc d'Aumale, et de Marie de Lorraine-Elbeuf. Ce prince mourut à Paris, en 1632.
Antoine, seigneur de Roquelaure, chevalier des ordres du roi, maréchal de France. Il était déjà lieutenant de roi de la haute Auvergne, quand il le fut fait de la basse en 1599, après la mort de Jean-Timoléon de Beaufort-Montboissier. Son père était Géraud, seigneur de Roquelaure, et sa mère, Catherine de Besolles. Le roi Louis XIII le fit maréchal de France en 1615, en récompense des longs services qu'il avait rendus sous Henri IV contre la Ligue, les Espagnols et la Savoie. Il fut marié à Catherine d'Ornesan, veuve de Gilles de Montai, baron de La Roquebrou. Il mourut subitement à Leytoure, en 1625, âgé de 81 ans. Il est enterré à l'église de Roquelaure.
Jean-Claude de Beaufort-Montboissier, vicomte de Lamothe-Canillac. Jean de Beaufort-Montboissier, vicomte de Lamothe-Canillac, fut son père, et Jeanne, dame de Maumont, sa mère. 11 ne dégénéra pas de la vertu et du courage de ses aïeux. Il maintint la basse Auvergne dans une parfaite tranquillité, pendant les mouvements que les ducs de Rohan et de Soubise excitèrent dans le voisinage de cette province. Il mit dans sa maison la terre de Dienne par son mariage avec Gabrielle de Dienne.
François de Daillon, comte de Lude, gouverneur de Gaston de France, duc d'Orléans. Il tenait le jour de Guy de Daillon, comte de Lude, et de Jacquette de Lafayette. Il servit avec beaucoup de courage sous les rois Henri III, Henri IV et Louis Xlll. La bienséance de ses terres de Pontgibaud et de Montel-le-Dégelé (1) lui fit souhaiter la lieutcnance de roi de
(1) Le Montel-de-Gelat.
on —
celte province. Il épousa Françoise de Sclioniberg, sœur d'Henri de Schomberg, maréchal de France. 11 mourut en 1G19.
Timoléon de Daillon, comte de Lude. 11 était lils du précédent seigneur, comte de Lude. Après avoir été longtemps à la cour, il se retira dans sa maison de Lude, où il mena une vie tranquille le reste de ses jours et y mourut, laissant des enfants de Marie Feydeau.
Martin Ruzé, marquis d'Effiat. Ce fils du maréchal d'Effiat, après avoir porté les armes avec succès en Flandre, vint prendre possession de la lieutenance de roi d'Auvergne, en 1637. 11 mit à même temps sur pied un régiment d'infanterie, qui eut le nom d'Effiat. 11 se conduisit avec la noblesse d'Auvergne en Languedoc, dans le dessein de secourir Leucate, assiégée par les Espagnols, qui avaient pour général le comte de Serbellon. 11 apprit sur sa route que Charles de Schomberg, duc d'Halwin, gouverneur de Languedoc, avait forcé l'ennemi dans les lignes ; à cette nouvelle il reprit le chemin d'Auvergne. Il épousa en 1637 Isabelle d'Escoubleau et mourut en
Jean de Comboursier, marquis du Terrail, lieutenant-général des armées du roi. La maison de Comboursier est originaire du Dauphiné, mais presque naturalisée en Auvergne par le mariage de Louis de Comboursier, seigneur du Terrail, avec Charlotte de La Rochefoucauld, fille de François de La Rochefoucauld, seigneur de Ravel, qui vivait en 1533, et d'Eléonore de Vienne. Ce seigneur s'opposa fortement en Catalogne aux desseins de l'Espagne, en 1642. Il y commanda la cavalerie que l'on envoya au-devant du secours que dom Pedro d'Aragon, fils du duc de Cardone, menait à Colioure, dont Urbain de Maillé-Brézé, maréchal de France, faisait le siège. Il fit tête à l'infanterie ennemie, pendant que Philippe de La Mothe-Houdancourt donnait de son côté, de sorte que les Espagnols furent si bien attaqués, que leur général, avec dom François de Toralta et plusieurs autres seigneurs, y furent faits prisonniers et la ville fut emportée. II combattit
avec un courage égal devant Lerida, mais le succès ne fut pas le même. Le maréchal de La Mothe, qui commandait Taile droite de notre armée, ayant enfoncé tout ce qui s'opposait à lui, le marquis, qui commandait l'aile gauche, ne donna pas avec moins d'intrépidité sur les ennemis ; mais il ne fut pas secondé, une terreur subite se répandit parmi les troupes, elles se dispersèrent, sans pouvoir être arrêtées par tous les efforts qu'il fit avec le généreux comte de Ravel, son fils unique, qu'il perdit en cette occasion.
Il servit sous le duc d'Orléans à plusieurs sièges de place. A celui de Mardick, en 1646, ce grand homme fut emporté d'un coup de canon qu'on tira de la place dans le temps qu'on signait la capitulation. Il fut marié avec Hilaire, dame de Montmorin-Saint-Hérem, de laquelle il eut Claude-Marie de Comboursier, héritière de cette maison qui porta cette opulente succession à Jean d'Estaing, marquis de Saillans.
Léon d'Aubusson, comte de La Feuillade, lieutenant-général des armées du roi. Il était fils de François d'Aubusson, Ile du nom, comte de La Feuillade, et d'Isabeau Braschet. Il était l'aîné de Georges d'Aubusson, évêque de Metz, et de François d'Aubusson, maréchal de France. Il fut tué au siège de Lens, en 1647, sans avoir été marié.
Henri de Saint -Nectaire, chevalier des ordres du roi et ministre d'État. Son mérite l'éleva à ce grand emploi et lui attira l'amitié de la reine Marie de Médicis, de la reine Anne d'Autriche, du cardinal de Richelieu et du cardinal Mazarin. Il mourut à Paris le 4 janvier 1662.
Christophe de Beaune, maréchal des camps et armées du roi. Il sortait de l'ancienne maison de Beaune en Vivarais, et avaitépousé Jeanne de Belvezé-Jonchères. Ils moururent tous les deux presque en même temps, en 1662, sans avoir laissé de postérité. Leur succession passa à Henri de Montaigu- Fromigières.
Armand de Bautru, comte de Nogent-le-Roi, capitaine des gardes de la porte, maître de la garde-robe du roi et maréchal-de-camp. Il était fils do Nicolas Bautru, seigneur de Pes-
chin. Sa femme était Diane-Charlotte de Caumont-Lauzun, à qui le roi avait donné cette lieutenance de roi d'Auvergne, lorsqu'elle était encore fille, pour l'apporter en dot à celui qu'elle épouserait. Après s'être signalé à la prise d'Emmerick, où il fit la fonction de maréchal-de-camp sous Louis de Bourbon II , prince de Condé , il fut sur le Rhin avec notre armée où le comte de Guiche, ayant trouvé un gué à Tolhuys, passa ce fleuve à la nage. Le comte de Nogent fut des premiers à le suivre, mais son courage lui fit trouver la mort ; les ennemis qui défendaient l'autre bord de la rivière le tuèrent, le onzième de juin 1672. Son corps fut transporté par le courant de l'eau jusqu'à Levernart, où il fut enterré.
Lieutenants de roi en la haute Auvergne
Les trois premiers sont les mêmes qui ont été lieutenants de roi dans la basse Auvergne.
Charles, seigneur de Brezons, chevalier de l'ordre du roi, gouverneur de la ville et château de Murât. Il descendait de Tristan de Brezons et d'Hélène de Joyeuse. Les triumvirs François de Lorraine, duc de Guise, Anne de Montmorency, connétable de France, et le maiéchal de Saint-André, jetèrent les yeux sur lui pour maintenir l'autorité du roi Charles IX dans la haute Auvergne. Il y réussit, ayant repris la ville d'Aurillac, qui était tombée au pouvoir des huguenots. Sa femme était Léonor de Montmorin dont il eut François de Brezons qui, se voyant sans enfants, laissa ses terres à Marie de Berthon-Crilhon, sa seconde femme, de laquelle elles ont passé dans la maison de Brancas, et de celle-ci, dans la maison de Lorraine-Harcourt.
François de Nozières, chevalier de l'ordre du roi. Gabriel de Nozières et Geneviève de Valons donnèrent le jour à ce seigneur. Il servit avec beaucoup de réputation sous François I^"", Plenri II, Charles IX et Henri 111. 11 eut bien des combats à soutenir contre une illustre dame, Magdeleine de
Saint-Nectaire, veuve de Guy de Miraumont. Comme il Tavait investie dans le château de Pleaux, plusieurs seigneurs vinrent au secours de cette héroïne, on se battit, et le seigneur de Nozières fut tué en se défendant avec beaucoup de courage. Ce fut en 1571).
Raymond de Rastignac, seigneur de Messiliac, chevalier de de l'ordre du roi. Ce seigneur soutint avec vigueur le parti royal contre la Ligue, qu'il déconcerta tout à fait dans la haute Auvergne (1). Il ne contribua pas peu à l'abattre dans la basse par les troupes qu'il y conduisit, avec lesquelles il combattit avec succès à la bataille d'Issoire. Tout étant calme dans l'Auvergne en 1592, il marcha, à la tête de 500 hommes de pied, au secours de Villeneuve-en-Languedoc, qu'Antoine-Scipion de Joyeuse, grand-prieur de Toulouse, tenait assiégée. Louis, duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc, maréchal de France, et depuis connétable, entreprit de faire lever le siège et risqua, dans ce dessein, une bataille. Le seigneur de Rastignac eut l'honneur de conduire l'avantgarde et fut cause de la déroute du grand-prieur qui se noya dans le Tarn, le pont ayant rompu sous le grand nombre des fuyards, après avoir perdu trois canons, vingt-deux enseignes et trois mille hommes. Il mourut plein de gloire en 1597.
Charles de Coligny, marquis d'Andelot, lieutenant-général pour la Ligue en la haute Auvergne. Son autorité s'étendait dans ce pays sur ceux de la Ligue, tandis que le parti du roi relevait de celle du seigneur de l{astignac.
Henri de Lorraine, duc de Nemours, marquis de Saint- Sorlin, lieutenant-général de la Ligue dans la haute Auvererne.
Antoine, seigneur de Roquelanre. Il fut successeur de Raymond de Rastignac, en 1577, et de Jean-Timoléon de Beaufort, en 1599.
Henri de Noailles, comte d'Aven. Il fut Taîné des enfants
(1) ^■oi^ le ms. 751 de la Bibliothèque de la ville de Clermont-Ferrand.
d'Antoine de Noaillea et de Jeanne de Gontaut. Il seivil avec beaucoup de prudence en Auvergne et en Rouergue pendant les troubles du royaume. 11 tint les peuples en paix. C'est en sa faveur que la terre d'Ayen fut érigée en comté, en 1592. Il épousa en 1572 Jeanne-Germaine d'Espagne, dont il eut le lieutenant du roi qui suit.
François de Noailles, comte d'Ayen. Nous avons parlé de lui comme gouverneur d'Auvergne.
Anne, duc de Noailles, pair de France, premier capitaine des gardes du corps et chevalier des ordres du roi. Il était fils de François de Noailles et de Rose de Roquelaure, fille d'Antoine de Roquelaure, maréchal de France. Il fut toujours d'une fidélité constante dans tous les mouvements qui agitèrent le royaume pendant la minorité du roi Louis XIV. Il prit alliance avec Anne Boyer, dame d'atours de la reine Anne d'Autriche, et dame d'honneur du palais de la reine Marie- Thérèse d'Autriche. Il finit ses jours en l'année 1678.
Noblesse
L'Auvergne est une des provinces de France où Ton trouve le plus d'ancienne et d'illustre noblesse. Elle a été distinguée par cet endroit dans tous les temps. Ce ne sera pas un petit plaisir pour les curieux que de leur faire connaître les grandes maisons de cette province, qui ont paru avec le plus d'éclat dans l'espace de deux mille ans. Nous commencerons par celles dont plusieurs auteurs font mention depuis cent trente ans avant Jésus-Christ, jusqu'au huitième siècle. Nous continuerons par celles dont nous découvrirons l'origine dans tous les siècles, depuis le neuvième jusqu'au dix-huitième ; nous rappellerons même celles qui sont éteintes et qui sont fondues dans d'autres maisons.