‹ Histoire d'AuvergneChapitre 5 sur 119 · SA · texte numérisé non relu

SA

nerve présidait aux ouvrages ; que Mercure prenait soin des voyageurs, des ouvriers et des marchands, et que Mars était l'arbitre de la guerre. Ils lui vouaient les dépouilles des ennemis. Mais rien ne marque si fort leur superstition que la cruelle piété qui les portait , dans les grands dangers qu'ils couraient ou à la guerre ou dans quelque maladie, à sacrifier des hommes ou à faire des vœux d'un sacrifice , ce qu'ils exécutaient après par l'entremise des druides. Ils croyaient qu'autrement Dieu ne pouvait être apaisé, et qu'il fallait la vie d'un homme pour en racheter un autre; de sorte qu'il y avait des sacrifices publics. En quelques endroits on y voyait des idoles d'osier d'une grandeur extraordinaire , qu'on remplissait d'hommes et souvent de criminels ; puis on y mettait le feu. Ils ne croyaient pas qu'il y eût de victime plus agréable à la divinité, et ils brûlaient quelquefois des innocents faute de coupables. Comme la ville de Clermont avait été de tout temps la capitale du royaume des Auvergnats, c'était aussi là qu'ils avaient étalé toute la magnificence pour leurs dieux ; car, outre le colosse de Mercure dont nous avons parlé, on y admirait un ancien temple, qui était connu sous le nom de Vasso, qui était si célèbre dans le monde , que Chrocus vint du fond de l'Allemagne pour le renverser et le détruire. Nous entrerons dans un plus grand détail sur cet ancien monument, dans la description de Clermont (1).

(1) Ammian Marcel., Hist., 1. XV, n. 9. — Greg. Turon, De glor. mart., 1. II, cap. 15. — Bochart, Phaleg, 1. V.

— Il faut ajouter à ces divinités gauloises honorées en Auvergne la déesse S'cinna, d'après Tinscription suivante conservée au musée de Clermont : IVLIA . severa . siann[aej V. s. L. M. Cette inscription provient du Mont- Dore, et Sianna était peut-être la divinité protectrice des eaux. (V. Allmer, Rev. éplgr.^ 1891, n» 61.)

Eeligiou chrétienne

Rome, qui a toujours les yeux ouverts pour communiquer aux autres nations la connaissance de Jésus-Christ, ne voyait qu'avec peine, dès le second siècle, une partie des Gaules marcher dans les ténèbres. Plus l'empereur Dèce témoignait d'ardeur pour renverser une religion qui ne devait son éclat qu'aux ruisseaux de sang que ce prince et ses prédécesseurs avaient fait couler, plus l'Eglise romaine se croyait obligée à la soutenir et à lui donner des hommes nouveaux à la place de ceux que l'on immolait dans tout l'empire. Cette Eglise choisit des hommes capables de dissiper ces ombres qui cachaient aux Gaulois cette divine lumière propre à leur inspirer le mépris qu'ils devaient avoir pour de fausses divinités , et dans lesquels elle était sûre de trouver un courage à l'épreuve des plus cruels tyrans.

Parmi ceux qui furent envoyés pour fonder de nouvelles églises se trouva Austremoine, qui eut pour son partage l'Auvergne. Si on ignore quelle était sa patrie, on sait du moins quel était son zèle pour établir la foi de Jésus-Christ. La tradition nous apprend qu'il ne fut pas longtemps sans avoir des fruits de sa charité. Cassius, un des sénateurs de Clermont, ne put pas résister aux discours d'un homme qui avait le cœur rempli d'une foi si vive. Il lui fit part de ce précieux don, qui lui fit regarder avec mépris tout ce qu'il avait estimé jusqu'à ce moment; de sorte que ce nouveau fidèle n'eut d'autre occupation, dans la suite, qu'à procurer le même bonheur à ses concitoyens, et cela avec tant de fermeté , qu'il crut devoir prodiguer sa vie

pour affermir la foi qu'il leur avait prêchée. Quelque grand que fût le zèle d'Austremoine, il ne pouvait pas être partout ; déplorant le sort de ceux à qui il ne pouvait pas faire entendre sa voix , il envoya dans plusieurs contrées des hommes qui partirent avec un merveilleux courage pour aller annoncer les vérités qu'il leur avait apprises. Nectaire fit connaître aux peuples d'Ardes et des lieux circonvoisins le mystère de la Croix ; Mamet, Mari et Antonin, à ceux de la haute Auvergne ; Sirenat ou Cerneuf, à ceux de la basse, du côté de Billom et de Thiers. Le zèle d'Austremoine trouva des bornes trop étroites dans cette province ; il parcourut le Nivernais et le Berry pour communiquer à ces peuples les lumières dont il avait éclairé TAuvergne, et donna un de ses disciples, nommé Ursin, pour évêque à la ville de Bourges. Dès qu'il fut de retour dans Clermont, il eut le plaisir de trouver des chrétiens qui, pour conserver leur foi dans toute sa pureté, s'étaient éloignés du commerce du monde pour ne point voir les abominations de ceux que l'ennemi de Jésus-Christ tenait encore sous son joug. Ils étaient rassemblés dans un bourg que l'on appelait déjà le bourg des chrétiens , oi^i est aujourd'hui l'abbaye de Saint-Alyre. C'est là où ils pratiquaient toutes les vertus dignes du beau nom qu'ils portaient. L'éclat de leurs vertus charmait le reste des païens, qui ne pouvaient s'empêcher d'admirer ceux dont ils ne voulaient pas encore suivre l'exemple. Le prêtre des idoles, nommé Victorin, ne put pas résister à la charité de Cassius, qui avait versé des larmes devant le Seigneur pour le persécuteur de ces premiers fidèles. La grâce ramollit ce cœur, qui avait été si dur jusqu'à ce moment, et Victorin, recevant le baptême, devint, comme un autre saint Paul , le plus ferme appui de cette foi divine pour le renversement de laquelle il avait donné tant de combats.

Après la mort de saint Austremoine, le zèle des autres évêques qui lui succédèrent acheva la conversion de tous les peuples de la province, et cela avec tant de succès, qu'il y a peu de pays où l'on trouve tant de saints.

Il n'y avait qu'un seul évêque dans toute la province, qui

comprenait, dans ces commencements, une partie du village (sic) du Bourbonnais. La charité qui régnait dans le cœur de ces premiers évêques leur donnait des forces pour gouverner seuls une si grande multitude de peuple. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1317. Le pape Jean XXII divisa ce diocèse en deux, et, lui laissant une étendue fort considérable, en tira de quoi composer celui de Saint-Flour.

L'évêché de Clermont comprend , aujourd'hui du moins , sept cent soixante paroisses sous les archidiacres de Clermont, de Cusset, de Billom, de Brioude et d'Aurillac. Le pape Sixte IV unit celui de Saint-Flour au chapitre cathédral de cette ville, dont il est la première dignité, et Louis d'Estaing, évêque de Clermont , celui de Souvigny au séminaire de Saint-Ferréol, à Clermont. Les autres archidiacres, qui n'ont aujourd'hui ni rang dans la cathédrale, ni fonctions dans le diocèse, dépendent de la nomination de l'évêque de Clermont, même ceux qui ont retenu les noms de Brioude et d'Aurillac, quoique ces villes ne soient pas de son diocèse.

Le diocèse est divisé aujourd'hui en quinze archiprêtrés, qui sont ceux de Clermont, de la Limagne, de Souvigny, de Cusset, de Billom, du Livradois, de Sauxillanges, d'Issoire, de Merdogne, d'Ardes, de Mauriac, de Bochefort, d'Herment, de Menât et de Blot.

Les chapitres séculiers qui sont dans le diocèse de Clermont sont en grand nombre. Le plus illustre est celui de la cathédrale de Clermont. Les autres sont ceux de Notre-Dame du Port, de Saint-Genès, de Saint-Pierre et de Notre-Dame de Chamalières, à Clermont; de Saint-Amable et du Marthuret, à Biom ; de Notre-Dame, à Montferrand ; de Saint- Martin, à Artonne ; de Notre-Dame, à Aigueperse ; de Notre- Dame, à Cusset; de Saint-Étienne, à Cebazat; des Saints Victor et Couronne, à Ennezat; de Notre-Dame, au Pont-du- Château ; de Saint-Martin, à Cournon ; de Notre-Dame, au Crest; des Saints Victor et Couronne, à Marieuge ; de Notre- Dame, au Broc ; de Saint-Germain-Lembron ; de Saint-Cerneuf, à Billom ; de Saint-Pierre, à Lezoux ; de Saint-Genès,

à Thiers ; de la Sainte-Trinité, du Grocq ; de Notre-Dame, à Orcival ; de Sainte-Magdeleine, à Laqueuille, et de Notre- Dame, à Herment.

On compte dans le diocèse trois Saintes Chapelles : celle de Saint-Louis, à Riom; de Saint-Louis, à Aigueperse, et celle de Vic-le-Comte. Il y a un grand nombre d'abbayes dans le diocèse. Il y en a de séculières et de régulières. Les séculières sont Notre-Dame de Clermont ; Saint-Genès, à Glermont ; celle de Saint-Martin d'Artonne , et celle de Saint- Gerneuf de Billom.

ABBAYES RÉGULIÈRES d'hOMMES

Saint-Alyre de Glermont ; La Ghaise-Dieu ; Issoire. Ges trois sont de Tordre de Saint-Benoît et de la congrégation de Saint-Maur.

Saint-Jean-Baptiste de Mauzac ; Saint-Martin de Menât. Ges deux sont de l'ordre de Saint-Benoît, de l'ordre de Gluny.

Le Moustier de Thiers ; Manglieu ; Ébreuil. Ges trois sont de l'ordre de Saint-Benoît.

Saint-André de Glermont ; Saint-Gilbert de Neufîons. Ges deux sont de l'ordre de Saint-Augustin, de la congrégation des chanoines réguliers de Prémontré.

Ghantoen, à Glermont, était aussi, autrefois, d'une congrégation de chanoines réguliers.

Montpeyroux; LeBouschet; Mègemont; Feniers; Bellaigue. Ges cinq dernières sont de l'ordre de Gîteaux.

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