‹ histoire d'ecosseChapitre 12 sur 86 · CHAPITRE III. 8S · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. 8S

furie nouvelle lorsque le bruit courut dans les deux années qua David avait péri. En vain le roi courut-il sans casque à travers letf rangs ; en vain supplia-t-^il les soldats de se rassurer et de demea* jrer près de lui. L'ordre ne put se rétablir, et on finit par entraîner ^e force David loin du théâtre de l'action pour sauver du moins sa personne. II profita delà honte desGalwégiens pour introduire quelque humanité dans ses bataillonsde barbares et serrer davan« tage les rênes de la discipline.

On voit par tout ce récit, que la bataille de Guton-Moor oa Northalierton fut nonnseulement bien disputée, mais encore dou*' teuse quelque temps ; et quoique ses conséquences immédiates semblent moins importantes, les effets éloignés de la victoire tournèrent certes à l'avantage des AnglAis. David, victorieux k GaionrMoor, se serait assuré à lui-même et à ses descendants le nord de l'Angleterre jusqu'au Trent et à THumber peut-être ; quant A la prépondérance que cette possession aurait donnée aux monarques écossais dans les guerres qui suivirent, on ne peut s'en former une idée que par conjecture, ou plutdt elle aurait d^ pendu du caractère et des talents des successeurs de David.

Même parmi tout l'orgueil du succès, Etienne consentit, par amour de la paix, à livrer entièrement au prince Henri d'Ecosse le comté de Northumberland, à l'exception des seuls chAteaux de Newcastle et de Bamborough, mais qui suffisaient pour que les rois d'Angleterre pussent dans une occasion favorable reconquérir la totalité de la province. Après cette paix de Durbam, comme on l'appela, David paraît s'être rendu A Londres en 1141 pour par-» tager le court triomphe de sa nièce Mathilde. Mais ce fut une visite de parent et d'ami, non celle d'un allié, te roi d'Ecosse trouva la reine d'Angleterre mal disposée A entendre les avis de calme et de modération qu'il donnait par expérience, et revint mécontent dans son pays, abandonnant sa nièce A son propre destin.

En 11 52, rÉcosse perdit un trésor dans la personne de Finesti* mable prince Henri. Il mourut, laissant trois fils et autant de fillef qu'Ada, sa femme. Anglaise dé distinction, lui avait donnés. — L'année suivante, le vénérable David alla rejoindre son fils. Après avoir accompli tous ses devoirs d'homme et de roi, et arrangé ses affaires aussi bien que l'extrême jeunesse de ses petits-enfants le permettait, on le trouva mort dans une attitude de dévotion le 24 mai 1153.

L'excessive libéralité envers l'église qui valut A I^vid d'être

admis dans la longue liste des saints de Rome, ne fat pas regardée de très-bon œil par ses successeurs. <« Sa canonisation , disait Jacques I«s ^ coûté cher à la couronne > Si, en effet, nous considérons, nous modernes, la muniOcence des fondations de Kelso, Mélrose, Holyrood, Jedburgh, Nenbottle, Kinloss, Dryburgh, et tant d'autres, l'envie nous peut venir de trouver que ces ruineuses générosités de David envers la religion frisent un peu l'extrava^ gance. Mais il faut réfléchir que les nu)ines étaient les uniques conservateurs du savoir si borné de l'époque ; qu'ils possédaient exclusivement la connaissance de la littérature, ainsi que les artâ de la peinture sur verre, du jardinage, et de la mécanique ; enfila qu'ils enseignaieilt à tous la religion, et donnaient aux enfant$ des nobles quelque teinte des sciences les plus utiles. Si on ne perd pas ces con^dérations de vue, on ne trouvera plus étrange qu'au roi patriote ait voulu multiplier le nombre de ces communautés qui pouvaient contribuer tant à la civilisation. Qu'on se rappelle aussi que les moines étaient agriculteurs ; que leurs vassaux et leurs serfs, comme il était passé en proverbe de le dire, vivaient heureusement sous la crosse; et que, quoiqu'on prétende qu'en général ces ecclésiastiques avaient choisi les meilleures terres de la contrée ^ ces terrés, si elles sont aujourd'hui plus fertiles que d'autres, le doivent souvent à l'habileté supérieure avec laquelle! ils les ont aménagées. En outre, les monastères offraient aux voyageurs la seule chance d'asile et de secours qui se trouvât dans^ le pays, et constituaient l'unique revenu pour le soulagement des pauvres et des infirmes. Enfin, comme lé territoire sacré appar^ tenant à l'église échappait, dans la plupart des circonstances, aux dévastations de la guerre, il semble y avoir mille motifs d'excuser une munificence qui plaça tant de beaul domaines «t leurs pro^ ductionà hors de l'atteinte d'une impitoyable soldatesque. Ce fut peut-être par cette raison qiie le roi David dota un si grand nom^ bre de couvents sur les frontières, qui sont si exposées à souffrir quand la guerre éclate.

Sous d'autres rapports, la prudence et les royales vertus de^ David P' sont inattaquables. Buchanam, qui n'est pas, beaucoup s'en faut, partisan de la royauté, confirme de son témoignage, que la vie de ce monarque offre le parfait exemple d'un roi bon et. patriote. Constant et zélé distributeur de la justice, il était miséricordieux et bienfaisant sous la paix, vaillant et habile à la guerre j Il pleurait sur les horreurs commises par ses armées barbares^ et

CSAPTTBE m. W

s'efforçait toujoufs de réparer, par des présrats aux églises qiu soaffraient, les désordres qu'il ne pouvait prévenir. Ses remords ftirent même si grands pour les crimes dont elles s'étaient rendues coupables àsms ses ordres, que ce roi d*Éco6se c<Miçut, dit-on, le projet de faire un pèlerinage en Palestine, et de consacrer le reste de sa vie à c<«ibattre les Sarrasins; mais il y renonça par l'idée {dus raisonnable qu'il se devait avant tout à ses sujets. On raconte aussi que David, quoique aimant le plaisir comme les autres, était touîouTS prêt à le sacriGer au devoir. Si ses chiens étaient lancés, s'il avait enfourché son cheval, et que tout fût disposé pour une partie de chasse, la voix d'un pauvre homme qui venait lui demander justice suffisait pour qu'il remit l'amusement, dont cependant il était passionné, jusqu'à ce qu'il eût prêté Toreille et répondu à la demande du suppliant.

Pour ce qui concerne la civilisation, le caractère et les goûts de David étaient on ne peut plus favorables à l'accomplissement des projets que son père Malcolm Gean-Morh avait formés, avec le concours peut-être de sa pieuse épouse. Quant au choix de sa résidence, ce dernier monsurque s'était arrêté à Dunfermiine, ou Dumferline, ville située aux confins même de son royaume, et le plus loin qu'on pût lui donner convenaUement le nom d'Écosse« David, à l'imitation de son père, traversa le large golfe qui le bornait au sud , et fut, à ce qu'il semble, le premier des rois écossais qui résida quelquefois à Edimbourg, place qui par sa forte citadelle et son voisinage de la mer , était déjà devenue très Importante, et où il fonda l'abbaye d'Holyrood, plus tard royale demeure des monarques d'Ecosse. Un tel séjour le mit en fï*équent contact avec la seule province de ses états où l'anglais fût toujours parlé, contribua au fréquent usage de cette langue à sa cour , et servit à développer de plus en plus les connaissances civilisatrices qu'il avait acquises pendant son éducation en Angleterre^

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