CHAPITRE V
Rigne d^Aleiandre III; m iiiorl. — Sur la têtt éat roifl qui succédèrent i Kenneth Macalpio. — En quot leur gouyernement différait de celui des Celtes. — • Grande division de t*£eosse tu gothique, en cellifM; ses eoDséquences.
Avant même la mort d'Alexandre II, il s'était élevé entre rÈcosse et l'Angleterre quelque différend sur le vieux thème de l'hommage , sujet ordinaire des quer^les. Alexandre refusa de le prêter, jusqu'à ce que le Northumberland pour lequel on le prétait lui tût restitué. Henri HI, pour détruire un tel prétexte de refus, octroya au roi écossisiis, dans ce comté, des terres dont le rap(K)rt n'était que de cent livres par an. Rien là , toutefois , qui touchât proprement à l'Ecosse; aussi, quoique cette manière d'envisager la chose soit fautive d'après nos idées , elle n'en sauvait pas moins parfaitement la question d'indépendance nationale ; car Henri, dans le fait, acquiesçait au principe, soutenu par le roi d'Ecosse et par ses hommes d'état, qu'ils ne devaient se reconnaître dépendants de TAngleterre, que pour des terres possédées par eux dans ce royaume. Que les biens pour lesquels il étaitdû féauté ou bommage se trouvassent avoir beaucoup ou peu de valeur, cela n^affectait en rien la question , puisqu'on devait hommage pour nn hameau ou un manoir aussi bien que pour un comté ou un royaume. La seule différence était que, moins valait le Gef, moin^
A Je suis ni roi, ni priacei aossiy Je sais le seigneur de Couci* v. f • .
tes prestations féodales avaient d'importance , et moins les conséquiBnces de la forfaiture méritaient d'attention.— Henri ne fut pas encore content , et les insinuations d'un exilé d'Ecosse, ap<pelé Binet , l'irritèrent à tel point contre le roi de ce pays, qu'il se décida à envahir son royaume. Alexandre le reiicontra à la tété d'une vaillante armée près de Ponteland , dans le Westmoreland,^ après quoi jls conclurent la paix sans plus de discussions relatives à l'hommage.
' Il était clair cependant que la chose touchait de près au cœuc du monarque d'Angleterre, et Alexandre n ne fut pas plus tôt mort , que Henri , s'adressant au pape , le pria d'interdire le couronnement solennel d'Alexandre III ^ jusqu'à ce que lui-même ,, comme supérieur féodal de l'Ecosse , voulût bien y consentir. La noblesse écossaise fut informée de cette prétention, et résolut de hâter la cérémonie. Il s'éleva quelque difficulté pour savoir si oa pouvait placer la couronne sur la tête d'un prince qui n'avait pas encore reçu le titre de chevalier, tant l'ordre de la chevalerie était alors regardé comme essentiel, même à la dignité royale ! Gomyn, comte de Monteith , suggéra que Tévêque do Saint-André pourrait aussi bien armer le roi paladin , que le couronner ; et on agréa la proposition! On fit prêter à l'enfant les divers serments d'usage en latin et en français normand ; c'était une partie gothique de la cérémonie. Pour que les formes écossaises et celtiques fussent aussi observées , un barde highlandais ^ vêtu d'une robe écariate et vénérable par la blancheur de sa barbe et de sa chevelure, s'agenouilla devant le jeune roi tandis qu'il était assis sur la pierre consacrée, et comme au couronnement de Màlcolm IV» récita une suite de noms composant la généalogie royale , mais qui, par leurs barbares consonnances durent ressembler à une invocation de tous les démons de l'enfer.
Le jeune roi fut , peu après son saCre , marié à la princesse an-^ glaise Marguerite , fille de Henri. En vertu d'un tel motif d'intérêt , Henri se mêla officieusement des affaires de l'Ecosse , au grand scandale des naturels. Il parvint cependant à se créer aa sein du royaume une espèce de parti, mais que plusieurs membres de la régence combattirent avec force -, et diverses luttes eurent lieu dans lesquelles on n'obtint aucune supériorité défi-
1 Montognard d'Ecosse. Le Higblander ou Highlandais est Phabilant des hautes terres ou montagnes comme le Lowlander ou Lowiandais est Tbabitant des basses terres ou près des plaines* a. if.
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Dîtive ni d'un cdté ni de FauU^. Le jeune roi écossais montra» dès jsen enfance même , beaucoup de jugement et une grande fermeté de caractère. Il visita maintes fois la cour de son beau* père qu'il chérissait con^me ami et honorait comme parent , mais toujours , pendant ces visites , témoigna une immuable et glorieuse détermination de ne traiter nulle affiiire d'état. Dans la crainte de compromettre Thonneur ou les intérêts du royaume » il alléguait ne pouvoir rien faire sans l'avis de son conseil national. C'est ainsi que la paix fut maintenue , l'indépendance de VÉcosse garantie de surprise, et toute possibilité de prendre avan<^ tage de la jeunesse et de l'inexpérience d'Alexandre complètement écartée. Ce fut pendant un de ces voyages que la reine Marguerite accoucha d'une fille à qui on donna le nom de sa mère. Il parait que quelques-unes de ces visites furent faites par 'Alexandre dans le but d'obtenir le paiement de la dot promise i* jsa femme, mais le trésor de Henri était si pauvre à cette époque 9 que cinq cents marcs l'épuisèrent , et que le roi d'Angleterre fut obligé de prendre des époques plus distantes pour payer, le reste de la somme , dont il demeura dû les deux tiers.
Alexandre III était alors un jeune homme de vîngt-^eux ans, fort capable de commander une armée. Ce fut heureux , car une terrible invasion le menaçait. Cette attaque vint du roi de Norwège fiacon. Ce prince belliqueux avait rassemblé un grand nombre de navires et de soldats avec la détermination de s'établir dans les Hébrides , qui peu à peu avaient succombé sous les efforts du présent roi d'Ecosse ; car, continuant le système que son père avait suivi , il poussait sans cesse les seigneurs insulaires à se se* parer de la Norwège et à mettre leurs îles sous la dépendance de l'Ecosse. Des milliers de ces mêmes guerriers du nord dont le courage s'était si terriblement signalé le long de toutes les côtesde l'Europe montèrent sur la flotte deHacon, que l'on réputa l'arme* ment le p]usf(H*midable qui fût jamais sorti des ports norwégiens<.
Le roi norse, avec cette puissante armée, pénétra dans la baie de Largs, proche l'embouchure de la Clyde, et tenta de débarquer. Mais il éclata une tempête qui rendit le débarquemeat partiel, difficile, périlleux. D'ailleurs les forces écossaises étaienjt sur pied et prêtes. Les Norwégiens persistèrent dans leur tentative , et Alexandre avec ses soldats fit de semblables efforts pour les repousser. Les historiens de Norwège ne nient: pas que leura compatriotes n'aient beaucoup souffert par l'épée dei'ennewi^
m msTomE itécosse.
9ioiqa'ii0 attribuent l'insucoës total de rentreppise à la fureor des éîéfMBts. Puis le nombre des défenseurs augmentait de jottir €D jour, tandis que Fardeur des assaillants diminuait ; et Haoon » Êfrés um persévérance aussi longue que désespérée dans aoa projet de descendre à terre , y renonça enfin et s'enfuit avec sa flotte tout endommagée , par le détroit qui sépare nie Skie du coatinent, et qui appelée depuis Kile-Haken, conserve encore ce 90Q1» Doublant l'extrémité septentrionale de FÉcosse, le roi de Ifor^rège ^ ajH^s beaucoup de pertes et de souffrances , atteignit les Orçades , qui alors lui appartenaient , et malade depuis longtemps, épuisé surtout par l'ambition déçue et par l'orgueil Hessé d'un soldat, il y mourut peu de semaines après son fatal écbeo de' Largs. La conséquence de cette action décisive fut un traité par lequel la Norwège cédait à Alexandre III toutes les lies de là mer occidentale d'Ecosse , et même toutes celles qui avoisinent cette contrée , à l'exception des Orcades et des Sbetland , pour l'aban* don desquelles le roi écossais et son pays convinrent de payer en quatre fois une somme de 4,000 marcs , plus une rente de lOQ marcs à perpétuité.
En 1281 , l'alliance devint encore plus étroite par le mariage d'Eric, le jeune roi de Norwège, avec Marguerite , fille d'Alexaur dre lU et de la princesse anglaise du môme nom. Ils n'eurrat qu'on seul enfant qui s'appela aussi comme sa mère , mais que l'histoire écossaise nomme la fille ou pucelle de Norwège, et dont la mort prématurée forme, ainsi que nous le verrons plus tard « une page tout-à-fait sombre dans les annales d'Ecosse.
Il £aut mentionner ici, avant d'aller plus loin, que pendant une petite querelle qui s'était élevée entre Alexandre et son clergé» le légat papal en Angleterre voulut intervenir dans le but de se fkke enaiite payer largement de sa peine. Mais le roi et l'^^Use éciissaise, après avoir fort sagement terminé leur dispute sanaau* eun besoin de médiation, arrêtèrent que, comme les pouvoirs da légat ne s'étendaient qu'à l'Angleterre seule , il ne lui serait pas permis d'entrer dans le royaume d'Ecosse, ni d*y exercer la moin? dre autorité. Ils montrèrent la même rigueur dans un autre cas. Le pape Clément lY requérant te& prélats écossais de payer au roi d'Angleterre la dixième partie de leurs bâiéfices pour subve* nir aux dépenses d'une croisade projetée , l'Église écossaise tint m concile général et rejeta la requête.
L'Ecosse ne put cepeindant éehqpper à la rage épidémique des