CHAPITRE Xn
avaient dans l'origine ofiert la plus parfaite ressemblance, car lé système féodal qui, alors régnait universellement en Europe, s'é^ tait introduit dans les deux royaumes; même il n'y eut entre eux, jusqu'au r^e de Henri YII , que de faibles différences. Mais les guerres d'York et de Lancastre avaient été fatales à un si grand nombre de nobles anglais et laissé si peu de puissance à ceux qui avaient survécu , que ce prince, profond politique , exécuta sans peine , son secret dessein d'ôter à l'aristocratie toute influence dans l'état et de donner au contraire à la couronne l'immense autorité qu'elle déploya sous la maison de Tudor. Ce projet, que la substitution des troupes mercenaires aux levées féodales favorisa beaucoup, tendit peu à peu et en silence , d'une part, à augmenter le pouvoir du souverain, de l'autre , à affaiblir celui des pairs ; et les bourgs , les communes que Henri protégeait, cbmme un poids propre à faire pencher la balance de son côté, commencèrent, quoique encore plus imperceptiblement, à jouer un rôle dans la constitution. Mais en Ecosse , la couronne possé^ dait fort peu de puissance, et on ne devait guère regarder le roi conmie plus que le premier baron du royaume, car il courait sans <^esse le risque d'être , suivant le bon plaisir d'une aristocratie turbulente , arrêté, emprisonné, détrôné, assassiné même. A dire vrai , quand le monarque écossais savait se concilier l'amour et l'attention de sa noblesse , il jouissait généralement d'une grande . prépondérance dans les conseils natîonâux-, mais l'étendue de son autorité dépendait toujours du degré d'estime qu'on portait à sa personne. Jacques III fut jeté plusieurs fois en prison , et enfin , non seulement chassé du trône, mais aussi poignardé par la même classe de nobles, bien plus, par un certain nombre des mêmes gens qui chérirent son fils, prince tout à fait populaire, qui l'entourèrent de leurs respects et lui obéirent avec un tel dévoue* ment , que en vain jugcaient*ils l'entreprise mauvaise , ils l'accompagnèrent à la fatale bataille de Fiodden, où il trouva la mort avec l'élite de ses sujets. Le bonheur et la tranquillité de l'Ecosse reposaient beaucoup trop sur le caractère personnel du souverain pour jamais être long^temps durables.
La différence qui existait entre les deux royaumes , quant à la condition des classes inférieures , était telle que le degré relatif de civilisation auquel ils étaient parvenus peut le faire supposer. En Angleterre, les marchands possédaient des capitaux énormes, les principaux citoy^tis étaient industrieux et opulents; les simple^
BISTOIRB s'^GOSSE, 21
boiu^oîs côâras et aisés, tous vivaient heureiix âûusIa|»*oteetiofi de lois équitables. Les métayers et les feraiiers, presque cemplètir nudot affmacbifi de la domîoatîonde leurs seigneurs par la ikoi contre les redevances féodales et par d'mitras statuts Jkvorables à la liberté des personnes, avaient une faonnéte opulence:, et, au tteu de soî^m les lords à la guerre^ s'occupai^it d'aou^iorer ragrieulturé du pays. En Ecosse c'était absolument l'inverae. Les villes, quoique f«vo* risées par la législation, languissaient faiite de commerce, car les marchands écossais n'avaient ni marchandises ni capitaux , teurs seuls objets d'exportation étaient le cuir, la laine, et de telles ma. tiéres premières, qu'offrait la contrée. Aussi, cbmme la plupsnt des £dyets de nécessité ou de luxe s'importaient tout falM*iquésde Flandre , la supériodté commerciale n'était nullement en faivaar du pays le plus pauvre. Aucun espoir d'amélioration n'était pos«siblc, car ni l'habileté, ni le travail n'eussent trouvé etialands, lors même que la disette du numéraire n'eût pas été aussi grande. Les campagnes étaient à peine en meilleur état que les viites. Comme la nation se trouvait toujours en guerre, le métier d'agrieulteur était inévitaUement estimé moins que celui de soldat. Les fernuers qui étairat ^ans la dépendance absolue des proprié- * taires du s<d, et sans cesse oblige de prendre les armes pour courir le pays à la suite de leurs seigneure , abandonnaient les ti^tvaux de leurs fermes à des vieillards, des fismmes, des enboits. Des serfs étaient aussi employés à ces occupations domestiques, indigiiep, pensait-on, de mwm libres. Toutefois Textréine itideaie de leur earaotère garantissait les tenanciers d'une tyrajmîe vms bornes. Si un paysan profitait de ce qu'un de ses voisins ne pou-^ vait pas payer une rente, pour se foire adjuger le fief du déhîtaur insolvable, l'individu ainsi dépossédé tuait son rival pour punir la smtUde avarice de son seigneur. De nombreuses lois furent faites pour réprimer ces abus, ma»s en vain. Les juges ne pouvaient q^e rarement les foire exécuter ; souvent même ils ne le voulaient pas. Le parlement d'Ecosse vit te mal et en pres^ivit le remède, mais la grande difficulté était de l'appliquer.
En littérature, l'Ecosse soid;eïiait plus avantageusttnent là eom* paraisQu aveo sa voisine que sur tout autre point '. SUe parlait la
I Gawiii DousUs 4éclape qu^U écrU m laiiçai Arapshfun«il et «imf )<N(iieaty «ans employer aucune expression du piidi^ c^est-à-dire delà langue anglaise. 11 s^excu^o d^avoir écrit quelques mots, diaprés la proBonciatîen de cette dernière laague.
mèBûLB langae que l'Angteterre^ ntàisld Ump& avait introddk thez «as Que pronoitciÉtîo» difféi 6nte.
Le pépiement d'Ecosse élait si conramcu é& la nécessité de rédaetflioii, qu'il i^eiidit, e» 149[4^ un arrêté piar lequel toot Imroti . eA tûdt frase-fteBafliei^ dans Faiatace était teoii^ sous pcSûe d'aâe Moedde de iniigl Urres, d'entoyeF raâné de ses fils à l'école fooh dée> dès qu'il atteinârait l'âge de six ^ ou, le ^s^ de neuf afiS. àsprès ssfàa MiSsammeat appris le latin, les clercs deraient coâh sacrer encore troia années à l'étude de la pfailoBOphier et du droit potn* devenir aptes à remplir les tonotiMs d^ shârif ^ de iti^é de pêx^ et toute autre magistrature. Que ce bigarre édit ait e:xereé Beancoup d'influenee sirr la nafiony noos wfm poav<»ia docrte^; «ependrat rhcstot ien Mair ou Majc»*,. nTën eontnnia p^ fnoins de Mprocher aux nobles de son époque qu'ils négligeaient à*Me mnràèf» tkaitewé rèdaeatieii de kfuns enfente. Mai» «fuoi^ue te plus gtmiA. noHobre des Éeossffis puisse a^onr méprisé les Mires et les travaiEL dé Fesprit eomparativeraent aux exercices du cor^ts et aux jeux de la guerre^ il y en eut encore assez qui profitèrent des oceasioD» çs'cmi» leur deimait de s'instruire^ pour laisser ude éclatante preuve de leur science. Dunbar, le Cbaucer d'Ecosse, a, dans sa Lamentation sur la mort des Faiseurs^ énuméré dixhuit poètes tous renommés de leur temps, qui fleurirent depuis la première moitié du quinzième siècle jusqu'au règne de Jacques V. Beaucoup de leurs poésies qui nous sont parvenues attestent le talent et le goût des auteurs; mais le génie de Dunbar €t de«Gawin Douglas seul suffirait pour illustrer des siècles entiers d'ignorance. Les écrits latins qu'ont laissés l'évêque Elyhinstone, John Major ou Mair, Patrick Paulner, secrétaire de Jacques IV, et Hector Boëce ou Boetius, savant fort instruit quoique historien inexact et mensonger, montrent les immenses progrès de la littérature écossaise.
La récente découverte des classiques qui avaient été perdus, avait rallumé le flambeau du savoir dans des pays long-temps plongés dans les ténèbres de l'ignorance, et sa lumière avait pénétré dans les deux parties de la Grande-Bretagne. Mais de plus profondes et de plus importantes doctrines se répandaient rapidement. L'art de l'imprimerie, alors en pleine activité, avait étendu la véritable connaissance des divines écritures * à des milliers de gens qui ne les connaissaient encore que falsifiées par des impos-
I n faut se rappeler que Walter Scott était protestant, a. h.
tares humaines . L'égUst de Rome se trouva dans une position à être embarrassée par ses propres retranchements. Après avoir dé« claré positivement l'infaillibilité de ses arrêts , il lui devint impossible, à moins d'être inconséquente avec elle-même^ de sacri-' Ger aux lumières sans cesse croissantes de l'époque, des opinions, des rites, ou des coutumes, adoptés pendant des siècles d'ignorance, et d'entrer en arrangement avec l'esprit d'analyse. Aussi le clergé eut-il à entreprendre la rude tâche d'étouSer cet ennemi puissant par l'autorité et l'analyse.
Toutes deux, l'Angleterre et l'Éeosse, accueillirent en secret les idées des réformateurs, et peu à peu les laissèrent triompher complètement de l'ancienne ^religion. Mais les cireonstances, la manière, et la modification avec lesquelles la foi protestante fut introduite et regue dans les deux royaumes furent si différent», • qu'elles semblèrent d'abord les séparer plutôt l'une de l'autre que hâter la mesure si naturelle et si avantageuse de leur réunion. Le ciel, dans sa miséricorde, avait retardé ce rapprochement comme un heureux résultat auquel les deux nations devaient enfin être conduites par une série d'événements qui promettaient une bien différente issue.