‹ Histoire d'Édouard Manet et de son œuvreChapitre 18 sur 97 · LES PORTRAITS · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS

Il y a eu de tout temps des liommes qui ont su peindre le portrait de manière à plaire d'abord aux gens riches qui voulaient faire reproduire leurs traits, puis après à leurs parents, amis et connaissances et enfin à la foule, aux expositions.

L'exécution des portraits de cette sorte est généralement convenable. Les hommes à qui elle est due ont une science suffisante et une mise en œuvre appropriée. Ils savent donner une physionomie engageante à leurs modèles, en les peignant dans la formule qui a cours et selon les règles du dessin accepté. Ils se gardent d'accentuer les traits, lorsqu'ils sont d'un caractère tranché et offrent des i)articularités qui pourraient être considérées comme de la laideur. Cependant, aux traits peints de cette manière atténuée, ils s'appliquent à laisser une part d'individualité, pour qu'on puisse dire de leurs portraits qu'ils sont ressemblants.

Les hommes adonnés à cette forme de production parviennent encore à s'assurer la faveur, par le recours à des poses traditionnelles, par l'addition aux personnages d'accessoires à leur usage et surtout, lorsqu'il s'agit de femmes, par le choix, pour les vêtir, de costumes à la mode. Nombreux sont ceux qui ont trouvé, qui trouvent et qui trouveront, dans la peinture de portrait, pratiquée telle que nous venons de le dire, le succès et la fortune.

Il y a une autre sorte d'hommes, peignant le portrait d'une manière différente. Ceux-là ce sont les originaux, les artistes de tempérament, qui ont une manière propre de voir les choses, dont ils ne sauraient se départir, qui ont également un faire, des procédés personnels qu'ils appliquent à l'exécution de leurs œuvres sans dévier, comme étant seulement ceux qui leur permettent de iixer leur vision dans toute sa puissance. Manet étant de ceux-là, voyons l'accueil qui a été fait à ses portraits.

Il a longtemps soulevé une réprobation générale. Les gens riches, recherchant des portraits à leur gré, ne pouvaient donc penser à aller le trouver, pour qu'il reproduisît leurs traits, moyennant tinance. Il a cependant peint un assez grand nombre de portraits, mais alors d'une manière désintéressée, sans qu'ils lui fussent payés. C'étaient ceux d'amis ou de connaissances. Dans ces conditions, il donnait cours, en les exécutant, à son originalité et les revêtait du caractère exceptionnel propre à toutes ses œuvres.

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