‹ Histoire d'Édouard Manet et de son œuvreChapitre 37 sur 97 · XXXXIL — JEANNE, LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

XXXXIL — JEANNE, LE PRINTEMPS

Salon de 18Si

tat, la |)eintiire dans son ensemble s'offrait alors sous un aspect d'où le rendu de la vie réelle, la sensation de la nature extérieure, les hardiesses de la création individuelle étaient bannis.

C'est alors que se produisit un homme, dont on peut considérer l'action comme survenant avec cette j)uissance que manifestent les forces naturelles. Courbet, au Salon de 1850, avec son Enterrement à Ornans, ses Casseurs de pierres, ses Paysans de Flagey revenant de la foire, introduisait, dans sa plénitude, le réalisme. Avec lui la tradition latine, l'attache à la mythologie et à l'histoire antiques étaient répudiées. Il n'en restait trace. On voyait surgir les hommes de la terre de France, avec leurs formes de corps précises, dans les états et les occupations où les mettaient les exigences de leur vie réelle. Et les enveloppant, formant le cadre rustique où ils se mouvaient, apparaissait la vraie nature, le paysage avec ses horizons, ses bois, ses rochers, ses eaux véritables.

Manet, en 1863, avec le Déjeuner sur l'herbe et, en 1865, avec VOlyinpia, introduisait à son tour des êtres a])partenant à la vie réelle, en opposition à l'art traditionnel. Manet était essentiellement un citadin, l'homme d'une culture raffinée et ce qu'il apportait était la peinture de la réalité, prise à l'ambiance parisienne. II apportait surtout, comme élément de profonde transformation, une vision nouvelle, une manière audacieuse de juxtaposer les tons et les couleurs, dans leur éclat.

Il introduisait les procédés de la peinture claire qui, en se généralisant, allaient amener un changement complet du coloris. Lorsqu'il inaugurait son système hardi d'appliquer les couleurs, ce qu'on appela son «bariolage», la pratique enseignée dans les ateliers et suivie au dehors était que, pour harmoniser l'ensemble d'un tableau, y maintenir l'unité, il convenait de n'employer les couleurs variées qu'en les atténuant et surtout que la lumière ne pouvait y être introduite qu'accompagnée d'ombre. De ces procédés était sortie une facture sans vigueur, ne donnant plus la sensation de la vraie clarté, ne présentant que les reflets éteints des ateliers.

Après Courbet et Manet survenaient des hommes, qui adoptaient leur esthétique et mettaient en œuvre leurs procédés, pour les étendre. Ceux-là, qu'on a appelés les Impressionnistes, délivrés de toute attache avec la tradition se sont avancés hardiment dans les voies nouvelles. Ils ont porté la peinture claire, la peinture du plein air à ses dernières conséquences. Sur leurs toiles, le monde réel est apparu, dans l'intinie variété de ses formes et de ses colorations.

Il y a maintenant 70 ans que Courbet s'est produit dans toute sa force, 53 ans que Manet a fait son premier effort, 44 ans que les Impressionnistes se sont montrés à une exposition d'ensemble et la rénovation de l'art qu'ils sont venus entreprendre est accomplie. Leur succès a été décisif. La lutte qu'ils avaient engagée

et qu'ils ont eu à soutenir s'est terminée par une victoire éclatante. L'art traditionnel vieilli, qui se reliait au classicisme latin el à la mythologie, a disparu. La peinture d'histoire, à laquelle on donnait par excellence le nom de « grand art )>, n'est plus qu'un souvenir du passé.

CATALOGUE des

PEINTURES ET DES PASTELS d'EDOUARD MANET

Le présent catalogue est la reproduction de celui qui a paru, dans la première édition de ce livre, en 1902. Un catalogue n'est jamais tout à fait complet. Il se trouve toujours, par le monde, quelques œuvres ignorées, qui se découvrent à l'occasion et qu'on doit y ajouter. Tel est le cas pour ce catalogue, remontant à seize années. Depuis sa publication, un certain nombre d'oeuvres, qui m'avaient échappé, sont venues à ma connaissance et celles-là ont donné lieu à un supplément, qu'on trouvera à la suite.

De plus, en reproduisant ici, dans sa teneur, le catalogue d'abord paru en 1902, j'y ai introduit, à titre complémentaire, la mention, pour certaines œuvres, des ventes où elles ont pu figurer et aussi, pour d'autres, la mention des changements de possesseurs qu'elles ont subi.

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