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LES PREMIÈRES ŒUVRES

Manet livré à lui-même alla, s'établir dans un atelier de la rue Lavoisier. Qu'allait-il faire? Un point était clair à ses yeux. Il délaisserait la tradition académique, les procédés conventionnels, le prétendu idéal classique, dont il avait pris l'aversion dans l'atelier de Couture, pour peindre la vie autour de lui. Ses modèles ne seraient plus des êtres spéciaux, professionnels, ils les choisirait parmi les hommes et les femmes variés d'aspect, que la multiplicité des types humains peut offrir. Cependant entre cette première vue abstraite et une réalisation, il y avait toute la distance qui sépare une conception sans lignes arrêtées, de la création fixée dans des formes précises. Il était à ce point de départ des novateurs qui se sentent tourmentés par le démon de l'invention, mais qui, devant tirer de leur

fond des œuvres neuves, entrent dans cette période de recherches où il leur faut se découvrir eux-mêmes.

Il continua à s'instruire, à regarder, à travailler. Il fréquenta le Louvre et fit des voyages à l'étranger. Il visita la Hollande, où il s'éprit de Franz Hais, et l'Allemagne, pour voir les musées de Dresde et de Munich.

Puis il alla en Italie, attiré surtout par les Vénitiens. A cette époque appartiennent des copies faites de la façon la plus serrée. Il copia un Rembrandt à Munich et rapporta de Florence une tète de Filippo Lippi. Il copia aussi au Louvre les Petits cavaliers de Velasquez, la Vierge au lapin blanc du Titien et le Portrait du Tinioret par lui-même. Il avait une admiration toute particulière pour ce dernier maître lorsqu'il allait au Louvre il ne manquait point de s'arrêter devant son portrait, qu'il déclarait un des plus beaux du monde.

En même temps, il commençait à peindre d'après l'esthétique qu'il s'était faite, en prenant ses modèles dans le monde vivant autour de lui. Une de ses premières œuvres originales a été VEnfant aux cerises : un jeune garçon coiffé d'une toque rouge tient devant lui une corbeille de cerises. Une œuvre plus importante, de la même époque, fut le Buveur d'absinthe, en 1859. Le buveur de grandeur naturelle, coiffé d'un chapeau à haute forme, assis, enveloppé d'un manteau couleur brune, est d'aspect lugubre. Il donne bien l'idée de la ruine physique et morale où peut conduire l'abus de l'absinthe. Ce tableau est certes caractéristique, mais

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