Unas
Le lecteur qui se donnera la peine de comparer les noms pro-
près et les chiffres contenus dans les quatre colonnes du tableau ci-dessus, se convaincra facilement quïls proviennent tous et sans exception d une même source. Mais il fera en outre la remarque que les traditions monumentales, autant que la liste de Manétbon. ont besoin d'être rectifiées et que des erreurs ne sont pas exclues quand même des textes hiéroglyphiques gravés en beaux caractères sur la muraille d'un temple ou d'un tombeau, renferment ces traditions-là. Ce n est que la critique la plus sévère . basée sur un nombre suffisant d'indications monumentales, qui à la fin parviendra à résoudre toutes les difficultés pour restituer les noms et les années des pharaons de cette époque.
[LES ROIS DE LA 4e DYNASTIE.] D'après les tables iïAbydos et de Saqqarah le successeur du
•^^j lufu- C'est le même
que les auteurs classiques nomment Chéops Hérodote) . Chemmù ou Chembès (Diodore) , tandis que Manéthon le transcrit Souphis et Ératosthène Saophis. Avec lui nous sommes arrivés à cette époque de l'histoire d'Ègypte dont les auteurs classiques nous ont laissé tant de souvenirs remarquables saris en deviner la haute antiquité.
Aucun de ceux qui mettent le pied sur le sol de l'Égypte ne s'en retourne sans avoir admiré un des merveilles du monde antique : les trois grandes pyramides de Gizèh , appelées ainsi du village de ce nom situé vis-à-vis du Vieux-Caire sur la rive occidentale du Nil. Édifiées sur le plateau élevé du désert qui . à quelques centaines de pas; s'approche de la lisière des terres cultivées . ces masses gigantesques ressemblent de loin à d'énormes cristaux que la montagne libyque aurait enfantés et qui s'élèvent majestueuse-
bon roi Sneferu s'appelle ( C
ment dans l'athinosphère bleue et pure du ciel égyptien. Voilà ces fameux tombeaux que le roi Chéops et deux pharaons de la même dynastie ont fait construire . ces merveilles qui ont étonné l'antiquité aussi bien que le inonde moderne, et auxquels on n'a encore rien trouvé de digne de leur être comparé. Les pyramides dont nous parlons , quoique parfaitement bien orientées , ne sont pas bâties sur la même échelle. D'après les mesures prises par le colonel anglais Wyse . la première a 746 pieds de large et 450 pieds et neuf pouces de haut: la seconde a 690 pieds et neuf pouces de large et 447 pieds et demi de haut : enfin la largeur de la troisième est de 354 pieds et demi sur 203 pieds de hauteur.
La construction de ces masses avait vexé longtemps l'imagination comme une énigme, et ce n'est qu'après des recherches trèsminitieuses qu'on a réussi à en trouver la solution. C'était chez les anciens Égyptiens une habitude de commencer de leur vivant la construction du tombeau et de la chapelle funéraire avec ses riches sculptures et peintures. Cependant il arrivait très-souvent que les personnes qui avaient donné l'ordre pour ces travaux funéraires, mouraient de bonne heure, de manière que leurs chapelles restaient inachevées. Il y a un grand nombre de monuments de ce genre dont l'inspection fournit la preuve que les travaux de diverses parties manquent du dernier coup. L'exécution d'une sculpture a été arrêtée, par exemple, par la mort subite du propriétaire de la tombe, et l'on n'en voit que l'esquisse du dessin tracée à l'encre rouge de la main de l'artiste. Ce qui pouvait empêcher la construction complète de monuments funéraires destinés pour des personnes privées , devait prendre des proportions énormes quant il s'agissait de la construction d'une pyramide . c'est-à-dire du tombeau d'un roi. Mais voici la manière dont on cherchait à obvier à cet inconvénient. Le roi qui au commencement de son règne s'occupait de la construction de son futur tombeau, faisait d'abord bâtir une petite pyramide à étages qui contenait au milieu la chambre funéraire. Au fur et à mesure que les années de sod règne se prolongeaient, on revêtait ce tronc d'un manteau de pierres . de sorte qu'après un certain nombre d'années la pyramide
atteignait une hauteur et une largeur très-considérables. On achevait la construction en revêtant la pyramide de pierres dures et polies, et en fermant très-soigneusement l'ouverture qui conduisait à la chambre sépulcrale de l'intérieur. En examinant ce qui reste de toutes les pyramides dont le nombre s'élève à soixante-dix, on parvient à comprendre la proportion nécessaire qui existe entre les dimensions des pyramides d'un côté, et entre la durée du règne de leurs rois constructeurs de l'autre. Malgré la grande perfection du travail qui étonne l'habile architecte de nos jours , nous ne savons rien du tout des instruments ni de la méthode dont les anciens constructeurs se sont servis pour placer ces masses énormes de pierres. Ni les textes égyptiens ne nous donnent des renseignemts à ce sujet , ni les sculptures ne nous montrent des scènes dans lesquelles on pourrait reconnaître la manière de la construction de ces tombeaux royaux.
Nous remarquerons encore qu'il paraît que le nom des pyramides donné par les anciens à ces monuments funéraires est d'origine grecque. Quelques philologues se sont efforcés d'y reconnaître une origine égyptienne, mais les textes contredisent formellement cette opinion, les mots désignant un tombeau royal et même un tombeau quelconque n'ayant pas la moindre ressemblance avec l'expression de pyramide.*)
Mais ce que les anciens ont ignoré , c'est que chaque pyramide avait un nom particulier ajouté au nom du roi qui l'avait érigée pour conserver son souvenir après sa mort. C'est ainsi que la pyramide du roi yufa avait le nom particulier de ^ ° ^ /\ Xut (( la
Splendide.» Les pierres dont on sest servi pour sa construction avaient une triple provenance. Les pierres calcaires qui formaient
* Si on voulait trouver un mot égyptien qui peut-être servirait à expliquer l'origine du mot grec pyramis, c'est groupe ? 1] ^ A, (j J| ^
j\ abumer, qui hiéroglyphiquement désigne un vaste tombeau. Par une
espèce de métathèse on l'aurait prononcé aburam ou burum d'où en grec huram-is, pyramis
le noyau de la pyramide et qui restaient cachées à l'oeil . étaient tirées de cette partie du désert qui formait la base des pyramides. Cette pierre-là n'est pas de bonne qualité comme les autres qui devaient revêtir la pyramide et qu'on taillait dans les immenses carrières de la montagne du Mokattam. On voit encore de nos jours d'immenses salles correspondant les unes aux autres par des couloirs , taillés dans ladite montagne tout près des villages modernes de Tour ah et de Massarah. Le nom de Tour ah que les Grecs connaissaient très -bien en le transcrivant par le mot de Troia, est d une origine ancienne. Les textes hiéroglyphiques du
temps de la construction des pyramides rappellent <=>
Rocw-t. ou avec l'article Ta-roâu} qui paraît signifier «la vaste ouverture.» En face des immenses cavernes du Mokattam on comprend très-bien le sens de cette dénomination qui s'est conservée à toutes les époques de l'histoire d'Égypte. Il y avait des gouverneurs (mur) de cette contrée que les inscriptions ne manquent pas de citer. La pierre la plus dure et la plus précieuse est sans doute ce granit qui servait de revêtement à la pyramide entière. Elle était apportée de très -loin, c'est-à-dire des carrières près delà ville d'Assouan qui encore aujourd'hui ont conservé les traces des anciens travaux et qui sont désignées sur les monuments par le nom de Tu-teser «Mont-Rouge. » Il ne faut pas croire que des oeuvres comme la construction des pyramides et des temples liaient pas été reconnues, chez les anciens Égyptiens, comme des travaux d'une énorme difficulté. Les textes nous parlent plus d'une fois du mérite de hauts-fontionnaires qui de la part de la maison pharaonique étaient chargés de faire tailler des blocs dans les carrières et de les transporter sur la voie du Nil jusqu'à l'endroit de leur destination. Le récit d'Hérodote que dix ans étaient nécessaires pour tirer les pierres des carrières et pour arranger la base et les chambres souterraines de la pyramide de Chéops. et que d'autres vingt ans s'étaient écoulés jusqu'à son érection , est extrêmement probable.
Les monuments nous font connaître le roi yufu sous un aspect
moins défavorable que les traditions des anciens le supposent. Selon celles-là ce pharaon, homme brutal et tyran, força le peuple à la corvée. Animé de mauvaises intentions il ferma les sanctuaires des divinités pour empêcher les Égyptiens de faire leur prière et de dresser des autels. Aussi fut-il détesté pour ses actions par tous les Égyptiens jusqu'à tel point qu'ils ne voulaient pas même prononcer son nom. Contrairement à ce récit le langage officiel des monuments atteste que le roi yufu était un des plus actifs et des plus vaillants pharaons. Il avait fondé nombre de nouvelles viltes en Egypte dont les noms se lisent encore dans les textes géographiques qui couvrent les parois des chapelles funéraires de son époque. Ses victoires sur les habitants de la presqu'île du Sinaï sont illustrées par des textes et par un tableau sculptés sur les rochers de Wadi-Magharah qui représente le roi comme vainqueur de ses ennemis. ~
Les trois petites pyramides qui s'élèvent en face du côté de
I est de la grande pyramide , appartiennent indubitablement aux femmes ou à d'autres personnes de la famille de yufu. C'est un fait que les dernières recherches ont acquis à la science , que le grand nombre de tombeaux bâtis sur le plateau du désert autour des grandes pyramides de Gizèh datent de l'époque de la quatrième dynastie. Tous les membres de la famille royale et tous les hauts-fonctionnaires qui avaient servi la cour pharaonique à l'époque indiquée, choisissaient remplacement de leur tombeau dans le voisinage des pyramides qui renfermaient les momies de leurs anciens maîtres.
Le successeur de Chéops porte le nom de Tatefrâ ou Râtatef.
II est peu connu et nous devons la mention de son nom surtout aux tables de Saqqarah et RAbydos. Les auteurs classiques l'ignorent parfaitement en faisant succéder à Chéops le troisième roi de cette
dynastie du nom de f G S J yâfrâ. ou, comme ils l'ap-
* Nous ne devons pas omettre que le roi y est nommé Num ou ynum -
pellent Cephrèn, Chephrèn, Chabryès. Ils le regardent tantôt comme frère tantôt comme fils de Chéops. Les monuments ne font reconnaître d'aucune manière cette parenté. La pyramide qu'il éleva comme son monument funéraire et dont nous avons déjà indiqué les dimensions principales, se trouve tout près de celle de Chéops. Selon les textes elle était distinguée par le nom particulier de /
ter, c'est-à-dire « la Grande.» Si les monuments nous disent peu de chose pour illustrer l'histoire de ce pharaon , sa réputation tout de même a été fondée à toujours par suite d'une des plus précieuses trouvailles qu'on ait jamais faites en Egypte. C'est sous son règne qu'apparaissent les premières statues royales qui nous soient connues. Trouvées dans un puits du temple qu'on avait déblayé auprès du grand Sphinx , ces monuments de la plus grande valeur pour l'art et pour l'histoire, furent tirés à la lumière du jour après y avoir été enfouis pendant des milliers d'années. Ces statues représentent le pharaon assis sur son trône orné des signes de la haute et de la basse Égypte. Les noms et les titres du roi sont sculptés sur la base. La statue la mieux conservée, celle qui est exécutée en pierre diorite, représente, derrière le roi assis, la figure d'un épervier , en signe de protection divine étendant ses ailes sur la tête du pharaon. Les statues en question forment un véritable trésor du Musée de Boulaq ; elles prouvent de nouveau que loin d'être dans son enfance l'art égyptien de cette époque présente déjà la perfection que nous admirons tant dans les oeuvres de sculpture qui nous sont restées de l'ancien empire. Elles nous prouvent de même que les Égyptiens de ces temps reculés connaissaient très-bien le secret de vaincre les difficultés que leur opposait la dureté de la pierre. Privés du fer , des instruments et des machines que l'art et l'industrie modernes ont inventés pour faciliter l'ouvrage , les anciens Égyptiens avaient acquis la pratique des connaissances techniques sur lesquelles nous n'avons pas encore de justes idées. Le fait est incontestable que les artistes de notre époque restent confus et stupéfaits en présence de ces monuments , et qu'ils ne peuvent nous donner une réponse suffi-
saute sur la questiou de l'exécution de ces chefs-d'oeuvre de La plus haute antiquité.
Il se trouve à peu près dans Taxe, de l'ouest à l'est, de la grande pyramide de ce roi. la figure colossale d'un lion couché à tête d'homme , mieux connu sous le nom de Sphinx que les voyageurs grecs ont donné à ce monstre. C'est le ahou-I-hôl aie père de la frayeur» des Arabes. Aujourd'hui il est à moitié enseveli dans les sables du désert : dans l'antiquité, encore k l'époque des Grecs et des Romains, cette figure présentait un libre accès de tous côtés. Il y a peu d'années que le duc de Luynes fit enlever les masses de sable qui entourent le Sphinx, après quoi on pouvait s'apercevoir qu'un sanctuaire orné d'une grande stèle inscrite s'élevait entre les deux pattes du lion. Un certain nombre d'inscriptions grecques et romaines qu'on y découvrit, rendaient le témoignage que cet endroit avait été visité par les voyageurs. Il ne faut pas s'imaginer que le Sphinx lui-même soit d'un seul bloc de pierre calcaire qu'on aurait posé sur le plateau du désert comme on place une statue sur son socle. Au contraire le corps du gigantesque animal est taillé dans le roc vif du désert dont les sinuosités offraient à peu près la forme d'un lion. On en profita pour finir la figure d'un sphinx colossal, en complétant les creux de La montagne à l'aide d'ouvrages en maçonnerie.
Le texte qui couvre ladite stèle, raconte en termes très-choisis et d'une manière poétique la visite solennelle qu'un roi de la dixhuitième dynastie, un certain jour de son règne, fit à son père divin le Sphinx. L'inscription étant très-fruste vers la fin. il n'est pas permis, à ce qu'il nous paraît, de tirer la conclusion que la présence de traces de quelques signes qui constituent le nom du roi %âfrâ . indique nécessairement ce pharaon comme auteur du Sphinx. En effet, une petite stèle qu'on a découverte dernièrement, donne les preuves incontestables que la figure du Sphinx existait déjà à l'époque du roi Chéops et que son origine remonte aux époques les plus reculées de l'histoire d'Egypte. D'après la stèle en question, il y avait au nord du Sphinx un temple de la déesse Isis. au sud un autre consacré au dieu Osiris , tandis qu'un troisième
sanctuaire était dédié spécialement au culte du Sphinx. Après ces remarques qui regardent la topographie de cette région . on comprendra mieux les paroles de la stèle que nous donnons dans une traduction littérale. «Le Horus vivant, le roi de la haute et de la basse Égypte Chéops yufu , le donateur de la vie. il a trouvé le temple de la déesse Isis, reine de la pyramide, à côté du temple du Sphinx, au nord-ouest du temple et de la ville à'Usiri-neb-rosatu. Il a bâti sa pyramide à côté du sanctuaire de cette déesse et il a bâti une pyramide à la princesse Hontsen à côté de ce sanctuaire.* Sur un autre côté de la stèle le récit continue ainsi : « le Horus vivant , le roi de la haute et de la basse Egypte Chéops , il a fait faire à sa mère Isis . la mère divine qui est Hathor. la reine de la nécropole, l'appareil qui figure sur cette stèle. Il a renouvelé son culte et il a bâti son sanctuaire en pierre. Il a inventé de nouveau un choix de divinités qui résident dans sa maison.»
Quoique le monument dont nous avons reproduit une partie des textes , ne soit pas contemporain au temps de Chéops et qu'il date de la basse époque de l'histoire d'Egypte, néanmoins le témoignage de l'antiquité ne perd rien de sa valeur historique. Aussi partageons-nous complètement l'opinion de M. de Rougé qui comprend historiquement les paroles mentionnées, de la même façon que nous venons de le faire. Le Sphinx est appelé dans ce
texte Jhzz hu. mot qui signifie « figure d'un lion à tête d'homme »
tandis que le véritable nom du dieu représenté par le Sphinx était
^ Hormayu. c'est-à-dire «Horus à l'horizon.» C'est de
cette dénomination que les Grecs ont formé l'appellation Harmuchis ou Harmaïs. Une stèle du Louvre dont M. Lauth de Munich a reconnu le premier l'importance historique . confirme les preuves que les rois Chéops et Chephrèn auxquels est ajouté le pharaon Râtatef, se trouvent dans un rapport très-visible avec la déesse Isis «la reine de la pyramide» et avec le dieu Hormayv- Harmachis. Encore à 1 époque de la 26e dynastie, c'est-à-dire trente-cinq siècles après Chéops , on avait conservé le culte des dits rois et divinités. Un certain Psamefih fils à'Vzahor, fils de
Psametik, fils (ÏUzahor, fils de Rânoferàb , y est mentionné comme « prophète du dieu Tanen - forme locale de Patah) , prophète d'Isis reine de la pyramide, prophète du roi %ufu, prophète du roi yUfrïi, prophète du dieu Rïïtatef. prophète dHormayu.» Cette tradition monumentale est d'autant plus remarquable que le père de l'histoire Hérodote , qui un siècle après la rédaction de ladite stèle (vers 450 avant J. C.) visita l'Égypte, assure nettement que les Égyptiens ne voulaient pas même prononcer les noms des rois constructeurs des grandes pyramides. Comment expliquer alors l'existence de prêtres qui présidaient au culte de rois détestés et apothéosés en même temps ? Une fois de plus Hérodote a commis une erreur due à la loquacité et à la mauvaise langue de ses drogmans égyptiens.
Nous devons aux études de M. de Rongé sur les six premières dynasties égyptiennes de précieuses indications concernant la famille et le culte du roi yâfrâ. D'après quelques textes trouvés dans les chapelles funéraires à l'entourage de la pyramide, sa femme portait le nom de Merisân% ou Misany. Elle s'était vouée spécialement au culte du dieu Thuti (c'est Y Hermès égyptien) de la ville d'Hermopolis , étant revêtue en outre de titres honorifiques qui lui attribuent les fonctions de prêtresse de quelques autres divinités.
Le successeur du roi précédent s'appelle selon la tradition monumentale Men-kau-râ. C'est le Menchérès, Mijcérinos, Menchérinos des auteurs grecs , le pharaon qui avait construit la troisième pyramide de Gizèh, dans les textes désignée par le nom de
taillé d'un bloc de pierre dure et représentant un temple ou édifice décoré suivant les règles simples et harmonieuses de l'architecture des premières dynasties, ainsi que le couvercle de son cercueil fait en bois, furent découverts par le colonel Wyse lors de l'ouverture de la chambre funéraire de la pyramide. Le sarcophage repose aujourd'hui dans le fond de la Méditerranée , le vaisseau anglais
Men-kau-ra , Mench ères .
Mr, c'est-à-dire «la Supérieure» Le sarcophage du roi,
qui le transportait, ayant fait naufrage près de Gibraltar. Le couvercle qui fut sauvé grâce à sa matière, est exposé aujourd'hui dans la galerie d'antiquités égyptiennes du Musée Britannique. Sa face est décorée d'un court texte conçu dans les termes suivants : « 0 Osiris-roi de la haute et de la basse Egypte Menchérès vivant éternellement, enfant du ciel, né de la voûte céleste, germe du temps ! ta mère, la voûte céleste, s'étend sur toi en son nom de mystère du ciel. Elle a accordé que tu sois comme un être divin et que tes ennemis soient anéantis, roi Menchérès, vivant éternellement. » Cette prière est d'une origine très-ancienne, car il y en a d'autres exemples qui se trouvent sur les couvercles de sarcophages appartenant aux dynasties de l'ancien empire. Le sens en est assez clair. Délivré de la matière mortelle , l'âme du roi défunt parcourt l'espace immense du ciel pour se réunir avec Dieu après avoir vaincu le mal qui s'est opposé pendant sa vie sur son chemin terrestre.
D'après les traditions classiques le roi Menchérès jouissait d'une très-bonne renommée parmi les pharaons ancêtres. On l'a décrit comme un homme distingué par sa justice et par sa bienveillance comme d'un autre côté par sa piété pour tout ce qui regardait le culte des dieux. Par cette raison les Égyptiens lui accordaient après sa mort les honneurs d'un dieu , en établissant un culte spécial dédié à son souvenir. Je ne sais s'il faut attribuer à ce culte une grande importance. Les Égyptiens lui ont rendu les mêmes honneurs dont les rois prédécesseurs jouissaient après leur décès. Car la mention de prêtres et de prophètes du roi Menchérès n'est pas plus fréquente que celle des rois Chéops } Chabryès et d'autres. En cela les monuments ne prouvent rien. Mais quant aux sentiments religieux qu'on suppose au pharaon Menchérès^ il paraît en effet que Menchérès-Pius s'est occupé pendant sa vie avec une certaine prédilection de la littérature sacrée. Le