CHAPITRE VIII
DE LA 6e A LA 11e DYNASTIE.
M. de Rougé a fait l'excellente remarque qu'avec la fin de la cinquième dynastie, sur les nécropoles de Gizèh et de Saqqarah, les noms royaux de l'ancien empire commencent à disparaître. Nous avions déjà observé , dans la première édition de notre ouvrage , que c'est surtout la moyenne Egypte qui dès à présent nous révèle les souvenirs des rois que les monuments nous obligent de regarder comme les successeurs des pharaons des cinq premières dynasties.
Le papyrus de Turin favorise tout à fait cette supposition. Malgré l'état déplorable de ce précieux document historique, le fragment qui se rapporte à la fin de la 5e dynastie s'est conservé. Il est évident , par la nouvelle section qui commence , que le roi Unas termine la série des rois de Memphis , et qu'une nouvelle maison royale continue la succession des rois de l'ancien empire. C'est la seconde époque de cet empire qui s'ouvre à nos études.
Le premier pharaon de la sixième dynastie est celui que les
monuments désignent par le nom de
cal
Teta. Les tables
à'Abydos et de Saqqarah sont d'accord quant à cette succession, et le nom (VOthoès donné par Manêthon au premier pharaon de la même dynastie ne s'éloigne pas trop de la forme égyptienne pour permettre les moindres doutes sur l'identité de la personne. Du reste , la succession de Teta après le roi Unas est indiquée trèsclairement par les textes d'un tombeau à Saqqarah. Le propriétaire d'une chapelle funéraire du nom de Patah-sepes nous y fait
connaître les différents titres dont il était honoré de son vivant , et nous y découvrons le sacerdoce de la pyramide du roi Unas auprès du sacerdoce de la pyramide de Teta. Nous devons renvoyer le lecteur aux remarques instructives que M. de Rougé a faites sur le compte de ce personnage surtout pour les différentes faveurs de la part des pharaons de l'époque. La pyramide de Teta, qui pour
la première fois est honorée du titre de sa-râ «fils du soleil»
dans l'intérieur de son cartouche, avait le nom de jj jj jj jj Tat-
setu «la plus stable des places.» On a supposé que le nom de Uskarâ que la table d'Abydos place après celui de Teta, appartient
comme titre officiel à un roi nommé Ç\ [ ^'qui fit construire la pyramide bai-u « des âmes.» De plus on regarde
ce pharaon comme le véritable fondateur de la 6e dynastie, de manière qu'il régnait , peut-être dans la moyenne Egypte , simultanément avec Teta, dernier descendant des rois de Memphis. Cela est très - probable , mais c'est encore à prouver. Ce qui est certain c'est que le haut fonctionnaire Vna , dont nous parlerons tout-à-l'heure, passe du roi Ati (résidant à Memphis) à son
successeur qui porte le nom officiel de ( (^| Meri-râ;
c'est-à-dire « ami du soleil » et le nom de famille Q tj^j Pepi-
Les rochers de Wadi-Magharah qui contiennent tant de souvenirs de l'ancien empire, ont conservé aussi la mémoire de ce pharaon. Un grand bas-relief qui s'y trouve taillé dans le roc nous rapporte une inspection des mines opérée l'an XVIII de son règne, par un capitaine nommé Abton. A l'instar des tableaux qui s'occupent de ses prédécesseurs , le roi Pepi est représenté comme vainqueur de ses ennemis, c'est-à-dire de ces peuplades qui alors habitaient La presqu'île du Sinaï. Un des blocs qu'on a découvert au milieu des ruines de la ville de Tanis est orné des noms et des titres du roi Pepi. C'est le plus ancien monument qu'on ait trouvé dans
cette ville dont l'antiquité remonte, selon ce témoignage, jusqu'à l'époque de la sixième dynastie. C'est encore dans le temple de Dendérah que se rencontre la mention de Pepi qui, après le roi %w/k-Chéops, avait fait exécuter des travaux à ce sanctuaire de la déesse Hathor. Les vallées de Hamâmat, les rochers d'Assouan et de nombreux textes dans les carrières à'El-kaby nous prouvent que sous le règne du pharaon Pepi, une foule de travaux publics furent exécutés, et que ce roi jouissait d'une certaine puissance politique, ce qui est mis à l'évidence finalement par la découverte d'un monument d'une grande importance pour l'histoire de cette époque. C'est la grande inscription conservée aujourd'hui dans le Musée de Boulaq , que les dernières fouilles entreprises en Egypte , ont rendue à la science. C'est encore à M. de Pouffé qu'on doit la connaissance du texte en question, c'est lui qui le premier l'a publié et accompagné de notes.
Le tombeau d'où l'on a tiré la pierre qui contient l'inscription, appartenait à un certain Una , un de ces grands personnages qui vivaient à cette époque à la cour et qui furent distingués de toutes manières pour le mérite de leurs services importants. Una commença sa carrière sous le règne de Teta. Ce pharaon lui avait conféré plusieurs dignités qui finirent par être portées au comble sous son successeur Pepi. A en croire les paroles du texte , Una avait gagné toutes les sympathies du roi en plusieurs occasions de manière «qu'il était plus agréable au coeur de sa Majesté qu'aucun autre chef, et qu'aucun serviteur du pays. » On lui donna l'ordre de faire apporter un sarcophage de pierre calcaire des cavernes de Troia. Sa Majesté fit partir un général avec ses officiers sous ses ordres pour le transport de ce sarcophage. Le monolithe arriva chargé sur une des grandes barques de la résidence du roi ; il était accompagné de son couvercle et de quelques autres pierres taillées, destinées à servir dans la construction du tombeau royal. «Jamais, dit le texte, chose semblable ne fut faite pour aucun serviteur , ce fut le plus parfait plaisir pour le coeur de sa Majesté et la plus grande satisfaction qu'on ait pu lui procurer. » Aussi le pharaon n'oublia — t-il pas de récompenser dignement son
employé de titres et d'honneurs dont les détails malheureusement ne sont pas parvenus à notre connaissance. Si jusqu'à présent les services que TJna avait rendus au roi , étaient de nature pacifique, la suite du texte nous apprend les faits et gestes de ce fonctionnaire pendant des guerres entreprises par le roi contre les peuplades des Âmu (Arabes) et des Hirusïï , ou de « ceux qui sur le sable » (Bédouins) . Cette dernière expression désigne sans doute une population habitant le désert. Pour se préparer à cette guerre, sa Majesté fit rassembler une armée composée «de myriades» choisies parmi la population de la haute Egypte, à commencer par l'île à'Elép/ia?itine, et de la basse Egypte dans toute son étendue. Mais il paraît que l'armée égyptienne ne fut pas jugée assez nombreuse pour soutenir la guerre , car nous voyons aussi le pays des Nègres mis à contribution. A cette occasion nous apprenons les noms de plusieurs contrées habitées par des Nègres qui , déjà à cette époque, se trouvaient sous la domination de l'empire égyptien. Ce sont les pays à'Artet, de Zam, à'Amam, d'Otiaouat, de Kerau, et de Takam. Notre personnage TJna fut nommé général en chef de ces troupes. Nous voyons ensuite comment les officiers de l'armée égyptienne se sont efforcés de dresser militairement les Nègres. TJna explique dans une suite de phrases très-difficiles à interprêter comment sa charge l'obligeait à tout organiser, à distribuer partout des vivres et des chaussures pour la marche, et à discipliner cette armée peu homogène. Il termine ce passage en vantant comme à l'ordinaire les bons résultats de son administration militaire.
L'armée ainsi préparée accomplit une série d'invasions sur le territoire des Bédouins, mais ses campagnes ne sont indiquées que très- vaguement par quelques mots. Voilà ce que le texte nous en dit : « Cette armée arriva, elle bouleversa le pays des Bédouins et elle revint heureusement. Elle attaqua le pays des Bédouins et elle revint heureusement. Elle bâtit des forteresses et elle revint heureusement. Elle coupa ses grenadiers et ses vignes et elle revint heureusement. Elle mit le feu à toutes les habitations des ennemis et elle revint heureusement. Elle tua ses officiers par de
nombreuses myriades et elle revint heureusement. » « L'armée oui avait ramené une grande quantité de prisonniers vivants, fut plus louée par le roi pour cela que pour toute autre chose. Le roi avait envoyé TJna cinq fois pour faire les campagnes dans les pays des Bédouins et pour réprimer les révoltes avec cette armée. Il avait agi de manière à ce que le roi pouvait être complètement satisfait. »
Après ces expéditions, une nouvelle guerre est soutenue par le roi contre un pays qui s'appelle Terehba (?) «au nord des Bédouins. » Cette fois l'armée part sur des vaisseaux , entre dans les extrémités de cette région et remporte une victoire complète sur l'ennemi. Il est difficile de préciser exactement le pays qui fut le théâtre de la nouvelle guerre. Comme on fait mention de vaisseaux, il est naturel de penser à quelque partie de la Syrie située au nord du désert de l'Arabie. *)
Avant de continuer le récit si intéressant que nous fournit le texte, et qui plus tard s'occupe des événements sous le règne suivant, nous allons résumer en peu de mots ce qui nous reste à dire sur l'histoire de Pepi. Comme ses prédécesseurs, il avait construit une pyramide qui portait le même nom que la ville
de Memphis, c. à. d. I~~~3 T A Men-nofer «la bonne station.»
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Il est aussi le fondateur d'une ville appelée d'après son nom « ville de Pepi» et située dans la moyenne Egypte. Nous connaissons les noms de plusieurs grands personnages qui vivaient sous Pepi et qui étaient revêtus de hautes dignités. Leurs tombeaux se trouvent à Saqqarah , à Bercheh , à Zaoujit-el-Meïtin , à Cheikh- Saïd et à Abydos. Il y a parmi leur nombre un certain Merirâ-ân% qui est désigné dans son tombeau comme gouverneur de Troia. Nous pouvons hasarder la supposition que cet employé fut chargé des travaux dans les carrières du Mokattam ce qui devient
*) Comme une campagne maritime à cette époque est difficile à imaginer, notre opinion est que le pays en question est cette partie de la basse Egypte située aux alentours du lac de Menzaléh , et qui était alors occupée par les ancêtres des Bédouins de l'isthme de Suez.
d'autant plus probable parce qu'il porte en outre le titre de chef des travaux publics du roi. Un autre fonctionnaire Meri-ra Meripatah-âax était également chef des travaux publics sous Pepi. Une troisième personne nommée Pepi-nayJ dont le tombeau se trouve à Abydos, fut gouverneur de la ville de la Pyramide. Nous devons y reconnaître un des prêtres qui étaient chargés du culte à rendre aux pharaons inhumés dans leur pyramide. Un quatrième du nom de Pepi-na fut de même prêtre de la pyramide de Pepi et de celle de son successeur que nous allons connaître plus bas. Nous ne pouvons passer sous silence le fait que la mention d une période astronomique ou calendrique , celle qui s'appelle Mb-set, paraît pour la première fois sur les monuments à l'époque du règne de Pepi. L'an 18 de son gouvernement avait lieu ce que les textes, surtout ceux qui couvrent les obélisques , désignent par la phrase :
1 11 d ^ sop tep set Mb « la première fois de la fête ap-
pelée Set,)) c'est-à-dire «la première époque du cycle de 30 ans. » Un savant allemand , M. Gensler, qui s'est occupé spécialement de calculs astronomiques basés sur les indications des monuments égyptiens , a dernièrement émis l'opinion que la période de 30 ans a servi à régler les points coïncidents du calendrier solaire et lunaire moyennant onze mois synodiques, intercalés dans les annéesO, 4, 7, 12, 14, 16, 18, 20, 23, 26, 30 (=0) de la période. Quoique nous ne puissions pas adopter partout les interprétations des textes hiéroglyphiques proposées par M. Gensler, nous saisissons avec empressement l'occasion de nous déclarer en faveur de son explication de la période des 30 ans. Nous aurons plus tard à fournir des matériaux qui prouveront les vues de ce savant d'une manière qui laissera peu à désirer.
Le roi Pepi s'était marié avec une dame qui n'était pas du sang royal. Son père s'appelait %ua et sa mère Nekebet. Après son couronnement comme reine , elle adopta le nom de Meri-râân%-nes. Un tombeau découvert àAbydos, qui appartenait à la famille de cette princesse , a fourni des notions très-précieuses sur sa descendance. Elle avait deux fils, l'aîné appelé Mer-cn-râ , et
son frère nommé Xofer-ka-ra. C'est le premier qui succéda d'abord à Pepi son père . et qui dans la table d'Abydos figure sous le nom
indiqué de Ç^Q a^a^^J Mer-en-ra.
Le grand texte du tombeau RUna nous révèle une bonne partie de l'histoire de son époque , et nous continuons le récit que nous avions interrompu ci-dessus. Après la mort de Pepi, TJna eut l'honneur d'obtenir la charge de gouverneur de la haute Egypte. La limite de son gouvernement vers le sud est indiquée par la ville d'Éléphantine et au nord par le deuxième nome de la basse Egypte, celui que les anciens appellent Létopolitès. Il paraît que TJna possédait le secret d'acquérir bien vite la confiance et la satisfaction de ses maîtres. C'est ainsi que le fils de Pepi le chargea de tous les travaux et de l'administration entière de la région de la haute Egypte. Il confesse lui-même cette rare distinction accordée à un Egyptien en disant que jamais chose pareille n'avait été mite auparavant dans ce pays «de la haute Egypte. »
Dans les premières années de son règne le roi Mer-en-râ était préoccupé des dispositions adonner pour sa sépulture. Ce fut encore TJna qu'il chargea de l'exécution de tous les travaux en vue de l'organisation de la sépulture. «Sa Majesté, dit TJna, m'envoia vers le pays à'Abhat pour ramener un sarcophage avec son couvercle, avec une petite pyramide et la statue du roi Mer-en-ra dont la
pyramide s'appelle Q J %a-nofer , (« le bon lever ») . Sa Majesté m'envoya à Eléphantme pour en rapporter une chapelle en granit avec son socle , et en granit les portes et les corniches , et pour rapporter en granit les portes et les seuils du petit temple en face de la pyramide yïi-nofer du roi Mer-en-râ. Le nombre de vaisseaux destinés au transport de toutes ces pierres , se composait de six vaisseaux appelés les larges, de trois vaisseaux de l'espèce des remorqueurs, et de trois navires d'un autre genre : on y avait ajouté un vaisseau de guerre. » Il paraît que ces vaisseaux étaient construits dans le sud de la haute Egypte, car le texte nous affirme que «jamais il n'était arrivé que les habitants dCAbhat
ni d'Éléphantine eussent construit un vaisseau de guerre dans le temps d'aucun ancêtre. » Après avoir exécuté les ordres du roi, une nouvelle mission attendait le gouverneur TJna qui , cette fois, fut chargé de ramener des blocs d'albâtre. « Sa Majesté, dit-il, m'en voyavers la contrée àeHa-nub*) pour en rapporter une grande table d'albâtre. Je fis extraire pour lui, cette table en dix-sept jours. » La suite du récit nous apprend qu'on était obligé de construire des navires exprès pour le transport des monolithes qu'on avait taillés dans les carrières. Le plus grand de ces bâtiments avait une longueur de soixante coudées égyptiennes , **) et une largeur de trente. Comme il n'y avait pas assez d'eau à cette époque , le temps des basses eaux étant arrivé , on fut obligé de bâtir des navires moins grands en se servant du bois qui se trouvait dans les forêts des pays des Nègres. TJna fait là-dessus le récit suivant : « Sa Majesté m'envoya pour abattre quatre forêts dans le Midi pour en construire trois vaisseaux larges et quatre vaisseaux remorqueurs de bois d'acacia du pays Ouaoua-t. Et voilà que le gouverneur des pays ftAreret, d'Aam, et de Maza, fit abattre le bois pour cela. Je fis tout cela dans l'espace d'une année. A l'inondation je chargeai du granit immense pour la pyramide yâ-nofer du roi Mer-en-râ. »
C'est presque tout ce que nous savons de l'histoire de ce roi
auquel succéda après sa mort son frère J U^j Nofer-ka-râ . La pyramide de ce dernier porte le nom de l~~~J A Men - ânx,
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c'est-à-dire « la station de la vie. » Son nom et ses titres se sont conservés sur les rochers de Wadi- Magharah , où il y a une inscription datée de la seconde année de son règne. Les tombeaux de la moyenne Egypte font connaître un très -grand nombre de personnages , qui ont vécu sous son gouvernement.
*) Cette région désigne les carrières d'albâtre oriental dans le voisinage de la ville de Siout , sur la rive droite du Nil. Un endroit tout près de ces carrières s'appelle encore aujourd'hui Benoub avec le surnom eJ-hamnuhu. **) La coudée égyptienne avait une longueur de 0,525™.
étant chargés de plusieurs fonctions importantes. Nous citons un certain Beba , à cause de son titre de gouverneur de la ville de Pepi. C'est la seule fois, qu'on trouve mentionné, sur un monument égyptien , le nom de cette ville qui , bâtie par Pepi. était probablement la résidence des rois de sa famille. Il paraît que plus tard elle avait changé de nom , nous devons donc reconnaître son emplacement dans une des villes ruinées qui couvrent la moyenne Égypte.
Après le roi susnommé l'histoire des pharaons de la sixième dynastie jusqu'à la onzième dynastie n'a laissé que de très-faibles traces. On ne se trompera pas beaucoup en supposant que TÉgypte fut troublée par des guerres civiles, et que l'empire fut divisé en plusieurs petits royaumes gouvernés par des haq dont nous aurons l'occasion de parler encore plus bas. Nous manquons complètement de monuments historiques qui nous renseignent tant soit peu sur les événements politiques ou du moins qui nous offrent le fil conducteur pour passer à travers les ténèbres qui ne s'ouvrent qu'à l'horizon de la 12e dynastie.
Une trace de ces révoltes intestines qui , après ou vers la fin de la 6e dynastie, éclatèrent en Egypte, s'est très-lucidement conservée dans la tradition qui se rapporte à la reine Nitocris , et que nous connaissons par le récit ^Hérodote. D'abord il faut faire observer que Manéthon termine la 6e dynastie par une reine qu'il appelle Nitocris , et qui, d'après lui, a régné douze ans. Le papyrus de Turin met l'existence de cette reine hors de doute. Sur un des fragments qui s'attachent à l'époque de la 6e dynastie , on
lit très-clairement son nom égyptien ^^"^ (j ^ ^ Nit-aqert
« la déesse Nil parfaite, » qui précède ceux de ses trois successeurs Nofer-kd, Nef rus et Pâ-âb.
Selon la narration d'Hérodote le frère de Nitocris fut tué par des adversaires politiques. La belle Nitocris , aux joues roses, pour venger la mort de son frère , fit construire un vaste souterrain. Sous prétexte d'inauguration , elle y réunit les principaux auteurs du meurtre. Pendant le repas qu'elle leur offrit, la reine
fit entrer les eaux du fleuve par un canal caché, de sorte que tous furent noyés. Après cela elle se retira dans une chambre remplie de cendres et se tua pour se soustraire elle-même à la vengeance. Suivant Manêthon la même reine fut l'auteur de la 3e pyramide, que les recherches monumentales attribuent au pharaon Menchérès. D après les investigations de l'ingénieur M. Perring . il paraît en effet, que la troisième pyramide fut reconstruite. «La reine Nitocris, en s'emparant de la pyramide de Menchérès , laissa le sarcophage du roi dans une chambre inférieure et fit placer le sien dans la salle qui précédait , si l'on en juge par les fragments de basalte bleue qui s'y retrouvèrent. Elle fit doubler les dimensions du monument et lui donna cette ruineuse parure de granit qui passa plus tard , dans l'imagination des conteurs grecs , pour avoir absorbe les sommes immenses que la courtisane Rhodopis avait retirées de la ruine de ses amis » (M. de Rougé) .
Sans nous occuper de la peine infructueuse de réconcilier les dynasties de Manéthon qui suivaient la 6e jusqua la fin de la 11e, nous avons recours à la succession monumentale représentée le plus complètement dans la table ÏÏAbydos. Celle-ci énumère vingt rois qui correspondent nécessairement aux rois anonymes qui composaient les cinq dynasties d'après le canon de Manéthon. Je dois remarquer encore que le papyrus de Turin n'est pas d'accord avec le nombre de rois que la table à'Abydos attribue à l'époque en question. D'après le papyrus la dynastie qui précédait la douzième, contenait six rois. Leurs prédécesseurs, selon une remarque du même papyrus , se seraient composés d'un nombre de 1 7 ou 1 8 rois. Avant ceux-là il y avait une série de rois qui remontent jusqu'à la reine Nitocris et dont le nombre peut être évalué à dix. Nous avons donc en somme 38 ou tout au plus 40 rois qui embrassent les cinq dynasties mentionnées par Manéthon. Mais quoi qu'il en soit nous préférons la suite adoptée par la table d'Abydos et dont voici l'ordre.
39e roi Mer-en-râ surnommé Zaf-em-saf.
40e » Nttter-ka-râ.
41e » Men-ka-râ.
roi
Nofev—Jcci—v Cl .
Nofer-ka-rti surnommé Nebi.
Tat—Jcct—Tci » Sema.
NoJ^eT—hd—TQ, » yjontu.
Mer-en-hov '.
Senofev-JcŒ .
HZi-n-hcL .
NoJ "ev-hd-vci surnommé Tevel.
Nofer-ha-hor .
Nofer-ka-râ surnommé Pepi-seneb.
Nofer-ka-râ » A.nnu.
. . . kau-rU .
Nofer-kau-rU .
Nofer-kau-hor .
Nofer-àr-ka-râ .
Neb-%er-râ~ [Mentu-hotep] .
S-â?i%-ka-râ.
Le lecteur s'apercevra que plusieurs de ces pharaons portent dans le même cartouche un double nom, comme par exemple le 39% le 43e, 44e, le 45e, le 49e, le 51e et le 52e.
Le 57e roi de la série , celui qui s'appelle %er-râ, se présente sur les monuments, et c'est avec lui que
Neb-
recommence la lumière monumentale. Son nom de famille est Mentu-hotep. Il appartient aune série de
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rois qui certainement répondent à la onzième dynastie de Manéthon
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et qui portent alternativement les noms de famille l\ ^ Nentef
ou Anentrf et Mentu-hotep. Les premiers de ces pharaons exerçaient leur pouvoir royal seulement sur la Thébaïde. Leur souvenir s'est conservé sur quelques monuments de cette contrée parmi lesquels nous devons citer en première ligne deux modestes cercueils. Dans la vallée de VAssasif de Thèbes , les Arabes avaient découvert, légèrement cachés sous les sables, ces deux
cercueils dont l'un contenait la momie du roi portant encore son diadème royal. Le couvercle était richement doré, et la bande d'hiéroglyphes qui occupait le milieu contenait le nom ftAnentef. Lors de notre séjour en Egypte, en 1854 , nous eûmes le bonheur de découvrir , dans un magasin de la maison du consul grec , le cercueil d'un second Anentef qui se distinguait par le surnom du « Grand. » Ce dernier cercueil se trouve aujourd'hui dans la collection du Louvre. Parmi les Mentu-hotep , ce sont surtout deux dont les monuments ont conservé quelques souvenirs. Sur les rochers de l'île de Konosso, tout près de Philae, il y a un tableau sculpté qui représente celui qui porte le nom officiel de
O ï Ra-neb-taui comme vainqueur de treize peuples
étrangers, et comme serviteur dévot du dieu ithyphallique yem de Coptos. A cette époque cette ville qui protège l'entrée de la vallée de Hamamât était d'une grande importance pour le commerce avec l'Arabie comme dépôt de l'or et des pierres précieuses qu'on retirait des mines de ladite vallée. Les rochers des montagnes de Hamamât d'une grande richesse en pierres de luxe jusqu'à l'émeraude, sont couverts de textes commémoratifs qui font mention des travaux exécutés dans les carrières à l'époque de la onzième dynastie. Le dieu tutélaire de -Coptos, yem, que les Grecs comparaient à leur Pan , trouve partout sa place distinguée dans les divers proscynèmes.
C'est ainsi que dans un des textes gravés sur les rochers et datant de l'époque de Râ-neb-taui Mentu-hotep (on y trouve en même temps le nom de sa mère Ama) on entretient le lecteur d'un travail fort utile pour ceux qui traversaient ces vallées désertes. Le roi Mentu-hotep donna l'ordre de creuser « un puits au milieu de la vallée. » L'ordre fut exécuté, et bientôt un puits ayant 1 0 coudées égyptiennes de diamètre offrit de l'eau fraîche aux voyageurs, aux ouvriers et aux bêtes de somme. Un autre texte de la même vallée date du 15 Paophi de l'an 2 du règne de Meniuhotep. Commençant par un proscynèine adressé «au dieu y cm- Pan , le maître des
peuplades habitant cette vallée » et à d'autres divinités , l'inscription continue de faire un rapport sur le transport de quelques monolithes destinés à des usages funéraires. Un haut fonctionnaire , chef des travaux publics du roi , du nom &AmenemhJrf reçut l'ordre de faire transporter le sarcophage et le couvercle qui y appartenait. On peut s'imaginer la grandeur de ce monolithe dont les dimensions sont indiquées , dans le texte , par la proportion de 4 coudées à 8 coudées à 2 coudées. Après avoir fait une offrande aux divinités, 3000 hommes réussirent à mouvoir le monolithe de sa place et à rembarquer sur le Nil. Le second Mentu-hotep , celui qui a porté le nom officiel de Neb-%er-râ , fit
construire une pyramide qui s'appelait jj ! ^ yu - setu « la
plus splendide place. » C'est une stèle iïAùydos appartenant à un prêtre attaché à ce monument funéraire , qui nous apprend le nom inconnu jusqu'à présent de la pyramide.
Un des plus intéressants textes qui se trouvent dans ces endroits est sans doute celui qui a été sculpté sur un rocher sous le
règne de 1 Scmy-ka-ra^ le 58e roi selon l'ordre de la
table d'Abydos. C'est à M. Chabas que la science doit la traduction de cette longue et difficile inscription qui a été rédigée parles ordres d'un fonctionnaire nommé Hannu. «J'ai été envoyé, ditil , pour conduire des navires en Arabie afin de lui ramener les gommes odoriférantes recueillies par les chefs du désert sous l'empire des terreurs qu'il inspire à toutes les nations. Voilà que je partis de Coptos [lacune] Sa Majesté ordonna que les troupes, pour m'accompagner, fussent du midi de la Thébaïde. »
Après une grande lacune dans laquelle cependant quelques mots sont restés assez lisibles pour faire reconnaître que la force armée était destinée à protéger l'expédition contre les ennemis et que notre employé avait avec lui des officiers royaux, des tailleurs de pierres et d'autres ouvriers, le texte continue le récit de la manière suivante.
«Je partis avec une troupe de trois mille hommes. Je passai
par le hameau -rouge et par un terrain cultivé. Je préparai des outres et des bâtons pour porter des vases d'eau au nombre de vingt. Un de tous mes hommes , chaque jour, portait une charge lacune" , un autre plaçait la charge , et je fis creuser un réservoir de douze perches dans un bois , et deux réservoirs dans l'endroit nommé Atahet d'une perche et vingt coudées l'un, d'une perche et trente coudées l'autre. J'en fis un autre à Ateb1 de dix coudées sur dix dans tous les sens , dans le but de tenir l'eau dune coudée de profondeur. Puis j'arrivai à Seba (?) et je fis des barques de transport pour ramener toute espèce de produits. J'y fis une grande offrande de boeufs , de vaches et de chèvres. Lorsque je revins de Seba. j'exécutai l'ordre de sa Majesté, je lui ramenai toute espèce de produits que je rencontrai dans les hâvres de la Terre-Sainte. Je descendis par Uak et Rohan, j'en rapportai des pierres précieuses pour les statues des temples. Jamais il n'arriva rien de pareil depuis qu'il y a des rois. Jamais il ne fut rien fait de semblable par aucun parent royal envoyé sur les lieux, depuis le temps du soleil. J'ai agi ainsi pour le roi, à cause de la grande amitié qu'il a pour moi.» M. Chabas a accompagné sa traduction d'excellentes remarques au sujet de la route suivie à travers le désert jusqu'à la mer Rouge. On voit bien que les Égyptiens de cette époque avaient ouvert ce chemin, pour y transporter les produits de l'Arabie en Égypte. Notre personnage a indiqué dans son itinéraire les noms de cinq stations principales où les caravanes s'arrêtaient, pour fournir de l'eau aux hommes et aux bêtes de somme. Cette même route qui a été ouverte pour la première fois par l'employé Hannu, a été suivie du reste par toutes les caravanes qui passaient à la mer Rouge, jusqu'aux temps des Grecs et des Romains. C'était le grand chemin qui conduisait les merveilles des Indes et de l'Arabie en Europe , c'était la route des trafiquants de toutes les nations du inonde antique. Ce qui est extrêmement intéressant à savoir, c'est qu'à cette époque, les Égyptiens entretenaient déjà des relations de commerce avec plusieurs contrées de l'Arabie. Les parties méridionales de ce pays , les régions de V Yémen et du Hadramaut d'aujourd'hui étaient connues des
Bkugscu , Histoire d'Égypte. I. 0
Égyptiens sous le nom de Punt. Il en est de même pour la Terre- Sainte, qui était voisine de cette contrée, et qui embrassait le district de l'Arabie heureuse située sur les côtes de la mer Rouge. Nous verrons dans la suite de notre histoire que ces relations entre les Egyptiens et les Arabes étaient d'une date bien ancienne. Il y avait là une parenté ethnographique prouvée surtout par l'identité du culte adressé à plusieurs divinités. Je rappelle surtout le type presque barbare du dieu Bas, dont l'origine doit être recherchée en Arabie , et que les Egyptiens vénéraient avec une certaine prédilection. Loin de partager l'opinion de ceux qui y veulent reconnaître la figure de Typhon . j'ai la pleine conviction que le dieu arabe Bas , pour le nom et pour sa forme , doit être assimilé au Bacchus des anciens. Comment veut-on expliquer le fait singulier que des milliers de terres cuites représentant cette divinité , se trouvent dans les endroits les plus sacrés de la terre égyptienne, et que les objets de luxe et de toilette des grandes daines sont ornés de l'image de ce soi-disant Typhon? Le dieu Bas est la divinité de la joie , de la musique et des plaisirs , et celui qui chasse le mal; il faut s'adresser au Bacchus des anciens pour s'expliquer suffisamment ce rôle mythologique.