‹ Histoire d'Égypte /Chapitre 25 sur 26 · ÉPOQUE DE LA DOMINATION DES ÉTRANGERS. — JOSEPH EN EGYPTE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE LA DOMINATION DES ÉTRANGERS. — JOSEPH EN EGYPTE

Nous voilà arrivés à cette époque de l'histoire d'Egypte que Manéthon, le prêtre égyptien, a eu en vue en parlant de la dynastie desHycsos. Quoi qu'on dise de la valeur et de l'exactitude de cette appellation, qui cependant nous a été fidèlement transmise par ceux qui ont pu lire et copier l'ouvrage complet de Manéthon, il faut avouer toutefois que le nom de Hycsos est bien égyptien et qu'il mérite une attention toute particulière par l'origine de sa tradition, par la simple raison que cette tradition, relativement au nom de Hycsos, est d'accord avec les événements qui formeront le sujet de ce chapitre.

Selon le récit de Manéthon que l'historien juif Josèphe nous a conservé, un peuple sauvage et non civilisé, arrivé du côté de l'orient inonda, à une certaine époque, la basse Egypte, attaqua les rois indigènes qui y résidaient, et s'empara du pays entier sans rencontrer beaucoup de résistance de la part des Égyptiens. Voici le rapport original de ce fait, d'après le témoignage de Josèphe. «Il y eut un roi du nom de Timaios.*) Sous son règne, je «ne sais pour quelle cause, Dieu n'était pas propice et des hom- «mes sans renommée venus du côté de l'orient et après avoir «attaqué soudainement et hardiment le pays, s'en emparèrent « facilement et sans combat. Ils soumirent ceux qui y gouvernaient, incendièrent les villes et dévastèrent les sanctuaires.

*) Var. lect. Timaos, Timios.

«Ils maltraitèrent les habitants, massacrant les uns et réduisant «les autres en esclavage, eux, leurs femmes et leurs enfants.»

«Ensuite ils firent roi l'un d'entre eux qui porta le nom de aSalatis.*) Celui-ci résidant à Memphis perçut des tributs sur «la haute et sur la basse Egypte, et mit des garnisons dans les «places les plus importantes. Il fortifia surtout les frontières «orientales prévoyant que les Assyriens, la nation la plus puis- « santé de cette époque, tâcheraient de faire une invasion dans «son royaume. Après avoir trouvé, dans le nome Séthroïte, «une ville dans une situation favorable, à Test delà brandie «Bubastite du Nil, appelée d'après une vieille tradition Avarié, «il la rebâtit, la fortifia de murailles très-solides et y plaça, «comme garnison jusqu'à 240, 000 hoplites. Il y résidait pendant «l'été, pour surveiller la distribution des vivres et de la solde «pour sa troupe, et pour tenir en respect les étrangers en fai- «sant faire des exercices militaires à son armée.»

«Il mourut après avoir régné 19 ans.

« Son successeur, du nom de Bnm (Banon, Béon) ,

régna 44 ans.

«Après celui-ci un autre : Apakhnan (Apakhnas) 36 ans 7 mois. «Puis Aphobis (Aphophis, Apophis, Aphosis) 61 ans. «Et Armas Janias, Jannas, Anan) .... 50 ans 1 mois. «Le dernier, Assèth (Asèth, Asès, Assis . . 49 ans 2 mois.

« Ces six personnages furent leurs premiers rois ; ils firent «une guerre continuelle dans l'intention d'exterminer les Egyptiens jusqu'au dernier.»

«Leur peuple entier fut appelé Hycsos, c'est-à-dire roispasteurs. Car hyc dans la langue sacrée, signifie roi, et sos, «dans l'idiome vulgaire, pasteur ou pasteurs. Quelques-uns pré- « tendent que c'étaient des Arabes.»

Nous nous arrêtons à cette dernière remarque qui. pour bien comprendre l'origine de ce peuple barbare, est de la plus haute importance. Si le lecteur veut se rappeler nos observations rela-

*) Var. lect. Saltis, Silitis.

tives aux Arabes-Bédouins, habitant les contrées désertes, à l'est de l'Égypte, et nommés en langue égyptienne Sasu il y a des textes qui les appellent également Sasa, Suas et Sauàs), il partagera certainement notre opinion que ceux qui prétendaient l'origine arabe des Hycsos, doivent avoir puisé leur assertion dans une source bien égyptienne. Manéthon, de son côté, en faisant prévaloir le sens de ((pasteur», a commis une confusion bien singulière en voulant expliquer la seconde partie du nom antique Hyc-sos moyennant le dialecte vulgaire, c'est-à-dire moderne, parlé de son temps et offrant par hasard, un mot sos ou sos avec le sens de pasteur.

Nous avons démontré plus haut (voir pag. 144) par la citation d'un texte composé au temps de la 19e dynastie, que le peuple des Sasu, les Bédouins de l'antiquité, demanda de temps en temps la permission d'entrer en Égypte et de passer les forteresses pour trouver la nourriture nécessaire à eux et à leurs troupeaux dans les domaines du pharaon. Ils étaient donc, à l'instar des tribus arabes de nos jours, des pasteurs dans le vrai sens du mot. Donc il est tout naturel de supposer qu'à la fin le nom de Sasu ou Sans «Bédouin» rappelait aux Egyptiens tout de suite l'idée de pasteurs, d'une peuplade errante et s'occupant de ses troupeaux, la seule richesse des habitants du désert. Quoi qu'on puisse nous objecter que les monuments ont passé sous silence le nom des Hycsos, cet argument perdra toute sa valeur si Ton réfléchit que la plupart des souvenirs historiques de l'antiquité égyptienne qui auraient pu s'occuper des événements en question, ont disparu de la surface du sol, et qu'il faut attendre qu'un heureux hasard nous livre de nouveaux documents cachés jusqu'à présent sous les décombres de quelque sanctuaire ou de quelque ville antique en Égypte, ou bien conservés dans un coin quelconque de quelque musée public ou de collections particulières en Europe. L'Égypte est le monde des surprises; en conservant l'espoir de découvrir de ces documents, il serait imprudent de vouloir donner aux résultats de nos études la forme absolue d'un dernier jugement, mais il sera permis, et il

*) Voir là-dessus notre Dictionnaire géographique qui est sous presse.

doit être permis de combiner les données éparses tirées des monuments connus jusqu'à présent, de développer nos opinions avec leur aide, et d'attendre d'un heureux hasard les preuves en faveur de nos hypothèses.

A l'heure qu'il est nous maintenons catégoriquement l'identité des Hycsos de la tradition manéthonienne avec les mots égyptiens

\ A<^\ Mil ^ ^ jXj | hak-Sasu ou Sous, «chef des Arabespasteurs», formés d'après l'analogie du groupe J (j JJ T»T»T ,

hak set Ab es a «chef du pays Abesay> qui se rencontre dans les peintures de la chapelle funéraire de %mtm-hotep à Bénihassan, près de la figure du chef des Âamu (voir plus haut à la page 99) . Mais nous sommes loin de vouloir prétendre que ce nom de Hycsos- Hak-Saus a été le nom pour ainsi dire officiel que les rois étrangers n'importe de quelle race auraient adopté pendant leur domination en Egypte. Au contraire, il est extrêment probable que les Egyptiens, après l'expulsion des dynastes étrangers, avaient voulu dédaigneusement appliquer le mot Jnjcsos comme une espèce de sobriquet à la race des princes d'origine non égyptienne qui, pendant plusieurs siècles, se regardaient comme les véritables rois d'Egypte. Un autre argument qui plaidera en faveur de l'origine arabe, dans le sens le plus étendu de ce nom ethnique que nous assignons au nom des Hycsos, est fourni par une vieille tradition conservée chez plusieurs auteurs arabes du moyen âge. Selon cette tradition, vers le temps qui nous occupe, des Arabes Amalékites auraient fondé un grand royaume dans les parties orientales du Delta, leurs chefs ayant soumis le reste de l'Égypte à leur domination.

D'après une autre tradition, selon le témoignage d'Africain, un des abréviateurs de Manéthon, ces princes étrangers auraient été des Phéniciens qui occupèrent Memphis et bâtirent la ville à^Avarù dans le nome Séthroïte. Encore cette tradition n'est pas dénuée de fondement, si l'on veut bien se rappeler nos remarques au sujet des %rt/w-Phéniciens et de la ville de Ha-uar, la Avaris de la tradition. Les Phéniciens s'étant mis en rapport avec les soi-disant Hycsos, il en résulte nécessairement que le centre de la domina-

tion des étrangers doit être cherché sur ce territoire du Delta oriental qui était habité par une population mixte d'origine sémitique dont les Phéniciens formaient la souche principale. C'est donc dans ces trois nomes de Tanis, de Pithom et de Kesem dont nous avons parlé plus haut, que se développa ce mouvement politique dirigé contre les rois d'Egypte sans que nous soyons informés des véritables causes de la guerre acharnée entre les deux races, la sémitique d'un côté, l'égyptienne de l'autre.

En laissant de côté tout ce qui porte le caractère d'hypothèses plus ou moins vraisemblables, nous préférons consulter les monuments qui, seulement d'une manière générale, il faut le dire, constatent d'abord la présence de rois étrangers résidant à l'époque antérieure à la 18e dynastie dans la basse Egypte et appartenant

à la nation des ^wCÎ Menti. Cette dernière, dans les listes

ethniques gravées sur les monuments, y figure comme une des neuf subdivisions des peuples que les Égyptions regardaient comme des ennemis nationaux et que les pharaons de toutes les dynasties tâchaient de soumettre à leur sceptre.

D'après les dernières recherches de M. Chabas*) les Menti,

des habitants sédentaires (de l~~~~J men manere) seraient une autre

/WW\A

race sinaïtique auprès des peuplades errantes des Petti ^

Suivant nos propres recherches les Menti désignent les habitants de la Syrie. En voici les raisons. Dans la grande liste des neuf peuples sculptée sur une des murailles du temple d'Edfou et publiée pour la première fois par notre savant ami et collègue, M. Dumichen, la nation des Menti est caractérisée topographiquement dans les termes suivants :

lrv\ ^ , ^ <=> ^ ™ — Q ™ &b .

menti-u tet er pa ta en na aser-u «les Menti. Est appelé ainsi le pays des Aser.m

*) Études sur l'antiquité historique, à la page 102.

■*) La lecture Petti de ce nom, d'après M. Chabas, doit être rectifiée.

La question ouverte où il faut chercher le pays jusqu'à présent inconnu des Aser, trouve sa solution bien satisfaisante à l'aide du texte démotique de la pierre trilingue de Tanis. Là où le texte

hiéroglyphique donne les groupes <^> JJJ ^ rutennu àbt

' le pays Rutennu oriental» et le texte grec la traduction «la Syrie, le traducteur démotique s'est servi de l'appellation suivante que nous transcrivons par les lettres correspondantes de récriture sacrée :

k Si m

pa tos pa âser

«le pays du Aser» (lign. 19).

Il résulte d'une comparaison des noms correspondants dans les trois différentes parties de la pierre de Tanis, que le pays des Aser était le même que les Grecs, à 1 époque des Ptolémées et des Romains, désignaient du nom de Syrie. Loin d'être une «autre race sinaïtique» comme le suppose M. Chabas, les Menti représentent, dans ce nom ethnique, les peuplades et les familles habitant les contrées que Strabon désigne par les noms des provinces de Comagene, Seleucis, Coelesyria, Phoenice, Judaea, dont à son époque se composait la Syrie.

C'est ainsi que, d'après les témoignagnes des auteurs classiques, le nom de Syrie s'appliquait à ce vaste territoire qui était situé entre l'Euphrate et la Méditerranée, y compris la Phénicie et la Palestine, jusqu'au désert arabique et jusqu'à la frontière égyptienne. L'appellation de Syrie donnée à ce territoire doit son origine au nom de l'Assyrie, dont les rois, à différentes époques de l'antiquité, avaient soumis les habitants de la Syrie à leur domination. Les Égyptiens, encore à l'époque des Ptolémées, savaient si bien ce fait qu'ils rendaient dans l'inscription démotique gravée sur la stèle de Tanis. le mot grec de Syrie par son correspondant égyptien Aser, tiré de l'idiome vulgaire, qui fait penser immédia-

Comme nous le prouverons dans un autre endroit, le mot en question se prononce Ànti, ainsi que nous l'avions proposé dans nos Inscriptions géographiques.

tenient au nom de l'Assyrie, ap ■ paiement Asckour en hébreu. Si, d'un autre côté, le traducteu. ..îargé de la rédaction du texte hiéroglyphique avait choisi le nom ethnique de Rufennu pour désigner la Syrie, il était dans tous ses droits, en se servant d'une appellation que la langue sacrée s'était réservée comme une désignation très-antique pour le même pays, datant de l'époque de la 18e dynastie, comme nous le démontrerons plus tard.

Guidés par ces considérations qui sont fondées sur des renseignements monumentaux, et dont l'exactitude ne saurait être niée par personne, nous sommes transporté sur un terrain tout à fait différent. Si les Menti expulsés d'Égypte par le premier roi de la 18e dynastie, après la prise de la ville d'Avaris, sont identiques avec les habitants iïAsur, comme nous l'avons prouvé sur le témoignage du texte géographique d'Edfou, il en résulte de toute nécessité que les princes nommés rois-pasteurs ont dû appartenir à une des nombreuses familles ethniques qui résidaient sur le territoire qui, géographiquement parlant, était désigné plus tard par le nom de Syrie.

Un nouvel horizon s'ouvre ainsi à nos recherches qui, de prime abord, gagnent une grande vraisemblance par le fait que les Rutennw-8ynem. à plusieurs époques de l'histoire, firent des invasions en Egypte et soutinrent, pendant un certain temps, leur domination dans les résidences villes et forteresses bâties le long du Nil. Devons-nous rappeler encore qu'à l'époque des grandes guerres que les pharaons de la 18e dynastie ont faites avec un succès sans pareil contre les habitants de la Syrie, le nom ethnique des Rutennu. rapporté dans la partie hiérogliphique du texte de Tanis comme traduction du nom de Syrie-Ahir, est adopté de préférence pour désigner d'une manière entièrement générale la grande nation qui, à l'est de l'Égypte, habitait les contrées de la Palestine jusqu' aux plaines de la Mésopotamie ?

Les belles découvertes de nouvelles listes ethnographiques de l'époque du grand conquérant Thutmes III que notre ami Mariette- Bey vient de faire à Karnac et dont il prépare la prochaine publication, prouveront d'une manière incontestable que le nom de

Ruten (ou Luten) était appliqué non-seulement à ces peuples qui habitaient le pays situé dans les parties du nord de la Palestine, mais aussi à toutes ces familles qui occupaient la Palestine proprement dite jusqu'à l'Arabie Pétrée. Mais avec cette différence bien remarquable que les Ruten du Midi étaient désignés spécialement par le nom é&Huten-hir-t «le peuple de Ruten supérieure», tandis que la même nation, vers le côté des plaines de la Mésopotamie, se distinguait par le nom de Ruten-yjr-t «le peuple de Ruten inférieure».

A l'heure qu'il est les études des monuments égyptiens datant de l'époque qui précéda la 18e dynastie, nous ont livré les témoignages incontestables : 1 °, qu'une famille de princes étrangers, de la race des Menti, régna de longues années dans les parties orientales de la basse Egypte ; 2°, que ces princes avaient choisi, comme résidence, la ville (phénicienne) des Zalu, la Zoan de la Bible, la Tanis des auteurs classiques ; 3°, qu'ils possédaient comme place d'armes la forteresse de Ha-uCir, la ville Avaris de la tradition manéthonienne ; 4°, que ces mêmes princes avaient adopté les moeurs, les habitudes, la langue officielle et 1 écriture sacrée des Egyptiens, et les arts de ce peuple en tant qu'ils se réservaient le droit de donner à leurs statues royales le caractère particulier de leur origine étrangère, exprimé surtout dans leurs portraits, dans la manière d'arranger leur barbe et leur coiffure et dans quelques détails de leur costume : 5°, que ces rois avaient choisi, pour représentant divin, parmi les divinités du panthéon égyptien, le dieu Set ou Sute% qui avait, dans les deux villes de Tanis et d'Avaris, de splendides sanctuaires; 6°, qu'un de ces princes avait institué, pour des buts calendriques, une ère qui commença par le règne de son fondateur, le roi Nub, et dont l'usage, encore à 1 époque de Ramsès II, 400 ans après le temps de Nub, est certifié monumental ement sur une stèle découverte à Tanis.

Si le nombre des souvenirs du temps de ces princes étrangers est relativement très-restreint, et si les noms royaux des pharaons- Hycsos qui couvrent les statues, les sphinx et d'autres monuments exécutés d'après leurs ordres, sont frustes et effacés, de manière

que leur lecture devient quelquefois extrêmement incertaine et douteuse, cette fâcheuse lacune dans notre savoir au sujet des noms des Hycsos s'explique parfaitement par le soin extrême que les pharaons légitimes de l'époque postérieure avaient pris de détruire et d'anéantir tous les documents qui auraient pu rappeler la mémoire des princes pasteurs . Les noms de Hycsos qui couvraient le colosse trouvé à Tel-Mokhdam, la base du grand sphinx exposé au rez-de-chaussée du Louvre, le lion découvert près de Bagdad, la table de libation conservée au musée de Boulaq, ces noms sont presque entièrement effacés, et ce n'est qu a un heureux hasard que nous devons la connaissance des noms suivants portés par deux rois Hycsos. Ce sont:

dieu gracieux

Ra-a-àb-taui. le tils du soleil Apopi», et

«le roi Set-â-pelitij le fils du soleil Nub».

Le nom du roi Apopi. qui eh dialecte memphitique, se prononce Aphophi, ne diffère pas de celui de Aphobis ou Aphophis porté, selon la tradition de Manéthon, par le quatrième des premiers six rois Hycsos , quoique les personnes royales ne soient pas les mêmes.*)

Quant aux légendes données au second roi , nous devons faire observer qu'elles représentent exactement les mêmes noms et titres que les légendes mythologiques des monuments égyptiens attribuent au dieu Set, le dieu Typhon des auteurs classiques. En les traduisant on y trouve le sens de : «Set, le très-fort» — «L'or».

*) Nous ferons remarquer que beaucoup d'Égyptiens, vivant vers l'époque de ce roi , s appelaient également Àpopi, ou Âpopa.

**) A ceux de nos lecteurs qui ne sont pas étrangers aux études de la philologie égyptienne, nous devons une explication relative à la lecture du nom Nul qui, en égyptien, comporte le sens de l'or. C'est que la syllabe ^\\ H qui suit le signe phonétique pour nub , doit être supprimée dans la prononciation par suite d'une loi que l'éminent égyptologue anglais M. Goodwin a découverte tout dernièrement en y reconnaissant une espèce de dualis ex-

Grâce à un très-heureux hasard un des précieux papyrus du Musée britannique (Sallier N° I) nous a conservé le commencement d'une histoire qui se rapporte directement à l'époque du roi Hycsos Apopi, contemporain d'un prince égyptien appelé

Ra-sekenen «le soleil vaillant». La science

doit cette belle découverte à la sagacité de M. E. de Rongé dont le décès prématuré restera pour longtemps une perte vivement sentie par ses amis et collègues. L'émirient maître avait le premier reconnu que le document en question était le seul souvenir que les monuments nous ont laissé de l'histoire des Hycsos. Nous avions pris soin de communiquer cette découverte aux savants de notre nation en ajoutant à notre mémoire une traduction des premières lignes du papyrus. Après nous, M. Chabas, l'habile et infatigable interprète de textes hiéroglyphiques et hiératiques, a publié en entier une traduction de cet important document. Nous la proposerons à nos lecteurs avec d'autant plus de plaisir que cette traduction due à M. Chabas est plus complète et plus à Là hauteur des connaissances de la langue et de l'écriture sacrées acquises jusqu'à aujourd'hui. » Ceci est arrivé, le pays d'Egypte étant aux Fléaux : il n'y avait point de seigneur au jour de cet événement. Alors, « lorsque Sekenen-Râ était Hik (roi, gouverneur du pays du t< Midi, les Fléaux étaient à la ville des Aniou. et le chef.Apapi « était à Avaris. Le pays tout entier lui offrait ses produits mà- « nufacturés et le Nord faisait de même avec toutes les bonnes « choses de To-méri (l'Egypte .

«Le roi Apapi fit de Set son seigneur divin, et ne servit auo eun des dieux qui sont dans le pays entier. Il lui construisit « un temple d'excellent travail pour les siècles. Le roi Apapi

cellentiae. Nous ferons remarquer à cette occasion que les monuments égyptiens mettent l'or en rapport avec Set, le dieu de la destruction, et qu'il entre dans le composé ha-nuh «chambre d'or» pour désigner la chambre du sarcophage dans les hypogées royales de Bab-el-moluk. Peut-être que le sens symbolique de l'or est en rapport avec une ancienne croyance des Sémites qui attribuent à ce métal des influences funestes et dangereuses.

« établit des fêtes et des jours pour faire immoler des victimes « chaque jour à Set, et des statues du roi avec bandeaux, comme « c'est le cas d'un temple ayant des Phra-Harmakhis en face

« l'un de l'autre Alors le roi

« Apapi eut à envoyer un message au roi Sekenen-râ, dans le « pays du Midi. »

« Beaucoup de jours après cela, le roi Apapi fit appeler les « scribes savants afin qu'ils lui donnassent leur avis sur la coince munication à faire au roi Sekenen-râ. »

Après une lacune de cinq lignes à peu près, le texte continue ainsi :

« avec lui, hormis que je ne consens pas à servir

« aucun des dieux, qui sont dans le pays entier, à l'exception « d'Ammon-Roi, roi des dieux. »

« Après beaucoup de jours ensuite de ces choses, le roi Apapi « envoya au chef du Midi, dans le pays du Midi, la déclaration « que lui avaient dite ses scribes savants. Puis le messager du « roi Apapi marcha vers le chef du Midi. On le conduisit vers « le chef du Midi. »

« Il dit au messager du roi Apapi : Qui t'envoie dans le pays « du Midi? comment es- tu arrivé pour espionner ? »

« Le messager lui dit : « c'est le roi Apapi qui envoie vers

«« toi pour dire que sur la fontaine du bétail, qui est

««dans de la ville. Réellement je n'ai pas

« « laissé venir à moi le sommeil, ni le jour ni la nuit avant «'( d'avoir rempli ma mission. »

« Le chef du pays du Midi resta stupéfié un instant, et il « arriva qu'il ne put pas répondre au messager du roi Apapi. « Ensuite le chef du Midi lui dit : « ainsi donc ton maître

« « ne t'a pas envoyé pour au chef du Midi

« « toutes les paroles pour lesquelles il a envoyé vers moi . . .

« « Il lui fit donner des vivres de ses

«« mets «Tout ce que tu as dit je le trouve. . . .

«« Le messager du roi Apapi repartit pour

«« l'endroit où était son maître. »

Bhugsch, Histoire d'Kgypte. I. 1 |

« Alors le chef du Midi appela ses grands généraux et aussi « ses officiers, ainsi que les guides habiles qui étaient avec lui, « pour leur dire toutes les déclarations au sujet desquelles le roi « Apapi avait envoyé vers lui. »

« Ils se turent d une seule bouche, dans une grande stupeur, « ne sachant lui répondre ni bien ni mal. »

« Le roi Apapi envoya à »

Ici, au beau milieu de la phrase , le scribe a termiué son travail, sans se soucier de la curiosité de ses lecteurs de trente-deux siècles après lui.

Malgré les lacunes qui interrompent le fil de l'histoire, quelquefois aux passages les plus importants et les plus intéressants, et malgré quelques légers changements que nous voudrions appliquer au sens de plusieurs mots et phrases dans la traduction de M.Chabas, il est certain que les parties conservées du papyrus suffisent pour nous mettre au courant des personnages et du sujet général de l'histoire dont il s'agît.

Le roi Apapi, chef des ennemis établis dans la basse Egypte, réside à Avaris,*) la population lui étant tributaire. Ayant choisi

* Le papyrus ajoute : "les fléaux étaient dans la ville des Amou. » Sans nous arrêter à la traduction «les fléaux - par laquelle M. Chabas rond le mot égyptien bat qui se rencontre déjà dans des textes de la XII'' dynastie pour désigner un misérable ennemi, nous passons aux groupes suivants traduits par le même auteur: «la ville des Amou». Malgré quelques doutes qu'on pourrait concevoir au sujet de la transcription des signes correspondants du nom

Amou Q «amu^j, il est probable que le scribe du papyrus.

à cette place, a commis une légère erreur en voulant rendre le mot àamu en lettres hiératiques. En adoptant l'exactitude de la transcription proposée par le savant égyptologue de Chalon, reste à savoir où chercher la ville correspondante moderne de Temâ-àamu «la ville des Amou». Voici les raisons qui nous engagent à y reconnaître la ville de Péluse, dont les ruines, de nos jours, sont désignées du nom de Feramah, qui dérive de l' appellation copte Pheromi. La signification de ce nom comme « ville boueuse » est prouvée par le nom Sin («la Boûe») que les Hébreux ont donné à la même ville. Quant au nom grec Pélusion, les uns l'expliquent à l'aide du mot grec pêlos «la boue», tandisque les autres y reconnaissent les traces des Philistins. Par un jeu de mot très-curieux, encore en égyptien les deux explications peuvent être soutenues,

le dieu Set pour son seigneur divin, à l'exclusion des autres divinités égyptiennes, il lui construisit dans cette ville un temple solide, lui établit des fêtes et des offrandes, et lui consacra ses statues.

Dans le midi du pays, et probablement à Thèbes, un prince égyptien du nom de Rci-skenen ou Skenen-râ . est regardé comme simple gouverneur ou Hal\

Après la description de l'état politique du pays d'Egypte, le scribe s'occupe du sujet principal de son histoire: l'envoi d'un messager de la part du roi Apapi au gouverneur du Midi, sans que les lacunes du texte mutilé nous permettent de deviner la nature de la mission.

Le messager arrive à la cour de Râ-skenen qui lui adresse la même question et le même reproche dont le patriarche Joseph se servit à l'égard de ses frères venus en Egypte pour acheter du blé, en disant : o D'où venez-vous '! — Vous êtes des espions arrivés pour voir où le pays est ouvert.» (Genèse XLII, 9. 11.);

Après avoir pris connaissance du message du roi Apapi, le gouverneur du Midi convoque son conseil composé des grands fonctionnaires de sa cour, afin de délibérer sur le sujet de la demande d' Apapi. Cette dernière est d'une nature tellement grave et inquiétante pour le chef du Midi que personne ne sait que répondre pour faire des propositions convenables.

Sans que nous connaissions la suite de l'histoire contenue dans le papyrus Sallier. nous pouvons assurer cependant d une manière ncontestable que plus ou moins de temps après le message en question, une guerre éclata entre les princes, entreprise à ce qu'il paraît par le gouverneur Ru-skenen et par ses successeurs contre son

dm signifiant «bédouin»; et âmâ « 1 impure» et «la boue» en même temps voir notre Dict. pag. 187, 187 et 189). Il paraît donc que les Egyptiens des époques postérieures ne savaient plus si le mot âamu , dans la seconde partie de la composition du nom égyptien de la ville de Péluse , se rapportait au peuple des Aamu ou au mot âmâ de leur langue signifiant «la boue» et «l'impure» ou peut-être «non circoncis» à en juger d'après le déterminatif à la fin du

groupe : - û - û f — S) âmâ.

adversaire résidant à A vans, et conduite à sa fin glorieuse par le roi Àâh-mes (Amosis) , le chef et le fondateur de la dix-huitième dynastie.

Ce fait est mis hors de doute par le texte historique qui couvre les parois de la chapelle funéraire d'un certain Àâh-mes, située sur la hauteur de la montagne du côté de l'est des ruines d'une ancienne ville que les Grecs connaissaient sous le nom d'Eileithyiapolis, la Lucinae civitas des géographes romains. Àâh-mes, fils d'un certain Abana qui sous le règne de Râ-skenen était un des officiers du roi, y raconte sa biographie, et c'est à cette occasion que nous sommes informés, il est vrai très-généralement, au sujet des événements qui précédèrent la dix-huitième dynastie.

L'étude des documents égyptiens qui se rapportent à l'époque indiquée a donné les preuves que plusieurs rois, dont se compose la dix-septième dynastie, ont porté le même nom officiel, c'est-à-

dire Ra-skenen, et le même nom de famille: g=q ^ Taa.

Nous connaissons parmi leur nombre trois rois qui s'appellent : le

premier Taa Ier. son successeur Taa II avec le surnom de w

U « le grand », et Taâ III avec le surnom de ]ien «]e yicto-

rieux» ; ce dernier étant le prédécesseur du pharaon Amosis.

Dans le papyrus du Musée britannique (Abbott) qui entre autres contient un rapport dressé à l'occasion d'une spoliation des hypogées royales à Thèbes examinées et vérifiées par des architectes à l'époque de la XIXe dynastie, il est également question des deux premiers rois portant le nom commun de Taa, dont les tombeaux, à Thèbes, furent trouvés inviolés de la main des spoliateurs. Il en résulte d'une manière presque incontestable que ces rois, comme les autres membres de leur maison royale, ont été regardés comme appartenant à une dynastie thébaine. Ce fait, prouvé par l'existence des hypogées des rois Taa à Thèbes, est d'un parfait accord avec la supposition d'une dynastie de Thèbes, qui, d'après Manéthon (sur la foi d'Africain précéda immédiatement la XVIIIe dynastie des rois diospolites.

En étudiant les monuments dont l'origine remonte jusqu'à l'époque des premiers rois de cette illustre dynastie, il en résulte un fait qu'il est bon de noter pour se faire une juste idée sur la famille royale dont sortaient les fondateurs du grand empire égyptien des A'ménophis et des Thotmosis.

Selon les indications fournies par les tableaux de famille de plusieurs tombeaux et par les textes gravés ou peints sur quelques objets de nature funéraire, l'aïeul de la famille royale en question fut vénéré dans la personne de l'ancien pharaon Mentu-hotep, de la onzième dynastie, le 57e roi de la grande table d'Abydos. La transmission du sang pur de Mentuhotep au roi d'Amosis de la XVIIIe dynastie se fit par la princesse héréditaire Àâkmes Nofertàri, qui épousa ledit roi et dont la descendance fut regardée comme la race légitime des pharaons de la maison de Mentuhotep. Auprès de la reine Nofertâri que les Egyptiens, encore à une époque de beaucoup prostérieure à la XVIIIe dynastie , honoraient d'un culte commémoratif, une autre princesse contemporaine, portant

le nom de Aâh-hotep, la femme du roi U i j|j |1 Kames et

probablement la mère du roi Amosis, jouit d'une vénération trèsprononcée de la part des Égyptiens qui la regardaient après Nofertâri comme l'aïeule des rois de la XVIIIe dynastie. C'est cette reine dont le musée de Boulaq peut à bon droit se vanter de posséder les splendides et précieux objets de luxe et de parure qui lui appartenaient de son vivant, dignes d'une personne aussi élevée une reine aïeule de la plus célèbre dynastie comme de l'empire égyptien. On sait que ces bijoux, y compris des armes magnifiques, furent découverts sur la momie et dans le cercueil de la reine trouvé par hasard à Thèbes, à quelques pieds au-dessous du sol de l'ancienne nécropolis.

Les remarques et les observations que notre cher ami et savant collaborateur, M. Mariette-Bey a faites, dans sa « Notice des principaux monuments)) du Musée de Boulaq sur ces bijoux sont trop instructives et trop intéressantes pour que nous puissions résister au désir de les reproduire à cette place.

« Le cercueil de momie qu'on aperçoit à droite en entrant dans la Salle des Bijoux est celui qui contenait les deux tiers des objets précieux conservés sous la vitrine placée au centre de la salle. La cuve peinte en gros bleu sans aucune décoration n'ayant pas d'intérêt, et prenant d'ailleurs une place considérable, nous n'avons exposé que le couvercle.

Ce couvercle estmomiforme, et doré tout entier extérieurement. L'urœus, symbole de la royauté, se dresse sur le fond. Les yeux et les oreilles sont rapportés. L'enveloppe des yeux est en or, le blanc est en quartz, la prunelle en pâte de verre noir.

Les dessins qui le couvrent sont tracés à la pointe. Un collier cache les épaules et la poitrine. Sous le collier sont placés l'urœus et le vautour, groupe qui exprime la souveraineté sur la Haute et la Basse-Egypte. Une inscription verticale descend le long des jambes jusque sous les pieds où l'on voit deux images d'Isis et de Nephthys dans l'attitude de pleureuses. Enfin, par dessus ces ornements de détail, un système de grandes ailes enveloppe la momie tout entière.

Si l'on demande à l'inscription verticale dont nous venons de parler, le nom du personnage dont ce cercueil a contenu les restes, on y voit , après les formules d'adoration à Phtah-Sokar-Osiris et à Hathor, que ces restes sont ceux de la royale épouse principale, celle qui a reçu la faveur de la couronne blanche, Aah-hotep, vivante pour V éternité.

Notre cercueil contenait donc la momie d'une reine, et si l'on se rappelle :

1° Que les cercueils des rois Entef (XIe dynastie) conservés au Louvre et au Musée britannique sont dorés par les mêmes procédés et couverts, comme le nôtre, du même système d'ailes tracées à la pointe ;

2° Que les uns et les autres portent sur la poitrine le groupe emblématique formé de l'urœus et du vautour, et sous les pieds les deux pleureuses agenouillées ;

3° Que des deux côtés, la cuve est peinte en gros bleu, et taillée dans un tronc d'arbre évidé ;

4° Que le nom $ Aah-hotep est un nom commun pour les hommes et pour les femmes sous ces mêmes rois Entef ;

5° Que notre reine Aah-hotep est revêtue d'un titre (celle qui a reçu la faveur de la couronne blanche qui appartient de préférence à la XIe dynastie ;

6° Qu'elle n'est pas dite la justifiée, omission qui est la règle sous l' Ancien-Empire et qui, sous les contemporains des Entef, est le cas le plus fréquent ;

On conclura à priori que, comme les Entef de Paris et de Londres, la reine Aah-hotep appartient à la XIe dynastie.

A l'ouverture, la momie semble justifier ces prévisions. Sous la XIe dynastie, l'emmaillotage proprement dit est rare ; les morts sont plutôt entourés de linges en forme de linceuls que serrés dans des bandelettes ; entre ces linges sont placés des objets de toute sorte en rapport avec les usages de la vie privée ; d'autres objets de même nature adhérents à la peau, ou bien encore déposés dans les vides du cercueil. Or l'embaumement de la reine Aah-hotep s'est fait exactement dans ces conditions. Deux barques d'or et d'argent, des haches de bronze, de gros bracelets de jambes ont été trouvés à côté d'elle, sur le bois du cercueil. Entre les linges mal noués étaient déposés, comme au hasard, des poignards, une hache d'or, une chaîne garnie de trois mouches d'or, un pectoral. Enfin le cadavre lui-même était revêtu d'une autre chaîne d'or ornée d'un scarabée, de bracelets, d'un diadème, etc. En un mot l'intérieur du cercueil ne démentait pas l'extérieur, et tout jusqu'ici nous porte à conclure que si les Entef de Londres et de Paris sont des rois de la XIe dynastie, l'Aah-hotep de notre Musée sera une reine du même temps.

Mais dès qu'on interroge les inscriptions tracées sur les monuments divers dont je viens d'indiquer l'origine, le doute commence. La barque d'or massif, les haches de bronze portent le nom du roi Ra-ouaf Kheper Kamès ; les plus riches des autres objets sont marqués au nom de Ra-neb-pehti Ahmès nakht; quant au cartouche de la reine, on ne le retrouve plus une seule fois. Or Ahmès, ou Amosis, est un des rois les plus connus, et tout le monde sait que

le vainqueur des Hycsos est le premier roi de la XVIIIe dynastie. Les ressemblances de style (dont les tombes de Drah-abou'1-neggah nous ont fourni mille autres exemples) nous ont donc trompés ; comme nous l'avons expliqué autre part, l'Egypte est revenue sous la XVIIe dynastie avec la plus singulière persistance au style de la XIe, et la reine Aah-hotep sera désormais pour nous une contemporaine d'Amosis.

Restent à expliquer les liens de famille qui l'unissent aux deux rois nommés dans son cercueil. De ces deux rois Amosis est le plus récent, d'où l'on peut conclure que notre princesse sera morte sous son règne. Mais Aah-hotep était-elle sa royale épouse principale, ou celle de Kamès? Notons que nulle part Aah-hotep n'est dite soit la mère de l'un, soit l'épouse de l'autre. D'un autre côté, à moins que Kamès ne soit un de ces rois éphémères comme la XVIIe dynastie a dû en produire , le prédécesseur d'Amosis est, non pas Kamès, mais Rashenen. La lumière est donc loin d'être faite sur les problèmes que soulèvent ces questions compliquées. Ce qui est probable, c'est qu' Aah-hotep était la femme de Kamès, et qu'elle sera morte sous le règne d'Amosis, soit que celui-ci ait été son fils (conjecture que semble autoriser le soin tout filial dont témoigne le luxe vraiment extraordinaire de la tombe*), soit que, rex novus et sans généalogie connue, il ait voulu laisser à la femme de l'un de ses prédécesseurs son titre d'épouse royale. »

Parmi ces objets exécutés par les anciens orfèvres de Thèbes en or et en pierres précieuses, et portant tous le cachet de la plus haute perfection du travail et de l'art, il y en a un certain nombre qui sont ornés de légendes hiéroglyphiques d'un intérêt tout particulier pour l'histoire de cette époque. Une hache dont le manche est en bois de cèdre recouvert d'une feuille d'or, et dont le tranchant est de bronze, nous révèle, dans ses légendes, pour la pre-

*) Le cercueil et les bijoux d' Aah-hotep présentent d'ailleurs des anomalies si grandes que le titre de royale épouse principale (de Kamès) , au lieu de royale mère (d'Amosis) peut à peine nous arrêter, surtout si Kamès était encore vivant à l'époque de la mort de celle que nous croyons avoir été sa femme.

mière fois au complet le protocole royal d'Amosis. Un poignard d'or porte également les noms et les titres de ce roi appelé Àtihmes nayt c'est-à-dire « Arnosis le fort » ou « le vainqueur. » Des sculptures gravées sur un chasse-mouche . font reconnaître le roi Kames distingué par son nom d'enseigne se-zaf-taui « l'approvisionneur des deux mondes»,*; qui rappelle à notre ami M. Mariette Bey la première partie du titre donné à Joseph, pendant son séjour en Égypte, par le pharaon contemporain. Sans vouloir contester le mérite et la probabilité de cette comparaison proposée par notre savant collègue , nous croyons cependant devoir donner la préférence à une autre origine de ce titre : Zaphnat-pcmea% , dont voici la décomposition en mots égyptiens :

O -Q ^} -f\ \x /WWV\ -Q O /WV\AA £^

Za- pa- v- nt- pa- àa- an% Le gouverneur du district de la ville de la vie Le sens de ce titre est tout clair et d'accord avec les détails de l'histoire de Joseph à la cour pharaonique. La contrée appelée «le district de la ville Aa-cm%» (à la lettre «ville de la vie») est la même que les géographes grecs ont désignée par le nom du Nomos Séthroïtès , comme nous le prouverons à un autre endroit. C'est cette contrée située près de Tanis où Joseph et les Hébreux ont vécu pendant le temps de leur séjour en Egypte.

La barque d'or massif, garnie de son équipage et montée sur un chariot à quatre roues, qui a été découverte avec les autres objets appartenant jadis à la reine Àâh-hotep. paraît avoir été un cadeau du roi Kames. Du moins son nom officiel couvre la figure d'un lion passant qui est gravé sur la paroi extérieure d une des deux cabines dans l'intérieur de la barque.

La reine Àâh-hotep a été ensevelie à Thèbes pendant le règne du roi Amosis, qui selon toute probabilité a été son fils et le fils du roi Kames dont le tombeau, dans le papyrus Abbott, est men-

*) Les noms propres composés de Sezaf- ou de saf ne sont pas rares en égyptien. C'est ainsi que le nom d'un roi de la XIIIe dynastie débute par ce mot Sezaf- et que deux autres pharaons de la même dynastie s'appellent Merzefau («ami de l'abondance») et Neb-zefau («maître de l'abondance»).

tiouné après ceux des deux Taâ Ier et II. Ce père d'Amosis paraît avoir été un des roitelets qui, vers la fin de la XVIIe dynastie et encore au commencement de la XVIIIe, gouvernaient dans différentes parties de l'empire égyptien sous le titre de vice-rois. Les liens de famille qui les attachaient à la maison d'Amosis, ôtent tout soupçon à leur égard. En se contentant de leur modeste rôle, ils contribuaient à surveiller les intérêts du pouvoir royal, et avec cela ceux de leur propre famille. Quoique leur nom soit entouré du cartouche royal, leur titre égyptien suten-sa « fils royal » ou « prince », indique d'avance leur position à l'égard de la personne du roi. Parmi le nombre des autres vice-rois qui apparaissent sur les monuments de l'époque, nous signalons les suivants à l'attention du nos lecteurs : Le prince Binupu avec le nom officiel de Nofer-ka-râ, le prince Aâh-mes avec le prénom de Suot-en-rci*) un autre prince royal du même nom avec le surnom de Sa-pâri, le prince TJotmes et le prince Rennes, le prince Sa-râ Sa-àmen. Ajoutons-y encore, cependant sans les citer par leurs noms, une douzaine de princesses de sang royal, et on conviendra que malgré les désastres et les malheurs que l'Egypte dut subir du temps des Hycsos, la famille légitime avait conservé dans sa nombreuse descendance le germe d'une grande prospérité.

La famille, dont trois représentants du temps des Hycsos nous sont connues par les noms de Râ-skenen Taâ, avait reçu une bonne leçon pour son avenir et pour les mesures à prendre afin de garantir l'unité de l'empire et maintenir l'obéissance des sujets non égyptiens, résidant dans la partie orientale du Delta. Après avoir reconquis cette contrée et après avoir expulsé les rois étrangers de leur résidence d'Avaris, le premier soin des rois légitimes fut d'effacer les moindres souvenirs qui auraient pu rappeler l'existence de la domination étrangère, d'abolir dans la même contrée

*) Les noms de ces deux princes se trouvent sur une des plus jolies statuettes en bronze du Musée de Boulaq , dont M. Mariette vient de livrer le dessin et les noms à la publicité C'est la figure d'un petit dieu Horpe%rut dont le piédestal est orné des cartouches des deux princes.

le culte et les statues du méchant Set , le représentant divin des Hycsos, et de remettre le bon dieu Horus à sa place. Inspirés du sentiment de la revanche, les rois glorieux de la XVIIIe dynastie, firent tous leurs efforts non-seulement pour anéantir de cette façon toutes les traces de leurs ennemis nationaux dans l'Égypte ellemême, mais aussi pour les combattre en les suivant jusqu'aux bords de l'Euphrate, dans les vastes plaines de la Mésopotamie.

L'histoire de la XVIIIe dynastie c'est l'histoire de cette réaction politique, de la vengeance accomplie jusqu'à la dernière extrémité. Mais c'est aussi l'époque la plus glorieuse de l'histoire d'Egypte qui par suite des victoires et conquêtes de ses pharaons étendit ses frontières jusqu'aux extrémités du monde alors connu.

En étudiant les monuments qui appartiennent à l'époque de la XVIIe dynastie et au commencement de la XVIIIe maison pharaonique, on ne peut se soustraire à une observation, du reste assez curieuse, pour connaître l'opinion des Egyptiens contemporains sur la famille des soi-disant Hycsos et sur le peuple étranger résidant depuis les temps les plus reculés de l'histoire dans les parties orientales du Delta, et désigné du temps des Ramessides par le nom de Zar ou Zal. Si la haine des Égyptiens (nous ne parlons pas de la haine des familles royales dont le pouvoir fut réduit, par les Hycsos, au gouvernement de la contrée du Midi, le Patros*) de la Bible) contre leurs oppresseurs a été si grande et si justifiée comme on doit le supposer sur la foi du récit de Manéthon : comment expliquer le fait singulier que ces mêmes Égyptiens, à l'époque des Hycsos et des temps postérieurs, y compris la classe des prêtres d'Amon à Thèbes, n'ont pas trouvé étrange de donner à leurs enfants des noms purement sémitiques empruntés à la langue de leurs ennemis nationaux qui, selon Manéthon, ont fait tant de mal à leur patrie, même jusqu'à persécuter les divinités du panthéon égyptien? C'est ainsi que sur une stèle du musée du Louvre, datant de l'époque du pharaon Àmenhotep Ier Aménophis) , le second roi de la XVIIIe dynastie, les différents membres d'une famille qui, d'après

*) En égyptien : Va-to-res «le pays du Midi. »

la généalogie inscrite sur le monument en question, remontent six générations au delà d'Aménophis, que plusieurs de ces membres attachés au service d'Amon, portent des noms purement sémitiques, parfois composés avec le nom du dieu Baâl, comme par exemple, leur aïeul qui s'appelle Pet-baal « le don de Baal?» Le nom de sa femme Abrakro. les noms de son fils Atu et ceux des femmes de ses petits-fils : Tunafi, Hiselat, Tir ou TU (la dernière fille d'un nommé Kqfeniâa), etc., sont apparemment d'origine étrangère et ne s'expliquent qu'à l'aide des langues sémitiques. On n'a qu'à feuilleter « le Dictionnaire des noms hiéroglyphiques » publié par M. Lieblein auquel nous avons emprunté les exemples cités ci-dessus (No. 553 pag. 1S3 , pour se convaincre de la justesse de notre observation. Loin de repousser les éléments étrangers qui auraient pu rappeler la présence de leurs oppresseurs, les Égyptiens contemporains sont allés jusqu'à adopter leurs noms, comme de l'autre côté ces oppresseurs, à en juger d'après les noms égyptiens Apopi et Nub portés par deux de leurs rois , ont trouvé parfaitement en règle d'adopter des noms propres d'origine égyptienne.

Si l'on veut bien nous permettre de dire notre opinion sur ce fait, incontestable à l'égard d'une foule d'exemples analogues à celui que nous venons de proposer, nous en devons conclure que la haine politique entre les deux races, l'égyptienne et la sémite, n'existait pas en réalité, et que cette haine supposée doit être mise sur le compte de la maison pharaonique de la famille thébaine, et que l'exagération a joué ici son rôle pour donner, à la domination des Hycsos, le caractère du terrible et du barbare, afin de trouver une excuse convenable à la faiblesse et au manque d'énergie des pharaons prédécesseurs.

Nous demandons où sont les traces de la destruction, commise par les Hycsos, des temples, des tombeaux et des œuvres d'art dont l'origine remonte à des époques antérieures à leur domination en Egypte ? Nulle part ! au contraire, ces soi-disant oppresseurs et barbares ont scrupuleusement respecté les constructions et les travaux des pharaons de l'antique empire qui, grâce à ces senti-

ments de piété de la part des rois Hycsos pour le passé, se sont conservés jusqu'à nos jours.

Si Ton n'est pas convaincu par ce que nous venons de dire en l'honneur des Hycsos, ces prétendus ravageurs des œuvres égyptiennes, on n'a qu'à lire ce que M. Mariette Bey. le juge le plus compétent de l'histoire des monuments, a exposé sur le même sujet dans sa : Notice sur les principaux monuments du Musée de Boulaq. En parlant de la ville de Tanis qui existait déjà au temps de la VIe dynastie et que les rois de la XIIe et de la XIIIe avaient embellie à Tenvi , il observe « qu'il est douteux que le grand temple ait eu beaucoup à souffrir de l'invasion des Pasteurs. La seconde dynastie de ces conquérants travailla même à en augmenter 1 éclat, et y lit placer de remarquables œuvres d'art conçues dans un style égypto-asiatique où l'influence égyptienne domine. Aucun vestige de la XVIIIe dynastie ne s'y trouve. Tanis qu'on croyait avoir été ravagée par les Pasteurs, a eu, au contraire, à souffrir de leur départ, et il est vraisemblable qu' Amosis démantela la Aille qui avait été leur capitale. »

Démolir les monuments de leurs adversaires politiques, effacer leurs noms et leurs titres, et parfois les remplacer après coup par les leurs, est une invention des pharaons égyptiens qui, à commencer par les premiers rois de la XVIIIe dynastie, ont pratiqué ce système avec tant de succès que le souvenir des Hycsos a presque entièrement disparu de la surface du sol et que les plus grandes difficultés pour les recherches historiques de nos jours proviennent des nombreux palimpsestes sur pierre.

Si l'on veut nous objecter que le roi Atihmes Amosis . le vainqueur des Hycsos, et, après lui, le roi Amenhotep III selon les inscriptions gravées dans les carrières de Mokattam, ont commencé à rebâtir et à restaurer les sanctuaires et les temples tombés en ruines, les textes ne disent pas un mot que cette ruine a été causée par la barbarie des Hycsos. L'auteur des stèles en question se sert de la même expression qui se rencontre dans ces sortes de textes de toutes les époques en assurant que «les sanctuaires étaient allés grandement vers la ruine depuis les époques de ceux qui vivaient

auparavant. » La seule allusion qui se rapporte à des étrangers, se trouve dans le passage suivant des deux stèles de l'an 22 du roi Amosis :

ùth-tu àner em àn

a été traînée la pierre de boeufs ammenés [et confiés

aaaaaaI aaaaaa 1 I

û i • Jr I !

«aux] soins des Phéniciens.»

Nous reviendrons plus tard à ce nom propre des Fen% ou Feni% dans lequel on doit reconnaître sans difficulté l'expression égyptienne du peuple des Phéniciens, les Phoinikes dans la langue grecque.

Avant de clore ce chapitre qu'il nous soit permis de dire un mot sur la chronologie en rapport avec le séjour des Hycsos en Egypte. Nous avions remarqué plus haut que, sur un monument de l'époque de Ramsès II, découvert par M. Mariette Bey au milieu des ruines de Tanis, l'auteur du texte gravé sur la stèle s'est servi de 1 ère d'un roi Hycsos appelé Nub, pour indiquer la date de la rédaction de l'inscription, qui débute par les mots : « L'an 400, le 4 du mois de Mesori du roi Nub. »

En attribuant à l'époque de Ramsès II l'an 1350 avant J— C. comme date approximative, suivant les meilleures autorités en matière chronologique, le règne de Nub — probablement la première année de son avènement au trône, — tombe vers l'an 1750 avant J — C . Quoique nous ignorions quelle place le roi en question a occupée dans la série des rois pasteurs, cette date réclame d'abord une certaine valeur comme indication approximative pour l'époque de la domination étrangère en Égypte. Mais cette valeur acquiert une extrême importance par son rapport très-évident avec une tradition de la Sainte-Écriture, relative au nombre des années du séjour des Juifs en Égypte. Selon l'Exode XII, 40) les Hébreux, depuis les jours de l'immigration du patriarche Jacob jusqu'à leur

sortie d'Égypte, sont restés 43<) aimées dans ce pays, chiffre qui dans un autre passage de la Bible (Genèse 15,13; est arrondi à 400 années. Comme la sortie des Juifs a eu lieu après la mort de Ramsès II, le père adoptif du législateur Moïse et le pharaon de la servitude, Tan 1300 avant J — C. correspondra approximativement à l'époque du successeur de Ramsès II, Menephthès Ier, le pharaon de l'Exode. En ajoutant à ce chiffre de 1300 les 430 années du séjour des enfants d'Israël en Égypte, il en résulte que Tan 1730 avant J— C. correspond nécessairement à l'époque de Joseph, sous le gouvernement duquel Jacob et ses enfants immigrèrent dans l'orient du Delta, ou en d'autres termes, que le temps de Joseph 1730 av. J— C. tombe dans l'époque des rois Hycsos, et plus spécialement dans l'époque du roi Nul 1750 av. J — C). Ces coïncidences, il faut le confesser, ont plus de valeur que les dates empruntées aux systèmes chronologiques fondés sur la base des chiffres manéthoniens et des indications chronologiques conservées chez plusieurs auteurs de l'antiquité. Ces chiffres -là n'obligent ni à modifier ni à rectifier le système, leur valeur est une autre ; c'est qu'ils prouvent, indépendamment de chaque système chronologique, la probabilité de la fixation d'une époque très-importante dans l'histoire du inonde moyennant deux indications chronologiques qui coïncident si merveilleusement et qui, indépendamment Vme de l'autre, tirent leur origine de deux traditions également authentiques, également vénérables.

En effet, la supposition que Joseph a été vendu en Egypte et. plus tard, élevé aux plus grands honneurs, par un roi Hycsos — supposition qui ressort si clairement de la correspondance chronologique, — trouve un nouvel appui et une nouvelle preuve par une tradition chrétienne que le P. Syncelle nous a conservée. D'après cette tradition adoptée par tout le inonde, Joseph gouverna le paye sous le règne du roi Aphophis, le roi Apopi des monuments, dont le temps ne peut pas être de beaucoup d'années antérieur à l'époque du roi Amosis de la XVIIIe dynastie.

Nous avons le plaisir d'ajouter à ces observations relatives nu temps de Joseph et de son maître et souverain, une curieuse illu-

stration et un témoignage bien significatif à l'aide d'un texte égyptien inconnu jusqu'à présent, du moins pour cette partie que nous allons communiquer à nos lecteurs. Nous ferons d'abord observer que l'époque de Joseph est marquée d'un phénomène d'une haute portée pour le bonheur du pays qu'il gouverna pendant une famine de sept année causée par les inondations trop faibles du fleuve. Nous allons prouver que ces années de famine, justement vers l'époque où Joseph administra le pays, se trouvent mentionnées dans un texte égyptien.

C'est dans un des tombeaux d'El-Kab, l'ancienne Eileithyiapolis (près du village El-Kab) que ce texte est gravé sur la muraille en face de la porte d'entrée. A en juger d'après le style des caractères hiéroglyphiques et d'après la manière de décorer la chapelle, le propriétaire du tombeau, du nom de Baba, a dû vivre vers le temps de la XVIIe dynastie. Aucun nom royal n'orne la chapelle pour permettre de préciser plus spécialement cette époque par le règne du roi correspondant, mais heureusement cette lacune peut être suppléée par le fait suivant.

Le nom de Baba (auprès de celui de Abana. second nom du même personnage) se rencontre dans le tombeau voisin de l'officier Àahmes, contemporain du roi Amosis, sous le règne duquel il avait passé sa jeunesse, tandis que son père Baba- Abana vivait pendant l'époque du roi Râ-sekenen [Taâ III) dont il fut un des officiers. Comme on n'a pas encore rencontré la tombe du père d'Aâhmes, tandis que toute sa famille, enfants et petits-enfants, reposent soit dans sa propre tombe soit dans des hypogées construites par un des membres de la descendance , il est évident que la tombe de Baba devait appartenir au père (ÏAâhmes, le chef des nautonniers, qui vécut sous le règne du roi Amosis et de ses successeurs jusqu'à Thotinosis III. Les premières trois lignes du texte dont nous venons de parler et qui décore la chapelle funéraire de Baba, ont été publiées par nous dans le premier volume de notre recueil pl. LXXII N° 3. Plus tard nous avons eu l'occasion de le compléter en copiant le reste de l'inscription composée de quatre lignes

verticales. Baba, père d'une famille très-nombreuse, nous raconte

sa biographie de la manière suivante :

«J'ai été d'un coeur doux, sans colère, les dieux m'ont ac- « cordé la prospérité sur la terre, mes concitoyens*) m'ont sou- « haité la santé et la vie dans la ville de Kab. J'ai appliqué la « punition aux malfaiteurs. Des enfants étaient à moi, dans ma « ville, pendant mes jours, (car) j'ai procréé, grands et petits, «52 (enfants). Il y avait autant de lits, autant de chaises (?), « autant de tables (?) pour eux, (le nombre) du blé et du froment « était**) de 120 boisseaux, le lait était extrait de 3 vaches, de « 52 chèvres et de 8 ânesses , le parfum consumé) a été d'un « Hin et l'huile de deux bouteilles. Si quelqu'un s'oppose, (en «prétendant; que c'est une plaisanterie ce que je dis, j'invoque « le dieu Mont pour témoigner que j'ai dit la vérité. J'ai préparé « tout cela dans ma maison. J'ai donné du lait caillé dans des « cruches et la bière dans la cave en plus de Hin que suffisants. « Jai ramassé***) du blé, aimant le bon dieu,-; j'ai été attentif « à l'époque de la semaille (ou de l'hiver) . —

iii Ait cm hak yeperu em ây-u en renpi-tu

« Etant une famine éclatée pendant beaucoup d' années »

QQQ I

ertu-an tà en no-t em hak neb

«j'ai donné du blé à la ville pendant famine chaque. » Nul doute que la dernière partie de l'inscription que nous avons préféré de reproduire textuellement à cause de son importance

*) Littéralement: «ma ville.»

**) C-à-d. que les 52 enfants consommaient par jour. Peut-être devraiton lire 220 au lieu du chiffre 120 qui suit après. ***J Littéralement : j'ai fait du blé [nuk âr tà) , également comme on disait dr yetu « faire des choses» pour «ramasser des richesses. »

f) Le dieu nnfer «le bon», pourra être identique avec Osiris, le bon par excellence (voir p. 700 1. 1 de notre Dictionnaire), mais nous ferons observer que le même mot, peut-être par allusion, signifie aussi l'épi, de manière qu'il s'agissait du dieu des épis. Comp. Dict. p. 701 1. 14 et suiv.

Buroscn, Histoire d'Kgypte. I. 12

capitale, ne tasse allusion à un événement historique arrivé sous forme d'une famine qui régna pendant plusieurs années en Egypte. Comme un tel malheur est de la plus grande rareté, comme l'histoire n'en connaît qu'un seul exemple, les sept années de famine à l'époque de Joseph, et comme l'inscription ci-dessus date d'un temps qui s'approche visiblement de l'époque de Joseph, il en résulte le fait curieux et important que les nombreuses années d'une famine arrivée en Egypte du vivant de Baba, vers la fin de la XVIIe dynastie, se rapportent directement au même événement dont s'occupe la Sainte-Ecriture en parlant des sept années de famine arrivées en Egypte comme dans les autres pays du inonde.

Nous ne croyons pas que la critique la plus sévère puisse nous objecter d'avoir poussé trop loin la comparaison entre ces deux événements ou d'avoir tiré des conclusions trop hasardées et peu fondées pour l'histoire de Joseph et pour l'époque des Hycsos, les maîtres du pays et les protecteurs de Joseph et de Jacob. Le texte sacré de la tombe de Baba est tellement simple et clair, qu'il ne présente pas la moindre difficulté ni le moindre doute pour son interprétation. Il faudrait donc nier son existence pour ne pas vouloir reconnaître son importance à l'égard du fait historique de la grande famine du temps de Joseph.

Si on voulait conserver des doutes sur La prétendue parenté qui. d'après nous, existe entre Baba et son fils Aâhmes. en nous faisant observer que le nom de Baba aurait pu être porté par bien des personnes de toutes les époques de l'histoire d'Egypte : nous devons faire la remarque que les études monumentales nous obligent à reconnaître que le nom de Baba apparaît précisément à la XVIIe dynastie qui s'attache directement aux Sebekhotep et Noferhotep de la XIIIe maison pharaonique. M. Mariette, dont les expériences sont d'une si haute valeur pour la question de l'âge des monuments, a indiqué très-positivement et très-lucidement*) le lien intime qui rattache les dynasties mentionnées. Peut-être que la découverte d'une liste généalogique composée de personnes

Voir plus haut pag. 166.

contemporaines à ces dynasties , résoudra un jour , une fois pour toutes, cette question si obscure et en même temps si intéressante. Le calcul chronologique fondé sur la base des listes et des chiffres manéthoniens, ne suffit plus pour éclaircir la période du moyen empire de l'histoire d'Egypte. Les nombreuses rectifications que récemment les découvertes monumentales ont apportées à la chronologie égyptienne , prouvent d'une manière frappante et incontestable que chaque système formé à priori, est exposé à des vérifications très-dangereuses par suite d'un changement nécessaire des chiffres. La découverte inattendue d'un papyrus contenant le livre des rois sans la moindre lacune, serait le seul moyen d'établir la chronologie des dynasties égyptiennes, surtout pour cette partie qui remonte au delà de la XIXe dynastie.

Tableau des pharaons

qui à partir du premier roi Mena ont régné en Égypte jusqu'à la fin de la XVIIe dynastie, dressé d'après les indications de la Table d'Abydos.

Les dates de leur règne sont fondées sur le calcul approximatif de la chronologie des généalogies, la date de 1350 époque de Ramsès II) formant le point de départ.

an. av. J— C. an. av. J— C.

1 Mena Ire dyn.

Zazai

2 Tota

Nebka

3 Mot

Sersa

4 Ata

Tota

5 Husapti

Sezes

6 Mirbapm

KoferkarU

7 (Sémempsès)

Senofru

8 Qebeh

yufu IVe dyn.

9 Buzan IIe dyn.

Ratatf

10 Kakau

Xâfrd,

11 Bainuter

MenkarU

12 JJznas ■

Sepseskaf

13 Senta

TJikaf

an.

av. J — ('.

an. av. J — Ç.

27 S ah ura Ve dyn.

49 Noferkarâ Terel 2800

28 Keka

50 Noferkalior

29 Rânoferf

51 Noferkarâ Pep)iseneb .

30 Râenuser

52 Noferkarâ Ânnu 2700

3 1 Menka uh or

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