LE SÉMITISME EN EGYPTE
Nous avons déjà fait la remarque que, d'après le canon de Turin , les règnes des pharaons qui forment la seconde moitié de la 13e dynastie, n'étaient que d'une courte durée. C'est à peine s'ils s'élèvent au chiffre de quatre années. Il est évident que cette circonstance doit être attribuée à des causes politiques, probablement aux guerres civiles qui troublaient l'empire et qui nous expliquent l'existence d'une dynastie collatérale dans la basse Egypte, celle des 76 rois de Xoïs, selon la tradition manéthonienne. Ces troubles intérieurs provoqués par l'ambition de dynastes établis dans la haute Egypte et dans le Delta , peuvent servir de clef pour nous éclairer, d'un côté, sur le long silence monumental, et de l'autre, sur le succès d'une invasion de peuples étrangers qui jusque là n'avaient pas osé faire face aux forces réunies de l'empire de Kemi. Les dynastes de cette époque avaient toute autre chose à faire qu'à penser à construire des monuments aux divinités du pays, et les hauts fonctionnaires voyaient changer trop souvent les personnes de leurs maîtres pour avoir confiance dans la stabilité de l'état et pour tailler dans le roc de la montagne ces chapelles funéraires , témoins de la gloire et des richesses qui permettaient aux gens de se vouer, à leur aise, à ces paisibles travaux.
Avant de nous occuper de la domination étrangère qui réduisait les
rois d'Égypte au rôle de simples J a haq ou gouverneurs , il nous
Bkiosch, Histoire d'Égypte. I. 9
paraît utile d'examiner de plus près la géographie de ces parties de l'Egypte qui , à l'époque de la conquête , formaient le théâtre des événements qui vont nous occuper tout-à-l'heure.
En commençant par la basse Égypte, nous devons constater d abord que le Delta proprement dit, était habité par une population appartenant pour la plupart , à la race purement égyptienne. Du côté de l'ouest la branche du Nil appelée plus tard la Canopique, indiquait la frontière antique, comme du côté de l'orient la branche Pélusiaque la frontière à Test. Vers l'ouest, des peuplades de la race des Tama/tu avaient occupé les terrains qui s'étendaient vers la mer, jusqu'à la rive gauche de la branche Canopique. Il y avait là, à l'endroit appelé plus tard en langue grecque Héracléum , une ancienne ville du nom de Karbana 'qui désignait le point le plus septentrional de cette partie du Delta. Le nom de Karbana, qui n'appartient pas à la langue égyptienne, apparaît pour la première fois dans ce fameux papyrus du temps de Ramsès III dont la science depuis de longues années attend la publication avec une impatience bien pardonnable.*) D'après les indications que M. Chabas, l'auteur d'un ouvrage précieux sur «l'antiquité préhistorique. » a fournies dans son travail et qu'il a tirées d'une étude du papyrus en question, » les Masuas établis au Delta se soulevèrent, attaquèrent les villes et détruisirent les récoltes depuis Memphis jusqu'à une ville nommée Karbaïna. » Le savant égyptologue de Heidelberg, dans une notice qu'il vient de publier «sur le grand
*) Ce document, qui fut découvert avec d'autres rouleaux sur papyrus à Thèbes par feu M. Barris d'Alexandrie , aune longueur de 40m 5, et renferme, sur 79 pages de texte, une description très-détaillée des exploits et des munificences du pharaon Eamsès III envers les temples principaux du pays. Nous profitons de cette occasion pour constater que S A. le Khédive d'Egypte Ismaël Pacha, de son propre mouvement, nous avait autorisé à offrir la somme de 2000 livres Sterling pour acquérir ce document important afin de le livrer à la publicité. La hauteur de cette somme, qui témoigne le mieux l'intérêt tout particulier de ce prince éclairé pour tout ce qui se rapporte à l'histoire de son pays , ne satisfit pas les espérances de la propriétaire du papyrus. Celui-ci, à ce qu'on sait à présent, sortit d'Alexandrie pour être vendu au British-Museum à Londres. Espérons que la direction de cet institut ne tardera pas à le publier.
papyrus - Harris. » propose la traduction suivante du passage en question. « Les Libu et les Masauasa se révoltèrent contre PÉgypte, ils conquirent les villes des contrées du côté de l'occident, en commençant par Memphis jusqu'à Karbana. » Suivant cette traduction, qui nous paraît plus exacte que la remarque de M. Chabas sur l'attaque des Masauasa , la ville de Karbana devait être située à un point extrême et opposé à la ville de Memphis. sur la rive occidentale du fleuve.
La seconde mention de cette place que nous avons reconnue dans l'endroit nommé Héracléum par les Grecs , se rencontre dans un texte cunéiforme dont nous devons l'analyse à la sagacité du savant assyriologue M. Oppert de Paris. Dans ce texte, qui nous occupera encore plus tard, il est question d'une expédition de Sardanapale, roi d'Assyrie, contre Téarco, roi d'Egypte et d'Ethiopie. Tout l'intérêt pour nous se porte sur un passage où Sardanapale s'exprime ainsi: «Je décrétai l'expédition contre l'Egypte. Ils marchèrent en hâte et avec empressement, et parvinrent jusqu'à la ville de Karbanit. Lorsque Tearco , roi d'Ethiopie, entendit dans Memphis. l'approche de mon armée, il compta ses forces pour livrer combat et bataille.»*) Nul doute que les deux villes de Karbana et de Karbanit ne soient identiques. Le nom de Karbanit est bien d'origine sémitique. Dans l'idiome assyrien, ainsi que M. Oppert l'a démontré, Kar-baniti signifie «la ville de la déesse mère , » quoique ce savant soit en doute à quelle ville appliquer ce nom. Il pense d'abord à Carthage, mais à la fin il incline à reconnaître dans le nom assyrien de Karbanit une ville située sur les confins de TÊgypte.
Mais cette ville est-elle bien celle qui plus tard était connue sous le nom d'Héracléum ?
Nous tirons nos preuves, en faveur de cette opinion, d'un passage du texte hiéroglyphique de la pierre de Tanis le décret de Canopus . A la ligne 25 de cette inscription importante il est
*) Voir Oppert, Mémoires sur les rapports de l'Egypte et de l'Assyrie dans l'antiquité. Paris 1869. pag. G9.
question d'un sanctuaire appelé 1 1 1 V ^1 ^ 11 <=> e* traduit
LU ^ <=>«^ «go©
dans la partie grecque du décret par les mots correspondants: «le sanctuaire dans le Héracléum » (ou dans le temple d'Héraclès] . On pourrait, à la rigueur, rendre le texte hiéroglyphique par la traduction : «le temple de la ville de Akerebemro, »*) mais l'inscription démotique qui répond à ces groupes hiéroglyphiques nous force de décomposer le nom barbare ftAkerebemro en plusieurs parties. N'ayant pas de types démotiques à notre disposition, nous transcrivons, signe par signe, les caractères démotiques par les hiéroglyphes correspondants :
D- ~wwv ' ' ù t~~~~1 1 A <==> ° nuter-hat en pe-àmon I 1 AAAAAA I I © ' ^
karba «le sanctuaire du temple d'Amon de la ville de Karba.» Ajoutez à ce nom de Karba la terminaison locale na des noms de villes sémitiques , et vous aurez la ville de Karbana du papyrus de Ramsès III.
Il est aisé de voir que le nom de ville Akerebemro dont nous venons de parler , consiste en quatre mots qui se distinguent trèsclairement les uns des autres, et que voici :
àherba em ro [àri)
«la ville Akerba à l'embouchure à1 An.
Analysé de cette façon le nom composé reçoit toute une autre importance. En nous démontrant que la ville & Akerba**) était situé à l'embouchure d'une des branches du Nil, l'analyse que
*) C'est ainsi p. ex. que M. Lepsius a transcrit le groupe en question. **) Quoique la pierre de Tanis fasse reconnaître très-clairement la lettre à préposée au nom de Kerba, toutefois il nous paraît nécessaire d'y supposer une erreur du scribe chargé de la rédaction du décret hiéroglyphique, ou du sculpteur qui le grava sur la pierre Prenant en considération la traduction du texte démotique, nous sommes presque obligé de croire que l'auteur de la
rédaction avait eu en vue le nom du dieu Amon (I amon dont la se-
1 AAAAAA
conde partie qui contenait la syllabe mon, a disparu par suite d'un lapsus calami.
nous venons de proposer, donne les preuves qu'effectivement la position de la ville de Karba doit être reconnue à F endroit appelé Héracléum par les Grecs. Ce dernier se trouvait, du côté de l'occident, près de l'embouchure du Nil qui aux temps classiques portait le nom Canopique ou Héracléotique , et qui doit nécessairement correspondre au nom 42q An du texte hiéroglyphique.
En examinant les traditions monumentales on rencontre, en effet, ce nom déterminé par le signe d'eau. Dans la chambre des branches du Nil qui fait partie des salles et des couloirs de la tombe du roi Rarnsès III à Biban-el-moluk , et dont nous avons publié les légendes hiéroglyphiques dans nos études géographiques, il se trouve le groupe
^ AA/WNA
pour indiquer une des branches du fleuve du côté de V ouest , de manière que nous pouvons assurer au signe du poisson représentant pour la syllabe ân la valeur géographique que nous venons de lui attribuer.
Que le lecteur nous pardonne ces observations, qui peut-être ne l'intéresseront pas trop, s'il n'a pas le bonheur de goûter le plaisir des recherches égyptologiques , mais qui sont très-importantes sous le point de vue historique. A l'endroit qui plus tard était connu sous le nom d'Héracléum, il y avait anciennement une ville fondée originairement par une population de race sémitique et appelée d'un nom sémite Karbana. Les Assyriens y reconnaissaient le nom Kar-banit, plus adapté à leur propre idiome, tandis qu'à l'époque des Grecs le même nom se prononçait Karba, la syllabe finale na, à l'instar d'autres exemples, *) étant retranchée. Il y avait un temple du dieu Amon que les Grecs comparaient à leur dieu Héraclès.
En nous tournant du côté de l'orient , il faut constater que les études monumentales nous forcent de reconnaître le Sémitisme le plus prononcé dans toute cette contrée qui était située vers l'est
*) Comparez Za et Zan (la ville de Zoan, Tanis).
de la branche Tanitcdu Nil et qui embrassait les trois nomes VIII. XIV et XX de la basse Egypte. La ville de Tanis chef-lieu du XIVe nome qui avait donné son nom à cette branche, est appelée Zar ou Zal:
rC^-r . (gZjf © et même, au pluriel, Zaru, comme
s'il fallait traduire «la ville (du peuple étranger) des Zar. » Le nom de Tanis qu'elle portait à l'époque grecque et qui fournissait le prototype de l'appellation moderne San , provient d'une autre dénomination donnée à la même ville et se présentant sous la
forme de Zân ou Zeân. C'est indubitablement le même
endroit que le Zoân de la Bible « qui fut bâtie sept ans plus tard que la ville de Hébron » (Num. XIII, 23). La ville de Tanis, regardée dans les textes égyptiens comme une ville originairement étrangère — preuve le déterminatif qui suit les noms propres d'origine
étrangère, formait le centre d'une population sémitique, soumise à la domination égyptienne. Ce sont «les peuples dans le nome
yont-ùbot » r^j Jj^ f Jj ^ou^ Tanis était le chef-lieu, cités dans les inscriptions hiéroglyphiques. **)
Sur la stèle de l'an 400 de l'ère de Nuhti, découverte à Tanis,
il est question d'un ^ ^ mur y et zal « comman-
dant de la forteresse de Zal» qui, en outre, porte le titre :
mur setu «commandant)) ou «chef des peuples étrangers. » Encore cette fois il s'agit d'habitants d'une race étrangère qui s'étaient établis dans le nome Tanite.
*) Si l'on voulait expliquer le mot Zar, Zalk l aide de l'égyptien, il signifierait «la forte» ou «la fortifiée, la fortification.» Encore en copte *2s.op veut dire «fort, fortifié, puissant. » Ce rapprochement résulte entre autre du passage suivant que nous avons lu à Dendérah et que nous citons au profit de nos collègues en égyptologie. En parlant d'une espèce d'ingrédient aromatique dont on se servait pour embaumer les corps , on emploie la tournure :
auf-u-k j/s^f ^ ~R~ [za>'i qes-u-k at em ran-f en ânt « tes chairs sont
fortifiées et tes os sont garantis (contre la destruction) en ton nom de baume. **J P. ex. sur le cercueil de Nextnebef à Berlin.
Les papyrus historiques de la 19e dynastie s'occupent d'une certaine préférence de cette ville qui portait un troisième nom, celui de la ville de Ramsès IL A cette occasion les documents en question mentionnent un nombre de canaux et de lacs situés dans le voisinage de la forteresse des Zala , dont les noms à peu d'exceptions près sont du plus pur sémitique. C'est ainsi qu'on y
-<n ^ <<n r\ /www /wwv\ Q £^ r\ r */WW\
rencontre v\ LT^T v\ (]/)%> /wwvv Ta-saànàu, (I \ */ww Peter», /WVAAA<=>3^ Nqyal*) °|Tll^<^]Q = Puhartâ**) et d'autres. Les lagunes du lac de Menzaleh y sont nommées g — > ^ *~ Tîw/Ê, ou avec l'article égyptien : Pa-tufi^ mot qui
se rapproche trop de l'hébreu suf avec le sens de « papyrus » pour démentir l'identité proposée de nous.*^
A l'est du nome Tanite et aux bords de la branche Pélusiaque il faut chercher le VIIIe nome de la basse Egypte, celui que les textes
hiéroglyphiques désignent par le groupe <r"? ^ . Son chef-lieu est
désigné par le nom égyptien [j ^ ^ ^ P-àtum « la ville du dieu solaire Atum » qui appartenait au district de ° ' Tek
provenant sans doute de l'appellation % ^ Tuka donnée à
toute la contrée dans son entourage. Le site de cette ville de Patum , le Pithom de la Sainte-Écriture , est indiqué plus exacte-
ment par les mots % em ro àbot « à l'entrée de l'Orient »
ou, comme nous dirions, à l'entrée (en Égypte du côté arabique. Le canal qui se trouvait près de la ville en question , porte encore
V\ £ \ y arma \] des
listes géographiques.
Le district de Tuku (ou prononcé plus exactement Thuku, le
*) Pap. Anast. IV, 15 l. 6 suiv.
**) Pap. Anast. III, 2.
***) Encore en copte le mot •xoo'yq signifie la plante du papyrus. •\) Varr. Pa-%arma et Sc-/tcrc/n.
th ayant le son des mêmes lettres de l'alphabet anglais) est d'une haute importance pour la géographie antique de toute cette contrée. C'est le même endroit qui dans la Sainte-Ecriture est désigné par le nom de Souccoth ou Soucoth, nom qui indubitablement dérive d'une langue sémitique. Remarquons qu'aussi en hébreu ce nom signifie « les tentes, » étant le pluriel du mot Soucah « la tente. » Après avoir quitté la ville de Ramsès (II) , les Juifs y firent leur première station. Selon le récit biblique ce peuple arriva, le second jour de sa fuite, à un endroit nommé Etham. Encore ce nom se rencontre dans les textes égyptiens. Une forteresse appelée %etam et située dans le district de Thuku-Soxicoth ou dans le voisinage de ce district, est citée assez souvent dans les papyrus hiératiques datant de la XIXe dynastie. Quoique le nom hébreu d'Etham et le nom égyptien de la forteresse %etam paraissent différer entre eux par la présence de la lettre initiale % du mot égyptien %etam, néanmoins l'identité des deux appellations ressort clairement du fait que la racine du mot hébreu etham comme cette du mot égyptien %etam signifie « enclos, fort. » Nous aurons l'occasion de revenir sur ces villes de Soucoth et d'Etham en nous occupant plus tard de l'histoire de Ramsès II et de son époque.
C'est dans ce VIIIe nome qui correspond au nome Séthroïtès des géographes classiques , que nous devons retrouver les traces de la célèbre ville d'Avaris qui occupera une place toute particulière au chapitre suivant. Hiéroglyphiquement elle se présente sous les formes :
ha-uâr ou ha-ual , littéralement «la ville de la jambe.» Dans un passage du récit de Manéthon sur la domination des rois Hycsos, dont nous devons la connaissance à l'historien juif Josèphe, le nom d'Avaris est attribué , pour son origine , à une antique tradition mythologique. En effet, l'étude des listes géographiques qui se sont conservées sur plusieurs monuments du temps des Ptolémées, démontre jusqu'à l'évidence que le nom ha-uâr était appliqué à plusieurs villes de l'Egypte qui renfermaient dans leurs sanctuaires
comme reliques les deux jambes d'Osiris. C'est ainsi que le cheflieu du 3e nome de la basse Égypte , le nome libyque (littéralement le nome àment «de l'occident»), entre autres appellations,
porte le nom ^QSf @ àa-tiàr uinem «la ville de la jambe droite. » Le grand texte géographique d'Edfou affirme que le cheflieu du nome en question W ^ ^ T Q en SeT U^T €m hal Hapi «vénérait cette jambe dans le sanctuaire du taureau Apis.» Nous devons supposer une pareille origine du nom de la ville d'Avaris qui, peut-être , contenait la relique de la jambe gauche d'Osiris. Je soupçonne que les deux jambes renfermaient encore un sens tout particulier qui se rapportait indubitablement à la branche ouest (la droite) et à la branche est (la gauche) du Nil, après sa bifurcation au sommet du Delta. La tradition mythologique serait ainsi expliquée d'une façon très -convenable. La ville d'Avaris, située du côté oriental de la branche Pélusiaque du fleuve , n'était pas trop éloignée d'une lagune dont le nom, pour sa seconde
moitié, rappelait celui d'Avaris. C'est AAAAAA \jy jj VÎv 'ÏXXZ< /wvwv
AAAAAA ut^. \ M
Q |— ] S ^ mu em pu-tetku en ha-t-uâr « l'eau dans le canal Zetku (ou Zeku) de la ville d'Avaris. »*) Si l'on a traduit ce passage par «l'eau, à la lagune d'Avaris,» cette interprétation repose sur le sens général du texte, mais elle n'est pas fondée philologiquement. C'est encore au dictionnaire sémitique qu'on doit avoir recours pour expliquer le mot étranger Zetku ou Zeku malgré l'article égyptien pa qui le précède , comme il précède les mots étrangers %arma, Maklol, et plusieurs autres.
Encore une autre ville du nome Séthroïte, c'est celle que les
textes égyptiens désignent par le nom de (j : J n'
I^^U^ Maktar ou Maktal**) sur l'origine sémitique
*) L'inscription dans le Tombeau d'Ahmès, chef des nautonniers, à El-Kab.
**) Pap. Anast. V, 19, 6 — Tableau hist. du roi Setil** au temple d'Amon à Karnac.
de laquelle tous les savants sont d'accord. C'est le mot Migdol ayant le sens de « bourg, forteresse, *) qui donne la clef pour expliquer le nom géographique de la ville de Maktal qui s'est conservé du reste en hébreu sous la forme de Migdol, et en grec sous celle de Magdolon. Les Égyptiens , de leur côté , ont très-bien reconnu l'origine sémitique de ce nom propre , preuve , l'article masculin dont ils ont muni le mot Maktal « le bourg » et le déterminatif de la muraille qui accompagne les caractères phonétiques.» Pour ne rien oublier qui puisse éclairer la question géographique si importante pour comprendre l'histoire de cette époque, nous ferons remarquer qu'il y avait au nord de Maktal un endroit fortifié par une ligne de remparts qui, encore aux temps des Ptolémées, portait le nom de :
0 0 0 0U \ <^<* Jj IJ ^ ànbu , c'est - à - dire « la place des remparts.»**) A l'époque de la 19e dynastie le même endroit se présente sous la désignation de : (j ^^2° Jj J^
k^ATD "QISlD ta-Anbu-tmelH
en pa- Maktal en Seti Mi-n-ptah « la contrée de YAnbu au nord du fort Maktal du roi Seti-Mimptah.»***) Il n'est pas difficile de iixer la position de cet endroit qui est mentionné déjà dans un document de l'ancien empire (voir ci-dessous) . C'est l'emplacement de Gezîret-el-Faramah , entre Tel-el-Hêr , au sud , et les ruines de Péluse, au nord, qui d'après les indications de M. Lepsius, permet de reconnaître encore aujourd'hui l'existence d'un long rempart qui défendait l'entrée du côté de l'orient. En admettant le site de la ville de Ha-uâr près de Péluse , ville dont le nom rappelle le souvenir des Philistins, on reconnaît facilement une
*) Aussi en copte gît julc^xoA signifie arces , propugnaeula turris ou des fortifications. Il ne faut pas y rapprocher le mot arabe mestol, comme on l a fait, qui a une toute autre origine et un sens tout différent.
**) C'est dans la longue liste des nomes à Edfou que se rencontrent ces groupes.
***) Voir Pap. Anast. V, 19 1.-6.
ligne de fortifications qui commence au nord par Avaris , qui continue par A/ibUj et qui se termine par le point stratégique de Maktal, la forteresse par excellence.
D'après un tableau illustré par des légendes hiéroglyphiques que j'ai publié dans mes « Inscriptions géographiques » après l'avoir copié sur une des murailles extérieures du grand temple d'Amon à Karnac . la forteresse Maktal , située dans le voisinage d'un puits . formait une station pour les voyageurs qui arrivaient du côté du désert de l'isthme de Suez pour se rendre à Zar-Tanis. A l'époque de Seti Ier (XIXe dyn.) la route qui conduisait de la Palestine en Egypte , se terminait près de l'Egypte à un fort appelé : (j (j jj « ÎJzi du roi Seti-Mineptah, » qui fournissait l'eau
d'un puits aux voyageurs , de là on arrivait à Maktal , à la frontière de l'Egypte. En continuant le chemin on touchait
o ta ~ f7 ~ Pa " *am ' w ^a V*^6 C^U H 1 ^éonto-
polis . située près d'un grand réservoir d'eau douce et entourée d'une plantation d'arbres. Enfin on se rendait à Zar, la forteresse la plus importante du Delta du côté de l'orient , sur la rive droite du fleuve. Si quelqu'un voulait nous objecter que l'itinéraire monumental qui se termine par la ville des Zalu ou Tanis , n'a pas eu égard à la branche Pélusiaque qu'on aurait dû traverser avant (V arriver à Tanis et à la branche Tanite, nous sommes à même de constater de pareils oublis dans nombre d'exemples tirés des monuments. Lorsque le roi Piïinyi se rendit de Memphis à Héliopolis, d'après le récit historique conservé sur la grande stèle du conquérant éthiopien à Boulaq , l'itinéraire de sa marche est minutieusement indiqué . seulement la description a passé le trajet sur le fleuve comme si cela s'entendait de soi-même. J'aurais encore d'autres exemples à citer où se rencontre le même oubli que nous venons de signaler à l'attention du lecteur.
Les traces du sémitisme ne finissent pas par là. Il y a encore d'autres places situées dans la partie orientale de la basse Egypte, dont les noms démontrent l'origine sémitique. Dans une notice sur le nom égyptien de La ville que les Grecs appelaient Mendès.
nous avons signalé*) l'existence d'une forteresse du nom
}^HlË^&i^®pa-sebg-en-pa-Âza6a <<la for-
teresse de l'Azaba» qui, peut-être, doit être appliqué à la citadelle de Mendès. Ce qui est sûr c'est que le nom Azaba, quoique muni de l'article égyptien pa, n'est pas d'origine égyptienne. Il faut l'expliquer certainement à l'aide du dictionnaire sémitique.
Avec cette justesse de vues qui distingue tous les travaux de M. Chabas de Chalons, ce savant a remarqué que la ville de
^ ~" Jj <=z=> jj Pe-bair es ou Pe-bailes, mentionnée dans,
un texte historique du temps de Menephthès Ier, doit être reconnue dans une des places de la basse Egypte qui étaient situées vers l'orient , et que ce roi cité mettait en état de défense contre les attaques des ennemis du côté de l'Arabie. Seulement nous ne pouvons partager l'opinion de l'éminent égyptologue qui est disposé à identifier la ville de Pe-bailes avec Pe-Bast ou Bubastis , par la raison que la déesse étrangère Bailes, Baalis, qui entre dans la composition du nom propre de la ville , était une forme de Sekhet [So%et] et très-probablement la même que la déesse Bast. Nous ne pouvons suivre non plus le développement des raisons par lesquelles M. Chabas s'efforce de fixer géographiquement la position de la ville mentionnée. Dans le passage du texte historique, où Pebailes se trouve mentionné, il est question de travaux exécutés
c< devant Pe-bailes aux environs du canal JqM ^\ ^
AAAAAA
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I /wwv\ \> I
Sakana, au nord de ^ = . » M. Chabas , pour trouver un
moyen de comparaison , suppose d'abord une faute de copie dans le dernier groupe, qu'il restitue comme s'il y avait à lire
= ®et~ ^or (c l^tang» ou «le lac d'Horus.» Ce serait alors le même lac qui, dans la liste des nomes de la basse Egypte, est attribué au 14e nome. Nous devons faire remarquer cependant que cette rectification n'est point nécessaire.
Aeg. Zeitschrift 1871 pag. SI
Le groupe géographique auquel M. Chabas suppose une faute.
1 [ -^9- A/WWV
se rencontre sous les formes : y\ "*w*
\\ -M A/WvAA
V\ ™™ Miti. pour désigner le canal du nome
/rtj AAMM
Héliopolite; le 13e de la basse Egypte. Lorsque le roi éthiopien Piïmyi se rendit de Memphis à ^4wM-Héliopolis , après avoir mis le pied sur la rive orientale du Nil, il prit le chemin par la route
montagneuse de la ville de ^ [}/\ © yer (l'ancienne Babylone)
et arriva à sa tente dressée ^ \ 2 ÏT1 kir àment Mi-ti «vers
l'ouest du canal Miti. » Il s'agit donc d'un canal qui passait près d'Héliopolis en prenant sa direction vers le nord; le canal qui partait de Bubastis, dans la direction de l'ouest vers l'est , déchargait ses eaux dans le canal Miti, qui dès lors continuait son
chemin sous le nom sémitique de Sakana, Sakon. C'est ainsi que s'expliquent géographiquement les mots : « aux environs du canal Sakana au nord du canal Miti. La topographie étant déterminée ainsi , il n'est pas difficile de fixer la position de la ville de Pebailes qui n'est autre que l'endroit appelé Byblos par Etienne de Byzance , la ville Bilbeïs de nos jours , le <ÇeÀ&ec (Phelbès) des Coptes. En effet, si le pharaon Menephthès voulait défendre la route qui conduisait du nord vers Héliopolis, la position de Bilbeïs était tout à fait favorable pour construire des fortifications.
D'après un passage contenu dans la grande inscription sur la stèle de Piânyi, il y avait à « l'ouest du nome Athribite » un endroit
nommé textuellement ^ m vx Kahani qui, par son appellation.
rappelle également l'origine sémitique. C'est ainsi que nous pourrions augmenter encore les exemples qui parlent en faveur de notre assertion que , du côté de l'orient dans la basse Egypte , un grand nombre de localités portaient des noms sémitiques qui datent d'une époque où des peuples de cette race habitaient ces contrées.
Ce que les études géographiques nous obligent forcément à établir, est prouvé d'un autre côté par le dictionnaire égyptien de
la langue antique qui abonde en expressions et en mots empruntés aux idiomes sémitiques. Il ne s'agit pas de ces mots qui désignent des êtres vivants et des choses dont les Égyptiens firent la première connaissance par l'entremise des peuples sémitiques, tels que sits « le cheval , » hamali « le chameau , » ùbari « espèce de cheval ou de taureau,» ïigalotà «le chariot;» au contraire, il est question d'une foule d'expressions sémitiques pour lesquelles la langue égyptienne avait des équivalents qui leur correspondaient exactement. On employait p. ex. le mot sémitique roh pour dire «la tête, » sar «le chef, le roi, » beït «la maison, » bab «la porte, » bir «le puits» qetem «l'or, » birkatà «le lac, » salom «saluer , » rom «être haut,» barak «bénir,» etc., et ainsi bien d'autres encore. Ces mots sémitiques s'étaient tellement enracinés dans la langue et l'écriture égyptiennes que presque chaque document historique du temps des 18e, 19e et 20e dynasties apporte de nouvelles preuves de la manie de mêler le sémitique avec l'égyptien.
On allait encore plus loin en ne le trouvant pas étranger ni singulier de donner à ses enfants des noms purement sémitiques. On n'a qu'à feuilleter le dictionnaire des noms propres égyptiens publié dernièrement par M. Lieblein de Christiania, pour découvrir à chaque page des noms empruntés au catalogue sémitique des noms propres. Il y avait des Égyptiens qui portaient des noms tels que: Adiroma, Abarokaro, Baâl-mohw, Pesahales, Mausan, Masu, Namurod, Nanai, Sagarta, Qapur, Karopusa etc., sans qu'on se souciât de l'origine étrangère de tous ces noms-là.
Il résulte des observations que nous venons de faire et que nous pourrions augmenter considérablement, que des peuples de race sémitique, pendant de longues années, ont dû habiter l'Egypte, du côté des frontières, puis qu'il se produisit, par suite du contact continuel des deux races égyptiennes et sémitique une population mixte, qui prévalut dans la basse Égypte et dont les idiomes, les moeurs et les habitudes, et même les doctrines théologiques, influèrent notablement sur ses voisins égyptiens. Il faut supposer encore que dans nombre de familles domiciliées dans les parties septentrio-
nales de l'Egypte, et surtout du Delta, l'élément sémitique s'était très-purement conservé de père en fils.
En examinant les principaux cultes des divinités établis dans la basse Egypte, on peut se convaincre que des idées religieuses particulières aux Sémites, s'étaient introduites dans les doctrines et dans les sanctuaires des Égyptiens qui, sous le nom de Set on Sute%, reconnaissaient généralement le type de la divinité de l'étranger. Dois-je prouver que les noms de Baal ;en égyptien Bar, Bal, Uàr on Val) et de la déesse belliqueuse Âstartù, mentionnés si souvent dans les inscriptions hiéroglyphiques, sont d'une origine étrangère qui, sans doute, doit être cherchée chez les Phéniciens ? comme à Sidon, il y avait dans Memphis un sanctuaire de la déesse Âstartà, et nous présenterons plus bas les témoignages authentiques selon lesquels Rcimsès II, le père adoptif du législateur juif Moïse, fit construire, à cette déesse, un temple dans sa ville éponyme de jR«mses-Tanis. Moins fréquents sur les monuments que les divinités précédentes, le dieu Respu et la déesse
ç=^> Qados «la Sainte» ont trouvé leur place dans la société
des dieux et des déesses de la mythologie égyptienne, et ils y figurent avec tous les honneurs rendus de la part des Égyptiens, aux représentants du panthéon de leur pays. Le dieu Bas, la personnification de la musique, du chant et des plaisirs, dont les images si bizarres se rencontrent par milliers dans les temples et les tombeaux égyptiens, est certainement d'une origine sémitique, (son nom Bas, en arabe, désigne le chat) et nous croyons ne pas pousser trop loin les comparaisons en lui adjoignant la déesse Bast, à tête de chatte, la divinité éponyme de la ville de Bubaste. Rappelons encore le nom ftÂtità donné à une déesse égyptienne qui répond exactement à la déesse Syrienne Anaït on Anaïtis.
L'influeuce du Sémitisme est démontrée, d'un autre côté, par un fait extrêmement singulier et frappant qui complétera les preuves en faveur de notre opinion sur la place importante de cet élé ment étranger en Égypte. Nous entendons cette ère particulière dont un fonctionnaire égyptien, au 14e siècle, se servit pour dater
une inscription gravée, sous le règne de Ramsès II, sur la fameuse stèle de Tanis. Contrairement à l'usage adopté depuis les temps les plus reculés par les Égyptiens qui indiquaient la date d'un événement quelconque au moyen de Tannée correspondante du règne du pharaon de l'époque, la stèle de Tanis, d'origine purement égyptienne, nous a conservé le seul exemple d'une ère qui se rapporte à une notation calendrique étrangère, en s'appliquant à l'an 400 de l'ère du roi Nab. C'est-à-dire qu'à Tanis, ville originairement sémitique par sa population, l'ère en question était tellement populaire que l'auteur de la stèle ne trouvait pas extraordinaire de s'en servir au début d'un texte gravé en beaux caractères et exposé aux yeux des habitants de Tanis. Pourrait-on demander un témoignage plus convainquant de rinfluence des idées sémitiques sur l'esprit et sur les habitudes des Égyptiens que celui que nous venons de présenter à nos lecteurs ? Certainement non. Il y a là cachée une puissance prépondérante et presque irrésistible du Séinitisme sur l'élément égyptien qu'il sera bon de noter avant de connaître l'histoire de l'invasion des Hycsos et de ses conséquences politiques pour l'empire des pharaons.
En face de tous ces témoignages qui militent si fortement en faveur de la question , nous allons interroger les traditions monumentales pour savoir si réellement des Sémites habitaient anciennement les régions orientales du Delta, et dans le cas affirmatif, quel était le nom des peuples auxquels ils avaient dû appartenir.
Pour toute réponse nous faisons suivre d'abord la traduction d'une lettre missive composée, à l'époque de la 19e dynastie, par un scribe royal dans le but d'aviser son maître de l'exécution d'un ordre relatif à des peuples étrangers.*)
«Autre chose qui contentera le coeur de mon maître. [C'est «pour lui rendre compte de ce que] nous avons laissé passer « les tribus des Sasu, du pays Aduma, la forteresse yetam du «roi Mineptali-HotephimaZd — qu'il vive, qu'il prospère! — « laquelle est dans le pays de Tuku du côté des lacs de la ville
*) Voir Papyr. Anastasi No. IV pag. 4 lign. 13 suiv.
«de Pàfum du roi Minepùih-Hotephimaat, laquelle est dans le «pays de Tuku, pour les nourrir et pour nourrir leur bétail du «domaine du Pharaon, qui est le bon soleil pour tout le monde.» Dans ce document, qui date du règne de Menephthès 1er, fils de Ramgès II et le Pharaon de l'Exode, il s'agit d'abord des tribus.
ou plutôt de tribus appartenant à la peuplade nommée UtT^^ ^
^ 1 ^ ! ^asu> ^ans la(lueUe la science a reconnu, depuis longtemps , les Arabes -Bédouins habitant le désert qui s'étend entre l'Egypte et la terre de Canaan, et encore au delà jusqu'aux bords de l'Euphrate. Les Sasu, selon les notions monumentales, étaient
de la race des Âamu, ^ ) ^ j ' ^ont ^s ^orma^eDt ^e
table type. A l'époque de SetîVT. père deRamsèsII, qui leur avait déclaré la guerre, le domicile des Sasu commençait à la forteresse Z#/-Tanis et se terminait par une ville non égyptienne
portant le nom de ffi^ ^ -J^ Pa-Kanana,') Kanana,
la même que Seti Ier prit d'assaut. L'auteur de la lettre ci-dessus désigne les Sasu auxquels il fut permis d'entrer en Egypte , plus spécialement comme des Sasu «du pays ÏÏÀdwma% dans lequel nous avons à reconnaître l'Idumée, le pays d'Édoin de la Bible. " Les tribus des Sasu dont il est question dans le papyrus , étaient donc des habitants du pays d'Edom qui , géographiquement , est précisé par la région montagneuse appelée Sëir ("P2iç) dans la Sainte Écriture."**)
A cette occasion nous avons la satisfaction de constater de nouveau une concordance très-heureuse qui règne entre les traditions égyptiennes et la Sainte-Écriture. Dans cette partie du fameux papyrus Harris qui traite des guerres de Ramsès III. il est question d'une expédition entreprise contre des Sasu. Le roi raconte ainsi l'affaire :
Voir nos «Geographische Inscliriften >» vol. II p&g. 51) 53. **) Idem, p. 66.
***) Genèse XXXVI, 20.
Brcgsch, Histoire d'Egypte. I. ] 0
âri-â sek Saar-u em
je fis la destruction des Saar des
malt à ut Sasu tribus des Sasu
Le nom propre Sacir qui sert à désigner la tribu des Sasu contre laquelle l'attaque de Ramsès III était dirigée, correspond lettre pour lettre au nom hébreu de Seir. La concordance est d'autant
plus visible que le déterminatif de l'enfant jj§) après le mot saar,
suppose des connaissances de langues sémitiques de l'auteur égyptien qui doit avoir su que signifie «le petit». Les Sé'iriies, les fils de Seir . étaient les habitants primitifs troglodytes de la montagne de Seir; chassés plus tard par les enfants d'Esaiï. ils cédèrent la place à ceux-ci qui cependant conservaient le nom ethnique de leurs ennemis.*) ,
Munis de ces connaissances, il sera facile de juger la question et d'attribuer aux Sasu leur véritable place dans la géographie des peuples de l'antiquité. Quittant leurs montagnes de Sé'ir, ils infestaient les chemins en ennemis ou arrivaient dans les pays circonvoisins, pour satisfaire aux besoins de leur vie. L'arrivée de leurs tribus en Égypte fut sans doute causée par une famine et par la nécessité d'avoir du blé et de la nourriture pour eux et pour leur troupeaux. Ils y demandaient l'entrée, à la porte du pays, dans ce nome de Thuku (Succoth de la Bible) que les peuples classiques nous font connaître sous le nom du Séthroïtès. Leur séjour, sans doute, n'y fut que temporaire.
*) Voir Genèse XXXVI , 21. Dent. II, 12. 2. Chron. 25, 11.14. Ces détails, par rapport à la comparaison de l'égyptien Saur avec le nom de Sé'ir, ont échappé à l'attention de M. Ohabas qui , le premier, a publié le texte et la traduction du passage en question. Voir «Les recherches pour servir à l'histoire de la XIX' dynastie» Paris 1S73; de cet auteur.
Le second peuple que les monuments, géographiquement parlant, mettent en rapport avec l'Égypte est celui de ^ "^^^T^ ^ yal ou ^ ^ yar. Grâce aux nombreux renseignements que
les textes égyptiens fournissent au sujet du pays et du peuple de yal, nous pouvons assurer avec certitude, que les Égyptiens ont voulu désigner par cette appellation les habitants de la Palestine qui avoisinaient la mer Méditerranée, principalement la Pbénicie. La preuve en est facile à donner. Des vaisseaux égyptiens faisaient voile pour le pays de yal, et des vaisseaux de yal chargés de marchandises, arrivaient en Egypte. La preuve décisive est fournie par les deux textes égyptiens gravés sur la pierre de Tanis. Au passage correspondant du nom propre de la Phénicie du texte
grec, l'inscription hiéroglyphique donne les groupes 1 ^ ^
ta-n-Keft. tandis que le traducteur démotique a rendu ces mots par
l'expression^^ © i rvA^ P<*-i°s m lar «la région des %ar».
Dans un passage très- curieux contenu dans le papyrus Anastasi No. III, 1, 10, les limites méridionale et septentrionale du pays de yal sont indiquées à ne pas s'y méprendre. On y parle du
set n yal saa em Zal er Aupa «pays de yal depuis Zal Tanis, «jusqua Aupan. Aupa est la forme égyptienne du nom d'une ville située au nord de la Palestine, peu nous importe quelle est sa position exacte. Ce qui est d'autant plus remarquable c'est la définition du point méridional du peuple des yal qui. selon notre texte, n'est pas autre que Z«/-Tanis, le chef-lieu du nome Tanitique c'est-à-dire la même ville qui formait la limite occidentale poulies Sasu.
Les yal, ou disons plutôt les Phéniciens, menaient une vie sédentaire; contrairement aux habitudes des Sasu, ils restaient en place, soit chez eux, soit à l'étranger dans leurs colonies, toujours voués au commerce et à l'industrie. Leur présence en Egypte
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doit dater des temps les plus anciens ; il paraît même que la fondation de la ville de Tanis doit leur être attribuée. Son nom de Zoân est autant sémitique que cet autre de Zar ou Zal qui rappelle involontairement celui de Zor (en égyptien Zar) par lequel les Phéniciens désignaient la ville de Tyr. Ces rapports entre les deux Tyr, l'égyptienne et la phénicienne, paraissent d'autant plus probables que, selon la tradition biblique. Mizraïm (l'Égypte) engendra Caphtorim. La première partie de ce nom renferme, sans doute, tous les éléments du mot Keft que nous venons de reconnaître comme appellation égyptienne du pays de Phénicie. Quant à la seconde partie, nous sommes porté à croire qu'elle doit son origine soit à l'adjectif her, qui en langue égyptienne signifie «supérieure», soit au nom divin de Hor, dieu protecteur des nomes orientaux du Delta. En tout cas l'explication nouvellement proposée du nom de Caphtor, comme étant formé des deux mots : Keft et ur, avec le sans de « Grande Phénicie» nous paraît inadmissible par le seul fait que des exemples de compositions analogues ne se présentent pas à notre mémoire, tandis que Keft-her ou Keft-hor aurait pu se dire aussi bien comme Buten-her «Ruten supérieure» ou Kpbt- Hor, désignation qui n'est pas rare pour la ville de Kobt ou Coptos.
La présence des yal ou Phéniciens en Égypte où ils se trouvaient avec le titre de sujets des Pharaons, est prouvée par plusieurs faits qu'il sera utile de noter. C'est ainsi que les textes font assez souvent mention de /«/-Phéniciens qui, en Egypte, jouaient le rôle d'employés du gouvernement comme aussi de domestiques d'un rang supérieur. Déjà d'un autre côté il a été observé a juste titre que les papyrus hiératiques datant de l'époque de la 19e dynastie abondent d'exemples qui nous font reconnaître une quantité de noms propres d'origine sémitique portés par des fonctionnaires de la cour pharaonique. Ces personnages servaient surtout le gouvernement égyptien comme messagers envoyés pour affaires en Palestine et dans les pays adjacents de l'Orient. Nous rappellerons notamment les renseignements fournis là-dessus par le papyrus Anastasi N° 3 (pag. 5 et 6 , verso) et traités pour la première
fois par M. le Docteur Schmidt dans ses études sur les monuments géographiques de l'Égypte et de l'Assyrie, et après lui par M. Chabas dans ses Recherches sur la 19e dynastie.*) D'un tel seigneur p. ex. on vante que des yali et des Xahasi (Nègres) courent au devant de lui**) . Au temps des troubles qui avaient interrompu la succession régulière des rois égyptiens appartenant à la 1 9e dynastie, un yal avait pris possession du trône des pharaons. Les rois de la 22e dynastie entretenaient un commerce très-intime avec les yal, et c'est ainsi que ce peuple, en Egypte, joue un rôle politique dont l'importance n'est pas à méconnaître. Les parlaient une langue particulière qui était bien connue des Égyptiens. Un papyrus hiératique, conservé au musée de Boulaq et contenant un
traité sur la morale ***) , fait mention de J c=f^ ^ ^ j| j
^ 1 \ ^ jîf 1 tet~u r°t~u en Kern yal-u «de la
langue des hommes de Kern (l'Egypte] et des yal (Phéniciens)». La mention simultanée des deux langues en question n'est pas fortuite, c'étaient les deux idiomes dont la connaissance paraissait nécessaire aux gens de quelque instruction.
Le fait historique que des yal, ces Phéniciens, à toutes les époques de l'empire égyptien avaient établi leur domicile dans les régions orientales de l'Egypte , autour du lac Menzalèh de nos jours, ce fait acquiert une certitude très-prononcée par la circonstance que les descendants de cette race étrangère se sont conservés, aux mêmes endroits, à travers le moyen âge jusqu'à nos jours. L'autorité de notre savant ami et collègue M. Mariette-Bey nous servira de témoin pour enlever chaque doute au sujet de cette assertion. Dans un article plein d'intérêt, inséré dans les «Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne», f) M. Mariette a relevé la question relativement aux habitants de ces bords du lac Menzalèh
*) Voir notre Géographie vol. I.
**) Voir notre travail sur le sujet inséré dans le «Zeitschrift» 1872 , Mai juin, p. 49 suiv.
***) Pag. 9. lign. 5 suiv.
•h) Tome Ier, Paris 1873 p. 1)1 suiv.
«qui sont acceptés aujourd'hui comme indigènes, mais qui, par leurs traits, leurs coutumes, leurs traditions, peuvent être regardés comme des non Egyptiens et des étrangers.» Les habitants de cette région, qui se donnent le titre de Malakin (dérivé deMelkites selon M. Mariette), auparavant chrétiens, étaient de turbulents adversaires de la puissance des Khalifes. Ce sont eux que les auteurs arabes désignant tantôt par le nom de Bimaïtes ou Biamites, tantôt par le nom de Baschmouritvs. «Le dialecte Baschmourique du copte est le patois corrompu et mélangé sans aucun doute de beaucoup de mots étrangers que parlaient les tribus d'origine étrangère, campées depuis un temps immémorial dans la partie septentrionale de l'Egypte» (Mar.).
Voilà donc les descendants modernes des anciennes familles de race étrangère qui avaient pris domicile dans les nomes appelés plus tard Tanite et Séthroïte, et qui avaient donné aux endroits habités par eux et aux eaux et canaux de leur terre ces noms de type sémitique dont les Égyptiens eux-mêmes se servaient dans leurs récits historiques et dans leurs listes géographiques, et dont nous avons déjà cité quelques exemples dans le cours de cette discussion.
Le chapitre suivant nous fera connaître une page de leur histoire politique, glorieuse pour eux, funeste pour la maison pharaonique et pour les habitants de race purement égyptienne.