LIVRE PREMIER
L’histoire, ses conditions, ses enseignements. — Jane Grey. — Marie Stuart.
— Élisabeth, une femme d’État. — Sa naissance, son baptême. — Prédiction de Cranmer. — Supplice d’Anne Boleyn. — Élisabeth. — Thomas Seymour. — Courtney. — Mort de Henri VIII. — Mort d'Édouard VI. — Avènement de Jane Grey. — Avènement de Marie Tudor. — Élisabeth reléguée à la Tour. — Robert Dudley il la Tour aussi, voisin d'Élisabeth.
— Soumission de la princesse. — Transférée au château de Woodstock. — Arrivée de Philippe d'Espagne en Angleterre. — Son mariage avec Marie Tudor. — Gardiner. — Le cardinal Polus. — L’Angleterre restituée au saint-siége. — Rigueurs .contre le protestantisme. — Portraits par les ambassadeurs vénitiens : Marie Tudor, la princesse Élisabeth, Charles- Quint, Philippe d’Espagne. — Le prince protège Élisabeth. — Château de Ilatficid (1555). — Départ de Philippe. — Nouvelles persécutions. — Rogers, Saunders et Taylor. — Ridley. — Latimer. — Thomas Cranmer.
— Son abjuration, son remords, son expiation. — Spectacles. — Sackville compose Gorboduc. — Combats d’ours et de chiens à llatfield. — Bals splendides. — Chasses féodales. — Élisabeth recueillie et studieuse. — Prise de Calais. — Mort de la reine Marie, le 17 novembre 1558.
L’histoire est une terre inconnue et confuse, où l’on s’avance au milieu du brouillard et où l’on ne s’oriente que peu à, peu. Si vous êtes laborieux, hardi et sincère, si vous plaisez à la muse de ces contrées toutes semées de pièges et de labyrinthes, cette muse austère que les anciens nommaient Clio et que les
modernes nomment la Science, guidera vos pas incertains et vous donnera le sens nouveau des vieilles origines.
Après Jane Grey, après Marie Stuart, Élisabeth m'a préoccupé. Entre une femme de grâce et de vertu et une femme de feu et d’enchantement, il y a une femme d’État que j’ai rencontrée plus d’une fois et que je ne saurais passer sous silence.
Élisabeth ne me charme pas, mais elle m’impose et m’intéresse ; car elle a formé un peuple, organisé un gouvernement, créé une marine et fixé une religion. C’est une Sémiramis chrétienne. Je l’aborde donc avec un attrait sévère. 11 ne s’agit plus ici de Jane Grey, ni de Marie Stuart, ces princesses aussi séduisantes que tragiques; non. Jane Grey a beaucoup aimé, Marie Stuart a beaucoup aimé et beaucoup péché ; l’une et l’autre ont beaucoup souffert. Elles ont senti le désespoir dans leur âme et la hache sur leur cou. Jane est une héroïne du devoir et de la tendresse, Marie une héroïne du caprice et île la passion. Élisabeth, elle, est une héroïne du sceptre. Elle a moins aimé que ses deux cousines ; plus virile, elle a surtout régné.
Peut-être pénétrerons-nous, sous son rôle majestueux, cette fille de Henri VI 1 1, et restituerons-nous, à force d’étude, ce personnage officiel !
Ne rien affirmer sans preuve, ne rien imaginer de chimérique, tout examiner, tout peser au poids de la conscience, puis raconter avec vérité : telle sera notre loi. J’ai tâché de m’y conformer dans Jane Grey et dans Marie Stuart; j’avais à me défendre de l’amour, .ressayerai de ne pas fausser non plus Élisabeth ; j’aurai parfois à me garder de la haine. Je réussirai, j’espère, à tenir la balance droite, m’étant dès longtemps appliqué à transformer. en habitude mon idéal qui est la justice. La justice devient, par la pratique attentive, une seconde nature ; elle devient pour l'historien, comme pour le magistrat, une fibre du cœur toujours frémissante.
11 y a des facultés diverses : il y en a de brillantes, il y en