‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 175 sur 210 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Bacon toujours métaphysicien et toujours avide de places. — Son propre témoignage. — Son vrai litre • la Grande Instauration. — Induction, syllogisme. — Descartes. — Bacon fait de l'induction, une simple méthode, toute une révolution. — Style de Bacon. — Causes finales. — Newton. — Leibnitz. — Absolutiste en politique, Bacon libéral et novateur en tout le reste. — Esclave de la cour. — Flatteur et simoniaque. — Baron de Verulam. — Vicomte de Saint-Alban. — Letlre au roi Jacques. — Billet de Buckingham.— Vanité de Bacon. — Son luxe. — Ses résidences. — Homme légendaire. — Parlement de 1021. — Bacon poursuivi devant la chambre des lords. — Ses aveux. — Le grand sceau lui est retiré. — Sa condamnation. — Enfermé à la Tour. — Délivré par ordre du roi. — Koscau brise. — Roseau pensant. — La Grande Instauration. — Abolition de la sentence infamante. — Joie courte du philosophe. — Son portrait. — Ses humiliations. — Scs travaux. — Sa santé. — Sir Fulke Greville. — Mort de Bacon. — Pourquoi il appartient non moins que Kaleigh et Shakspearc au régne d’Élisabeth. — Dernière équité envers cette princesse.

Incomparable comme esprit, et, comme caractère, faible jusqu’au vice et au crime, Bacon ne cessa de flotter entre la philosophie et l’ambition. Quelques fragments de lui éclairent toute son âme. Le génie a cela de bon que ses moindres paroles font la lumière, et qu’en s’observant seulement il se révèle.

« Convaincu, dit-il, que j’étais né pour être utile au genre « humain, et me persuadant que l’honneur de servir la société « est de droit public et accessible à tous, comme l’air et l’eau, « je recherchai et ce qui pouvait importer le plus aux hommes, « et à quel usage m’avait plus particulièrement désigné la » nature. Or, d’un côté, je reconnus que le meilleur moyen « de bien mériter de l’humanité est de faire des découvertes « profitables et de perfectionner les arts qui aident la vie. En

HISTOIRE D'ÉLISABETH d'aNOLETF-RRE

« effet, je remarquai que dans les premiers âges, chez les « hommes encore grossiers, les inventeurs et propagateurs des « arts les plus simples avaient été mis au rang des dieux et t étaient devenus l’objet d’un culte public; tandis que les « faits et gestes des héros, fondateurs de villes ou législateurs,

« rois justes ou conquérants, restaient circonscrits entre les « bornes étroites des lieux et des temps. Enfin je vis qu’avec « moins d’éclat les inventions utiles sont accommodées à des « fins plus universelles à la fois et plus durables. 11 me sembla « surtout que celui qui, sans faire aucune découverte spéciale,

« parviendrait à allumer dans la nature un flambeau capable « d’éclairer tout d’abord les horizons connus, flambeau qui « n’aurait besoin que d’être élevé plus haut pour faire péné- ■ trer le jour dans les choses les plus abstruses ; il me sembla,

* dis-je, que celui-là reculerait les limites de la domination « humaine sur l’univers et mériterait le titre de libérateur

* et de bienfaiteur des hommes.

• D’un autre côté, à mon esprit assez agile pour saisir les a ressemblances, ce qui est très-important, assez capable « d’attention et de fixité pour observer les différences dans « leurs nuances les plus délicates; à mon ardeur dans l’inves- « tigation, à ma patience dans le doute, au charme que je « trouve dans la méditation, à la circonspection avec laquelle « j’aflirme, à la facilité avec laquelle je renonce à mes opit nions, à mon amour pour l’ordre, à mon peu de penchant

* pour ce qui est nouveau et de superstition pour ce qui est c ancien, à mon aversion pour toute imposture, à une sorte « d’ affinité et de sympathie qui existent entre ma nature et la « vérité, je jugeais que j’avais été formé pour la contem- « plation dont celle-ci est l’objet, plutôt que pour une autre « carrière.

« Cependant ma naissance et mon éducation m’appelaient « aux affaires; parfois, comme un jeune homme, je me laissais « ébranler par les préjugés. Je pensais d’ailleurs que je devais

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