LIVRE QUATRIÈME
Le duc de Norfolk, qui avait été conduit h la Tour, puis relâché, est repris.
— Procès à Westminster-Hall. — Norfolk condamné par ses pairs. — Hésitations d'Élisabeth. — Elle efface deux fois sa signature sur le warran t d'exécution. — Troisième signature. — Mort de Norfolk. — Alexandre Nowell. — Henri Lee. — Peur et regret de Marie Stuart après la décapitation de son noble fiancé. — Christophe llatton. — Walsingham. — Thomas Gresham. — La Saint-Barthélemy. — Catherine de Médicis. — Giovanni Michieli d'accord avec Miron. — Catherine de Médicis bien inférieure à Élisabeth. — La reine d'Angleterre soutient le protestantisme en Europe. — Animée par François Walsingham. — Portrait de ce ministre.
— Défiances d'Élisabeth. — Sa modération. — Le prince d’Orangc lui dénonce don Juan et la rallie à la Hollande. — Portrait de don Juan. — Ses plans téméraires. — Il aspire à la main de Marie Stuart et à la conquête de l’Angleterre. — Fut-il empoisonné? — Et par qui? — Martin Frobisher. — John Hawkins. — François Drake. — Est-ce un héros? Est-ce un pirate? — Élisabeth décide la question.
Cependant la conjuration était découverte en Angleterre. Norfolk , convaincu d’avoir poussé les intrigues jusqu'à la trahison, fut une seconde fois conduit par eau à la Tour. Cruelle dérision du sort! on l’emmena au lugubre donjon dans la barge royale, surmontée d’un dais de velours blanc d’où pendaient des couronnes de roses et des guirlandes d’épis d’or!...
Le duc de Norfolk, surveillé avec une extrême sévérité, fut comme au secret dans l’isolement terrible de la Tour. Sans livres, sans amis, réduit à lui-même. Dieu et son courage lui communiquèrent une sérénité héroïque. On procéda minutieusement à son interrogatoire, on instruisit lentement son procès. Toutes les formalités accomplies, on vint le chercher
histoire d'élisabeth d’asuleterre
un matin dans sa prison, el on le mena par la Tamise à Westminster-IIall. Introduit devant ses pairs, les lords d’Angleterre, il fut condamné sur ses propres lettres et sur les témoignages de lligford, de Barker, de Bannister et de l’évêque de Ross, épouvantés par les menaces de la torture.
L’émotion des juges, plus forte un moment que l’envie des uns et que le fanatisme des autres, éclata dans les gestes, sur les visages. Le comte de Shrcvvsbury fondit en larmes en prononçant, comme grand sénéchal, la cruelle sentence : « Nous « ordonnons que Thomas Howard, duc de Norfolk, soit • transféré de cette enceinte à la Tour; que de là il soit « traîné sur une claie au gibet de Tybum, pendu, détaché à « demi mort de la potence ; que ses entrailles soient jetées au « feu, et qu’ensuite son corps, partagé en quatre tronçons, « soit exposé aux portes de la ville de Londres, et sa tête t hissée au centre du pont de la Cité. »
Le duc écouta sans trouble ce barbare verdict, puis saluant les pairs, il leur parla avec une douce et mélancolique éloquence :
« Milords, je ne désire point faire de pétition pour obtenir « la vie. Vous me rejetez de votre compagnie; j’espère en « trouver une plus clémente dans le ciel. Je n’implore qu’une « chose, c’est que la reine donne l’ordre de payer mes » dettes, et qu’elle soit bonne pour mes enfants orphelins. « Adieu, milords. »
Dès que le duc de Norfolk eut cessé de parler, il fut remis à ses gardes et reconduit à la Tour. Le bourreau le précédait, portant sur l’épaule droite une hache, dont le tranchant était tourné vers le duc, signe terrible d’une condamnation à mort.
Le prisonnier remonta dans la barge de la Tour. Il redescendit la Tamise et regagna sa cellule.
Ce jugement, qu’Élisabeth avait souhaité et qui était un acheminement à un autre jugement plus illustre, celui de la