‹ Histoire d'Élisabeth d'AngleterreChapitre 47 sur 210 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

reine d’ Écosse, plongea pourtant la reine d’Angleterre dans une pénible anxiété.

Elle signa le warrant d’exécution une première fois, mais elle le révoqua. Cinq semaines après, sur les instances de ses ministres, elle signa de nouveau le warrant; puis, dans la nuit, vers deux heures du matin, elle se réveilla en sursaut, agitée et tremblante. Elle se leva, et raya une seconde fois sa signature. Son hésitation redoublait toujours au moment décisif, et devenait pour elle une affliction d’esprit intolérable. Elle ne pouvait se résoudre à sacrifier le duc, son parent, cette fleur de toute noblesse, le plus grand seigneur et le plus galant homme de son royaume.

Ses ministres, Burleigh et Leicester surtout, appelèrent à leur aide le parlement, toujours prêt aux rigueurs. Les communes, de concert avec les lords, adressèrent à la reine un double vœu de mort, et conclurent avec une logique sauvage que, puisque le duc de Norfolk et Marie Stuart étaient incompatibles avec la sûreté d’Élisabeth, Élisabeth, par dévouement à l’Angleterre, devait les immoler sans pitié. Cette farouche délibération du parlement mit à l’aise la sensibilité d’Elisabeth. Elle crut être miséricordieuse en ne signant qu’un arrêt lorsqu’on lui en demandait deux, et en commuant la peine du gibet en celle de la simple décapitation. Cette fois, elle ne se rétracta pas, et, cinq mois après son jugement, le 1" juin 1572 au soir, le duc de Norfolk apprit avec quelque surprise, mais sans faiblesse, que son dernier soleil avait brillé.

Le lendemain, jour de l’exécution, le commandant de la Tour avertit le duc dès la première aube. Norfolk le remercia, écrivit deux lettres, fit son testament, et remit au commandant, en le congédiant, sa croix de Saint- George pour le comte de Sussex, auquel il l’avait léguée.

Avant de recevoir le doyen de Saint-Paul, Alexandre Nowell, dans la cellule où il avait fait son dernier repas, le

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duc distribua ses provisions de vin et de viande, ses vêtements et son linge à ses gardes de la Tour, dont le plus jeune avait chanté par moments sous sa fenêtre, comme autrefois en se levant de table il laissait les restes de ses festins aux serviteurs de ses châteaux et aux joueurs de cornemuse de sa bonne ville de Norwich.

Alors survint le doyen de Saint-Paul. Tout en causant, le duc s’habilla avec la même recherche qu’autrefois quand il devait aller à la cour. Sa toilette terminée, il écouta dans le recueillement une exhortation de Nowell, s’agenouilla et pria longtemps. Il fut interrompu par un bruit de la porte. Norfolk, s’étant retourné, vit le commandant de la Tour qui était rentré, et qui, debout, pâle, hésitait devant le duc. « Je vous comprends, dit Norfolk en se levant; montrez-moi le chemin. »

Le commandant ayant obéi, Norfolk descendit l’escalier sombre et traversa d’un pas ferme l’espace qui le séparait de l’échafaud. Il s’inclina avec une affectueuse courtoisie mêlée de tristesse devant les groupes de soldats et de peuple qu’on avait laissé pénétrer dans l’intérieur de la Tour.

Comme il arrivait au pied de l’échafaud, il eut soif et demanda à boire. Une femme âgée et voilée, qui l’avait sui\i tout en pleurs, lui présenta une coupe que le duc reconnut aussitôt. Cette coupe était la sienne, celle de ses ancêtres, et cette femme était sa pauvre vieille nourrice. Elle versa d’un flacon un peu d’ale mousseuse, que le duc se hâta d’avaler. Lorsqu’il rendit la coupe, la nourrice saisit la main de son maître, et la baisa en sanglotant : « Que Dieu te bénisse, dit le duc, et que mes enfants t’aiment à cause de ce que tu as fait! » Puis, comme il s’attendrissait à l’hciire où l’homme a besoin de sa force, il monta rapidement l’échafaud, toujours assisté du doyen de Saint-Paul.

Un autre personnage accompagna Norfolk jusque sur l’échafaud. Ce fut sir Henri Lee, l’un des plus braves et des plus

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