‹ Histoire d'Emmanuel-Philibert, duc de SavoieChapitre 5 sur 9 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

AUTEUA BU HOUUMEKT ÉLEVÉ A EHMAITUEL-PHILIBBAT, DUC DE SAVOIE) SUA LA PLACE SAHIT-GHABLES , A TVRIff.

Ce monument fat inaaguréle 4 noTembre 1838, jour de It fdte du roi, S. V. Charles-Albert, qui Ta foit ériger.

M. Marocbetti (Pierre-Charles- Jean-Baptiste), naquit à Turin le U janvier 1805. Il vint bien jeune encore à Paris, où il fut élevé sous les yeux de son père , homme savant dans les langues anciennes. Gomme le célèbre sculpteur islandais 9 Thorwaldsen, le jeune Marochetti indiqua de bonne heure la carrière dans laquelle il se distinguerait un jour. La version et le thème étaient sans doute souvent oubliés ou négligés pour la cire molle, la terre glaise et les gros marrons dinde avec lesquels il s'appliquait bien mieux à foire toutes sortes de figure.

Au sortir du collège , son père, qui avait de la fortune,

toat en le laissant libre sur le choix d'une carrière, voulut cependant qu'il en eût une. Cédant à l'impulsion qui le dominait, le jeune Marochetti travailla successivement dans les ateliers de peinture du baron Gros , et ceux de sculpture du baron Bosio. Plein des bons priocipes qu'il Avait puisés sous ces deux célébrités du siècle , il partit pour Rome et y débuta par un petit groupe en marbre représentant un enfant qui joue avec un chien et tenant un oiseau. Ce groupe plein de grâce fut exposé à Paris en 1827, fixa lattention des connaisseurs et valut à son auteur la médaille d'or. M. le marquis Alfieri de Sosteguo, alors ambassadeur de la cour de Sardaigne auprès de celle de France, se déclara le protecteur du jeune artiste , et fit agréer et envoya ce début couronné au roi Charles-Félix. On le voit aujourd'hui, à Turin, dans le palais qu'habitait ce prince.

M. Marochetti est déjà auteur :

2"* De la statue de l'archevêque Mossi , qui doit être placée dans la galerie de l'Académie de peinture à Turin, à laquelle ce savant prélat a légué ses riches collections.

S"" Du bas-relief représentant la bataille de Jemmapes et décorant au sud , à Paris, l'arc-de-trlomphe de l'Étoile ;

k"* et 5" Des tombeaux deBellini et du marquis de Saint- Thomas au Père-la-Chaise, à Paris.

6° De l'archange saint Michel décorant le tombeau du chancelier Lhôpital , à Champmoteu près d*£tampes (Seineet-Oise) $

7<> Du mattre-autel de l'église de la Madeleine, à Paris, de sa décoration et de celle de Thémicycle.

iiS

Sur les bas-côtés de la balustrade sont deux anges add* rateurs. Derrière le mattre-autel se voit rEialiation de sainte Marie-Madeleine portée par trois anges.

Les figures ont neuf pieds de proportion.

Ce travail sera d'un e£fet des plus grandioses qui se. soient vus dans une église , ainsi que Tensemble du monu* ment de la place Saint-Charles est un des plus beaux de rSurope.

S"* Le Christ apparaisisait aux disciples d'Emmaûs ;

9"* Du monument de la place Saint- Charles , à Turin .

DESCKIPTI09 DE CE MOllUMEIfT.

Statue équestre dEmmanuel'Philibêrt, duc de Savoie, par M. Marochetti.

(C'est au moment où H Tient d'ordonner nne dernière charge de caTalerie , et qne Toyant la Tlctoire gagnée , il remet son épie dans le fonrrean. Voir page 29 et page 67 ).

Cette statue a été exposée pendant près de deux mois, dans la vaste cour du Louvre , à Paris , où elle a fait l'admiration de tout le monde.

Au premier aspect on est comme frappé, saisi tout d'abord de lav ie, du mouvement qui anime, qui agite ce bronze re?^ présentant le cheval j au même instant on est frappé de la

' Touie celte statue , le cavalier et le cheval , a été fondue en deux pièces seulement ; et aucune partie n'a manquéj; c'est un tour de force. Le célèbre fondeur Soyer, des ateliers de qui elle est sortie, a renversé le cheval sur le dos, et Ta coulé, dit- ou > p^r

Içs pieds.

il6 tranquille impassibilité du cavalier. On dit vrai en disant

que c^est la vie dans la nature inanimée, le mouvement dans le repos, le calme dans Tagitation.Cefougueuxcoursier est au plus haut point d*animation ; le son des clairons, le fracas des foudres de la guerre, les cris des vaincus , les chants de victoire des vainqueurs, la course rapide qu'il fait à travers cette tempête et qu'arrête et suspend la main puissante qui le guide , les efforts qu'il tente pour lui obéir soudain ; la noble position du cavalier, sa mâle attitude , la tranquillité de son âme au milieu du carnage , tout est révélé dans cette œuvre, touty parle aux yeux. Ces naseaux qui s ouvrent larges pour aspirer l'air et qui respirent le feu ; ces veines gonflées où bouillonne un sang généreux f ces muscles frémissans , ces crins flottant souples au gré des vents , tout cela indique qu'une grande action se passe, l'animal y prend la plus vive part. Cependant les regards du fils de la Savoie viennent de voir la victoire se ranger de tous côtés sous ses drapeaux; les plus nobles, les plus intrépides courages de France sont vaincus, enchaînés à ses pieds. Un rayon d'espérance de remonter sur son trône a sillonné sa grande âme. Alors le sang-froid qui a toujours, guidé la bravoure du héros , emprunte le reflet du calme divin qui brille au front de Jupiter vainqueur des géans et enfin maître de l'Olympe* Emmanuel-Philibert vient de venger sur ceux mêmes qui les avaient causés, les chagrins cuisans qu'a éprouvés son père, et les longs malheurs de sa patrie ; il a reconquis ses états. Et ce bras armé qui tenait une épée nue avec la fière devise : Spoliatis arma supersuni, remet dans le fourreau cette tant belle et bonne épécj.

il7 A la guerre , aux alarmes et au deuil succèdent la paix , la joie et les Têtes de lliyménëe.

£o examinant ce beau groupe, on sent, ce nous semble, que le cheval représente bien la matière animée qui obéit à une impulsion étrangère ; la matière qui, une fois en mouvement, y persévère irréfléchie jusqu'à ce qu'une autre cause l'arrête : le cavalier est l'image de l'intelligence qui commande, domine, se maîtrise et dirige tout à son gré. C'est une leçon frappante sur la distinction entre l'âme et le corps ; et si l'auteur a eu la pensée de rendre cette distinction, il aurait réussi selon nous, et sa pensée serait sublime d'expression.

L'un des bas-reliefs représente le champ de bataille de Saint-Quentin, au moment où le Connétable, frappant d'estoc et de taille , est reconnu et sauvé par son vainqueur. (V. pag. 29.)

L'autre, Emmanuel-Philibert, sur les bords de l'Authye. recevant sous sa tente le traité de paix général. (V. p. 48.)

Aux quatre angles du socle de cette statue équestre sont quatre figures allégoriques^ aux proportions de treize pieds de grandeur, représentant les principales provinces des éiau d'Emmanuel-Philibert, savoir : en tête , par ordre d*ancienneté, à gauche : la Savoie; le Val d'Aoste ; le Piémont et le comté de Nice.

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