CHAPITRE VINGT -TROISIÈME
lait passer en Afrique pour lever des troupes dans ses états d'au delà du détroit ; mais il mourut à Malaga , les uns disent en se baignant , d'autres croient que ce fut d une fièvre ardente. II laissa huit enfans mâles; l'aîné £1 Rasem el Mostaly, wali d'Algeziras, lui succéda dans le gouvernement du royaume, qu'il perdit successivement pièce à pièce en peu d'années; car Ebn Abéd ne lui donna pas un instant de repos jusqu'à ce qu'il lui eût enlevé Malaga et Algeziras , et l'eût contraint de passer en Afrique avec sa famille.
Ebn Abêd fit ces conquêtes en l'année 472 — 1079. Dans la seconde lune de rabieh de cette année, eut lieu un grand tremblement de terre qui détruisit de nombreux édifices : des milliers de fidèles furent ensevelis sons les ruines : les dômes et les minarets s'écroulèrent, et des secousses ne cessèrent de se faire sentir le jour et la nuit depuis le premier jour de rabieh-el-avfal jusqu'au dernier de djoumada-el-akher de ladite année.
Les chroniques arabes font mention sous cette année 472, au mois de djoulkadah (mai 1080), d'un soulèvement des tribus musulmanes de Tolède contre leur émir. Cet émir était alors Hescham ben el Màmoun el Kader Billah, que nous avons vu son père El Màmoun déclarer pour son successeur, quoique tout jeune encore, à Séville, en 1077 f. Proclamé à Tolède aussitôt qu'il y fut arrivé, Hescham el Kader y avait régné sans opposition apparente, jusqu'au moment où éclata contre lui le soulèvement dont il s'agit, dans lequel le peuple irrité tua une partie de la garde, et les principaux ministres des volontés du fils d' El Màmoun. Hescham s'échappa à grand'peine, et s'enfuit avec sa famille à Hisn-Cuenca, aux frontières du royaume de Valence, dans la partie la plus âpre et la plus montueuse de ses états. C'est là tout ce que nous apprennent les chroniqueurs mu-
t Voir ei-devant, p. 20».
sulmans de cette révolution qui décida de la fortune de Tolède, en tant que boulevart de l'islamisme en Espagne. Aucun ne nous en dit le motif ou le prétexte; mais il est vraisemblable qu'elle fut provoquée par les fakihs fanatiques , que contrariait l'espèce de tutelle sous laquelle avait été placé Hescbam el Kader à Séville par son père mourant. Nous avons vu, en effet, qu'El Màmoun , sentant sa fin approcher, avait donné, entre autres, pour directeur et tuteur à son fils, « le roi de Galice, son ami, de la loyauté duquel il était bien- sûr, » selon l'expression du chroniqueur musulman. Le peuple révolté donna pour successeur à Ilescham el Kader Billah, ami des chrétiens et odieux aux Musulmans, son frère Yahya, animé par une politique et des principes opposés3. Yahya, deuxième de ce nom, qui était aussi celui d'El Màmoun (l'illustre, le bien famé , presque exclusivement connu sous cette honorable épithète) eut naturellement pour ennemi le roi des chrétiens, tuteur de son frère dépossédé; et ce fut alors que le roi de Léon commença contre le royaume de Tolède ces courses et ces agressions périodiques qui aboutirent cinq ans plus tard à la conquête de la vieille capitale des Goths. — Ceci est à noter pour la suite de cette histoire, et jette le plus grand jour sur l'un des actes les plus importans de la vie d'Alfonse VI, fils de Ferdinand Ier, dont nous allons maintenant parler avec tout le détail que nous semble devoir comporter son règne, fondamental dans les annales de la Péninsule.