CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
Régne de Ferdinand Ier surnommé le Grand. — Situation et principales divisions territoriales de l'Espagne chrétienne a ravénemeni de Sancho. — Royaumes de Navarre, d'Aragon et de Galice. — Comtés de Barcelone ; de Cerdague, do Besala , d'Ampurias et de Peralada , de Rouisillon ; comtés de Pallars , de Cardone, dTrgel, de Ribagorça. — Concile de Coyanca. — Différends cnlro Ferdinand de Caslille et Léon et son frère Garsia de Navarre. — Bataille d'Alapnerca. — Mort de Garsia. — Avènement de son Bis Sancho an trône de Navarre. — Guerres de Ferdinand contre les Arabes. — Conquête du Portugal. — Prise de Cea, de Viseu, de Lamégo et de Coïmbre. — Privilège accordé par l'émir de Dénia et des Baléares a Pévèque de Barcelone. — Campagne
contre Sé ville et contre Valence. — Mort de Ferdinand le Grand. — Partage
dn royaume de Ferdinand entre ses cinq enfant : — Alfonse VI, roi de Léon ;
Sancbo , roi de Caslille ; Garsia , roi de Galice; — Irraca , reine de Zamora;
— Geloira, reine de Toro. — Coup-d'œil général.
De 1037 à lOtt.
Ferdinand , premier de ce nom , après avoir gagné la bataille dans laquelle Bermude fut tué, comme nous lavons va (le 8 juin 1037), conduisit incontinent son armée victorieuse jusque sous les murs de Léon. Les habitans, nous l'avons dit, hésitèrent pendant quelques jours à lui en ouvrir les portes ; mais bientôt, à part un petit nombre qui, par fidélité on par crainte, aimèrent mieux se réfugier chez les Musulmans que de reconnaître un roi par qui venait de périr leur roi légitime, dernier prince de la race d'Alfonse le Catholique, la plupart, réfléchissant que, du chef de sa femme Sancia, fille d'Alfonse V et héritière de celui-ci, la couronne de Léon revenait de droit à Ferdinand , résolurent de le reconnaître pour roi, et de se rendre immédiatement à l'heureux compétiteur de Bermude, qui entra dans Léon enseignes
déployées et aux applaudissemens de toute l'armée. Oint et sacré, ainsi qu'on l a vu, dans la principale église, alors sous l'invocation de sainte Marie, par l'évèque Servand, le 22 juin 1037 , Ferdinand prit dès lors le titre de roi de Léon, deux ans et quatre mois après son avènement au trône de Castille.
Léon était à peu près dépourvu de murailles, malgré sa restauration ou plutôt sa repopulation par Alfonse V (qui repopulavit Legionem post destructionem Almanzor)\ et Lucas de Tuy attribue à cette circonstance la facile entrée de Ferdinand dans la capitale du royaume de son beau-frère, après quelques jours à peine de siège ou de négociations1.
Sa première pensée fut de gagner les cœurs de ses nouveaux sujets. Pour plaire aux Léonais, il confirma toutes les lois faites par Alfonse V (les Bonos Foros); il y en ajouta d'autres conformes aux premières et aux mœurs du temps ; et, bien que Navarrais par la naissance et Castillan par le cœur, roi de Burgos2, il n'hésita pas à choisir Léon pour sa capitale, et (nous en avons rapporté les raisons politiques ailleurs) à prendre dans les diplômes et édits le titre de roi de Léou préférableraent à celui de roi de Castille, quoique ce dernier fût plus ancien et lui fût devenu propre, puisqu'il le tenait de 1 héritage de ses pères et non du chef de sa femme.
Communément les historiens espagnols rapportent à ces premiers temps du règne de Ferdinand à Léon le commencement des guerres qu il n'entreprit que dans la suite contre les Musulmans des diverses parties de l'Espagne mais il est surabondamment démontré qu'il en fut empêché, pendant plusieurs années, par les inquiétudes que lui causaient les gouverneurs de provinces et quelques hommes puissans
1 El cum csscl ferè absque mûris , post paucos dies cepjt eam.
2 lt est aiiiai nommé dans divers actes.