CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
langue officielle, sous sa forme vulgaire), l'acte statua qu'on en ferait trois parts, que le comte et la comtesse en auraient deux et Ermengaud une, à la charge par Ennengaud d'entrer pour un tiers dans les frais et dans toutes les charges de l'occupation 1 . On décida aussi que si Ermengaud voulait bâtir sur la roche qui s'élève en face du château de Podio- Rabeo , aujourd'hui Purroy , dans l'évêché d'Urgel , à une lieue de Benavarre, les deux comtes et la comtesse y aviseraient ensemble par moitié , et y mettraient tous les hommes du château de Podio-Bubeo et du château de Pilzano , aujourd'hui Pilzan, près de Caserras et Zurita, à une lieue aussi de Benavarre , sur la Nogucra Bibagorçana a. C'est par là que les chrétiens catalans commençaient à presser le royaume de Saragosse , du côté de l'est , et s'approchaient de Barbastro et de Huesca , gagnant pied à pied les vallons et la (erre , de rocher en rocher, ou , pour parler la langue de l'époque, de puig en puig 3. Du côté du nord pesait aussi sur les domaines d'Ahmed l' Aragon, constitué en royaume sous Ramire dans les vallées supérieures de la Cinca et du Gallego , vers le mont Perdu et le mont Maudit. Iacca était sa capitale. Aïnsa , bâtie à l'extrémité d'une vaste plaine , au confluent de la Cinca et de l'Ara, était celle du royaume de Sobrarbe, récemment réuni à l'Aragon , et le point le plus rapproché alors des domaines d'Ahmed ; mais bien que Lérida, Balaguer , Barbastro, Huesca, Loarre , A verbe , etc. , fussent encore en la possession de ce dernier , les chrétiens le serraient vers le nord , et , sur toute la ligue des Pyrénées, se fortifiaient et s'apprêtaient à la con-
1 Et ipsos castros m! tut Ermcngaudug cornes tertiam parlent de opéra , de loger, et de guarda, quas in eis erit necesae.
2 Et si comité Ermengaudo voluerit «dificare ipsa rocha quœ est ante Castro Podio-Rubeo, edlOcenl eam insimul prasfatl comités, et Jam dicta coml lissa per snedielatem.
î Puig,pui, puy, hauteur, élévation ; d*où tous les poys connus, Puylaurens, Puymaorin, etc.
quête. Ermengaud promit tout cela , non pas seulement à Raymond Bérenger, mais encore à la comtesse Aimodis, sa femme , nommée plus de quinze fois dans l'acte , avec les mêmes formules de considération et de respect, et l'on s'engagea des deux parts à garder la convention souscrite , jusqu'à ce qu'on eût fait la paix avec Alchagib, duc de Saragosse, et même en ce cas la partie contractante devait agir ouvertement , excepté au cas que l'une et l'autre parties auraient pour agréable que la paix fût contractée volontairement par l'une ou par l'autre, sans violence1. Ainsi que nous l'avons vu plus haut , l'acte fut conclu dans les nones de septembre , la vingtième - huitième année du règne de Henri, c'est-à-dire le 5 février 1058. Henri, premier du nom, fils de Robert, roi de France, avait en effet succédé à son père Robert, le 20 juillet 1031 ; on était donc dans la vingt-huitième année du règne de Henri Ier , le 5 septembre 1058. — Robert Guiscard,en cette même année, gentilhomme normand et duc de la Pouille et de la Calabre, chassa les Sarrasins de la Sicile , qu'il donna à son frère Roger : tel fut le commencement des royaumes de Naples et de Sicile, qui bientôt entreront dans la sphère d'action du roya me d'Aragon dont nous venons de parler; mais il est temps de revenir au royaume de Léon.
De retour à Léon de la conquête de Coïmbre , après avoir été en rendre grâces au bienheureux apôtre à l'intercession duquel il l'attribuait, Ferdinand convoqua ses magnats en assemblée générale pour délibérer sur la situation de la chose publique, et il résolut avec eux déporter la guerre, l'année suivante, chez les Musulmans qui, à l'est de la province carthaginoise et du royaume de Saragosse , habitant les chà-
i Contciiiunt... ni ex nlrasque parlés tenennt ista convenlentla suprascripla nsquequo com Alchagib dueo Caiaranguslae faciant paeem, et hoc etiam faciant aine engan, exceptai quantum unus ad aiium de illis ex utrasqoe parles slbi absoWerinl per gratum sine forcia.
GH AGITEE VlflGT-QUATRIÈME. ^5à
teaux situés le long du fleuve Durius, exerçaient de là leurs ravages sur les terres des chrétiens , et les soumettaient à des courses de pillage journalières sur la limite des deux empires ».
Dès que le temps propre à la guerre fut revenu, Ferdinand, ayant recomposé son armée, envahit donc les châteaux arabes situés sur cette frontière. Sa marche eut lieu dans la direction du nord-ouest au sud-est. Il prit d'abord le château de Gormaz, situé sur le Duero (San Estevan de Gormaz), tour-à-tour au pouvoir des chrétiens et des Musulmans dans le cours de ces deux derniers siècles; cette fois rendu pour toujours à la domination des premiers. Après quoi il entra dans Vadum- Regis (Valde Rey), qu'il aliéna , selon les formalités requises, aussitôt après sa reddition, et se porta vivement sur la cité de Berlanga, qui protégeait les nombreux châteaux situés autour d'elle. Les habitans, saisis de terreur à l'approche du roi , et avant qu'il eût eu le temps de les bloquer entièrement, percèrent leurs murailles du côté opposé, pendant qu'il faisait investir leurs portes , et s'échappèrent , laissant à la merci de l'ennemi leurs femmes et leurs enfans qui ne purent les suivre. Il envahit ensuite, à ce que tout porte à croire dans la même campagne, Aquilera et le château de Saint-Just, ainsi que le municipe de Sancta-Mayra, pour la reddition duquel il dut livrer combat. Le château de Guermos fut moins bien traité encore : Ferdinand le fit détruire et effacer du sol. H ne laissa debout aucune des tours ou vigies (atalayas) que, suivant leur usage, les Arabes avaient construites de distance en distance sur les cimes du mont Parrantagon ; et réduisit de même à rien les hameaux,
i Rex Teru Fernandug pro triamphalo hosle limina Beaii Apoaloli cum donla deoaculans, ad Legioneosem urbem alacer reverlilur. Ubi magnaloruni suorom generalem habena convenluin, slatuit barbaros, qui à parle orienlis ex proTiDcia Cartbagine et Cœsaraugusiuno regno invadenles muniliones, et crebr.i Caslella, secua Doriora (lumen alla, inbabit ibant, bello aggrodi (Moo.ch. Sileot. Cbr., nuro. 90).
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campemens ou dowars, construits pour protéger les bœufs des laboureurs , dans la vallée de Horce-Corex , probablement ainsi appelée du nom de quelque tribu issue d'un membre de l'antique tribu mekkoise de Koraïsch dont était sorti le prophète lui-même l. Il termina là cette campagne qui dura, selon toute probabilité, tout l'été de 1059.
Il assura, dans le printemps de l'année suivante (1060), la frontière de Cantabrie contre les incursions des Barbares (je parle comme le moine de Silos) qui, delà province ccltibérienne et du royaume de Tolède, y entretenaient des alarmes continuelles1. Chrétiens et musulmans labouraient en armes, l'arc sur l'épaule et la lance à la main , comme les fils des patriarches. Tel était partout le sort des terres limitrophes des deux dominations dans la Péninsule. L'action et la réaction de l'une sur l'autre entretenaient des deux parts l'inquiétude et l'alerte a. Les colons cultivateurs placés sur les limites extrêmes de nos possessions africaines, incessamment aux prises avec les tribus limitrophes, sont à cet égard dans une situation analogue à celle où n'a cessé de se trouver quelque partie de l'Espagne durant les huit siècles de la domination musulmane. Puis, avec une vaillante armée et un nombreux corps de frondeurs, recrutés de toutes les parties de son royaume, il marcha contre la province carthaginoise avec le projet de la conquérir ou tout au moins de la soumettre à un de ces ravages systématiques dont nous venons de lui voir faire une si vigoureuse application en deçà du
1 Nihilomimu castrum Guermos aggrediens ad solom usque destruxit: proslravil etiam lurrea omnes vigiliarum barbarico more super mon lem Parrantagon eminentes, alque municipia iu valle Uorcecorex ob tuilionem aranlititn boum per agros passira constructa (I. c).
2 Celcruin ubi Canlabriensium conlinia a formidine barbarorum ex Ctlliberia proviocia el Toletano regno eructaulium securura fecil....
3 Ce mot même d'alerte est passé de Parabo dans l'espagnol, elde là dans )i langue romane et le français ; al htrdh a, en arabe , h même signification que le mot que nous en avons forme par une légère altération d'oribograpbe.