‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 126 sur 282 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

Guadarrama sur les pasteurs et agriculteurs musulmans de la

vallée de Horce-Corex (peut être An}h ou Qrfc-Koraïscji, pays, terre de Koraïsch). Je ne vois pas précisément ce que le moine chroniqueur peut entendre par la désignation de Alpes de Ona , qu'il emploie à l'occasion de cette campagne. Ayant franchi, dit-il, les Alpes de Ona d'une course rapide, j'emprunte son propre langage), tel qu'un lion affamé, qui voit de loin et qu'attire la foule présente des troupeaux répandus dans les champs découverts, tel le roi espagnol envahit, altéré de conquête, les campagnes des Arabes Et, en effet, un peu témérairement à ce qu'il semble au chroniqueur, il mena son armée tout animée de son ardeur au-delà du Somo-Sierra, le long du rio Jarama, jusque sur le territoire et sous les murs de la ville sarrasine de Talamanca, riche alors par les établissemens agricoles qui couvraient au loin les terres soumises à sa juridiction, et par les nombreux troupeaux de brebis et de gros bétail que nourrissaient les fermes et les pâturages voisins de ses dépendances. Selon l'usage, le roi chrétien marqua sa marche par la destruction et amoncela les ruines sur son passage, incendiant les campagnes, prenant les châteaux et les villes avec ou sans garnison, tuant tous ceux de la race ennemie, hommes, femmes et enfaus, que pouvait atteindre le glaive de ses soldats, et livrant à ceux-ci l'héritage et les propriétés de toute nature, en un mot la substance entière des vaincus 3. Talamanca elle-même paraît avoir échappé néanmoins aux armes du roi chrétien ; mais il prit dans la même

1 Supera^s igitur Oniœ monli* rapidisiimo cursu Alpibus , ut famelicus Léo cum palentibug campis armenlorum turbam oblalam vidii, sic Hispanus Rei prasdia Maurorum sitibundus invadit (ibid., nom. 92).

2 Siquideni structo milite, secui oppidum Talamanca castra movens, pieruque barbarorum loca arment» et pecoribus, aliisquo prosperis rébus, opulenlissima préoccupai , agros vaslal, mulla caslella , et oppida lemerè munila tel sine prœsidio, capit incenditque, Maures inlerficit, pueros et mu'1 ères, et omnem eorum subslantiam miiilum prtedam esse, jubet (ibid., L c).

campagne, ou an moins rançonna Uceda, Alcolea, Magerit, Guadalajara, et, en général, toutes les populations musulmanes alors répandues ou établies avec leurs tentes et leurs troupeaux sur les bords et dans les vallées voisines du Henares et du Mançanares. Il arriva de la sorte devant une ville qui réclame davantage notre attention par les nombreux souvenirs qui s'y rattachent, et par l'honneur qu'elle eut de donner la naissance à Miguel de Cervantes Saavedra, l'immortel auteur de l'Ingénieux Hidalgo Don Quijote de la Mancha. Je veux parler de l'ancienne ville de Complotant qui, déjà, au temps du moine de Silos, était usuellement appelée du nom d'Alcala, que lui avaient donné les Arabes. Le roi y mit le siège, non sans en avoir auparavant dépeuplé, par la flamme et le fer, les propriétés et les habitations extérieures

Al-Kalaa-en-Nahr (le fort ou la hauteur du fleuve), d'où Alcala de Henares, était le plus fameux des dix-neuf kalaa ou forts placés sur des hauteurs, dont il est question dans la géographie arabe-espagnole du moyen-âge a. Al-Kalaa-en-Nahr n'était point , comme la moderne Alcala de Henares , située sur la rive droite du Henares, mais bien sur la rive opposée,

1 .... Ad civitalem Complutensem ( quœ nnnc Alcala vocatur ) pertingens , dcpopulatif ferro et fia rama undique ejosdem prœdiis circumveait mania casiris

2 Ces dix-neuf villes, placées surdos hauteurs encore ou autrefois fortifiées, ont conservé leur désignation arabe sous la forme espagnole, affectée de l'article initial Joint an nom d'une manière maintenant indivisible. Tontes sont accompagnées d'an surnom qui sert à les distinguer. Ce sont, par ordre alphabétique, Alcala de Chisrert, Alcala de Ebro, Alcala de Guadaira, Alcala d*Gurrea, Alcala de Henares, Alcala de Moncayo , Alcala del Obispo, Alcala del H#, Alcala del rio Jocar , Alcala delValle, Alcala de la Alameda, Alcala de la Jovada, Alcala de la Sel^a, Alcala de la Vega, Alcala de los Garnies , Alcala la Real , autrefois Alcala de Bensaybe, et enfin Alcalali ( al Kalaat Ali, la forteresse d'Ail).— Le mol Kalaa, sans l'article initial , se retrouve encore en composition dans le nom de plusieurs autres villes de la Péninsule: de ce nombre sont Calais yud (Kalaat-Ayoub, la forteresse d'Ayoub), Calaceile ( Kalaat-Zeyt , la forteresse de POlivier), Calatrava (Kalaat Rabah, la forteresse de l'Ermitage), CalalaAaior (Kalaat-al-Nossour ou mieux en-Nossour, la forteresse de l'Aigle), etc.

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