CHAPITRE VT3ÎGT-CIHQU1ÈME
Gasconiam acquisierat armis et industria. Ce mariage donna occasion à de grandes disputes sor le rite romain, que le roi veut introduire en Espagne à la place du rite gothique ou de Tolède. Un combat ordonné entre deux chevaliers termine le différend; le chevalier du paru' français est vaincu r . contrairement à ce qui devait être, ou faussement, suivant la chronique franke de Saint-Maxence 1 . — Sancho, fils de Garsia,roi deNavarre, meurt à Peflalen en Tannée 1076,le4 juin, par les mains de son frère Raymond qui le précipite du haut d'un mont où ils chassaient. Que Raymond ait assassiné son frère pour lui ravir la couronne, ou dans un moment de colère, c'est ce que l'histoire ne dit pas; il est certain au moins qu'il ne recueillit pas le fruit de son crime. Sur la nouvelle du meurtre de Sancho, fils de Garsia, le roi d'Aragon Sancho, fils de Ramire, et le roi de Gastille et de Léon, prétendirent à sa succession, et entrèrent en Navarre à main armée» Aifonse s'empara de la Rioja, de Calahorra, et de quelques autres places de la frontière, par où la Navarre confinait à la Castille Vieille.Le roi d'Aragon marcha droit sur Pampelune, et s'y fit reconnaître roi. Les deux rois se partagèrent ainsi tacitement la Navarre, sans en venir aux mains entre eux, et chacun garda ce dont il s'était emparé. Pour Raymond l'histoire ne dit pas ce qu'il devint3. Sancho, dernier roi de Navarre, avait régné vingt et un ans et neuf mois accomplis, depuis le 1er septembre 1054 jusqu'à l'entrée de juin 1076.
1 His diebu* Hildefonsos rex nispanorom duxerat filiam GoidonU, eomtlis dacis Aqnitanorum, quam habuit do Mateode uxore suprascrlpta. Pro quam extitit causa el contentio de lege Romana. Quam legem Bomanam volait iotrodacere in Hispaniam , et Toletanam mutare : et ideo fuit factam bellam inter duos milite» ; et faliitate fuit tietna milea ex parte Franco rom (Cbr. S. Maxentll, p.
2 Era mcxtiii (t076) interfectus est rex Sancius filial régis Garsia et regin» Stéphanie in Pinnalem. Post bac regnaTit in Pampilonla Sanctius Ramiri régis Aragoniao ûlius qnl prias regnaverat in Aragone (Annal, (fompost., p. 820). — Sar rinTMion de Calahorra et de Najera par Aifonse, voir Moret, Annales del ReTno de Hayarra, 1. xm, c 5, et Intestigadones bis toricu, l. m, c. 4,
Sancho avait été marié à Blanca on Planca (contraction peutêtre de Placentia), ainsi qu'en témoigne l'inscription votive qu'il fit placer sur le fronton de l'église de Sainte-Marie de Najera : « Nous Sanctius roi, fils du roi Garsia, ensemble avec Blanca, mon épouse très aimée, nous offrons et donnons, de notre libre mouvement, à l'intacte vierge Marie, ce fronton doré, afin que, par sa puissante intervention, nous obtenions rémission et grâce pour nos péchés et pour ceux des aïeux dont nous sommes sortis. Ainsi soit-il f. » Le fronton doré dont s'agit dans cette inscription était orné de pierres précieuses et de riches bas-reliefs, représentant l'Annonciation et la Visitation de la Vierge. — Sancho Bamirez devint, par l'accession à sa couronne des domaines de son cousin Sancho Garcez, formidable à ses voisins, et sous lui s'acheva l'œuvre glorieusement commencée par son père Bamire Ier. L'émir de Saragosse Youssouf ben Ahmed el Mouthémyn eut surtout à compter avec lui. 11 lui enleva le fameux château de Monzon, cédé aux Templiers par tes cortès tenues àGirone, en 1 143, Monzon y Pau, inscrit sous le nom de Tolous dans l'itinéraire d'Antonin, situé sur la Ginca, et qui en domine la vallée au nord ouest, et couvre les avenues d'Aïnsa, Benasque, Aran et Benavarre du c<Ué des Pyrénées, et celles de Balaguer, de Lerida, de Mequinenza et dcFraga, du côté de la Catalogne et de l' Aragon intérieur. Sancho fit également
NOS SANCIVS REX
GARSI.K REGIS PII.ITS tKA CVM BLANCA CONIVGR DILRCTISSIMA
HOC AVREVM ALTARIS FRONT1SIMT1 VM
INTHMERAT.F. YIRGINI MARI.S AFFBR1HVS ATQTB (DAMVS) SPONTANE!
\T MAGNIFICA EIVS INTBR VBNTIONK
PECCATORUM NOSTRORVM
ATQVE MAJORVM QV1BVS SVMVS ORTI RBMISSIONF.M ATQVE TEBIAM CONSBQVAMTR. AMEH«
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CHAPITRÉ VniGT- CINQUIEME. 367
construire les forteresses d'Ayerbe et de Loharre, et élever denx très forts châteaux sur la frontière, le château de Castellar contre Saragosse, et celui de Montaragon contre la ville d'Huesca, au siège de laquelle il fut tué en 1094, comme nous le verrons plus loin. Son fils Pierre, le premier des rois aragonais de ce nom, brave soldat et d'une admirable simplicité, lui fut donné pour successeur, et vengea peu après la mort de son père par la prise d'Osca. Pierre mourut en 1104, et fut le digne prédécesseur de son frère Alfonse le Batailleur *.
C'est en Tannée 1078 qu'on place l'abrogation de l'office gothique en Espagne, et la réception du romain». Ce fut, d'après la chronique française que nous avons citée plus haut, aux instigations d'Agnès qu'Alfonse entreprit cette révolution religieuse. Une chronique espagnole parle aussi d'un combat entre deux champions tenant pour l'une et l'autre loi; mais sans nous dire lequel des deux fut vaincu. Suivant cette chronique, le combat eut lieu (sans doute à Léon) le dimanche des Rameaux de l'année précédente, marquée par le cruel hiver dont nous avons parlé3. — Comme les Arabes, enfin, les chrétiens font mention sous l'année 1084 des tentatives de l'émir de Saragosse pour s'opposer aux progrès de la puissance d' Alfonse. Les chrétiens furent défaits à Roda (Rueda), nous disent en deux mots la chronique de
1 Hic Sarraccrus famosum castrum, quod dieltvr ifonzon, abstulit : quœdam eliam munilissima castra, videlicet supra Zaragozam, Ayerre et Lufare construxit. Isle «ctiificaTU caslrum monlis Aragouîe cum monasterio, et obaidibno Oschcnsis civitaiis, in qua obsidione mortuus est era mcxxxii (1094). Cui successitrilius ejus PetrasIIII magnas slrennitatis, et miras simplicitatls. Hic urbem Oscham Christian» fidei subjugavit sub era xcxxxuu (1096). Obiil era mcxlii (1104). Annal. Compost., p. 520.
2 Era mcxti (1078) intravit Romana lex in nispania (Chr. Burgons., p. 309).
3 Era mcxv fuît byems graviftsima à feslititate S. Martini oaque ad Quadragc- §imam,et in ipso anno pugnaverant duo milites pro lege Romana cl Tolelana,in dieRamit Palmarum : unus corum crat Casjcllonus, aUer Régis Aldefonsl( Annal. Compost , p. 521).
Burgos et les annales de Gomplatom et de Compostelle x. Mais de quel parti étaient ces chrétiens, et par qui forent-ils défaits? On croit qne la trahison d'Ebn Falasch, gouverneur de Rueda, qui fit mine de vouloir livrer sa ville, et qui tua les chrétiens qui venaient pour en prendre possession, était suscitée par l'émir de Saragosse, qui espérait y attirer Alfonse en personne, et délivrer ainsi l'islam de son plus cruel ennemi. Quoi qu'il en soit, plusieurs braves chevaliers chrétiens, tels que les infans Sancho Garcez et Ramire Garcez, fils de l'avant-dernier roi de Navarre ; le comte Nunnus Alvarez de Lara, le comte Gonzalo Salvadorez, surnommé Quatremains (Quatrimanus), furent traîtreusement tués au moment où Ebn Falasch leur faisait ouvrir les portes de la ville comme pour la leur livrer a.
Je consignerai encore ici quelque faits relatifs aux femmes d' Alfonse , ce difficile problème qui a tant occnpé les historiens. A mon compte , Alfonse , âgé de trente-quatre ans, est fiancé en 1069 à Agnès, fille de Gui Geoffroi Guillaume, duc d'Acquitaine , comte de Poitou et seigneur de la Yasconie française , à l'âge de onze ans à peu près , étant née du mariage de Gui Geoffroi avec Mateode, en 1058; elle ne passe dans la couche d' Alfonse qu'au retour de celui-ci de son exil sur les terres de Tolède3. Nous la trouvons dès 1074 , signant
1 Fort brièrement, comme on en peut juger : — Era Hcxxn fait ta de Roda, dit la première (p. 809); — Era m cxxii fait illa arrancada de Roda taper Christianos, dit la féconde (p. 813). La troisième enfin nous apprend qu'an comte Gonxalex y fat taé : Pail interfectio apad Rodam : ubi et (jundisalrus corne» ioterfectui (p, 321). Quant aux Annales Toiedanos, ils ne font que reproduire en castillan la notice des Annales d'Alcala : Fue la arrancada de Rueda sobre lot Christianos (p. 58»). — Du reste, qu'il s'agisse de Rueda ou de Tolède, les Tieilles chroniques osent du même laconisme : Era Mcxxm, disent les Annales de Compostelle, accepit rex Aldef. Toletum.
2 Rod. Tolet., de Reb. Hisp., 1. y, c. 34.
3 Je ne sais où Flores a pris qu'Alfonse a?alt l'âge de yingt ans Ters 1073. a Entonces (cuando volriô de Toledo, despues de octubre 1072), dit-il (Reynas Catolicas, t. i, p. 1G), era muy oportuno tratar del casamiento del Rey que se ballaba en edad de vues teinte aûos escasos. — Il en avait trente-deux au