CHAPITRE VINGT-CWQUIÈME
sait pas hier à m'ôter la vie, et il la prolonge aujourd'hui pour chercher par quel tourment on pourra m' achever le
mieux au goût 4e mes ennemis » A^rès cette visite, ses
ennemis aigrirent tellement l'esprit d'Ebn Abôd contre lui, qu'enflammé de courroux, il courut à la prison et coupa la tète d'Ebn Omar de sa propre tabrizina. Ahd el Djelyl ben AVahboun dit qu'on ne vit personne verser des larmes sur lui, et qu'on n'entendit dire à personne : « Que la main sèche au meurtrier! » Tel fut le prix de ses artifices et de son odieuse politique, dit l'écrivain musulman à qui j'ai emprunté le fond et la forme du récit qui précède. Sa mort eut lieu en .479 (1086), au commencement *.
Vers la fin de l'année 1085, voyant que toutes choses allaient à souhait dans sa conquête, le roi y convoqua les évoques et les grands, ceux que Roderich appelle regni proceres et majores, episcopos et abbaUs, et viros reUgiosos, et le 1*> + des calendesde janvier (18 décembre), tous, assemblés dans]» ville royale, tinrent conseil, et élurent d'un commun accord, et, à ce qu'il semble, a l'unanimité, pour leur archevêque, don Bernard, homme doué de religion et de prudence. Bernard avait assisté au siège de la place : il était au camp d'Alfonse avec la reine Constance, sa protectrice, et deux moines de G uni, qui avaient suivi à cette espèce de croisade Eudes, duc de Bourgogne et neveu de Constance3. Le roi dota libéralement à cette occasion l'église de Tolède-, il lui fit don de Brihuega, dont nous avons déjà parlé, et qu'il possédait depuis le temps d'El Màmoun; il y ajouta Barciles, Cabafias de la Sagra (Miralcazar), Covera,Rodiellas, Alcolea-sous-Talavera, Àzecbuch, appelées aujourd'hui, dit Boderich, Mclgar, Almonecir et Alpobrega, et dans la ville, si j'ai bien compris,
1 Conde,1.c.
2 Banc in expeditlonem duo, jobento pâtre, de nostris perrexerc raonacbt, qui uniua vocabuli, Guilletmi scilicet, Domine eensebantar : qui cum ad locom, obi rex eum reglna morabatur, yenissent, contigit etiam Odonem docem Burgundia simul ade»se (Vid. Chr. Trenorcb, t. «, p. 118).
une sorte de droit de patente sur les stations on boutiques des marchands, ainsi qu'un grand nombre de maisons, de moulins, de fours,de vignes, de jardins de plaisance et de jardins potagers, el beaucoup d'autres privilèges et immunités. Toutes choses pour lesquelles, dit le saint archevêque, l'église de Tolède honore sa mémoire et l'anniversaire de sa mort *.
Sous les vingt années moins quelques jours qui se sont écoulées de la mort de Ferdinand à l'élection de Bernard à l'archevêché de Tolède, se sont passés quelques faits qui n'ont pu trouver place dans le courant du récit qui précède, bien qu'ils appartiennent incontestablement à notre sujet. C'est ainsi que nous voyons, en 1068, Raymond Bérenger et sa femme Àlmodis, comtes de Barcelone, acheter la ville et le comté de Carcassonne, de Guillaume, qui en fut le dernier comte2. Dans la même année, le même Bérenger assemble ses • barons dans le palais de Barcelone en présence de H ugne , car- *nal et légat du pape ; il établit des lois et des coutumes, de l'avis et avec le conseil de l'assemblée. Il ordonne que tous ses comtés soient gouvernés par les lois du comté de Barcelone3. Raymond Guiffred, comte de Cerdagne, meurt aussi en cette année. Guillaume Raymond, son fils, lui est donné pour successeur 4. — L'année suivante, nous disent les chroniques frankes, Hildefonse, roi d'Espagne, épousa la fille de Gui- Geoff roi-Guillaume , duc d'Aquitaine, comte de Poitou, qui, avant cela, s'était rendu maître de la Gascogne, qui jom
1 El rex Incontinent! dotatlt ecclcsiam liberalitcr et honesté , et dédit el Briocam, qaam sibi retinaerat a tempore Almemonii, Barciles, Cabanas de Sagra, Covera, Rodiellas, Alcoleia sub Talavera, Azecbach, qae nanc àicilor Melgar, Almonecir, Alpobrega, et In citiUle omnes iUtionea, qoa» ^ulgariier lendae Tocamus, neenon domot, molendina, farnoa, riridaria, Yineas et hortoe, pro qulbus hodiè ejus memoriam et exequias feneratur eccieaia Toletana, et mulla alia privilégia dédit immuniiates.
J Voyex D. Bouquet, t. xi, p. 290. ,
3 n>id., 1. e.
« Ibld., 1. C., p. 292.