CHAPITRE VINGT
dans. De ces seules ressources il tira et amassa plus de richesses qu'aucun autre prince musulman avant lui. On dit même qu'après sa mort on trouva dans le Beyt-el-Màl treize mille quarts d'écus en papier et cinq mille-quarante quarts d'écus en dinars d'or au coin de |Témir. Il rendit les judicatures des villes aux cadhis et grands juges, et il supprima tous les ordres et toutes les fonctions non établies suivant le Koran ou la Sunnah. Il parcourait les provinces et s'informait par lui-même tous les ans des affaires de ses sujets. Il affectionnait les docteurs, les savans et les hommes pieux. Il leur donnait accès près de sa personne; il suivait leurs sentimens; il les honorait; il leur faisait des gratifications des deniers [du trésor nommé Beyt-el-Màl ; il était avec cela d'une humeur fort douce, humble , honnête et plein de pudeur; à ce dernier trait surtout on le reconnaissait pour Sanhadjite ; car, bien qu'ils possèdent un grand nombre de vertus et que chacune à l'envi s'efforce de se montrer chez eux la première, dit en parlant des Sanhadjites le fakih Abou Mohammed l>en Hamid, la pudeur néanmoins l'emporte sur eux, et ils se couvrent le visage : aussi les appelle-t-on les Molatsamyn1. Youssouf était né dans le Sahra l'an 400 ; il n'eut en sa vie d'autre maladie que celle que Dieu lui donna pour le conduire aux récompenses de l'autre vie, en raison de ce qu'il avait fait en celle-ci, en l'an 500, à l'âge de cent ans islamistes accomplis. Son règne, qui commença dans le Maghreb, du jour qu'il y fut établi en qualité de lieutenant d' Abou Bekr bon Omar jusqu'à sa mort, fut de quarante-sept années, de l'an 453 à l'an 500. Il fut surnommé Abou Yakoub, et on l'appelait ordinairement al-émir, comme par excellence. II ent cinq enfans mâles, Aly , qui lui succéda, Témim, Abou Bckr, £1 Moezz et Ibrahim, et deux filles, Kora et Rokyah9.
t Bbn Abd el nallm, c. SG.
* Ibid.,1. c
Tel était l'homme qui devait porter les baunières de l'Islam jusqu'aux frontières méridionales de la France. Resté maître du Maghreb-el-Aksah, après le départ d'Abou Bekr, sa puissance ne fit plus que s'y accroître. Il prit successivement Djébal-Goyasa, le bélèd des Bény-Makoud et des Bény- Rahina, en 467 (1074). Il s'établit et se fortifia en ce temps vers la Méditerranée, et distribua les différens gouvernemens du Maghreb à des chefs de sa famille ou de sa tribu. 11 donna à Yaf reh ben Abou Bekr le gouvernement des villes de Meknèsah, du Bélèd de Myklàla et du Bélèd de Fàzàz; il donna celui de Fèz et de ses dépendances à Omar ben Sooleiman; celui de Sedjelmessa et de Daraa à Daoud ben Aischa; à son fils Témim celui des villes d' A ghmàt et de Marok, duroyaume de Sous et des terres des Mossamédahs, y compris Tedla et Témisna. Ses premiers rapports avec l'Espagne datent de cette époque. En cette année, dit Ebn Abd el Halim, El Motamed ben Abêd, émir de Séville (Aschbyly a), envoya vers Youssouf ben Taschfyn pour l'inviter à passer la mer et à venir /aire la guerre de religion en Espagne. C'était justement le temps de l'arrancada d'Ebn Abèd contre l'émir de Tolède. Ebn Abèd avait peut-être déjà renoncé à dominer de sa propre puissance sur tous les émirs musulmans de l'Andalous, et il cherchait un allié qui lui permît de se les soumettre x. Youssouf répondit que cela lui était impossible à moins qu'il ne fût maître de • Tauger et de Ceuta ; sur quoi El Motamed ben Abèd lui con-
1 Qu'Ebn Abèd ait eu un moment'le projet de soumettre l'Espagne entière, cela résulte du titre même de Iladjeb qu'il prend dans ses monnaies, et par lequel il voulait rattacher à son profit l'Espagne à l'Asie. Il existe en effet, et nous avons tenu entre nos mains des monnaies de Sévillc avec les mots : En Andalous (b'alandalou$), de Tannée de l'hégire 462 (1069), qui constatent qu'El Motamed ben Abêd prenait dés ce temps le titre de hadjeb de l'imam abbasside do Dagdad Abdallah émir El Mouményn , avec le surnom de Mouwayyad binassr Allah. Or, le titre de babjeb du khalife de Dagdad était équivalent à celai de vice-roi, pour le compte de ce khalife, sur toutes les terres qui reconnaissaient la suzeraineté des kahlifes d'Orient de la descendance d'Abbas, oncle du prophète.