‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 207 sur 282 · CHAPITRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIXIÈME

seilla de s'y transporter à la tète de ses armées et de l'assiéger par terre, pendant qu'il enverrait, lui, des navires et des troupes l'assiéger par mer. Youssouf se rendit à cette proposition et se mit en devoir de l'exécuter; mais ce ne fut qu'en l'an 470 (1078) qu'il entreprit sérieusement l'attaque des deux ports de la terre du passage (Berr-el-Adwah),Tanger et Ceuta. Il y envoya son général (cayd) Salehh,fils d'Omrftn, avec douze mille chevaux morabits et douze mille des autres tribus du Maghreb, parmi lesquelles les Zénctes brillaient au premier rang. Lorsqu'ils se furent approchés des dépendances de Tanger, il sortit de Ceuta pour venir contre eux le général Sakarah el Bargawaty avec ses troupes; c'était un grand vieillard âgé de quatre-vingt-six ans. « Par Dieu, dit-il, les habitans de Ceuta n'entendront jamais les tambours des deux nations tant que je serai en vie. » Les deux armées étant venues en présence près de la rivière de Ména 1 des dépendances de Tanger, elles donnèrent une bataille sanglante, dans laquelle Sakarah ayant été tué, ses troupes se débandèrent et s'enfuirent en déroute. Les Morabits entrèrent dans Tanger, et Zyad el Dawlah Yahhya, fils de Sakarah, succéda à son père dans le gouvernement de Ceuta. Salehh, fils d'Omràn, écrivit à Youssouf la nouvelle de sa victoire. En l'an 172, Youssouf ben Taschfyn envoya son général Mazdaly à Tattaque de la ville de Tlemcen. Il y alla à la tête de vingt mille Morabits ; il en ravagea et il en subjugua le territoire et se saisit du fils de son prince Moally, fils d'Yàly Maghrawyen, qu'il tua; puis il alla trouver Youssouf qu'il rencontra dans la ville de Marok, au commencement de l'an 473 (1080 ou 1081). Youssouf ben Taschfyn changea en cette année le coin des monnaies frappées dans son empire, et il y fit marquer son nom. £n la même année, il conquit la ville d'Atcharsif, celle de Mellylact tout le pays d'Errif; il prit aussi la ville de

1 Guadiraena dans Conde. — Nahr-Ména ou Wadimena suivant les auteurs.

Takrart qu'il ruina,et qui n'a point été rebâtie depuis. Au commencement de l'année 474, il assiégea Ouedjda et la prit, de môme que le pays de la tribu des Beny Yarnàtyn et ses dépendances; il assiégea de nouveau la ville de Tlemcen qu'il prit aussi, en même temps que Ténès, Ouahran (Oran), les montagnes de Wanscberyscb,et toutes les provinces du SchaJaf jusques à Alger (Aldjézaïr). De là il retourna à Marok où il fit son entrée au mois de rabi-el-akber de l'an 475 (septembre 1082). Il y trouva une nouvelle lettre d'El Motamed ben Abèd, par laquelle il l'informait de la situation de l'Andalousie, de la difficulté où il était d'y commander au nom du kbalife au milieu des divisions qui troublaient le pays, et du conflit des ambitions ; il finissait enfin par lui demander du secours et du renfort. Youssouf lui fit répondre que sitôt que Dieu lui aurait fait la grâce de conquérir Ceuta, il irait le joindre et emploierait toutes ses forces à faire la guerre de religion à l'ennemi commun I.'

L'orthodoxie et l'extrême zèle d'Ebn Abd ei Halim l'emportent ici, et lui fout confondre les temps et les cboses. En effet, en cette année 1082, Ebn Abèd, d'ennemi d' Alfonse qu'il était peu auparavant, était devenu, par les négociations d'Ebn Omar, son allié et son ami, et peut-être déjà son beaupère. Comme allié d'Ebn Abèd, Alfonse put, ce nous semble, donner sou assentiment à ce second appel adressé de ce coté-ci du détroit au chef des Morabits africains, et c'est là sans doute l'explication de ce que dit Roderich quelque part, que Youssouf fut appelé en Espagne par Alfonse lui-même*. Mais telles sont les vicissitudes de la politique, que bientôt ce sera contre Alfonse, et contre Alfonse seul, qu'Ebn Abèd solli-

1 Kartasch el Sagbyr, c. 30. — Ebn Abd el Halim conCrme ainsi toal ce qae nous savon» d'ailteora sur les appels multipliés adressés d'Espagne à Tonssonf

ben T. s< l>fyn.

2 ... Et de consilio toceri Aycnbabe t vocavil ab Aphrica Almoravidcs , qui in gente Arabum lenobant lune temporb principalnm, ut eornmanxflio stere* }ur contra Arabes cisroarino* iKod. Tolel., de Bcb. Uitp.,1. ri, c. 31).

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