CHAPITRE VINGT-SIXEÈME
suivent le droit chemin : que le salât de Dieu soit sur vous. » Et iJ y fit apposer son cachet, portant, comme le cachet ordinaire d'AIy , les mots : « A Dieu est l'empire x. » En même temps il envoya une ambassade à Bagdad chargée de solliciter pour lui du khalife alors régnant, El Moktader Billah , l'investiture temporelle du Maghreb; ce qu'il en obtint aisément , dit Aboulfeda, avec les autres honneurs qui s'accordent en pareil cas2.
Les choses en étaient là en Afrique, lorsqu'Alfonse conquit Tolède sur les Musulmans.
Jusque-là la bonne intelligence avait régné entre le roi chrétien et son beau-père de Séville; mais Alfonse n'avait pas fait ce pas pour reculer. Maître de Tolède, il avait à venger et à punir sur l'émir de Saragosse et sur celui des Algarves
* On fait combien l'usage des cachets arec Inscriptions est familier aux Arabes. Il en a été publié récemment un livre tout exprès, sous le titre do : l'Ornement des dévots, de ce qu'il convient de faire graver sur les cachets. L'auteur discute d'abord la question casuistique, dit M. de Hammer & qui nous dctods la connaissance de l'ouvrage en question, publié à Téhéran il y a quelques années; par exemple, s'il est permis de garder sur le doigt, lorsqu'on va aux lieux, une bague portant pour inscription le nom de Dieu. 11 fait ensuite l'historique des cachets, et vous donne tous cent des principaux personnages, aver les inscriptions des prétendus cachets de Noé, de AJoise, d'Abraham et de Jésus.
On connaît l'inscription du grain) sceau d'Ali, en sept lignes gravées sur acier chinois d'une blancheur éclatante :
« J'ai préparé contre toute erreur le mot : il n'est point (Poutre Dieu que ineu,
» Et contre toute affliction le mot : 71 n'est point de pouvoir et de force qu'en Dieu ;
u Et contre tonte adversité lo mot : Je compte sur Dieu; » Et contre tout grand péché le mol : J'en demande pardon à Dieu ; » Et contre tout chagrin et louci le mot : Ce que veut Dieu; » Kt envers tout bienfait répété le mol : Louange à Dieu; » Ce qu'Ali , le 01s d'Abou Taleb, possède de grâces de Dieu , il le tient de Dieu. »
2 Bagdadum miserai, et ab Abbassico chalifo Moctadero investituram rogaterat , quam etiam cnm consnetis céleris honoribos obtinuit (Abulfeda, Annales Moslemici, édit. de Reiske, t. m, p. 381). — Ces honneurs consistent dans l'envoi d'un vêtement d'honneur, de quelques armes, et d'un diplôme écrit do la main du khalife.
les secours que l'un et l'autre avaient prêtés à El Kader et le mauvais vouloir dont ils avaient fait preuve contre lui. En peu de temps il s'empara de la province entière de Tolède et ne tarda pas à envahir et à ravager les terres de Saragosse et de Badajoz. Ceci se passait dans les derniers mois de Tannée 1085. S'étant avancé jusqu'aux frontières des états de son beau-père, celui-ci, effrayé de ses progrès, pensa qu'il était temps de mettre un terme à ses conquêtes menaçantes. Il lui écrivit en conséquence pour l'arrêter dans l'ivresse de ses triomphes et lui rappeler les traités qui les unissaient. Alfonse lui répondit qu'il était prêt à l'aider contre ses ennemis, conformément à ce qui était stipulé dans ces traités ; et, sans attendre de réponse, parut en personne en Andalousie à la tête de quinze cents chevaux d'élite, comme auxiliaire d'Ebn Abèd, et pour le servir, disait-il, dans la guerre que celui-ci faisait alors aux émirs du Scharkya. Ces troupes couvertes de fer pénétrèrent sans résistance dans les campagnes de Séville ; elles s'arrêtèrent trois jours devant la ville sans y entrer; puis se rendirent à Sidonia où était pour lors Ebn Abèd. La présence de ces troupes et du roi chrétien sur ce point extrême de l'Andalousie surprirent et contrarièrent vivement Ebn Abèd, d'autant plus qu'Alfonse, quelque soin que mit son beau-père à lui persuader qu'il n'avait plus besoin de ses secours, étant sur le point de conclure la paix avec ses ennemis des cotes méridionales de l'Andalousie, et à l'engager à s'en retourner sans crainte dans ses foyers, n'eut garde d'être venu là pour rien, et voulut voir de ses yeux le fameux détroit qui sépare l'Espagne de l'Afrique. Il s'avança en conséquence, un peu malgré Ebn Abèd, ce semble, jusqu'à la presqu'île de Tarifa, où, suivant Ebn Abd el Halim, renouvelant l'action d'Okba, fils delSafé, lorsqu'il fut parvenu aux dernières terres du Maghreb bornées par l'Océan , il poussa son cheval jusqu'au poitrail dans l'eau du rivage, en s'écriant : « Voilà que j'ai touché l'extrémité de la terre de l' Andalous ! » U retourna