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citera, avec toute l'énergie d'une ame passionnée et mobile, la dangereuse alliance du chef des Africains.
Youssonf continua cependant de s'établir solidement et de croître en puissance dans les deux Maghrebs; il n'était toutefois pas maître encore du Berr-el-Adwah jusqu'au détroit. Sans s'arrêter à l'appel d'Ebn Abêd, et sans trop prévoir peut-être ce qu'il entreprendrait sur l'Espagne, ni même s'il y passerait, quoi qu'il en eût dit, il poursuivit l'œuvre commencée, et jugea convenable, à tout événemeut, de faire tomber les barrières qui le séparaient de l'Andalous. Il envoya en conséquence son fils El Sloezz contre Ccuta à la tète d'une forte division de Morabits. Ceuta est du plus difficile accès du côté de la terre ferme, dont la sépare un isthme étroit, alors déjà couvert d'uu mur de défense formidable. El Moezz l'assiégea vivement, et s'en empara enfin en rabi-el-awal 477 (juillet 1084). Il en manda aussitôt la nouvelle à son père, qui était en ce moment à Fez, occupé à recevoir les hommages et les sermens des tribus des deux Maghrebs l. Il fut fort joyeux de la prise de Ceuta, et il partit peu de jours après pour aller visiter sa nouvelle conquête. Youssouf, dit-on, s'arrêta quelques jours avec plaisir dans cette place ; il en visita les campagnes et contempla du haut de son atalaya, située sur le mont appelé Almina, le détroit de Gibraltar et l'admirable baie où s'élève file Verte, Aldjézirah Alhadra, aujourd'hui Algésiras.Sebtah possède dans ses environs deslieuxagréables, dont le plus célèbre, Baliounesch, situé à son couchant, a des eaux, des jardins et beaucoup de moulins. A l'orient de Baliounesch est une montagne où l'on trouvait autrefois quantité de singes; mais entre Baliounesch et Scbtah les passages sont des plus difficiles; c'est ce qui a fait dire à Ebn Ayadh , kadhi de Sebtah, peu de temps après la conquête qu'en fit El Moezz ben Youssouf :
l Bbo Abd el Ualim, ubi supra.
420 HISTOIRE d'BSPAÔNB.
« Baliouncsch est un paradis, et cependant le chemin qui y mène tra-
,, verse de longues solitudes ; , Comme le paradis éternel, personne ne le voit que celui a qui il a
» été permis de passer le Siratta. »
Youssouf régla toutes choses dans Ceuta, avec l'idée non encore bien arrêtée toutefois de passer en Espagne ; mais comme avec le pressentiment qu'il exécuterait de là quelque grande entreprise prochaine. Aussi, tout étant tranquille et paisible dans son empire, il prit en ce temps diverses mesures d'organisation intérieure, et mit surlout ses armées sur un pied formidable. Nous avons vu qu'il y avait introduit l'usage des tambours et des bannières dès les premières années de son gouvernement. Il y appela en cette année des hommes de tontes les tribus du désert ; il s'entoura d'une garde de Nègres, et ne marcha plus qu'escorté de cette garde. Il écrivit et envoya des ambassadeurs au désert, jusque dans la partie du Sahra gouvernée par son cousin Abou Bekr, "alors occupé à faire la guerre aux Nègres. Youssouf leur mandait les grandes victoires dont Dieu l'avait favorisé ; comment il Y avait enrichi de nouveaux royaumes dans les régions de Maghreb; que les naturels du pays lui obéissaient et le suivaient avec plaisir; que c'était un pays riche, fertile, abondant en toutes sortes de biens ; il les sollicitait à y envoyer des troupes de leurs kabilehs;il pressait surtout les scheiks des tribus de Lamtounah, Mosafa et Djédala, à l'y venir joindre. 11 leur promettait sous lui le partage de la souveraineté et de l'empire, les charges et les postes les plus honorables, le gouvernement des villes et des forteresses, comme à ses propres parens, et témoignait avoir besoin qu'ils vinssent l'aider à commander ses gens de guerre et à gouverner les états que Dieu avait mis sous sa puissance. Ses letjres et ses dépêches furent lues par les katebs et les imams dans toutes les mosquées, sous les tentes et au seuil de tous les marabouts du désert. Les offres généreuses du grand chef séduisirent et entraînèrent la mai-
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titude des Touariks; la plupart eurent envie de courir à la fortune et aux commodités qui se présentaient à eux. Ils prirent les armes et assemblèrent d'innombrables files de chameaux et de mener rys. Des tribus tout entières se mirent en mouvement de tous les points du désert pour venir trouver F heureux conquérant ; en sorte qu'en peu de mois les pays du Maghreb se remplirent d'habitans venus deLamtouna, et des autres tribus du Sahra. *
Ce fut le temps de la plus grande puissance de Youssouf ; ses armées s'accrurent extraordinairement ; sa grandeur, sa puissance et la renommée de ses exploits se répandirent au loin et s'étendirent non-seulement en Afrique, mais encore de ce côté-ci des Pyrénées et en Orient ; si bien que, parvenu à ce faite suprême, le titre seul de khalife lui manquait. Ce fut alors que les scheiks, les walis, les caïds , les imams, les katebs, les princes et les gouverneurs de son royaume se réunirent pour lui représenter que sa modestie s'étant jusqu'à ce jour contentée à tort de prendre le seul titre d'émir , ils le priaient de vouloir bien s'intituler à l'avenir imam, émir el Moumenyn et khalifa, avec les augustes et honorables qualifications qui convenaient à sa puissance ; que le seul nom d'émir était commun à beaucoup de princes et de seigneurs de peu d'importance, tant en Afrique qu'en Espagne; que, par ces considérations, ils le suppliaient humblement de leur permettre de l'appeler émir El Moumenyn. Mais Youssouf leur répondit qu'il ne pouvait plaire à Dieu qu'il prit le titre qu'ils lui offraient, ni qu'il permit que ses serviteurs le lui donnassent; que ce titre auguste appartenait aux khalifes d'Orient, illustres descendant du prophète, et seigueurs des deux temples saints ; qu'il n'était, lui, qu'un homme qui suivait et s'honorait de suivre la religion des princes et des grands khalifes d'Orient; ils le prièrent alors de prendre an moins quelque titre qui le distinguât du reste des émirs, dont ses glorieux exploits le distinguaient si fort; et ils s'ac-
cordèrent tous à le nommer émir des Musulmans (émir El Moslémyn). Ils le surnommèrent en outre Nassreddyn (défenseur de la région) ; et pour que ces titres fussent connus de tout le monde-, ils furent publiés dans les minbars et à la prière en commun de chaque vendredi. On convint des qualifications qu'on devait lui donner dans les requêtes et dépêches , et il rendit à ce sujet le décret suivant :
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux ;
i» L'émir El Moslémyn Nassreddyn Youssouf ben Taschfyn, aux grands et aux nobles de nos royaumes et états et à toutes les tribus que Dieu , dans sa bonté , maintient en sa juste crainte sous notre empire (qu'il en dispose à son bon plaisir!) ; salut accompli et prospérité en la miséricorde et avec la bénédiction de Dieu. Après avoir rendu grâces à Dieu, à qui toutes louanges sont dues, à celui qui donne les biens et les victoires, nous vous avons adressé ces paroles délibérées en notre conseil de Médina Marraksch (que Dieu conserve!) , au milieu de la lune de moharrem 478 (14 mai 1085); afin que vous sachiez que Dieu nous ayant fait la grâce d'un grand nombre de célèbres et glorieuses victoires , nous ayant enrichi par ses abondantes et manifestes libéralités , telles qu'une rosée de biens, et nous ayant également conduit dans le véritable chemin de la loi de notre prophète libéral et choisi, nous avons décidé que, lorsque vous nous parlerez ou écrirez, vous nous donniez dans vos lettres et requêtes le titre d'émir des Musulmans (émir al Moslémyn) et celui de défenseur de la loi de Dieu (flïassr Eddyn), pour nous distinguer par ces titres des autres émirs qui gouvernent les kabilehs de l'Afrique et des autres contrées orientales et occidentales ; eu sorte que quiconque nous parlera ou nous demandera quelque chose par écrit devra s'adresser à notre haute et royale personne avec le titre et le nom sus-énoncés, s'il plait à Dieu, souverain protecteur et seul maitre de l'univers. Salut à ceux qui