CHAPITRE DIX-NEUVIEME
Maria d'Algbarb1 Abou Djabfar,et Abou Othman Saïd ben Haaroon, wali de Mérida. L'armée d'Aly ben Hammoud, avec de nouveaux renforts reçus d'Afrique , s'était portée d'Almuftecar vers le bas Guadalquivir, l'avait passé, et le remontait par sa rive droite, marchant vers Cordoue, lorsqu'elle rencontra l'armée ennemie dans les campagnes de Médina Talcaa, au pays de Séville. Les deux armées s'attaquèrent, et les Africains combattirent avec la plus grande valeur, animés par l'exemple de leurs émirs et surtout de lenr vaillant général en chef ; mais, sur le soir, les troupes andalouses de Souleïman elles-mêmes ayant fait volte-face et tourné leurs armes contre les Africains, ceux-ci durent céder au nombre et battirent en retraite vers Cordoue, encore en bon ordre, à la faveur de la nuit qui survint. Souleïman et son frère, couverts de blessures, ayant perdu leurs chevaux dans la bataille, et attaqués par les plus vaillans officiers d'£bn Hammoud, tombèrent aux mains de l'ennemi. Là, périt en combattant à côté de Souleïman son wazir Ahmed ben Saïd, saheb d'Oksonoba (Santa-Maria d'Al Gharb). Son gendre Saïd ben Haaroun de Mérida fut plus heureux et se sauva avec une compagnie de cavaliers des Algarves.Le lendemain, les vainqueurs entrèrent dans Séville sans aucune résistance ; ils continuèrent leur marche et s'emparèrent de Cordoue avec la même facilité. Le vieil £1 Hakem, sachant par les fuyards africains la disgrâce de ses deux fils, ne voulut point s'opposer à l'entrée du victorieux Aly ben Hammoud, de peur d'attirer sur Cordoue de plus grands malheurs en irritant l'édrisite qu'il connaissait porté à la violence , et du tempérament le plus despotique.
Aly montra, dès ces premiers temps , son naturel féroce. Ayant fait prisonnier le wali £1 Hakem ben Souleïman ben
Abd el Rahman el Nassr, il fit amener devant lui ses deux fils, Souleïman et Abdel Rahman, déjà mourant de leurs blessures, et demanda au vieillard ce que lui et les siens avaient fait d'Hescham, et où ils le tenaient. Le vieillard répondit qu'il ne savait rien là-dessus. « C'est vous qui l'avez tué , • répliqua Aly. El Hakem s'écria : « Non, par Dieu , nous ne l'avons pas tué, et nous ne savons ni s'il vit, ni où il est. » Aly, tirant son épée, dit : « Je voue ces tètes à la vengeance d'Hescham el Mouwayyad, et je remplis ses ordres. • Alors Souleïman leva les yeux vers lui et lui dit : « Ne frappe que moi , Aly, car eux ne sont point coupables. > Mais Aly ne fit point d'attention à ses paroles et leur coupa successivement la tète à tous trois de sa propre main1. La mort de Souleïman el Mostaïn, de son père et de son frère , eut lieu le dimanche 23 de moharrem 407 ( Ier juillet 1016). Souleïman avait régné en deux fois, au milieu des troubles, un peu plus de quatre années lunaires, la première fois du 5 novembre 1009 au 1er septembre 1010, et la seconde du 20 avril 1013 au 1er juillet 1016. Aly fit soigneusement rechercher Hescham dans tous les appartemens et souterrains du palais , ainsi que dans toutes les maisons particulières d'un bout à l'autre de la \ille. Tout fut inutile et il ne reparut jamais. Ce ne fut qu'après ces recherches minutieusement faites non seulement à Cordoue, mais encore dans le reste des possessions musulmanes, qu'on annonça publiquement par la ville la mort d'Hescham, à laquelle personne ne voulut croire parmi le bas peuple ; ce qui donna lieu à des propos et à des fables ;qui eurent cours pendant longues années.
Le khalifat de Souleïman fut marqué par un développe-
i Conde, c. 109. — Confirmé par Aboo Bekr dans CaaiH, t. 11, p. ttl : — Alt ben Hamud,*ir forlissimua el régi Hetcbamo familiarisaimo , eu jus necem ulciaci studebat, praelio Soliinanum superavit, eunique una cum paire Hakemo et fratre, Domine Abd cl Rahtnono, feria i die 25 Mobarrami anno 407, manu tua Interfecil,