‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 22 sur 282 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

secrète prison par Souleïman , et en péril de mort entre les mains d'un si cruel ennemi. Il l'appela, au nom d'Hescham, à défendre ses droits, et, dans le cas où il n'arriverait pas à temps pour l'arracher à la mort obscure que ses ennemis pouvaient lui donner, à se charger du moins de sa vengeance; ce qui, d'un autre côté, le regardait comme son héritier. Les discours de Hhayran échauffèrent Aly et éveillèrent en lui toutes les fumées de l'ambition; il prit avec empressement le rôle de vengeur d'Hescham, que lui proposait Hhayran, et il appela son frère à partager avec lui l'honneur de sauver le khalife opprimé par ses ennemis. Kasem prépara ses forces, et Aly fit passer des troupes de Ceuta et de Tanger à Malaga, dont l'alcayde Ahmer ben Faïth tenta vainement de lui fermer l'entrée. Malgré lui les soldats d'Aly s'emparèrent de la place et déclarèrent hautement leur dessein de rétablir sur le trône de Cordone leur khalife légitime Hescham ben el Hakem ben Abd el Rahman el Nassr. Les Alahmérydes, préparés par Hhayran, s'accordèrent à déférer le commandement à Aly ben Hammoud, et réunirent leurs bannières aux siennes.

Le bruit de ce soulèvement arriva à Gordouc et mit Souleïman dans une grande inquiétude : il écrivit à ses généraux et envoya des ambassadeurs à ses alliés. Quelques-uns disent que ce fut alors seulement qu'il fit assassiner l'ex-khalife Hescham el Mouwayyad, le croyant l'auteur de ces mouvemens; mais Dieu le sait1. Ce qui est certain, c'est qu'on n'entendit plus parler de lui depuis la dernière entrée de Souleïman El Mostaïn à Cordone. Souleïman laissa à son père El Hakem ben Souleïman ben El Nassr le gouvernement de la cité pendant son absence, quoique le vieillard refusât de se charger de ces soins, et marcha incontinent contre les

i II y a dans l'arabe proprement : Voila ce qu'on en dit ; Dieu sait le mieux ce qui en est. Encore aujourd'hui les Musulmans africains ne racontent rien sans raccompagner d'un hakeda kyyl : «' Kllah alem (voilé ce qu'on en dit ; nais Dieo sait te mieox ce qui en est).

HISTOIRE d'ESPAGAE

révoltés. Pendant ce temps, Hhayran el Àhméry avec ses troupes d Almérie et Aly avec celles de Ceuta,de Tanger, d'Algesiras et de Malaga, se réunirent à Almunecar, entre Malaga et Almérie, et là, les généraux ayant rassemblé leurs bannières jurèrent de rétablir dans le khalifat de Cordoue Hescbam el Mouwayyad, et de lui obéir comme à leur seul véritable émir, fils de* leurs anciens émirs. Ils firent ce serment devant leurs troupes avec beaucoup de solennité, parce qu'il y avait parmi eux beaucoup de défiance, et qu'on disait librement que la ligue s'était formée moins dans l'intérêt d' Hescbam que dans les intérêts particuliers des confédérés. Les alliés étaient campés dans les campagnes aux environs d'Hisn-al-MounkAb (la Forteresse des Coteaux), et prêts à se mettre en marche pour Cordoue, lorsqu'ils apprirent l'arrivée de Souleïman avec un camp volant de cavalerie d'élite. L'intention de celui-ci était, à ce qu'il semble, de fatiguer et de diviser les alliés plutôt que de les combattre à force ouverte. Les siennes n'y eussent point suffi d'ailleurs. Il chercha donc à éviter d'en venir à une bataille rangée avec la nombreuse armée des alliés, espérant qu'avec des délais et du temps, et en les contenant de près, il les ferait renoncer à leur entreprise. Mais le sage Hhayran et le non moins prudent Aly, connaissant ses intentions, l'obligèrent, non sans beaucoup de difficultés et de stratagèmes, à en venir à une bataille générale où il fut vaincu et refoulé vers Cordoue, à la fin de l'année islamite 406 (juin 1016). La guerre continua néanmoins en Andalousie; mais la fortune abandonnait Souleïman ; les troupes qu'il tirait de Cordoue etde ses dépendances le servaient de mauvaise volonté, et des compagnies entières passaient à ses ennemis. Ses alliés de l'Espagne orientale ne venaient point sous divers prétextes, et toute son armée se composait de ses Africains, de quelque cavalerie de Mérida, de Carmona, d Ecija et de Séville, et des peuples d'Algarbe que commandaient son frère Abd el Bahman, le wali de Santa-

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