CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
ennemis pour tâcher de les amener à une bataille générale.
L'accommodement entre Kasem ben Hammond et Yahyah ben Aly ben Hammoud avait été conclu aux conditions suivantes, savoir qu' Yahyah occuperait Cordoue, tandis que Kasem poursuivrait dans le pays de Jaen la guerre contre fil Mortadby, jusqu'à l'entière réduction de celui-ci; après quoi l'oncle et le neveu se partageraient l'empire à l'amiable. Kasem partit pour s'acquitter de ce dont il s'était charge : la réduction d'Àbd el RahmansSon premier soin fut, néanmoins, l'accomplissement d'un pieux devoir; il se rendit à Malaga, où il avait envoyé le corps de son frère, et l'accompagna à Geuta ; là, il le fit enterrer solennellement dans une mosquée fondée par Aly lorsqu'il était gouverneur de cette ville. Mais, pendant ce temps, Yahyah, qui était entré dans Cordoue avec sa garde de Noirs de Sous le 28 de rabiel-awal 412 (10 août 1021), s'y était formé un parti, et, contrairement à ses conventions avec son oncle, s'y était fait proclamer khalife en djoumadah-el-awal (septembre 1021) sous le titre d'El Motaly ou Moately. Les Cordouans, qui abhorraient Kasem, le proclamèrent avec de grandes démonstrations de joie. Yahyah déclara, avant tout, que son oncle n'avait aucun droit au khaiifat d'Espagne, et n'aurait d'autre part au gouvernement que celle qu'il voudrait bien lui donner. Cette déclaration fut confirmée par tous les scheiks, les katebs, les walis èt lesalcaïds présens à Cordoue, qui s'empressèrent de prêter serment, sans réserve ni restriction, au nouveau et seul légitime souverain.
De retour à Malaga Kasem y apprit avec colère la perfidie de son neveu; il chargea ses alcaïds Djilféya et Zawyy el Monsour de poursuivre la guerre contre £1 Mortadby, et il se porta lui-même sur Cordoue avec les troupes d'Algéziras et de Malaga, et un détachement envoyé par le wali de Séville Ebn Âbêd,afin de contraindre son neveu à l'exécution de ses promesses. Yahyah était au dépourvu de troupes, ayant
envoyé toutes ses forces disponibles contre son compétiteur ommyade Abd el Rahman el Mortadhy, à l'exception dune partie de sa garde noire; et il jugea prudent de ne point attendre à Gordoue l'arrivée de son oncle. Il en sortit avec ses gardes, et, prenant des chemins détournés, il s'enfuit à Algéziras,où il arriva à la fin de djoulkadah 413 (février 1023) : il s'y fortifia, et envoya chercher des troupes en Afrique.
Kasem cependant était entré à Gordoue le 19 de djoulkadah (12 février 1023), sans que personne s'y opposât; mais il ne vint au-devant de lui aucun des principaux habitans; la populace elle-même ne montra pour lui aucun enthousiasme. Il s'en irrita, et se vengea de ce froid accueil en renouvelant les cruautés qui en étaient la cause; il fit aussitôt rechercher les partisans les plus décidés de son neveu, et mettre à la torture plusieurs Slaves du palais. Ces cruautés le firent encore abhorrer davantage, et les principaux scheiks de la cité tramèrent une conspiration contre lui, et, à ce que tout porte à croire, en faveur d'El Mortadhy.
Les principales forces de Kasem avaient été envoyées par lui à son général Djilféya. Les conjurés saisirent cette occasion favorable; ils distribuèrent des armes au peuple, et, au milieu de la nuit, ils donnèrent l'alarme, et attaquèrent F Aleaçar qu'habitait Kasem. La garde africaine s'y défendit vigoureusement. On se battit toute la nuit. Le peuple ne put forcer l'entrée du palais , mais il s'empara des portes de la ville et des remparts, et bloqua l' Aleaçar avec de nombreux arbalétriers, de manière à ce que personne ne put en sortir ni y entrer. Ce blocus dura cinquante jours. Les provisions vinrent enfin à manquer aux assiégés ; Kasem et ses gardes, réduits aux abois, n'espérant pas de secours des Alpujarras, résolurent de faire une sortie contre la multitude armée et de fuir, s'ils le pouvaient, de la ville. Ils s'élancèrent impétueusement un matin au point du jour; mais le peuple combattit avec une telle valeur, qu'un très