CHAPITRE DlX-NELVlÉ
petit nombre parrinrent à Couvrir un passage, et ceux qui s'échappèrent de la place du palais périrent pour la plupart aux portes de la ville ou dans les rues, où le peuple les poursuivit. Kasem s'échappa par miracle, et ne dut de n'être pas mis en pièces qu'à la générosité de quelques cavaliers ahmérydes qui le firent entrer dans la maison du waarir Abou ci Houzam Djehwar,et le soir même le firent sortir de Cordoue et l'escortèrent jusqu'à Xérez. Kasem avait beaucoup de confiance dans le wali de cette ville, et il se réfugia dans sa maison, à ce que tout indique en mars ou avril 1023 (safar ou rabi-el-awal 414 de l'hégire), et non en 413, comme le dit Gonde par erreur.
Dans letemps même que cette révolution s'opérait à Cordoue en faveur d'El Mortadhy, l'armée de ZawyJ Mansour de Sanhadjah et du wali Djilféya, grossie des renforts que Kasem leur avait envoyés, descendait dans la plaine (la Véga) de Grenade pour y chercher les troupes d'El Mortadhy. Les deux armées se rencontrèrent dans ce vaste champ, et engagèrent une bataille qui fut soutenue des deux côtés avec une opiniâtreté égale. L'infanterie berbère de Mansour de Sanhadja soutint mal le choc de la cavalerie d'Abd el Rahman, qui la refoula et la dispersa devant elle; mais, au plus fort de la mêlée, et quand la victoire se décidait pour les Ahmérydes, leur chef fut frappé d'une flèche et tomba mort de son cheval, au moment où on lui annonçait que ses troupes et ses alliés poursuivaient victorieux ses ennemis. Il périt ainsi lorsque son parti avait le dessus à Cordoue comme sur le champ de bataille, et qu'on préparait des arcs de triomphe pour le recevoir dans Cordoue, délivrée de Kasem pour la deuxième fois. Aussi la chronique arabe appelle-t-elle la flèche dont il fut percé « une flèche fatale lancée par la main du destin ennemi des Ommyades. » Le bruit de cette mort abattit les courages, et Ton craignit à Cordoue de voir se renouveler les horreurs de l'entrée
des Berbers, et les calamités des dernières guerres civiles.
Les Ahmérydes et les partisans des Ommyades proclamèrent alors à Cordoue, et dans toutes les chaires de la contrée, Abd 6l Rahman ben Hescham ben Abd el Djébarr ben Abd el Rahman el Nassr, frère du célèbre Mohammed £1 Mahady Billah. Il fut reconnu par les walis, les >vazirs et les katebs rassembles à Cordoue, le 15 de ramadhan 414 (nov. ou déc. 1023). Il avait vingt-deux ou vingt-trois ans, une taille gracieuse, une belle figure, beaucoup d'esprit et des mœurs d'une extrême sévérité. Il s'appelait Abou el Motharef, et dans sa proclamation on lui donna le titre d'El Mostadhir Billah (celui qui espère en l'aide de Dieu ou celui qui compte sur l'appui de Dieu). Le fakih Abou Mohammed ben Houzam dit qu'El Mostadhir était fort érudit, éloquent et bon poète, et Ebn Hayyan, qui l'avait connu, qu'il n*y avait alors dans sa famille personne de plus distingué que lui x. On attendait de ce noble rejeton la réparation des maux que souffrait l'empire, ajoute-t-il ; mais combien sont vaines les espérances des hommes! Mohammed ben Abd el Rahman ben Obeïdallah, son propre cousin, fut blessé de ce choix et de cette préférence ; et ce jeune homme jura dans son âme de se venger des Ahmérydes et des nobles de Cordoue, et de renverser du trône son cousin, ou de mourir dans son entreprise3. La reconnaissance d'Abdel Rhaman avait eu lieu dans la lune de ramadhan. La pàque d'Allitra, ou de la fin de ramadhan, étant arrivée, le khalife voulut réprimer la licence illimitée de la garde andalouse et des Slaves qui, pendant les troubles précédens, parcouraient la cité en désordre durant ces fêtes, et se permettaient toutes sortes d'excès. Il réforma leurs réglemens et leur en-
* Ebn Uayyan daog Conde, c. III. Confirmé par Cosiri : — Prineeps {nsignis moribus et litteris duras (Casiri, t. u, L c).
2 Conde l'appelle un jeune homme; mais loul porte i croire que Mohammed C \ MoslaVfy Billah avait au moins déjà quarante ans lors de son aTêncment.