CHAPITRE VINGT-tlUÈME
tarda pas à éclater entre les deux beaux-frères. On ignore quel sujet engagea le jeune roi à attaquer le premier. Quai qu'il en soit, il rassembla une armée de Léonais et de Galiciens, et s'avança à la tète de cette armée jusque sur les terres du comté de Gastille limitrophes de Léon, dans le dessein hautement avoué de faire passer sous son pouvoir toute cette partie de son ancien héritage quil avait cédée à Ferdinand, quand il lui avait donné en mariage sa sœur Sancha. Ce fut là l'origine d'une guerre féconde en résultats, et où les deux beaux-frères pouvaient croire tous deux le bon droit de leur côté; le Castillan, pour avoir rencontré cette province aux mains de son père, et s'en être vu confirmer la donation par contrat matrimonial; le Léonais, pour avoir, au bout du compte, tout concédé par force, et souffert récemment les plus graves atteintes à sa dignité de roi , de la part de Soncho le Grand *. Voulant à tout prix défendre et maintenir ce qu'il croyait ses droits, et se voyant d'ailleurs attaqué par des forces supérieures aux siennes, Ferdinand eut recours à son frère Garsia, roi de Navarre, lequel se dépêcha d'assembler une armée, et les deux rois réunis marchèrent ensemble contre le roi de Léon. Les deux partis se rencontrèrent près du rio Carrion, dans la vallée dite de Tamaron. La bataille s'engagea presque aussitôt et fut des plus sanglantes : de part et d'autre on se battit vaillamment. Bermude se montra un des plus intrépides à affronter le péril : plein de confiance en son age et en sa valeur, se fiant à l'agilité de son cheval nommé Péîagiolus, il se précipita au plus épais des rangs ennemis, cherchant et défiant Ferdinand; mais son intrépidité même le perdit. Fermes à son encontre, le dur Garsia et Ferdinand reçurent son choc à la pointe de leurs lances, et il tomba de cheval à terre, accablé de coups
i Al hoc Fredenaudo, cuî Adefooii régis fifia nupserat, ai uxor ejus foret omnino expers regni patria sui.Hic i laque repugnantibus, magoa inter ulr unique nascilur commolio belli (Luc. Tud., p. 91). *
HISTOIRE D ESPAGKE.
et mort; sept d'entre ses compagnons d'armes forent violemment tués et jetés à ses côtés. Le combat dura quelques instans encore; mais le bruit de la mort de leur roi découragea les Léonais; ils se dispersèrent et battirent en retraite vers Léon. La bataille de Tamaron eut lieu au commencement de juin (selon nos conjectures le 8 juin 1037), comme l'indiquent divers documens, et, entre autres, l'épi taphe qu'on mit sur son tombeau, à Léon, où son corps fut transporté l. Son règne, à compter de son avènement jusqu'au 22 du môme mois de juin 1037, que fut couronné son successeur à Léon, fut de dix ans, un mois et dix-sept jours.
Bermude III, en qui s'éteignit la race des descendans màJes des rois de Léon, montra de bonne beure les plus heureuses
i Le récit du Moine de Silos est des plus animés : — Fernandus igitur, el Garsias frater ejus, aggregalia fortisssiraorum mi li lu ni copiis, dum ad expugnandum bostem properant, ecce Veremundus cum suis transjeeto Cauiabrierfsium limile eis armalus obtins procedil, et jara snper ▼allem Tamaron dus opposila) acies circunspiciebant se fulgenlibus armis, cum Veremundus acer et impcrlerritus primo Pelagiolum insignem cquum suutn calcaribus urget, ac cupiens bostem ferire , rapido cursu inler dcDsissimum cuncum stricts hasla inenrrit. Scd nuraica mors , qnam nemo mortalium tilare polerit, enm prxoccupaos, dum ferox Garsias el Fernandus acrius inslarenl, in ipso equino impetn confoditur , atque corrnens in terra morlooa , seplem super enm ex mililibus suis acerbatim occubuerunt. Cujus corpus inter ceteros reges sépulture Legione tradilum est ( Monach. Silens., nnm. 79). — Voyei aussi Luc. Tud., p. 01 ; et Pelag. Ovet., nnm. 6, p. 483. — Son épilaphe porte : « En ce lieu est enterré Bermude le Jeune, roi de Léon, fils dn roi Allons* : il eut guerre avec son beau-frére le roi Ferdinand-le-Grand,et fut tué par loi en combattant à Tamara, dans Père 1078 (1057) :
H. L. B. COHDITTS ▼BREMTODYS IYÎUOB RFX LBGIORIS P1L1TS ADEF0N5I REGIS.
ISTB DABTIT GTBRRAM
CTM COGRATO SYO RRGK MAGSO FERRA5D0 BT HTTBBFECTYS AB 1LLO IN TAMARA PRB LI AN DO BRA HLXXT.
Voyes Sandoval, nis. del rey D. Fernando cl Magno, fol. 1 ; Yepe», Coronica, Y*. 130. — Les lettres b. l. b. s'interprètent : hoc loco est.