CHAPITRE VINGT- UÎS'lÈME
tion de savoir pourquoi le titre de Castille précéda celui de Léon, à partir de ce règne, et bien que la Castille ne fût un royaume que depuis peu. Pour résoudre cette difficulté, ils disent que Ferdinand, ayant été roi de Castille avant de l'être de Léon, avait décidé que le titre de Castille serait énoncé avant celui de Léon, nonobstant la supériorité de ce dernier par son ancienneté et son illustration; et cette opinion a reçu une grande force par l'autorité d'Âmbroise de Morales, auteur des plus accrédités, et sur l'autorité duquel on jure en Espagne. « La ville prise, dit Ambroise de Morales, le roi don Fernando prit paisiblement, et en peu de jours, possession de toute la Galice et des Asturies, qu'il réunit à la Castille, laquelle n'avait commencé que peu de temps auparavant à former un royaume indépendant. Quant à ceux qui désirent savoir pourquoi le royaume de Léon, étant si supérieur à celui de Castille par son antiquité, nos rois prennent le titre de Castille avant celui de Léon, on peut leur dire que la cause en est dans les événemens qui viennent de se passer. Comme le monarque était roi de Castille, et que les autres royaumes vinrent se réunir à lui, il se plut à garder son premier titre; car il est évident que ce ne fut pas la Castille qui entra dans Léon, mais au contraire Léon qui entra dans la Castille. Or, il est arrivé ici ce qui arrive quant aux rivières qui perdent leur nom quand elles se joignent à d'autres, comme, par exemple, la Guadiela, bien plus considérable que le Tage, perd son nom en mêlant ses eaux à celles de ce fleuve, dans la sierra de Bolarque, près de la ville d'Almonaci, dans l'Alcarria, par ce seul fait que c'est la Guadiela qui entre dans le Tage, et non pas le Tage dans la Guadiela. Léon ne perdit pas pour cela son nom, il perdit seulement sa préséance et sa dignité, que le roi voulut donner à la Castille; en quoi il fut imité par les rois qui lui succédèrent. Et aussi quand le roi don Sancbo, fils de ce roi don Fernando, enleva le royaume de
Léon à son frère don Âlonso, ce fut encore Léon qui entra dans la Cas tille; ce qui eut lieu de nouveau quand les deux royaumes furent réunis sous le grand roi Ferdinand le Saint1. » Mais tout cela, au sujet de la prééminence de la Castille sur Léon, dès le temps de Ferdinand Ier et de Sancha, est dit prématurément; et le fait est qu'on ne trouve dans aucun acte contemporain, pas plus que dans les historiens immédiatement postérieurs, un indice écrit de cette prééminence dont parle Morales. La preuve que les modernes ont, en ceci comme en tout, anticipé et hâté la marche du temps et des choses, se trouve, au contraire, dans d'innombrables documens où le titre de Léon est le seul exprimé, et il en est ainsi dans un acte de l'ère m£me (1075) de l'intronisation du roi de Castille à Léon, par lequel domnus Ferdinandus et sa femme domna Sancha accordent au monastère d'Arlanza le village de Tela; ils y expriment qu'ils régnaient en Léon et Castille, laissant à Léon sa prééminence2.
Ferdinand Ier, fils de Sancho le Grand, commença à gou- Terner en Castille dans le mois de février 1035; il fut reconnu roi de Léon le 22 juin 1037. Son règne, l'un des plus glorieux de ce siècle, fut d'eîiviron trente et un ans en Castille et d'un peu plus de vingt-huit ans à Léon. Pour éviter toute équivoque, il est bon de ne pas perdre de vue que toute la Castille ne faisait pas partie des domaines de Ferdinand Ier; dans la division de ses états que fit Sancho a ses enfans, quelques portions du territoire de l'ancien comté, et notamment l'Alava qui en avait dépendu sous les derniers comtes, furent données au roi de Navarre Garsia, frère ainé de Ferdinand ; et de là vint que , dans quelques actes, les deux frères prirent en même temps le titre de rois de Castille,
1 Morales, Coronica, 1. xvh, c. 47.
2 Voy. Sandoval , Mit. del rey D. Fernando Maçno. — L'acto fat donné : die iv ferla, kal. julias , c'est-à-dire hoil jours après le couronnement de Ferdinand I à Léon.