CHAPITRE VrNGT-DEUUQEMK
quand la nuit fat tout-à-fait close, la déroute fat complète , et ceux de Tolède s'enfuirent, poursuivis par la fleur de la cavalerie andaloose, commandée par Mohammed ben Abéd de Séville et par Abd el Melek de Cor doue. Les principaux cavaliers de la ville ne voulurent pas demeurer spectateurs oisifs de cette glorieuse journée, et se mirent à la poursuite des Tolédans. Le rusé général Ebn Omar vit avec joie s'accomplir ainsi une partie du plan que lui avait tracé t ernir son maître, et se disposa à le réaliser complètement.
Les Gordouans, à la faveur du désordre, s'occupaient à piller le camp de ceux de Tolède , ne soupçonnant rien de la part de leurs alliés. Ebn Omar profita de cet instant, et entra avec le gros de son armée dans Gordoue, en occupa les portes et les remparts, s'empara de l'alcazar, et mit une garde à sa discrétion auprès du malheureux émir, qui se mourait. Quand l'infortuné Mohammed Abou el Walid ben Djehwar sut ce qui se passait, et que la ville et le palais étaient au pouvoir de l'émir de Séville, il reconnut la trahison, mais trop tard, et ce fut pour lui le coup de la mort qui l'enleva peu d'heures après. Abd el Melek revint sur ces entrefaites; mais lorsqu'il se présenta devant les portes de la ville, on ne les lui ouvrit point, et pendant qu'il était indécis, ne sachant quel parti prendre, la cavalerie de Séville l'entoura et lui intima l'ordre de se rendre, et à tous les siens celui de livrer leurs chevaux et leurs armes. Sans avoir égard au nombre de ses ennemis, Abd cl Melek se mit en défense, et combattit comme un désespéré, sans autre dessein ni projet, dit le chroniqueur musulman, que de vendre chèrement sa vie1; car diverses fois on lui ouvrit un passage par où il aurait pu sortir du milieu des combattais : il tomba à la fin accablé de coups de lance. Pris et transporté dans une tour, il y mourut de chagrin plu-
i Morir malando, mourir en tuant, comme le traduit Conde littéralement de l'arabe.
tôt que de ses blessures. On raconte qu'il rendit le dernier soupir en maudissant la perfidie d'Àbèd, son faux ami, et en demandant au Dieu des vengeances de donner un sort pareil au fils de son ennemi; en maudissant surtout Tinconstance du peuple, dont en expirant il entendait les acclamations avec lesquelles il recevait Mohammed ben Abed faisant son entrée triomphale dans Cordoue.
Les largesses que l'émir de Séville fit faire aux principaux scheiks de la ville, les fêtes et les spectacles de bêtes féroces qu'il donna au peuple, non encore accoutumé à ces divertissemens, lui facilitèrent la plus soumise obéissance, et firent perdre la mémoire du bienfaisant Ebn Djehwar et de son sage gouvernement1. Harêts benelHakem, le fidèle général des troupes de l'émir Ebn Djehwar, s'était retiré avec ses cavaliers au palais de Zahra ; lorsqu'il sut la mort de son maître et la captivité du prince, détestant la perfidie d'Ebn Abèd, et se confiant plutôt à la générosité de ses ennemis qu'en la fausseté de tels auxiliaires et alliés, il passa au camp de l'émir de Tolède, qui l'accueillit de bon cœur, et l'honora pour sa valeur et sa loyauté qui lui étaient bien connues, et qu'il avait éprouvées pendant tout le temps qu'il avait soutenu la guerre contre lui. Tel fut le sort des Djehwars ; c'est ainsi qu'ils finirent, et avec eux le royaume de Cordoue.
Cette révolution arriva l'an 452 (1060). Mohammed ben Djehwar avait régné près de dix-huit ans. La dynastie des Djehwarides, qui finit en lui, n'avait duré qu'environ trente
I C'est la première rois que nous trouvons, dans les mémoires arabes, la mention de ces combats de bêles féroces a la manière des Romains, auxquels ont succédé depuis les combats de taureaux.
Dti pain, les Jcui du cirque, un sacrifice aui dieux,
suintaient aux besoins des Romains dégénérés de Pempire. Pan y loro$ est encore aujourd'hui le cri du peuple à Madrid comme en Andalousie.