‹ Histoire d'Espagne, 5Chapitre 92 sur 282 · CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME

fleuve Âlgodor, ainsi nommé à cause des ruses et des stratagèmes qu'y déployèrent les vaillans généraux des deux partis. Harêts ben el Hakem el Okéïscha , le plus brave de l'Andalousie, commandait les troupes de Cordoue; la ba* taille dura tout le jour, et les vainqueurs de Tolède, de Valence et du pays d'Ei-Salah , poursuivirent leurs ennemis jusqu'aux campagnes de Cordoue. La nouvelle de cet échec remplit de confusion le meschwar, de crainte les habitaus de la ville, et de soucis le distrait Àbd el Melek, qui, au lieu d'être à la tête des troupes de son père, s'amusait fort négligemment dans le palais de Médina-Zahra , et jouait aux djérids et aux roseaux avec les jeunes gens de Cordoue, qui, dans ce temps, dit tristement \e chroniqueur, ne savaient que jouer et se divertir. Tout changea de face : les roseaux devinrent des lances, les bêches et les faucilles se changèrent en épées. Abd el Melek courut à Séville implorer de plus grands secours de Abêd ben Mohammed el Motadhed; l'urgence était terrible : l'ennemi menaçait le cœur et la tête de l'état. L'émir de Séville, qui était du même Age que le ûls de celui de Cordoue, mais rusé politique, au lieu d'accorder sur-le-champ à Abd el Melek ce qu'il lui demandait, lui fit beaucoup de complimens et d'honneurs, le combla de courtoisies avec beaucoup de tranquillité , lui montra à loisir son arsenal et ses richesses , lui lit de grandes promesses, ordonna à ses alcaïds de rassembler la cavalerie du pays, et le congédia avec un détachement de deux cents chevaux, lui recommandant d'avoir de la confiance, qu'il était sous sa foi et sa protection. Lorsque Abd el Melek arriva aux environs de Cordoue, il trouva la ville assiégée par l'émir de Tolède, et ne jugea pas possible de traverser son camp sans combattre; il se détermina, pour cette raison, à s'arrêter, avec les cavaliers qui raccompagnaient, à Medina-Zahra, afin d'y attendre les secours qui devaient lui venir de Séville, mais qui tardèrent plus qu'il n'était présumante. Dans

mSTOITlE D ESPAGNE.

la ville on était réduit à une grande extrémité, parce qu'on avait été loin de prévoir la calamité qui était survenue. Ebn Djehwar était malade, et ces disgrâces accrurent son mal, an point de donner les plus sérieuses craintes à ses médecins. On offrit de grandes récompenses à ceux qui oseraient porter des lettres au prince And el Melek et à l'émir de Séville, en qui les Cordouans avaient mis leur unique espérance. Quelques-uns parvinrent à traverser le camp ennemi, et portèrent les lettres de l'émir et du meschwar de Cordoue au prince, ainsi qu'à l'émir de Séville. Sollicité de la sorte, Abèd ne voulut point perdre l'occasion qui s'offrait; il dépêcha vers Cordoue son fils Mohammed et le général Ebn Omar, avec une^ puissante armée d'infanterie et de cavalerie, et avec des instructions secrètes. L'armée arriva devant Cordoue et campa à la vue des ennemis, en sorte que, pendant que l'infanterie prenait position en un lieu convenable, les éclaireurs et les braves des deux camps engagèrent ce jour-là même une escarmouche chevaleresque , selon l'usage du temps : la mêlée fut si vive que le combat serait devenu général sans l'arrivée de la nuit, qui sépara les combattans. Ebn Omar ne dormit pas un seul instant, parcourant les almafailas et donnant ses ordres aux alcaïds et capitaines . Pour avoir l'avantage dans le combat il délibéra avec le prince Mohammed ben Abèd, et avec d'autres généraux, sur le meilleur mode d'attaquer l'ennemi, et, après avoir concerté le plan de la bataille et prévu les divers incidens qui pourraient se présenter, c'est à peine s'ils donnèrent quelques heures au sommeil : dès l'aube, la cavalerie commença à se mettre en mouvement ; les généraux de Dzy el Noun en firent autant, et s'avancèrent à sa rencontre. La bataille s'engagea et fut très sanglante; mais les cavaliers de Séville et de Cordoue eurent le dessus, et mirent en fuite ceux de Valence, puis le désordre entraîna le reste de l'armée. Ceux d'El Sahlali soutinrent plus longtemps le choc des vainqueurs ; mais,

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