CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
L'émir do Tolède dépouille celui de Valence. — Mort de l'émir de Séville. — Guerre entre l'émir de Tolède et celui de Séville avec l'aide des chrétiens des deui côté». — L'émir de Tolède prend Cordoue et Séville. — Il meurt dans cette dernière ville reprise par Ebn Abêd.
De 1060 à 1080.
En Tannée 452 (1060) l'émir Abdelaziz el Mansour, fils d'Abd el Rahman et petit-fils du célèbre Mohammed el Mansour ben Àbi Àhmer, lequel était émir de Valence , étant mort, il eut pour successeur dans ses états Abd el Melek ben Abdelaziz, surnommé £1 Modhafer, qui était gendre de Dzy el Noun de Tolède (El Mamoun Yahya ben Ismaïl ben Dzy el Noun) Ce puissant émir, désirant se venger de l'affront que ses bannières avaient reçu devant Cordoue, et excité en même temps par le noble général Harèts ben el Hakem, qui ne brûlait pas moins de la soif de se venger d'Ebn Abêd, se prépara à une nouvelle expédition au pays de Cordoue, écrivit à ses alcaïds et à son gendre, le nouvel émir de Valence, de lui envoyer leurs troupes, et donna les mêmes ordres à ceux de Murcie et de Conca, et aux autres walis de sa
l Sur tonte cette période de l'histoire et des guerres des chefs musulman» de la Péninsule jusqu'à l'arrivée de* Almora vides, les meilleure remeJgnemen* se trouvent dans Conde, et nous les lui avons en grande partie empruntés, presque littéralement, sans négliger toutefois de les comparer à ce qu'en ont écrit El Makkari, Casirî, Roderich de Tolède, et les chroniqueur* chrétien* d*> Castille et de Léon.
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dépendance; mais le waadr d' Abdelaziz de Valence, nommé Mohammed ben Merwan, persuada à son maitre qu'il ne lui convenait pas de se déclarer l'ennemi d'un aussi puissant chef que l'était Abêd de Sé ville, allié des sahebs de Cas ti lion, Murbiter, Xativa, Almérie et Dénia, ses voisins. Abdelaziz suivit ce conseil, et répondit à son beau-père par des excuses frivoles. Ce procédé irrita vivement l'émir de Tolède, qui, sans communiquer à personne sa détermination , partit en toute hâte avec toute sa cavalerie, cheminant nuit et jour, entra dans Valence quand on s'y attendait le moins, occupa par surprise l'alcazar, que défendait Abou Waheb ben Léboun, s'empara des tours, destitua son gendre £1 Modhafer Abd el Melek ben Abdelaziz du gouvernement et de la souveraineté de Valence et de ses dépendances, et, par considération pour sa fille, épouse de cet émir, se contenta de l'exiler dans le gouvernement de Xelba. Cette entrée inopinée et cette déposition eurent lieu le jour d'Arafa, 9 de djoulhedjah 457 (10 nov. 1065). Le wali de Conca etceluideSanta-Mariad'Ebn Bazin suivirent dans son exil El Modhafer et sa famille, dont ils étaient les amis. El Mamoun mit à Valence, pour la tenir en son nom, avec le titre de wali, Issa ben Léboun ben Abdelaziz ben Léboun, qui était l'un des raïs de Murbiter et de ses partisans, ainsi qu'Ibrahim Abou el Asbadj ben Léboun , scheikh en qui il avait toute confiance. Ayant ainsi pacifié le pays en peu de jours, il revint à Tolède, emmenant avec lui la principale noblesse de Valence, dont le secours lui était nécessaire pour soutenir dignement la guerre en Andalousie. Le wazir de Valence Abdallah Mohammed ben Merwan ne voulut point survivre à la disgrâce que son mauvais conseil avait causée à son maître, et il s ola la vie en se perçant le sein d'une dague.
Cependant l'émir El Motadhed Abèd ben Mohammed jouissait des avantages de ses heureux succès. Maitre de Séville, de Carmona et de Cordoue, de la meilleure partie du Gharb,
HISTOIRE D'ESPAGIVï:.
de Libla, d'Huelba, de Djézira-Schaltis, d'Oksonoba et de Xilbe, son ambition n'était point encore satisfaite: il disposa ses troupes pour tenir tête à l'émir de Tolède , et envoya son fils Mohammed an pays de Bonda pour faire la guerre à celui de Grenade et à celui de Malaga, auxiliaires du saheb d'Ecija. A l'occasion de cette campagne l'émir de Séville arma son fils chevalier, et lui donna un écu couleur d'azur céleste , bordé d'étoiles d'or, avec une demi-lune d'or au milieu, par allusion aux changemens et aux vicissitudes de la fortune des armes, et il l'accompagna jusques à Ronda, où il s'arrêta, pour diriger de là la marche et les succès du nouveau chevalier.
Dans l'ouest, l'émir du Gharb, El Modhafer Mohammed, fils d'El Mansour, mourut à Badajoz, en l'année 460 (1068), et son fils Yahya, qui fut surnommé El Mansour comme son aïeul, lui succéda dans le commandement de l'état. Son frère Omar el Motawakkel, qui était à Jabora, et tenait cette contrée pour son père, suscita des différends sur le partage de leurs terres, ce qui fut cause que le nouvel émir du Gharb ne s'occupa point des guerres d'Andalousie. En ce temps arriva en Espagne le premier bruit de la renommée des Almoravides et de leurs surprenantes prouesses, ainsi que de leurs conquêtes en Afrique; nouvelle qui donna de grandes craintes aux Édrites de Malaga, à cause de leurs terres d'Afrique , aux Sanhadjites de Grenade à cause des leurs, et à l'émir Abèd de Séville, qui soupçonna que cette nation (gente) des Almoravides était celle qui menaçait ses fils d'après leur horoscope. 11 ne laissa point pour cela de faire la guerre au saheb de Bersila, jusqu'à ce qu'il l'eût dépouillé de ses états ; toujours agité d'ambition , de précautions superstitieuses et de toutes les passions qui peuvent inquiéter le cœur humain.
Pendant que l'émir de Séville continuait d'agrandir ses états aux dépens des souverains de Malaga et de Gre-