CHAPITRE VINGT-TROISIEME
nade, et de tous ses voisins, sans aucun avantage pour les Musulmans ni pour la propagation et la défense de leur loi, lepuissant arbitre du sort des hommes et des empires accordait une journée vengeresse aux Musulmans de l'Espagne orientale. Ahmed ben Souleïman el Moktader ben Houd, émir de Zaragoce, imitant les vertus de ses ancêtres, s'occupait sans cesse à la sainte guerre, et en cette année 460 (1067) il vainquit et mit en déroute les chrétiens, dont il fit un affreux carnage, et auxquels il reprit la cité de Barbaster (Balbastro), ainsi que beaucoup de forteresses ; et, pour la plus grande gloire aussi bien que pour la consolation générale des Musulmans, il tua dans la bataille le roi Radmir des chrétiens.
En ce temps, il y eut à Malaga de nouvelles révolutions contre l'émir Édris (Édris ben Yabya), lequel, vieux et sans énergie, fut déposé sans difficulté ni opposition. Mohammed ben el Kasem ben Aly, son neveu, gouverneur d'Algésiras, s'éleva an commandement, et le malheureux Édris mourut oublié dans une prison. Le nouvel émir de Malaga continua la guerre contre les Bény Abêd de Séville, qui chaque jour reculaient les limites orientales et occidentales de leurs états, en Axarkia et en Algarbia, dit Conde1. Le vaillant émir ou saheb sanhadjite de Grenade, Habous ben Maksan, mourut également à Grenade vers le même temps. 11 eut pour successeur son fils Badys ben Habous, aussi vaillant et aussi noble que sou père, qui fut toujours en guerre contre les Bény Abéd de Séville, réprima les tentatives d'indépendance de plusieurs caïds de ses domaines, et sut maintenir jusqu'au bout l'intégrité de ses terres et de sa puissance. Ce vaillant chef, dit avec an regret tout islamite le chroniqueur traduit par Conde, ne pouvait, dans sa position, employer ses armes que contre les Musulmans ambitieux qui, méprisant la cause
i Conde, 3°" part., e. tt. — Voyei sur ces moi» l'appendice m , $. u , à la fin du volume précédent.
commune, ne regardaient que leurs propres intérêts ; il déclara son fils Habous ben Badys pour son successeur, et associa au commandement son neveu Abdallah ben Balkyn ben Badys, jeune homme plein d'excellentes qualités, et d'une vaillance qui l avait rendu redoutable à ses ennemis, malgré son extrême jeunesse.
Sur ces entrefaites mourut l'émir de Séville Âbou Àmrou Abêd el Motadhed Billah, dans la nuit du samedi au dimanche, deuxième jour de djoumada el akher 461 (2 avril 1069)
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huit*. Les historiens musulmans s'accordent à attribuer la cause de sa mort à la perte d'une fille chérie, d'une merveilleuse beauté , nommée Thaïrah, morte à la fleur de son âge. La peine et la douleur qu il en ressentit furent telles qu'il fut atteint d une fièvre ardente, compliquée de symptômes alarmans, qui firent craindre aux médecins sa mort subite; une application immédiate de stimulans qui excitèrent sa vitalité, dit la chronique de Conde, fit espérer qu'on le conserverait, et il semblait être soulagé. Mais il voulut voir la pompe funèbre de sa fille : il avait ordonné qu'on l'enterrât avec les plus grands honneurs, en un magnifique tombeau élevé aux portes mêmes de son palais. C'était le soir d'un djouma de la première lune de djoumada : malgré l'avis des médecins, il s'était fait placer à une fenêtre du palais, d'où l'on pouvait se donner le spectacle de la cérémonie funéraire. A la vue du cercueil porté par les principaux officiers dé sa maison, les sanglots l'étouffèrent ; il fallut l'emporter. On eut recours aux saignées ; mais l'inflammation persista, et il expira, comme nous l'avons dit, dans la nuit du samedi au dimanche 2 avril 1069, le surlendemain de la mort de sa fille. Ainsi finit le plus puissant des
1 Ebn Hayan dit le sixième.
2 II était né le mardi, sept jours avant la fin de la lune de safar 405 (21 aoùl 1014) ; U élût ûgé par conséquent de 87 Ans, 3 moi» el 7 jours.