CHAPITRE TREIZIÈME
et se consolât dans d*autres amours ? » Par malheur, ces autres amours avaient commencé avant même le mariage du roi avec Blanche.
Il a plu à Voltaire de faire de Pierre-le-Cruel, à tous ^ards, l'objet d'un paradoxe historique.
Ce qu'il y a de certain, comme toute la suite des faits le prouve et qu'on l'a justement remarqué ailleurs, c'est que ce contradicteur redoutable n'allègue aucune découverte nouvelle, qu'il se borne à des vraisemblances vagues, à des conjectures hasardées ; que cette apologie de Pierre-le-Cruel n'est qu'un tour de force et un paradoxe hardi, tendant au pyrrhonisme historique. L'artifice principal de l'apologiste de Pierre consiste à intervertir l'ordre des événemens, à transposer les causes et les effets de manière à faire toujours prendre l'un pour l'autre. On se révolta, dit-il, contre don Pèdre, par là on le rendit cruel dans ses châtimens et impitoyable dans ses vengeances ; au lieu qu'il fallait dire que par ses caprices et ses manques de foi auxquels la force prêtait toujours ses moyens terribles, il avait forcé ses frères même à la révolte et soulevé contre lui jusqu'à sa mère. A entendre Voltaire, don Pèdre ne mérita le surnom de Cruel que pour avoir fait périr son frère Frédéric, grand-maître de Saint-Jacques. Ce fratricide exécuté avec les cirjconstances d'atrocité qui l'accompagnèrent aurait suffi pour justifier le surnom ; mais on a vu quelle monstrnease suite de meurtres ordonnés de sang-froid a souillé du sang de presque toute sa famille ce misérable couronné. Non, dit avec raison la justice de l'histoire, ce ne fut pas seulement pour le meurtre du grand-maître Frédéric que Pierre a été nommé le Cruel, c'est pour cent autres meurtres ; c'est pour avoir fait mourir par le poison ou par le fer, toujours avec quelque circonstance particulière d'atrocité, tout ce qui lui faisait obstacle ou contrariait seulement ses capricieuses volontés ; c'est pour avoir fait tuer sa propre tante la reine douairière d'Aragon, viu. 36
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ponr avoir fait taer deux autres de ses frères qui touchaient encore à Tenfance. Pierre était ainsi trois fois fratricide avant que Henri Trastamare en débarrassât F Espagne par lefra* trioide.
Si la peine du talion est une peine juste, personne nenirita plus que lui d'en être frappé. C'était néanmoins im roi légitime (abstraction faite de l'usurpation de son bisaieol Sancho^Ie^Brave), et voilà son frère illégitime, HemUe- Bâtard, recommençant une nouvelle légitimité, quoique « parce que bâtard. Ainsi va le monde des roig au miliea de la corruption des cours et de l'ignorante seryiliié des peuples.
Nous avons vu jusqu'ici Pierre multiplier les meurtres; nous le verrons les redoubler. Les passions humaines ont toujours quelque chose d'étonnant et d'incompréhensible, b passion du règne et de Tempire a ses mystères effrajaii8> Pierre voulait par dessus tout régner ; il regardait la tenwr comme le meilleur instrument de règne; tout ce qu'il im tendait à le faire craindre; et cependant, c'était cette terrent ellC'-même, qui assurait présentement sa puissance et qQ| semblait la raffermir et devoir comme l'asseoir à jamais, (p préparait le plus sûrement sa pertQ; et il semblait qu'il ne vécût que pour se hâter d'amener et de justifier d'avance h catastrophe terrible dans laquelle il devait périr.
FDI DU TOBIE HUITUaiE.