‹ Histoire d'EspagneChapitre 104 sur 108 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

sible de ne pas placer la date de la mort de tontes les deux au mois de juillet de cette année 1361 ^

Blanche de Bourbon a laissé la répitation d'une sainte. Elle était blanche et blonde, dit Ayala (blanche de cœur et de i^isage, comme la mère de saint Louis), pleine de grâce et de jugement. Le peuple comme les chevaliers prenait intérêt à elle, et la chronique si grave d'Ayala en rapporte un trait qui prouve à quel point elle était populaire. Il y raconte qu'un jour que le roi chassait dans les campagnes voisines de Xérez et de Médina, où la reine était prisonnière, un homme, qui avait tout Vaspect d'un pasteur, se présenta à lui et lui dit que Dieu renvoyait pour lui apprendre que le mal qu'il faisait à la reine sa femme lui serait quelque jour durement reproché, et qu'il n'en doutât point ; mais que s'il voulait revenir à elle, et vivre avec elle comme il le devait, il en aurait un fils qui hériterait de son royaume. Le roi crut que c'était Blanche elle-même qui lui avait envoyé cet homme : il le fit arrêter, et par son ordre son camarero-mayor Martin Lopez de Gordoue, et Matheos Ferrandez son chancelier du sceau privé, se rendirent près de la reine pour savoir ce qu'il en était. Arrivés à la ville sans qu'on s'en doutât, ils montèrent à la tour où Blanche était enfermée, et l'y trouvèrent

^ L^Abreriada appelle le meurtrier de Blanche de Bourbon Jean^rArbalétrler, et dit qu'il yivalt à. Xérez : É matola por su mandado (del Rey) un su ballestero de maza que decian Juan Ballestero, é vhia en Xerez de le Frontera. C'est évidemment le Juan Ferez de Rebolledo de la grande chronique. — Blanche fut enterrée dans lé monastère de Saint-François de Xerez de la Frontera, où, dans des temps postérieurs, probablement sous le règne d< Henri II, on lui éleva un tombeau avec répitaphe suivante :

CHRISTO OPTIMO HAXIUO SÀGRVM

DIVA BLÀNCÀ HI5PÀNURVH REGINÀ

PÂTRE BORBONEO EX INCLITÀ FRANCO-

RVH REGVH PROSÀPIÀ , HORIBVS ET

GORPORE YENVSTISSIHA FVIT ; SED PRJB-

VALENTB PELLICB OGGVBVIT IVSSY

PBTRl HARITI GRVDELIS ÀNNO SÀLVTIS

MGGCLXI, JSTATIS VSRO SYM XXV.

552 msToms d'espagios.

agenonillëe et en prière. Elle crat qu'ils Tenaient ponr la toer, et elle pleurait et recommandait son Ame à Diea. Ils Tinterrogèrent sor Tbomme qui avait parlé au roi, et loi demandèrent si c*était elle qui lavait envoyé ; elle répondit que jamais elle n*avait vu cet homme. Les gardiens répondirent à leur tour qu*il était impossible que la reine leât envoyé; car jamais ils n'avaient laissé entrer d'homme oh elle était. Et d'après cela il parait, ajoute Ayala, que œ fut l'œuvre de Dieu, et ainsi le crurent tous ceux qui en furent instruits. L'homme fut gardé quelque temps prisonnier» puis mis en liberté, et jamais depuis personne n'en a plus rien su '.

Nous ne discuterons pas l'opinion étrange de Voltaire sur Blanche de Bourbon. Cette opinion sévanouit devant l'examen des sources authentiques, et n'est fondée que sar rignorance de Thistorien en ceci. Il suffit de la citer poor en faire justice. « Dans ces troubles, dit Voltaire avec sa Mgèreté historique accoutumée, la femme de don Pèdre mo\irut. Elle avait été coupable ^, il fallait bien qu'on dit qu'elle avait été empoisonnée ; mais on ne doit point intenter cette accusation sans preuves. C'était sans doute l'intérêt des ennemis de don Pèdre de répandre dans l'Europe qu'il avait empoisonné sa femme. Henri deTrastamare, Tun (le ces sept bâtards, qui avait d'ailleurs son frère et sa mère à venger, et surtout ses intérêts à soutenir, profita de la conjoncture. Blanche de Bourbon eut au moins Timprudence d'être trop unie avec la faction des bâtards ennemis de son mari. Fautil après cela s'étonner que le roi la laissât dans un châteaa.

^ É segund esto parescia que fué obra de Dios, é asi lo tOTieron todos los que lo vieron é oyoron. É el orne estoTO preso algunos dias, é despucs soltaronle, é nunca mas dél sopieron.

' Voltaire est de ceux qui ont adopté le bruit de prétendues relations criminelles entre Blanche et D. Fadrique y relations imaginaires et dont nous ayons ailleurs démontré rimponibilité.

Page 1